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Le triomphe de la vérité

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Entretien avec Pierre-Paul GUISLAIN, vice-président de la BAD, chargé du secteur privé infrastructure et industrialisation: « L’intégration régionale est essentielle pour l’accélération de la croissance en Afrique »


L’Evénement Précis : Pourquoi engagez-vous le forum de la société civile à réfléchir sur l’industrialisation ?

Pierre-Paul GUISLAIN : Au premier plan, il faut participer plus activement à la prise de décision. Au second plan, les politiques d’industrialisation doivent, par définition, pratiquement varier d’un pays à l’autre. L’Afrique, c’est 54 pays avec des réalités très différentes. Certains pays sont plus avancés en matière d’industrialisation. Je pense par exemple au Maroc, la Tunisie, à l’Éthiopie, Nigeria, l’Afrique du Sud. Les autres pays ont plus de chemin à faire. La politique que chacun doit suivre doit être différente. De manière générale, selon les pré-requis, pour avoir une industrialisation réussie. D’une part, il faut avoir l’accès à l’énergie. Il faut avoir de l’électricité de manière fiable et à des prix raisonnables. Donc, il y a tout un effort à faire pour le développement du secteur énergétique. C’est absolument essentiel pour l’accélération de l’industrialisation. Second élément, il faut un cadre d’investissement et des réglementations favorables. Beaucoup de pays ont des réglementations qui ne sont pas très ouvertes aux secteurs privés.
Troisièmement, il faut un marché. Les marchés africains sont trop petits. Les 54 pays ont un marché de 15millions d’habitants en moyenne avec un revenu disponible et relativement faible. Donc, il faut élargir les marchés, il faut mettre en œuvre cette zone de libre échange continentale africaine. C’est important. C’est essentiel d’étendre les marchés, de faire en sorte qu’on n’investisse pas au Burkina, en sierra Léone, ou au Burundi pour le marché local, mais pour le marché régional.

Vous appelez à une fédération des Etats donc ?
Non, j’appelle à la mise en œuvre des acteurs. J’appelle également la société civile à devenir un acteur plus actif dans cette mise en œuvre de l’intégration régionale. L’intégration régionale est essentielle pour l’accélération de la croissance en Afrique. Mais elle doit se faire par les populations et avec les populations. Donc, les traités et les décisions comme celles de Kigali, prises au mois de mars dernier, sont importantes, mais nous avons besoin d’un engagement fort de la société civile pour aider et contrôler les États dans cette mise en œuvre et dans la réalisation pratique de cette intégration régionale.

Quelles sont les conclusions auxquelles la banque est parvenue au point d’en arriver à associer la société civile dans sa politique de financement du développement ?
Elles sont de deux ordres. Nous souhaitons avoir un dialogue plus soutenu avec la société civile. C’est pourquoi ce forum est organisé aujourd’hui sur deux ou trois journées par rapport à ce qu’on faisait avant, où, il y avait uniquement quelques réunions en marge de nos assemblées annuelles. Donc ici, on dédie la moitié d’une semaine à ce débat pour l’approfondir. Pour nous, c’est important d’avoir un débat plus fourni, plus soutenu de la société civile pour que cela puisse inspirer et nous permettre d’améliorer notre propre politique. Second aspect, nous avons besoin d’une société civile plus active en matière d’industrialisation et de politique économique de manière plus générale. Nous avons besoin d’une société civile qui participe plus activement dans les débats nationaux et régionaux sur le développement économique.

Le plaidoyer de la société civile vous demande de détruire les accords coloniaux. Vous pensez que c’est urgent ?
Pour moi, il faut regarder l’avenir. Et l’avenir est entre les mains des pays, entre les mains des populations et des entreprises. Je sais qu’il y a beaucoup de problèmes liés au passé. Mais l’avenir dépend des décisions qu’on prend aujourd’hui. Il faut donc avoir un projet d’avenir. Prenons l’exemple d’une meilleure intégration régionale et d’un accroissement substantiel du commerce intra africain. Ce commerce intra africain a commencé à augmenter de 12% à 17%. C’est très bien. Si on se donne comme objectif d’atteindre 25 à 30%, comment faut-il faire pour y arriver? Il y a certains textes anciens qui devront être abolis. Mais l’objet n’est pas d’abolir les vieux textes. L’objet est d’accroître le commerce entre africain. Il est temps d’accélérer l’industrialisation, d’approfondir l’inclusion financière. Donc, il faut avoir des objectifs d’avenir, des objectifs de société. Et ces objectifs demanderont une certaine mesure. Il y a donc d’anciens textes qui n’auront plus lieu d’être.

Vous pensez que l’Afrique peut relever ces défis si elle se réveille ?

L’Afrique à toutes les cartes entre ses mains. Le problème de la qualité de la collaboration qui a été évoqué par un groupe d’intervenants tant dans le panel que dans la salle aujourd’hui est important. On a besoin d’une Afrique plus collaborante, plus participative, plus intégrée. Et ça, ce sont également les Africains.

Au terme de ce forum, la banque va-t-elle, dans l’avenir de ces relations avec les gouvernements, forcément intégrer la société civile pour une surveillance plus accrue?
Pour un engagement plus accru, certainement. Pour nous, c’est vraiment important d’avoir un rôle important de la société civile dans cette politique économique que nous appuyons dans les pays membres de la banque.

Entretien réalisé à Abidjan par Gérard Agognon

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