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Le triomphe de la vérité

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Affaire chantier abandonné du siège du parlement: Le pire des scandales qui salit l’image du Bénin


Le siège de l’Assemblé nationale en chantier

Tout voyageur qui atteint le Pont d’entrée dans la ville de Porto-Novo, devrait s’émerveiller d’un joyau impressionnant débordant sur la lagune. Mais depuis plus de neuf ans que les travaux ont été lancés, le cauchemar qui s’offre à lui est sans précédent. Certains évitent désormais d’y jeter un coup d’œil quand ils arrivent sur les lieux, refusant de voir engloutir un si grand rêve et tant de milliards. Triste et amère vérité aujourd’hui, que celle du fameux chantier de construction du nouveau siège de l’Assemblée nationale.

Les faits ne sont pas nouveaux. Le scandale avait déjà été révélé sous le régime Boni Yayi, avec plusieurs arrestations et des interpellations de hautes personnalités dans le temps. On se rappelle des heures chaudes vécues par l’ex ministre en charge de l’environnement et de l’urbanisme, Blaise Ahanhanzo Glèlè dans les locaux de la brigade économique et financière, ou encore des ennuis connus dans ce dossier par François Noudégbessi, son prédécesseur à ce poste. Tout ceci s’était passé avec beaucoup de bruits. Mais rien n’était véritablement réglé. En déterrant, il y a peu cette affaire à l’Assemblée Nationale, les députés étaient, sans doute, déterminés à aller au bout. Et il y a eu de la matière. De la bonne matière qui remet à grand jour, l’un des plus gros scandales que le Bénin ait jamais vécu depuis son existence.
Si ce projet visait à offrir un cadre de travail décent et moderne aux députés, pour les déloger enfin de leur siège antique du Palais des gouverneurs, qui malgré ses réaménagements succesifs, reste tout, sauf un cadre parlementaire digne du 21ème siècle, sa mise en œuvre a aiguisé des appétits tranchants et voraces dans tous les sens. Conséquence, les travaux de la première phase, démarrés le 14 novembre 2008 en Maîtrise d’Ouvrage Déléguée de la SERHAU-SA, pour une durée contractuelle de deux ans, après les études architecturales et techniques de 2006, ont été suspendus deux fois successives après deux audits. Un premier conduit par l’Inspection Générale du Ministère chargé alors de l’urbanisme et de l’habitat et une expertise technique internationale complémentaire commanditée en janvier 2013, conduite par Bureau VERITAS BENIN. Il y a eu plusieurs tranches de milliards versés, entre les arrêts et les reprises orchestrés.
Au finish, avec l’audit financier réalisé par Qcs Services, neuf ans après le démarrage des travaux, il a été révélé que plus de 22 milliards ont déjà été versés à la société SERHAU-SA, maître d’ouvrage délégué, qui a engagé environ 20 milliards de francs Cfa. De graves irrégularités ont été relevées, amenant à émettre de sérieux doutes sur la stabilité et la sécurité du nouveau siège de l’Assemblée nationale. L’expert de ce cabinet d’audit a même martelé que le maître d’ouvrage délégué SERHAU SA a fait montre de la non-maîtrise du coût et du délai du projet, de la violation du Code de passation des marchés publics, du non-respect du dépôt du permis de construire, de la poursuite du chantier sans étude technique sérieuse. Et si l’on se résout à la reprise du chantier en l’état actuel, son coût global serait de 45 milliards 172 millions.
Copinage, favoritisme, népotisme des acteurs appelés à assurer différents rôles dans la réalisation de ce projet. Tout s’est révélé douteux et suspect dans ce projet, depuis le choix du site, passant par les conditions de passation des marchés jusqu’aux premiers travaux réalisés sur le chantier. « Les gens se sont organisés pour se partager entre eux les ressources du contribuable », s’est enflammé au parlement, l’honorable Gérard Gbénonchi. « Dans ce dossier, il y a tous les vices. Tous les maux dont on ne fait usage que dans les milieux mafieux sont présents. Le marché a été lancé en l’absence de toute procédure de permis d’habiter, et ce sont des gens qui ont autorisé ça ; des marchés ont été passés sans l’approbation de la Direction Nationale du Contrôle des Marchés Publiques (DNCMP); des ouvrages ont été exécutés avant l’approbation des plans d’exécution; le chantier a été poursuivi en l’absence d’études techniques sérieuses, notamment les études d’Avant-projet Détaillées (APD); une commission de dépouillement du ministère de l’urbanisme s’est substituée au Maître d’ouvrage Délégué (MOD), en violation des clauses contractuelles ; il y a eu immixtion intempestive et inopportune du Gouvernement, ce qui a négativement impacté la réalisation des travaux selon les règles de l’art; il y a eu des travaux supplémentaires facturés dus à l’absence d’études; Etc… C’est toutes ces déviances qui ont accouché de ce monstre. ». Le député, comme tous ses autres collèges étaient tous ivres de colère quand ils abordaient le sujet. Et ont tous exigé que les auteurs de ces actes soient tous poursuivis. En cette ère impitoyable de lutte contre la corruption, telle que la mène le régime Talon depuis qu’il est au pouvoir, il faut espérer que les vœux de ces députés et de beaucoup de Béninois abasourdis face au drame financier qu’a subi ce projet cher à tous, soient exaucés sans délai.

Des clarifications sur la prétendue implication d’un proche de Talon

L’affaire relative au chantier du nouveau siège du parlement continue de faire des vagues. Les commentaires se font abondants depuis une semaine déjà que le gouvernement a dévoilé le contenu du dernier audit réalisé aux députés. Certaines langues se hâtent déjà dans des accusations visant l’entourage immédiat du Chef de l’Etat, Patrice Talon. Un nom alimente les réseaux sociaux et autres médias depuis quelques jours : il s’agit de Jean-Baptiste Hounguè, Président de la Coalition « Bénin en Route », soutien politique de taille du régime de la « Rupture » précédemment en service au SERHAU-SA, une structure impliquée dans la conduite travaux de réalisation de ce chantier. Reste que les investigations menées viennent contredire tout ce qui se dit contre cette personnalité proche de Talon. La plus grande question que pose son entourage est de savoir pourquoi, Jean-Baptiste Hounguè qu’on cite tant, n’a jamais été inquiété à ce jour, malgré les nombreuses arrestations effectuées dans cette affaire depuis 2013, bien avant même l’avènement du régime de la « Rupture ». Selon les mêmes sources, il y a d’autres faits plus importants qui, dans leur chronologie, ne permettraient pas de mêler Jean-Baptiste Hounguè ainsi que d’autres proches de Talon à cette affaire. Tous les marchés liés à la construction de ce siège ont été passés en 2009, et ce n’est qu’en 2011 que Jean-Baptiste Hounguè a été recruté par SERHAU-SA, comme Chef de projet, à un moment où la construction du siège était aux arrêts. Les mêmes sources indiquent que c’était à un moment où le taux d’exécution des travaux du gros œuvre du chantier était déjà à 89,8%. Toutes les malfaçons relevées dans le rapport d’audit seraient donc antérieures à son recrutement intervenu en 2011.
Les travaux ayant été repris, entretemps en septembre 2012, ils ont connu un nouvel arrêt en octobre 2012, avant d’être repris à nouveau en 2015, où Jean-Baptiste Hounguè n’était plus chef Projet à SERHAU-SA. Il ressort de ces informations que le président de la Coalition «Bénin en Route » n’a eu à jouer le rôle de Chef de projet dans la construction du siège de l’Assemblée Nationale que sur une durée d’un mois.
D’aucuns aussi s’interrogent par ailleurs sur l’implication réelle de Jean-Baptiste Hounguè dans ce scandale, sans jamais été mis sous mandat de dépôt, alors qu’à l’époque des faits, il officiait politiquement à l’Union fait la Nation, au poste de vice-président, un regroupement politique opposé au régime de l’ancien Chef d’Etat, Boni Yayi. Par ailleurs, d’autres voix s’élèvent pour exiger que le Rapport du Bureau Veritas Bénin sur cette affaire soit publié intégralement pour mieux situer les responsabilités. Si celui récemment présenté à l’Assemblée Nationale en est presque la photocopie, le montant « cinématographique » qu’il contiendrait laisserait quelques doutes en suspens et pourrait participer plutôt d’une démarche visant à vouer aux gémonies certaines personnalités dans cette affaire.
Bref, ce sont autant de clarifications qui ne manquent pas de dédouaner ce proche de Talon dans cette rocambolesque affaire, contrairement aux intoxications qui s’acharnent depuis peu contre lui et contre le Chef de l’Etat. La vérité jaillira bientôt, devant la justice béninoise dans tous les cas.

Christian TCHANOU

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