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Le triomphe de la vérité

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Edito: La concurrence étrangère


On ne compte plus les initiatives visant à favoriser les relations commerciales entre les pays africains et l’Union Européenne. La dernière en date, est la signature des accords de partenariat économique (APE) en décembre 2014. Cette initiative vient s’ajouter à l’initiative Tout sauf les armes (TSA) qui fait suite aux accords de Cotonou entrés en vigueur en 2003 et qui accordent un abaissement substantiel de droits de douanes sur les produits africains sur le marché européen. Bien entendu, les pays européens ont légitimement cherché à imposer la réciprocité. La libéralisation des échanges, côté ouest-africain, couvre 75% des lignes tarifaires. 25% des lignes tarifaires ouest-africaines sont traitées comme sensibles et ne sont pas libéralisées du tout. Ainsi, 43 % des produits agricoles ne sont pas libéralisés dont les viandes, les produits de la pêche, certains légumes, les céréales, le cacao et préparations à base de cacao, les pâtes etc. D’autres produits industriels comme le ciment, les textiles et l’habillement ne sont pas non plus libéralisés.
Alors question : pourquoi malgré tous ces tarifs incitatifs, le Bénin n’a pas enregistré un boom de ses exportations en direction de l’Union Européenne ? En clair, pourquoi n’assistons-nous pas à un regain des exportations béninoises en direction de l’UE, alors même que les tarifs douaniers qui nous sont désormais offerts sont plutôt flatteurs ?
La réponse à cette question ne doit pas occulter le fait que tous ces accords conclus ne sont pas la preuve de la bonne volonté des pays riches envers les pays les moins avancés (PMA) comme le Bénin. Non, ce n’est pas une œuvre de magnanimité, mais une manœuvre européenne visant à se garantir des sources d’approvisionnement en matières premières pour ses industries. Et, ce faisant, l’UE n’a pas tort de chercher à sécuriser ses industries contre la voracité de partenaires nouveaux aux appétits voraces que sont par exemple la Chine et l’Inde.
D’autant qu’en signant des accords intérimaires, un pays comme le Cameroun a fait le constat de pertes pour ses services douaniers. C’est ce que conclut la 19ème session du Comité en charge du suivi de la mise en œuvre des APE tenue à Yaoundé le 25 février 2018. Elle retient qu’entre le 4 août 2016 et le 25 février 2018, la douane camerounaise a perdu 2,6 milliards de FCFA, du fait de la mise en œuvre de cet accord ratifié en juillet 2014 et opérationnalisé par le Cameroun depuis le 4 août 2016.
Cette saignée est bien emblématique de ce que les Africains n’avaient pas prévu ceci : les Européens ont des normes de consommation difficilement accessibles aux PME africaines. Les normes imposées sur le marché européen, et qui peuvent même varier d’un pays européen à un autre, sont des armes aux mains de chacun des Etats. Elles permettent de filtrer la concurrence à leurs propres entreprises. Combien de sociétés béninoises par exemple, sont capables de vendre sur le marché français ou italien ? Même s’il y en a, elles ne doivent pas dépasser 10. Pendant ce temps, pendant que nos entreprises béninoises sont incapables de remplir les critères pour exporter sur le marché français, italien ou allemand, personne ne peut nier la multiplication des marques françaises, belges ou hollandaises chez nous.
Avant de conclure ce type d’accord, les Chefs d’Etats africains doivent jeter un regard sur leur propre capacité d’exportation, en dehors des produits primaires. Et c’est fort de ces considérations qu’un pays comme le Nigeria a refusé de ratifier les APE. Ces accords posent un problème évident : ils sont mauvais pour les pays qui ne produisent pas des biens manufacturés. Dieter Frisch (Directeur général du développement à la Commission Economique Européenne entre 1982 et 1993), a déjà dit ceci: « Le développement s’est toujours amorcé au gré d’une certaine protection qu’on a pu diminuer au fur et à mesure que l’économie s’était suffisamment fortifiée pour affronter la concurrence extérieure ».
L’ouverture à tout va, bien que respectant quelques règles de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), tue les filières industrielles locales, tout en contraignant le pays à n’être qu’importateur de produits finis. Faut-il réhabiliter le protectionnisme ? Jolie question dont la réponse devrait être celle-ci : Pour le moment, on ne peut livrer les produits béninois, donc les emplois et les revenus des Béninois à la concurrence étrangère.

Par Olivier ALLOCHEME

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