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Le triomphe de la vérité

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OPINION de Paulin HOUNSOUNON-TOLIN : Un projet de société est-il au-dessus de notre constitution et notre Devise ?


Prof. TOLIN

POLITIQUE DE DECALAGE SALARIAL

ET DE MENACE DE DEFALCATION  

   Un projet de société est-il au-dessus

                                                de notre constitution

                                                   et notre Devise ?

 

INTRODUCTION

Dans L’Evènement Précis du lundi 25 septembre 2017, j’avais attiré l’attention des uns et des autres sur l’injustice du « Décalage salarial et du Déclassement social » qui ne font que s’aggraver et qui pourraient ébrécher notre cohésion nationale. Il sera question ici de l’injustice du décalage salarial, de comment un projet de société n’a pas valeur constitutionnelle et de  l’attitude pédagogique attendue de la part des Centrales syndicales face à la défalcation.

 

 I/Décalage salarial et déclassement social

Le décalage est l’action de décaler et signifie écart. Le décalage salarial signifie l’écart trop élevé qui existe entre les salaires des agents permanents de l’Etats, qui sont en général des spécialistes de leur domaine respectif, et les rémunérations des acteurs et des postes politiques. Il convient de rappeler que la politique de l’homme qu’il faut à la place qu’il faut, reste toujours un pieux vœu et semble de plus en plus ignorée des acteurs politiques de nos jours. Et souvent, ce sont les opportunistes que l’Etat nomme aux postes politiques. Quant au déclassement social, il n’est autre chose que la perte du pouvoir d’achat d’une classe sociale qui fait perdre à cette dernière son rang de citoyen d’une catégorie sociale donnée. S’agissant de la corruption, elle est le fait de se corrompre. Et se corrompre, c’est trafiquer son honneur. Un enseignant qui prend de l’argent pour donner une bonne note à un élève alors que ce dernier ne mériterait nullement la moyenne, serait de la corruption.

 

II/ Décalage salarial entre les rémunérations et

                                avantages politiques et ses conséquences

                                        avec la dévaluation du CFA  

L’avènement du renouveau démocratique débuta très tôt par la volonté politique légitime de mieux rémunérer les acteurs et les postes politiques afin d’espérer d’eux de meilleurs résultats et de les mettre à l’abri de la tentation de la corruption. Mais cette politique eut malheureusement comme conséquence immédiate le décalage entre la rémunération des acteurs politiques et le salaire des fonctionnaires de l’Etat. Ce décalage entraîna comme inconséquence inattendue à son tour le déclassement social des instituteurs et des policiers dont les rémunérations salariales ne leur permettent plus de tenir leur rang de cadres moyens de notre pays. Mais comme si cela ne suffisait pas, il y a eu la fameuse dévaluation du franc CFA avec sa suite l’inflation. Une mobylette BBCT coûtait avant cette dévaluation 200 000 F CFA. Après la dévaluation, son prix passa à 400 000 F CFA, du simple au double. Un pain de palmida coûtait 20 F, son prix est passé à 125 F. Le prix de l’huile d’arachide se multiplia également par deux. Et pour la première fois, le prix de l’huile de palme rivalisa avec celui de l’huile d’arachide. L’Etat n’ayant jamais une politique de contrôle des prix des produits de première nécessité et des loyers des chambres, les premières victimes du décalage salarial, du déclassement social et de la dévaluation du CFA, furent particulièrement les enseignants et les policiers. Dans le même temps, les rémunérations  des acteurs et des postes politiques ne cessent de s’améliorer sans que la gangrène de la corruption ne diminue.. De là, tous les moyens sont bons pour avoir le minimum de copecks à la fin du mois dont une bonne partie ira pour le payement de la facture d’électricité, qui semble ne connaître jamais de baisse même en temps de délestage important. Une autre partie ira pour le loyer. En de cas de maladie, l’on assiste parfois à de vraies humiliations des époux par rapport à leurs enfants et épouse. Il y a aussi les conflits que génère une telle situation au sein des foyers. Ce n’est jamais de gaité de cœur qu’une épouse va dire à son père « Nous n’avons rien à manger le soir … » Par Dieu ! Quoi de plus humiliant en effet pour un homme que de recourir à un prêt financier avant de pouvoir amener son enfant ou sa femme malade à un centre de santé ? Le paradoxe demeure que les mieux payés trouvent mieux les occasions de corruption.

 

III / DECALAGE SALARIAL, UNE VIEILLE HISTOIRE

Maurice-Ahanhanzo Glèglè rapporte :

«Un citoyen de situation sociale moyenne, percevant un salaire mensuel de 5 000 francs, encaisse tous les mois, -une fois élu député- la coquette somme de 120 000 francs C.F.A., l’Etat l’aide à s’acheter une voiture. On cite un cas demeuré célèbre d’un ancien secrétaire de chef de canton devenu député. Jusque-là, toute sa fortune légale ne dépassait guère 4.000 francs par mois ; représentant de la Nation, il devait percevoir mensuellement, désormais, 120.000 francs. La questure mit quelque retard à lui mandater ses indemnités. Il devait toucher plusieurs mensualités à la fois. Au vu de la masse d’argent entre les mains, il appela ses parents pour l’aider à compter les billets de banque ; les billets n’en finissant plus, notre député s’évanouit de joie.» Il ne savait pas que la députation était si payante ! Demander à ce député de ne pas nouer d’intrigues pour persévérer à son poste et s’assurer la réélection, ou lui défendre de lutter pour le retour de son parti au pouvoir, est pure folie. »

Mais il semble qu’au lieu de la mise en pratique d’une politique de la fonction exercée proportionnellement aux rémunérations, il y ait aggravation de cette injustice.

 

IV Aggravation du décalage salarial actuel

Des opportunistes sont nommés à des postes politiques, par la seule volonté du Chef de l’Etat, et qui mènent une vie de pacha en gagnant plusieurs fois nos salaires… Comment, oser payer des fonctionnaires mieux que les enseignants qui forment l’élite de la nation ? Comment oser comparer ceux-là à ceux-ci ? Comment comprendre que dans un pays où un professeur titulaire des universités depuis 2015, hors classe depuis novembre de la même année, gagne annuellement (pendant 365 jours donc) à peu près 19 000 000 F CFA, l’on paye, avec l’argent des contribuables, 15 000 000 F CFA aux président et rapporteur et 10 000 000 F CFA aux membres d’une commission ayant travaillé pendant 45 jours ? Comment comprendre que dans un pays où un prof titulaire d’université gagne à peu près  2 947, 27 dollars par mois, l’on prend quelqu’un qui, à en juger par ses qualifications, ne peut pas gagner plus de 727, 27 dollars, et l’on le nomme préfet pour lui payer par mois 9 090, 90 dollars comme salaire et autres avantages liés à son poste, soit au moins trois fois le salaire mensuel d’un prof titulaire ? Dans le même temps, même avec 727,27 dollars mensuellement, un enseignant ou un policier vivant dans certaines villes de notre pays, qui n’a plus d’autres ressources, ne pourrait pas supporter le coût de la vie actuelle.

 

V/DROIT DE GREVE, MENACE DE DEFALCATION

                          ET VALIDITE D’UN PROJET DE SOCIETE  

 

En 155 de notre ère, le philosophe Carnéade envoyé en ambassade à Rome par Athènes, conseillait aux Romains de renoncer à leurs conquêtes s’ils voulaient être vraiment justes. De même, si notre président voulait vraiment faire des reformes, il devrait commencer par restituer les bénéfices de la mauvaise gouvernance de notre pays dont il dit lui-même avoir bénéficié et qui n’est qu’un secret de polichinelle. Tout le monde sait aujourd’hui que beaucoup de décisions et décrets seront remis en cause par le prochain gouvernement. Il y a beaucoup de bonnes initiatives qu’on gâche à cause de l’égo personnel et des méthodes inappropriées et qui prennent l’allure de vengeance.

En serinant aux Centrales syndicales et aux prélats du pays qu’ils ne devraient pas s’étonner des reformes en cours, nous n’osons pas croire qu’il s’agisse délibérément de leur manquer de respect et de les prendre pour des idiots, et par de-là eux, ce peuple pour un ignare. Car un projet de société ne peut jamais avoir valeur constitutionnelle et ne peut se réaliser que dans le cadre de notre constitution. C’est illégal que le Conseil des Ministres se substitue au Juge administratif en matière de légalité d’une Grève. L’argent des contribuables ne relève pas du patrimoine personnel du premier citoyen. Le SMIG devrait être relevé depuis des années. Les Centrales syndicales n’avaient rien exigé de cela et avaient affiché leur bonne foi au point où certains les accusaient de connivence avec le nouveau pouvoir. Mais ce dernier, non content d’augmenter les impôts, de procéder à des privatisations à outrances des sociétés d’Etat, multiplie les salaires des gens qu’il nomme selon le seul bon vouloir du premier citoyen. Un prof titulaire gagne avec toutes les primes, et avec 5 enfants à bas âge, 1 600 000 F le mois. Peut-on nous prouver qu’un préfet ne gagne avec les primes 5.000 000 F le mois, un DC 2.000 000 F, un ministre 8.000 000 F le mois ? Quand les Centrales syndicales demandent le relèvement du SMIG, le gouvernement trouve que les caisses de l’Etat ne le permettent pas et prétexte des réformes à faire. Nous agents permanents de l’Etat, nous avons été recrutés par concours et après contrôle minutieux de nos diplômes, sommes prêts pour les sacrifices, mais il faut d’abord savoir qu’un projet de société ne peut pas avoir valeurs constitutionnelle d’une part, et d’autre part, la politique salariale doit respecter notre Devise nationale : « Fraternité, Justice, Travail ». Les nommés par la seule volonté d’un homme ne peuvent pas avoir plus d’importance que ceux qui sont recrutés par voie de concours, car les contraintes ne sont pas les mêmes.

 

VI/ FERMETE PEDAGOGIQUE ATTENDUE

                                  DES CENTRALES SYNDICALES

 Défalquer signifie qu’on ne cherche plus à réaménager le calendrier scolaire, ce qui demandera des sacrifices aux enseignants. Par ailleurs, par quelle alchimie, peut-on savoir qu’un enseignant-chercheur d’université a fait grève ? Chaque année, les normes du CAMES exigent que chaque enseignant atteigne une masse horaire avant que son enseignement ne soit validé. A-t-on expliqué tout cela au Premier Citoyen ? Un enseignant universitaire fait de la recherche afin de mieux enseigner. Indissociabilité donc des deux !

– Un premier citoyen d’une nation doit être respecté. Il n’y a pas lieu de chercher à transiger à ce sujet. Même s’il ne le mérite plus et que l’on doit commencer à se demander si l’on dispose d’un bon spécialiste gériatre dans notre pays, on doit le respecter. Et normal qu’un éthylique soit étique sans éthique aucune;

–  Mais puisque tout semble sentir de la ruse et de la rage désormais, toute défalcation pour motif de grève légale doit être considérée comme une déclaration de guerre, une invitation au soulèvement populaire comme ce qui s’était passé au Burkina Faso et qui libéra ce peuple;

– Pour toute rencontre désormais avec le premier citoyen, les Centrales syndicales doivent avoir droit à la TV de leur choix pour couvrir les entretiens ;

– Aucune rencontre ne serait possible avec le premier citoyen et les Centrales syndicales si et seulement si la première chaîne de télévision nationale retransmette intégralement la dernière rencontre, sans oublier qu’il s’agit d’une chaîne de télévision nationale et qu’on prélève annuellement 1000 F aux salariés pour cette chaîne de TV ;

Puisque la constitution reconnaît le droit de grève aux travailleurs de ce pays, et sans la grève, il n’y aurait pas eu la Conférence Nationale des Forces Vives de la Nation, toute défalcation pour motif de grève légitime autorise les Centrales syndicales à poser désormais comme condition préalable le dégagement du premier citoyen ;

– Car les menaces de défalcation pour motif de grève légale relève de la ruse et de la rage pour leur permettre d’oublier les fonctionnaires et d’augmenter comme bon leur semble les rémunérations de ceux qu’ils nomment d’une part, et d’autre part, pour qu’ils privatisent tout comme bon leur semble, pour qu’ils dirigent pays comme  bon leur semble etc.;

– Car la défalcation et la rétention des salaires, des gens qui n’ont d’autres ressources que leur paye mensuelle, entraîne la dislocation des foyers, des morts de femmes enceintes (Péée azon-ton) etc.,

Car Notre Assemblée Nationale est une Assemblée de « Majorité à géométrie invariable » et l’on ne peut pas toujours compter sur les institutions de contre-pouvoir – et surtout que l’on entend parler depuis un certain temps qu’ils auront bientôt leur Cour Constitutionnelle -, ce peuple ne peut plus compter que sur les grèves, qui nous ont conduit à l’avènement de la Démocratie par la Conférence Nationale des Forces Vives de la Nation, pour sauver sa Démocratie ;

Et c’est pourquoi Attention aux « Députés godillots », qui veulent encadrer les grèves : les grèves sont sacro-saintes dans notre pays, car notre Démocratie étant née de la grève, c’est à la grève de la préserver pour toujours !!! Et Rien ne peut être au-dessus de la grève dans notre pays, car c’est elle qui protège et défend notre constitution, notre Devise et notre Démocratie !!!    

 

CONCLUSION

Reculer devant les menaces de défalcation, c’est lui laisser les coudées franches afin qu’il gère notre pays selon son seul vouloir. La grève doit continuer en respectant la législation en vigueur en la matière et toute défalcation illégale doit être prise comme motif de soulèvement populaire. Pourquoi il ne s’humilie un peu pour diminuer les salaires de ses préfets et de ses ministres ? Et son projet de société doit s’exécuter dans le cadre de notre constitution résumée dans notre Devise nationale : « Fraternité, Justice, Travail ». Nous fonctionnaires, nous n’avons que nos salaires, vous, gros salaires plus des primes dépassant l’entement dans le contexte qui est le nôtre. Rétention ou défalcation constitue un crime, car nos enfants malades, nos femmes et sœurs enceintes mourront à cause de vos reformes qui se mettront au-dessus de notre constitution. Nous n’avons jamais vendu notre pays à quelqu’un pour qu’on nous pratique « Agbadé tché djin na bi » et nous intimer l’ordre de nous taire. C’est la gestion de notre pays que nous confions à quelqu’un selon notre constitution et notre Devise. Trop, c’est trop : « E dé go kpo o, é non hwin wiin kpèdé » ! Le peuple béninois a quelque chose du peuple romain : « Qui se croit au-dessus de lui, s’affaiblit et se condamne ipso facto ».  If faut que tout le monde sente que les caisses de l’Etat ne permettent pas l’augmentation du SMIG ! Car notre Devise est : « Fraternité, Justice, Travail  » et Non « Agbadé tché kpo mè tché lè kpo ton kèdè djin na bi » qui est du « Woun houn hon » exagéré. Rien ne peut être au-dessus de la grève dans notre pays, car c’est elle qui engendra la Conférence Nationale des Forces Vives de la Nation qui engendra à son tour notre constitution et notre Démocratie ! Notre constitution et notre Démocratie ont pour unique génitrice « La GREVE LEGALE ». Aucune distraction avec une vieille, ne doit concerner sa canne. Ruse, Rage, Projet de société, Réformes : Un quidam s’appelle donc « Prowoun » et sa femme « Do-dô »: « A bon entendeur… » Ne ratons pas l’occasion que nous offre le gouvernement lui-même d’en découdre à jamais avec lui.

 

Paulin HOUNSOUNON-TOLIN : – Professeur titulaire des universités de CAMES,

                                                    – Dr en sciences de l’éducation de Paul Valéry

                                     

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