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Le triomphe de la vérité

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Edito: Yayi Boni au pouvoir


Le mouvement de grève à l’Université d’Abomey-Calavi passe à 96 h, non seulement pour les étudiants, mais aussi pour les enseignants. Le campus en débrayage depuis début février, a connu la perturbation des compositions dans plusieurs facultés et écoles et le risque d’une année blanche n’a jamais été aussi aiguë, tant les positions se radicalisent aussi bien du côté de la ministre que des grévistes. Les injures (oui les injures) fusent, les répliques aussi et même en étant optimiste on se demande comment Marie-Odile Attanasso arrivera à dialoguer ne serait-ce qu’avec ses collègues enseignants.
Dans les autres ordres d’enseignement, la situation est tout aussi critique. Hier mardi a démarré la grève de 96h lancée par le Front. Mais déjà dimanche les ministres du primaire et du secondaire ont fait publier un communiqué indiquant que tout enseignant gréviste sera considéré comme démissionnaire. Bien entendu, ces communiqués agitent la menace d’une radiation de la fonction publique. En réalité, cette menace s’ajoute aux défalcations et à la confiscation des salaires perçus par les enseignants comme une injustice intolérable. Pour ceux qui ont suivi la marche gigantesque organisée sur le ministère du plan hier, il est clair que les positions se sont radicalisées. Les enseignants ne cherchent même plus leurs salaires confisqués comme en signe de punition, mais demandent l’application pure et simple de leurs statuts particuliers. Et partout dans le pays, les marches des enseignants et des élèves commencent à tourner à l’émeute.
Le fait est que l’année scolaire tire vers sa fin. Les examens prévus à partir de mai s’approchent dangereusement et tout le monde sait qu’elle deviendra irrécupérable si les cours ne reprennent pas d’ici la fin du mois. Dans trois semaines. Les positions se radicalisent et risquent d’être bientôt inconciliables s’il n’y a pas une médiation digne du nom.
A vrai dire, les conséquences de ces mouvements d’humeur déteignent dangereusement sur la côte de popularité du Chef de l’Etat. Les mesures de défalcations et de privation des salaires, inédites depuis la Conférence nationale, sont perçues comme le fruit d’une intolérable méchanceté au sein d’une population déjà rétive aux réformes. Les propos des membres du gouvernement à l’encontre des enseignants, analysés par l’homme de la rue, sonnent comme les ultimes manifestations d’une gouvernance sans cœur. Les menaces de radiation ne sont pas pour arranger les choses. Peut-on radier 40 à 50.000 agents de l’Etat sous prétexte qu’ils ont fait grève ? Au Bénin, ce serait proprement signer son propre arrêt de mort.
Bien sûr, il y a une bonne frange des Béninois de l’extérieur acquis au régime Talon, qui estiment que le Chef de l’Etat doit user de la méthode forte. Au besoin radier les enseignants grévistes pour faire la leçon à toute la fonction publique. Il en est de même pour une partie des courtisans du Président qui, pour les besoins de la flatterie, lui murmurent ce qu’il veut entendre : qu’il est un dieu venu redresser un Bénin à terre (voire enterré) juste avant son avènement, que les syndicalistes sont manipulés par Yayi et Ajavon et qu’en définitive chaque enseignant rentrera bientôt dans les rangs dès que quelques menaces fuseront. Les enflures rhétoriques aux connotations faussement légalistes jouant sur la corde éculée du droit de grève, viennent ainsi dénaturer un mouvement de grève qui crie au gouvernement l’impérieuse nécessité de trouver rapidement une solution de dégel.
Sans cela, ce qui se passera échappera au contrôle du pouvoir en place. L’année blanche n’a jamais été aussi proche qu’aujourd’hui. Et personne n’en bénéficiera, si ce n’est Boni Yayi qui rêve ouvertement de conduire au parlement l’année prochaine une fournée de députés de l’opposition dans le but très visible d’être le Président de l’Assemblée nationale. Ceux qui en rigolent peuvent prendre un taxi dès ce soir pour écouter ce que disent du Chef de l’Etat les Béninois ordinaires. Et ce qu’ils en disent est inquiétant. Tous ceux qui en doutent peuvent aussi scruter la stratégie de l’ancien président, de Sébastien Ajavon, Nicéphore Soglo et toute l’opposition qui n’attend qu’une année blanche et les troubles majeurs qu’elle apporte pour gagner les prochaines législatives. Déjà aujourd’hui, même sans année blanche, il faudra une stratégie tout droit descendue de la planète Mars pour que la mouvance remporte ces élections l’année prochaine.
Les crises des Etats ont le mérite de révéler les vrais leaders. Patrice Talon a désormais l’occasion d’empêcher la chute de l’école béninoise, en faisant arrêter les flagorneries va-t-en-guerre de son entourage. Il a le devoir de sortir la tête haute en faisant des concessions qui le grandissent, tout en initiant un dialogue responsable avec les grévistes. A défaut, il verra le retour en force de l’ex-Président qui rêve de vengeance.

Par Olivier ALLOCHEME

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