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Le triomphe de la vérité

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Edito: Le Bénin est un pays pauvre


Ce titre a l’air d’une banalité absolue, mais il sous-tend l’affreuse réalité que nous ne regardons que d’un œil distrait : le Bénin est un pays pauvre.
Partons des chiffres simples. Au niveau du Produit intérieur brut par habitant, par exemple, le pays occupe le trente-troisième rang en Afrique (sixième sur quinze pays en Afrique de l’ouest)avec 2 200 dollars par habitant et par an. En haut de l’échelle, il y a la Guinée Equatoriale qui caracole en tête, avec 38.700 dollars par habitant et par an, loin devant notre pays. En 2016, le rapport du PNUD sur l’indice de développement humain (IDH) classe le Bénin au 32ème rang en Afrique (soit 166ème sur 188 pays dans le monde).De même, le «Legatum Prosperity Index» publié en 2016 a évalué 149 Etats suivant la prospérité qu’ils génèrent. Ici, le pays se classe 28ème en Afrique, 128ème sur les 149 pays classés.Malgré la croissance économique, note le Legatum Institute, la qualité de vie de la population béninoise ne s’est pas améliorée. Le tiers de la population vit sous le seuil minimal de pauvreté. Et en effet, environ 36% des Béninois vivent avec moins d’un dollar par jour.
Prenons maintenant le rapport mondial sur le bonheur 2017. Six critères servent à classer les 155 pays étudiés: produit intérieur brut par habitant, espérance de vie en bonne santé, liberté, générosité, aide sociale et perception de la corruption dans le gouvernement ou les affaires. Sur les 155 pays étudiés, les dix derniers sont le Yémen, le Soudan du Sud, le Liberia, la Guinée, le Togo, le Rwanda, la Syrie, la Tanzanie, le Burundi et la République Centrafricaine. Le Bénin était 35ème en Afrique Bénin, 143èmemondial. Si environ 74% des Béninois ont accès à l’eau potable, on n’oubliera pas qu’il y en a au moins 26% qui restent encore sans ce bien précieux. Et que, malgré tous les efforts, seuls 40% des habitants de ce pays ont accès à l’électricité. Ce qui signifie que la majorité des Béninois vivent encore au XXIème siècle sans électricité. J’en conviens, tout ceci parait décourageant, mais c’est l’état actuel du pays, et nul ne devrait l’ignorer.
Il y a deux tendances qui se dessinent lorsque les Béninois évoquent ces chiffres et ces réalités. Il y a ceux qui s’en moquent. C’est la tendance majoritaire au sein des élites. Elle est faite de ceux qui sont en ville ou dans les bureaux climatisés et qui ne voient la réalité dont nous parlons qu’à la télé ou quelques rares fois, lorsqu’ils se déplacent au village.C’est le lot des fonctionnaires et de toute l’élite rassasiée qui ne connait ni la faim ni la pénurie et qui ignore même qu’à Cotonou, il y a plus de pauvres que de riches. A ceux-là s’ajoute le monde scolaire et universitaire qui prend la situation du pays comme un objet de dérision. Je serai toujours opposé à la façon dont on enseigne cette matière sur les économies dites dominées aux élèves des classes terminales. Le propos vise à s’apitoyer sur le pays au lieu de susciter la saine révolte et une sincère volonté de nous en sortir. Si beaucoup de jeunes sortis des lycées tentent de partir du pays après leur Bac, cela est surtout dû à cette image misérabiliste qu’on leur donne de leur pays, au lieu de construire en eux un désir volcanique de saisir les opportunités qui s’offrent ici.
La deuxième catégorie, ce sont ceux qui sont pris au piège de la pauvreté et, surtout, ceux qui, bien que n’étant pas aussi pauvres, sentent les souffrances de leurs concitoyens qui sont dans ces souffrances. C’est d’eux que viendra (et vient en définitive) la révolte saine, et surtout salutaire, qui nous sortira du guêpier.
Bien sûr, il y a la question que tout le monde se pose : comment en sommes-nous arrivés là ? Pourquoi n’avons-nous pas trouvé depuis 1960, le moyen de nous en sortir ? Et mon observation m’a montré que, pour qu’un pays pauvre sorte de sa pauvreté, il faut (en dépit de tout) un leadership visionnaire et responsable, qui dispose des pleins pouvoirs pour faire avancer le pays. Ainsi est-il du Rwanda, du Botswana, du Lesotho ou même du Ghana. Ne parlons même pas de la Chine, de la Thaïlande, etc. Puis-je dire ajouter un mot ? La démocratie, telle que nous la pratiquons au Bénin, est de nature à tuer ce type de leadership. Et le développement, par ricochet.

Olivier ALLOCHEME

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