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Le triomphe de la vérité

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Edito: Les militaires sont-ils vraiment des Béninois ?


Le mercredi 06 janvier 2016, le caporal Mohamed Dangou, de retour de mission onusienne en Côte-d’Ivoire, a été abattu au Camp Ghézo de Cotonou. Sa mort fait suite à une revendication mouvementée d’avantages concédés par l’ONU. Sa mise aux arrêts de rigueur au Camp Ghézo de Cotonou, sera suivie des événements malheureux ayant abouti à sa mort par balle le 06 janvier 2016. Deux années plus tard, le corps du caporal est toujours à la morgue. Dans sa décision Dcc 16 – 115 du 28 juillet 2016, la Cour Constitutionnelle a condamné cet acte qui s’apparente à un assassinat. Jamais aucun syndicat ni centrale syndicale n’a fait grève dans ce pays pour défendre le militaire. Ils l’eurent fait d’ailleurs que leurs syndiqués leur auraient posé une question légitime : « Pourquoi voulez-vous défendre des gens qui savent, de par leur métier, qu’il leur est interdit de manifester pour réclamer des droits ? » Car au sein de l’armée, chacun sait que, même les droits les plus légitimes doivent être revendiqués sans manifestation et sans grève. Personne au Bénin ne s’est demandé si notre démocratie devrait empêcher les militaires de jouir du droit de grève. Elle doit les en empêcher, parce que toute grève des militaires contient un péril pour le peuple. Tout citoyen qui accepte, malgré ces restrictions, d’aller servir sous les drapeaux, sait avant même d’y aller qu’il n’aura jamais le droit de grève. S’il tient à faire grève, il le sait lui-même, il renonce au métier des armes.
Il en est de même pour la récente loi portant statut particulier de la police républicaine. En son article 71, cette loi adoptée en décembre 2017 indique clairement ceci : « Les fonctionnaires de la Police républicaine sont tenus d’assurer leurs missions en toutes circonstances et ne peuvent exercer le droit de grève. » Il ne s’est trouvé personne, ni les syndicats de la police, ni même les autres centrales syndicales, pour remettre en cause cette loi votée par l’Assemblée nationale. Il en est de même pour la loi 2011-25 du 26 septembre 2011 portant Règles générales applicables aux personnels militaires, des forces de sécurité publique et assimilés. Elle dispose clairement en son article 9 : « Les personnels militaires des forces de sécurité publique et assimilés sont tenus d’assurer leur mission en toute circonstance et ne peuvent exercer le droit de grève ». Et c’est en vertu de cette loi que ni les douaniers ni les personnels des Eaux, Forêts et Chasses n’ont le droit de grève aujourd’hui au Bénin. Si donc un Béninois décide, en toute connaissance de cause, d’aller servir dans ces corps, il aurait alors volontairement renoncé à l’exercice de son droit de grève.
Et personne au Bénin ne comprendrait qu’un policier par exemple réclame ce droit, étant entendu qu’il fait partie des corps régaliens de la République, qui assurent et protègent la sécurité de tout le monde. L’existence même du Bénin en tant qu’Etat en dépend. Ainsi, cela n’enlève rien à notre démocratie. Au contraire, cela en fait une démocratie dans laquelle nous comprenons tous que certains droits peuvent être légalement supprimés pour la sauvegarde de l’intérêt général.
Si cela n’est pas possible, imaginez que les militaires assurant la sécurité de nos prisons décident d’aller en grève, sans service minimum. Nous aurions nous-mêmes livré dans la nature des milliers de prisonniers dont certains sont des criminels endurcis.
Dire donc que les magistrats et les agents de santé payés par nos impôts n’ont pas le droit d’aller en grève, c’est dire que ces deux secteurs, jouent un rôle central dans la survie même du pays en tant qu’Etat. Et nous venons de voir que leur cas est loin d’être unique puisque dans ce même pays, des citoyens, qui ne sont pas moins citoyens que d’autres, ont été privés de ce droit, sans que personne ne réagisse.
J’ai donc de la peine à croire les arguties pseudo-juridiques de certains « experts » qui tentent de nous faire croire que la restriction de ce droit pour certains citoyens est une atteinte gravissime à la démocratie béninoise. Dans ce pays, et sans que personne n’en soit offusqué, les militaires et les policiers, se sont vu délaissés de ce droit, sans qu’aucune démocratie n’en soit pour autant bafouée.
Deux mots avant de finir : si donc un magistrat sent qu’il lui est impossible de vivre sans droit de grève, il sait déjà ce qu’il lui reste à faire…Il y a dans ce pays des milliers de jeunes juristes compétents qui ne veulent aucunement d’un quelconque droit de grève.

Par Olivier ALLOCHEME

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