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Le triomphe de la vérité

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Edito: La léproserie nationale


Est-il vrai que le parlement béninois est la plus grande concentration nationale de la corruption ? Cette question revient une fois de plus sur le tapis, avec ce qu’il est désormais convenu d’appeler « affaire Atao Hinnouho ».

Dans cette affaire, on note qu’un député s’est prévalu de son titre de parlementaire pour faire obstruction à une enquête policière qui ne touchait du reste que l’un de ses proches. Et la perspicacité de la police a permis de découvrir qu’il est à la tête d’une entreprise frauduleuse de grande envergure. Député et fraudeur depuis plusieurs années, il n’est plus l’exemple de probité que le peuple est en droit d’exiger de ceux qui votent nos lois. Le député devrait en effet incarner un modèle de distinction sociale et de rectitude morale. Les lois qu’il vote peuvent bien nous amener en prison ou faire fermer une entreprise. Et pourtant, ce qui se passe aujourd’hui semble créditer l’opinion de ceux qui estiment que notre parlement est devenu le refuge de la pègre.

L’affaire PPEA II avait  déjà jeté un énorme discrédit sur l’Assemblée nationale. Même sans aucune mise en examen dans ce dossier, le député Barthélémy Kassa avait été perçu comme celui qui profite de l’immunité parlementaire pour se dérober à la justice. Les manifestations du parti communiste du Bénin contre cet élu, ont montré les ressentiments d’une partie de l’opinion à son égard, et plus généralement vis-à-vis de l’institution parlementaire. Avec les frasques de la récente tentative de révision de la constitution, certains parlementaires nous ont donné à voir les aspects peu connus des coulisses de notre assemblée nationale. Dans l’opinion, Rosine Soglo et Gildas Agonkan ont confirmé avoir reçu de l’argent dans le cadre du projet. Bien sûr qu’il fallait nuancer pour dire qu’il s’agissait de frais de vulgarisation et de popularisation prévus  par le parlement lui-même à cet effet. Mais dans une bonne partie de l’opinion, cette subtilité ne passe pas. Les députés auraient donc reçu des millions pour voter la révision constitutionnelle. Ce n’est pas un scandale, c’est une explosion nucléaire dans la conscience nationale.

Et sont venues s’ajouter d’autres scandales qui s’entassent et s’entassent encore, scandales  dans lesquels des députés sont impliqués. Y compris celui du siège de l’institution elle-même dont la construction est entachée d’odeurs de fraudes commises par des députés. On pourra résumer l’affaire en une phrase : ils sont si corrompus qu’ils ont réussi à bloquer la construction de leur propre siège !

Si leur image est si dégradée, les députés béninois le doivent en partie à la qualité de l’électorat béninois. Les deux principaux facteurs de mobilisation électorale dans ce pays n’ont rien à voir avec la probité, la qualité des idées ou même la force d’une réussite inspirante. Ce qui fait voter les Béninois dans leur immense majorité, c’est d’abord le facteur ethnique et/ou régionaliste. Depuis toujours, les Béninois ne votent en grande majorité que pour ceux qui sont de leur ethnie ou de leur région. Deuxième facteur : l’argent. Il devient déterminant notamment lorsque les concurrents présentent les mêmes déterminants identitaires. L’argent devient alors et presque toujours le facteur qui vient départager. Tout le monde trouve anormal qu’un acteur politique ne puisse pas donner des ustensiles de cuisine, des groupes électrogènes, des cahiers  ou des livres d’école, qu’il ne soit pas capable d’offrir quelque chose pour toutes les funérailles ou les mariages pour lesquels ses électeurs amènent quotidiennement des invitations.  On s’indigne lorsqu’il ne répond pas en cas d’ordonnances à payer, pour une dette à honorer ou une affaire à régler. Le député béninois reste un assistant social. Et c’est en l’étant qu’il peut conserver son aura au sein de son électorat. Le leader politique qui ne le fait pas doit avoir des satellites auxquels il donne les moyens de le faire en son nom. Sinon, il n’ira nulle part.

Vous n’avez aucune chance de voir partir du jeu politique ceux que l’on accuse aujourd’hui d’être des députés corrompus ou indignes du parlement, s’ils ont suffisamment de ressources à offrir  à leurs électeurs. Et pour y parvenir, il faut bien qu’ils se créent des sources d’enrichissement.  Les raccourcis macabres ou ténébreux sont des outils de satisfaction d’un électorat inculte et vorace.

Oui, les députés béninois ne représentent pas vraiment l’idée noble et vertueuse que nous nous faisons des qualités morales d’un parlementaire. Mais ils sont à l’image  de l’idée que les électeurs, dans leur vaste majorité, se font de leurs leaders politiques : des bienfaiteurs autorisés à être véreux.

Par Olivier ALLOCHEME

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One thought on “Edito: La léproserie nationale

  1. ATTINGLI

    bonjour j’ai recherché la page 5 de votre numéro 1874 du 18 Décembre 2017. aidez-moi s’il vous plaît . d’avance merci

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