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Le triomphe de la vérité

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Système éducatif béninois: L’état des lieux qui impose une nouvelle architecture


L’appel à un système éducatif plus approprié pour sauver l’avenir de ces apprenants en formation

Le système éducatif béninois se meurt, faute de son actualisation. Il regorge assez de dysfonctionnements auxquels les acteurs devront répondre. Le diagnostic suivant nous fait le film de notre système éducatif.

Depuis 2006, le Bénin a mis en œuvre son premier Plan Décennal et de Développement du Secteur de l’Education (Pddse) dont les objectifs ont été réactualisés en 2013 à la suite de son évaluation à mi-parcours et de l’audit institutionnel, organisationnel et fonctionnel. Aujourd’hui, du contexte démographique et économique à la gouvernance, en passant par la qualité de l’efficacité interne et externe, le financement et l’accès à la scolarisation, le constat le présente dans un état déplorable sur la forme comme le fonds. Le système éducatif béninois est simplement en ruine. C’est ce qui ressort de l’état des lieux dressé.

Démographique inquiétante au fort taux de scolarisation
L’état actuel du système éducatif béninois présente une situation démographique menaçante. Les chiffres révèlent que de 2013 à 2030, le système connaitra une augmentation de 42% de la population scolarisable avec une croissance moyenne de 2,1% par an contre 3,2% entre 2002 et 2013. En 2030, 30,1% de l’ensemble de la population scolarisable aura l’âge du primaire (6-11 ans) contre 35% en 2013. Une baisse de la scolarisation primaire sera contrebalancée par l’accroissement de la population post éducation de base (16-18 ans et 19-23 ans) qui passera respectivement de 11,3% et 16,7% en 2016 à 13,0% et 21,7% en 2030. De ce tableau, il convient de retenir que la pression démographique sera moindre mais la demande quantitative et qualitative sera forte surtout pour la population post éducation de base et universitaire. A l’origine de la situation démographique ‘’agressive’’, la hausse des taux de scolarisation entre 2011 et 2015 dans un système pyramidal. En réalité, les statistiquesrévèlent que les effectifs ont connu une montée rapide avec comme statistiques 39% pour la maternelle, 41% pour le secondaire général et 30% pour le supérieur. Dès lors, on retient que l’effectif de l’éducation alternative passe de 582 en 2012 à 4.490 en 2015. En revanche, l’effectif de l’enseignement et la formation technique et professionnelle baisse de 6 à 8 % alors qu’il est la 2ème priorité après le primaire qui concerne la tranche d’âge à forte croissance d’ici à 2020.

Une déperdition scolaire qui appelle àl’éducation non formelle

Les taux brut d’accès au primaire sont élevés de 141% en 2015. Il se dégage que seulement 74% arrive en 3ème et moins de 20% arrivent en terminal. Les précisions sur la situation au niveau des adolescents informent que 27% des 9-17 ans sont hors de l’école dont 20% n’a jamais été scolarisé. A ce niveau, des disparités existent selon le genre. Les statistiques font savoir 39% de filles en 3ème contre 51% de garçons. Cette disparité est liée à un fait social, le niveau de vie de certains parents. En réalité, le niveau de richesse montre 68% d’accès au primaire et 39% d’achèvement pour les plus pauvres contre 94% et 79% pour les plus aisés. Tout comme le niveau de vie qui reste un facteur d’une part, le milieu en est également d’autre part. Et pour preuve, aujourd’hui au Bénin, le département de l’Alibori et les zones lacustres enregistrent les plus bas taux de scolarisation. A la lecture de ce tableau, il ressort que le problème de l’équité reste prépondérant à l’école. L’éducation non formelle doit constituer une alternative. D’où la pertinence d’une part, de passer d’un schéma pyramidal de l’offre éducative à un schéma rectangulaire pour une approche plus inclusive et, d’autre part, d’envisager des mesures supplémentaires d’équité et de justice sociale pour certaines zones et certaines catégories sociales.

Les diplômes ne garantissent pas toujours l’emploi
Aujourd’hui, s’il y a un fait qui n’encourage plus parents et apprenants, c’est la finalité des études. Les produits mis sur le marché de l’emploi n’arrivent pas à être consommés. Si bien que très tôt beaucoup jettent l’éponge et préfèrent rester à la maison sans rien entreprendre. Finalement, on conclure que l’école ne favorise pas l’accès à l’emploi. A cet effet, ils ont recours au secteur informel. En réalité, 61% de la population active n’a jamais été à l’école. Et parmi ceux qui ont fréquenté l’école, la majorité s’est arrêtée après l’éducation de base. Le secteur informel emploie 91% des actifs en 2015 contre 93% en 2010. En conclusion, ces données confortent la nécessité d’accorder plus d’importance à l’éducation alternative, l’alphabétisation et l’éducation des adultes ainsi qu’à la formation technique et professionnelle (éducation non formelle). Il faut travailler à donner un nom professionnel à une partie du secteur informeldont beaucoup d’activités peuvent être réorientées. Au-delà de tout, la situation pose le problème de l’efficacité interne et externe. Car, le socle de la formation doit être solide avant d’être renforcé au secondaire puis au supérieur. Les constats révèlent la faible qualité des acquis avec près de 50% d’élèves de CM1 sans acquis attendus. De la même façon, il se dégage la faible qualité de la formation des enseignants au primaire comme au secondaire sans oublier la mauvaise répartition des enseignants avec un déséquilibre entre régions et établissements et l’offre éducative qui n’est pas adapté à la demande du marché.

Education financée, ressources mal gérées
L’école est chère dans le public comme dans le privé. Le coût de l’école et le financement du système éducatif béninois ne posent pas problème mais laisse à désirer. On constate que l’éducation est plutôt bien financée mais, il y a un problème de gestion des ressources. Selon les données statistiques, de 2010 à 2015, il y a eu une augmentation de 34% des dépenses totales. L’éducation absorbe 32% des ressources publiques selon le Pddse 2006-2015. Les dépenses salariales sont de 68% dont 59%, pour les enseignants et9% pour le personnel d’appui. Quant aux dépenses de fonctionnement, elles sont de 23% soit 12% au préscolaire à 28% au supérieur.Au plan économique, malgré une baisse globale du Produit intérieur brut (Pib) sur les dix dernières années, l’effort national de financement de l’éducation a été maintenu en moyenne avec 30% du Pib contre 25% pour la Cedeao. En synthèse, des mesures d’assainissement des dépenses sont nécessaires et s’imposent pour les 10 prochaines années. Par ailleurs, la coordination sectorielle connait des dysfonctionnements aux niveaux du dispositif de pilotage, de l’application des lois de décentralisation et la gestion des ressources humaines à travers le Système d’information pour la gestion de l’éducation (SIGE) qui peine à se mettre en place. L’entrée en vigueur du Conseil national de l’éducation (Cne), nouvelle formule et le respect des textes sur la décentralisation permettront de pallier cette situation. En perspectives, l’équipe technique a amorcé la phase d’élaboration du modèle de simulation financière pour estimer les coûts au regard des orientations stratégiques et des cibles à atteindre à l’horizon 2030, en harmonie avec la nouvelle architecture rectangulaire adoptée. Cette phase totalement arrimée à de nouvelles orientations, notamment pour les réformes de l’enseignement technique et la formation professionnelle et de l’enseignement supérieur, débouchera sur l’élaboration du plan sectoriel de l’éducation post 2015, proprement dit.

Emmanuel GBETO

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