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Le triomphe de la vérité

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Edito: Kèmi Séba et notre droit à la révolte


Lorsqu’en 1958, la Guinée de Sékou Touré avait arraché son indépendance à la France, le général de Gaulle lui en fit voir de toutes les couleurs. Le pays a été inondé de faux billets pour déstabiliser la nouvelle monnaie, le franc guinéen. Les bâtiments coloniaux, les écoles, les routes et les rails ont été éventrés et rasés pour servir de leçon à tous ceux qui, de par l’Afrique noire ou même au-delà, pouvaient encore nourrir des tentations d’indépendance. Est-ce ce terrorisme d’Etat qui continue d’instiller le tremblement et la panique chez les Africains francophones dès qu’on leur dit qu’ils ont eux aussi droit à la dignité monétaire ? Je m’interroge.
Sans partager les raccourcis populistes de Kèmi Séba, on peut au moins se demander si son combat n’est pas légitime. A ceux qui s’attaquent à ce Béninois (il s’appelle en fait Stellio Gilles Robert Capo-Chichi), arguant qu’il a violé les lois sénégalaises en brûlant un billet de 5000 FCFA, il faut simplement poser la question de savoir si l’esclavage et l’apartheid n’étaient pas parfaitement légaux. Je ne veux donc pas parler de la légalité du geste de Kèmi Séba. Allons au fond du débat.
Revenons à la colonisation. L’Afrique n’est pas la seule région du monde à avoir été colonisée. Presque tous les pays du monde l’ont été, y compris la France elle-même. Mais le problème, c’est l’attitude des élites africaines au sortir de la nuit coloniale. Prenons quelques exemples. Le Laos : Ce pays d’Asie du Sud-Est a été contraint de signer en 1899 un traité de protectorat avec la France. Il finit toutefois par acquérir son indépendance le 19 juillet 1949. Dès cet instant, les dirigeants laotiens changent la langue officielle qui passe du Français au Lao et, en 1954, dotent leur pays d’une nouvelle monnaie, le Kip. Un autre exemple, toujours dans la région, le Vietnam. D’environ 93 millions d’habitants aujourd’hui, le pays a été colonisé par la France à partir de 1858. Mais à partir de 1945, les nationalistes s’engagent dans une longue guerre d’indépendance qui s’achève par l’humiliante défaite française dans la cuvette de Diên Biên Phu en mai 1954 puis en 1973 par la défaite américaine (plus de 58.000 Américains vont y périr, sans compter les quelques 123.303 blessés). Dès l’indépendance, les dirigeants du pays ont changé la monnaie coloniale française, le Piastre, désormais remplacée par le Dong et la langue officielle qui passe immédiatement du Français au Vietnamien. Finissons cette exploration par la Syrie. C’est en 1920 que ce pays a été placé sous administration française par la Société des Nations (SDN). Mais dès 1944, le parti Baas proclame unilatéralement l’indépendance du pays, en s’exposant aux représailles françaises. Deux ans plus tard, la monnaie coloniale française est remplacée par la Livre Syrienne et le Français a fait place à l’Arabe devenu langue officielle. Aujourd’hui en Syrie, le Français reste une langue marginale après l’Arabe, l’Anglais, le Russe et le Chinois.
Lisez donc le philosophe allemand Günther Anders qui a publié en 1956 un ouvrage intitulé « Die Antiquiertheit des Menschen » (L’obsolescence de l’homme). Il y théorise les principes mêmes de la domination des esprits dans les Etats. Günther Anders affirme en effet : « Toute doctrine mettant en cause le système doit d’abord être désignée comme subversive et terroriste et ceux qui la soutiennent devront ensuite être traités comme tels. On observe cependant, qu’il est très facile de corrompre un individu subversif : il suffit de lui proposer de l’argent et du pouvoir. »
Ceux qui, comme Kèmi Séba, ont tenté de lutter contre le système FCFA, ont été soit assassinés (cas de l’économiste camerounais Joseph Tchundjang Pouemi assassiné le 27 décembre 1984, alors qu’il avait publié en 1980 un ouvrage critique sur le FCFA), soit exposés à la manœuvre de l’argent et du pouvoir (cas de l’économiste togolais Kako Nubukpo qui ne succomba pas malgré sa nomination comme Directeur de la Francophonie Economique et Numérique). Contre leurs patries, l’écrasante majorité des élites africaines ont succombé aux attraits de l’argent et du pouvoir.
Regardez vous-même. Adossé à une monnaie forte (l’Euro) qui est un énorme frein aux exportations, le FCFA mérite un autre destin que seuls les Africains courageux et déterminés sont capables de lui apporter. Et c’est bien pourquoi des actions du genre de celles de Kèmi Séba doivent se multiplier et se propager pour nous sortir de la honte et de la lâcheté.

Par Olivier ALLOCHEME

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