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Siaka Coulibaly, Coordonnateur Résident du Système des Nations Unies au Bénin, invité de « Sous l’arbre à Palabre » AU SIÈGE DE L’ÉVÈNEMENT PRÉCIS: « Nous sommes déterminés à soutenir le Bénin »


A pas rassurés, la 107e personnalité, Siaka Coulibaly, Coordonnateur Résident du Système des Nations Unies (SNU) au Bénin, s’installe ‘’Sous l’arbre à palabres’’, l’espace d’échanges par excellence du journal ‘’L’Evénement précis’’. Sans détour, il saisit l’occasion pour faire le point de la coopération entre le SNU et le Bénin. A un an de l’échéance, il dresse un bilan de l’UNDAF 2014-2018, le cadre de coopération actuel entre le SNU et le Bénin. Il en relève des avancées dans plusieurs domaines dont la sécurité alimentaire, l’éducation, la santé et l’environnement. Les 17 Objectifs de développement durable (ODD), et particulièrement, l’accompagnement dont bénéficie le Bénin du SNU pour leur atteinte, constituent le plat de résistance des échanges entre les journalistes et Siaka Coulibay. Représentant du Secrétaire Général des Nations Unies au Bénin, Siaka Coulibaly profite de l’occasion pour éclairer sur le rôle du coordonnateur Résident du SNU. Il explique aussi en détail, le fonctionnement, au Bénin, des 7 agences résidentes du SNU auxquelles s’ajoutent la Banque Mondiale, le FMI et l’Union Postale Universelle (UPU), mais aussi toutes les agences ne pouvant y être représentées. En poste au Bénin depuis juillet 2016, le représentant du Secrétaire général des Nations Unies s’exprime aussi sur le Programme d’Action du Gouvernement (PAG) en cours et certaines réformes pour lesquelles il ne cache d’ailleurs pas son assentiment.

Et si on en parlait

Quels sont les sentiments qui vous animent d’être à la rédaction d’un journal Sous l’Arbre à Palabre ?
Le Système des Nations Unies se réjouit d’être invité dans cet important forum qu’est « sous l’arbre à palabre » que nous apprécions beaucoup. Nous avons déjà lu quelques parutions relatives à cette émission. Lorsque nous avons été invités, nous avons décidé d’y prendre part. D’abord, un sentiment de joie, d’avoir été accueilli par des frères et des sœurs, mais également un sentiment de fierté que la rubrique « Sous l’Arbre à palabre » ait pensé au Système des Nations Unies au Bénin. Cela nous honore.
Le fait d’avoir pu échanger très rapidement avec Monsieur Agognon et de découvrir toutes les personnalités qui sont déjà passées est révélateur. Cela nous réconforte plus sur la notoriété que revêt la rubrique « Sous l’arbre à palabre » du quotidien l’Evénement Précis. C’est vraiment un honneur pour nous de pouvoir prendre part aux discussions.

Que fait le coordonnateur du Système des Nations Unies dans un pays comme le Bénin et comment on peut percevoir le fonctionnement des agences?
Je voudrais d’emblée indiquer que le coordonnateur du Système des Nations Unies dans un pays comme le Bénin est avant tout le représentant du Secrétaire Général des Nations Unies. Le Coordonnateur Résident est porteur d’une lettre de créance signée du Secrétaire Général des Nations Unies qui est remise au chef de l’Etat du Bénin. Donc, c’est sous ce serment que le Coordonnateur Résident du Système des Nations Unies prend fonction. Mais également, il est celui qui facilite le dialogue entre le Système des Nations Unies et le Gouvernement. Il assure la synergie et la cohérence des interventions des agences du Système des Nations Unies dans le pays, mais facilite également le dialogue entre le Gouvernement avec tous les Partenaires Techniques et Financiers qui interviennent au Bénin. C’est fort de tout cela qu’on l’appelle le Coordonnateur. Parce qu’il coordonne l’ensemble des activités opérationnelles des Agences du Système des Nations Unies au Bénin. Il est aussi Représentant Résident du PNUD.
S’agissant du fonctionnement des agences, il convient de noter que depuis 1997, suite à un certain nombre de réformes au niveau des Nations Unies, nous élaborons en collaboration avec le Gouvernement et les autres parties prenantes au processus de développement, une stratégie de coopération que nous appelons communément UNDAF sous l’acronyme anglais ou PNUAD, c’est-à-dire le Plan cadre des Nations Unies pour l’Assistance au Développement dans les pays. L’UNDAF est un cadre sur cinq ans qui est signé entre l’ensemble des agences du Système des Nations Unies et le Gouvernement. C’est sur la base de ce cadre que nous intervenons.
En terme de fonctionnement, nous avons au Bénin, sept (07) agences résidentes qui sont : l’UNICEF, le PNUD, l’UNFPA, l’OMS, la FAO, le PAM, l’ONUSIDA. Mais à côté de ces 7 agences, nous avons aussi les institutions de Breton Woods que sont la Banque Mondiale et le FMI. De façon active, nous avons ici au Bénin, l’Union Postale Universelle (UPU) qui est aussi une entité affiliée aux Nations unies. Mais à côté des agences résidentes, j’assure également l’interface entre toutes les agences ne pouvant pas être représentées ici, mais qui sont actives avec le Gouvernement du Bénin. Dans ce cadre nous avons des agences comme le BIT (Bureau international du travail), l’OIM, l’UNESCO, le HCR, la CNUCED, l’ONU-Environnement, l’Agence Internationale de l’Energie Atomique et bien d’autres. Toutes ces agences entretiennent directement des relations avec le Coordonnateur Résident du Système des Nations Unies pour la mise en œuvre de leurs actions sur le terrain. Voilà comment le Coordonnateur fonctionne et les agences avec lesquelles il travaille. Chacune de ces agences dispose de mandat spécifique.
Vous verrez par exemple que le PNUD travaille beaucoup plus sur tous les aspects de croissance économique inclusive, mais également sur les aspects d’environnement, de gestion des crises, de réduction des catastrophes, de la gestion des changements climatiques et de gouvernance. Une agence comme l’UNICEF travaille essentiellement sur la protection sociale, l’éducation et le droit des enfants. L’OMS, beaucoup plus sur les aspects de la santé et de renforcement du système de santé. La FAO et le PAM, en tant qu’agences, travaillent de façon synergique sur les aspects liés à la sécurité alimentaire, à l’agriculture, l’alimentation mais également des aspects de nutrition. Une agence comme l’l’UNFPA, est focalisée sur l’égalité entre les sexes, mais également aussi tous les aspects touchant aux violences basées sur le genre et les éléments de planification familiale. L’ONUSIDA par contre travaille sur tout ce qui est riposte à la pandémie du VIH-SIDA. La plupart de ces agences ont des mandats spécifiques. Ce qui est important comme je l’ai dit d’entrée, c’est que ces agences travaillent dans le cadre bien défini de l’UNDAF en lien avec les mandats de chacune d’elles, pour asseoir une synergie dans leur intervention, de telle sorte que cela puisse être vraiment bénéfique pour les populations béninoises.
Nous avons aussi des instruments que nous utilisons. Au niveau du programme, nous avons ce que nous appelons « programme-management » qui est une instance de discussion entre tous les chefs de programme des différentes agences. Ils se réunissent de façon régulière presque chaque mois pour faire le point sur les différentes interactions et les perspectives. Egalement pour nos interventions, nous essayons d’aller sur la base de programmes conjoints. Récemment au mois de juillet 2017, nous avons signé avec le Gouvernement un programme conjoint avec le Comité National de lutte contre le VIH-SIDA, la tuberculose, le paludisme et les autres maladies sexuellement transmissibles, un programme conjoint avec l’ONUSIDA qui va se charger de la mise en œuvre de cette initiative. Mais déjà au nord du pays, plus précisément à Malanville et Karimama, nous avons un programme conjoint sur la nutrition et la sécurité alimentaire. Mais au-delà de nos interventions sur le terrain, nous apportons aussi des appuis-conseils au Gouvernement. Dans ce cadre, nous avons un programme conjoint sur le système statistique. Cela est fait en étroite collaboration avec les structures nationales de la statistique, l’INSAE au niveau de ce pays.
Mais comme les ressources dont dispose le Système des Nations Unies émanent des contributions des Etats membres, nous mettons en place un système de rationalisation en termes d’exécution de nos ressources financières. Nous avons développé des instruments comme le BOS (Business Operations Strategy ) qui permet une harmonisation et une simplification des différents services d’opérations nécessaires pour la mise en œuvre du Plan-cadre des Nations Unies pour l’assistance au développement (UNDAF). A titre d’exemple, nous avons, grâce au BOS, mis en place des accords de long terme avec des agences de voyage, des sociétés de transit, les Banques de la place et la mise en place de système de procédures Fast-Track pour le procurement, pour rationaliser nos coûts de transaction afin que les dépenses administratives soient utilisées de manière rationnelle pour que le plus important de nos ressources aille vers les populations béninoises.
De façon globale, le Système des Nations Unies, à travers l’UNDAF, a une enveloppe de, pratiquement, trois cent millions de dollars sur une période de cinq ans avec une mise en œuvre qui est très avancée et qui est aussi en étroite collaboration avec les autres Partenaires Techniques et Financiers.

Vous fonctionnez donc comme une machine ou un générateur ?
Oui, je pourrai le dire. Mais seul, ce n’est pas très évident, c’est toute une équipe dynamique de Chefs d’agences qui est derrière et travaille avec moi. Car nous avons une instance appelée Equipe pays des Nations Unies (UNCT) composée de tous les chefs d’agence du Système des Nations Unies qui se réunit tous les 2ème mercredi de chaque mois pour discuter sur l’état d’avancement de nos programmes, identifier les goulots d’étranglement et proposer de manière collégiale les approches de solution. Je joue véritablement un rôle de facilitateur, de coordonnateur, avec l’appui de ces chefs d’agences. Une instance comme le Senior Management Team (SMT) se réunit également sur les aspects de sécurité et du staff.
Je tiens aussi à préciser que nous avons une instance de dialogue au niveau des chefs de missions diplomatiques, notamment partenaires techniques et financiers au Bénin. Dans ce cadre, depuis quelques mois, je représente le chef de file de ces chefs de missions diplomatiques au Bénin et nous tenons des réunions régulières dans le cadre des politiques et de la coordination de l’aide au développement.

Quel bilan pouvez-vous nous dresser de l’UNDAF 2014-2018, entre le Bénin et les Nations Unies ?
Je veux d’abord parler du processus de l’UNDAF. L’UNDAF comme je le disais tantôt, est le document cadre de la coopération entre le Système des Nations Unies et le Bénin. Son élaboration suit une démarche bien précise. C’est-à-dire qu’avant que nous n’arrivions à cet instrument, nous faisons premièrement ce que nous appelons le Bilan Commun de Pays (BCP). Ce Bilan Commun de Pays est une phase au cours de laquelle nous échangeons entre les partenaires nationaux, les partenaires internationaux, la société civile, bref tous les acteurs au développement pour essayer d’identifier les défis du développement au niveau d’un pays comme le Bénin, mais aussi les contraintes liées à ces défis, les opportunités qui peuvent permettre d’apporter des éléments de réponse à ces défis.
C’est après cette étape que nous élaborons les priorités stratégiques que les Nations Unies devront adresser dans le pays, mais toujours en lien avec les priorités nationales. Et ceci est très important, parce que l’agenda que nous poursuivons vise à apporter notre contribution à la réalisation des priorités et des objectifs nationaux identifiés dans les documents de planification nationale. Le SNU est aligné sur les priorités nationales autour desquelles sont articulées nos interventions. C’est à la suite de tout cela que nous aboutissons à ce document qui est le plan cadre des Nations Unies pour l’assistance au développement, communément appelé UNDAF. Lorsqu’il est fait, il est adossé à ce cadre, une matrice, qui est un cadre de résultats de ressources et de suivi et d’évaluation. Parce qu’en matière de développement, les résultats ne sont pas toujours immédiats. Nous les regardons non seulement en termes de résultats escomptés, mais aussi en termes d’effets. Pour cela, nous avons pour les priorités et pour les axes qui sont élaborés, ce que nous appelons des effets que nous essayons de suivre. Quand on parle de réduire la pauvreté par exemple, cela ne va pas se faire sur une année. Cette réduction se fait peut-être sur deux, trois, quatre, voire cinq ans. Donc, il faut suivre et examiner l’effet et voir comment cet effet a pu avoir des impacts.
Au regard de tous ces développements, nous pouvons dire qu’il y a eu des avancées, parce que nous avons eu, l’année dernière déjà, ce que nous appelons un comité de pilotage qui est une instance de suivi de Haut niveau de l’UNDAF, présidé par le Ministre d’Etat en charge du Plan et moi-même. Au cours du dernier comité de pilotage qui a connu la présence de près de sept à huit ministres, nous avons examiné la tendance de mise en œuvre de l’UNDAF, et identifier ensemble les défis à relever. Nous pouvons dire que dans l’ensemble, nous sommes sur la bonne tendance, parce que quand nous regardons la croissance inclusive et l’emploi par exemple, nous pouvons dire que le Système des Nations Unies a contribué, au niveau de ce pays, à apporter une réponse à l’emploi, notamment des jeunes, mais aussi et surtout avec une emphase particulière sur les femmes. Nous avons travaillé sur des projets comme le projet de la promotion de l’entreprenariat agricole pour les jeunes. Nous avons accompagné les femmes sur leur autonomisation, à travers ce qu’on a appelé les Business Promotion Centers (BPC) avec l’appui du PNUD. Ces BPC mettent en évidence la manière par laquelle les capacités des femmes devront être renforcées à travers des incubateurs pour qu’elles puissent mieux s’insérer dans la vie active, mais avec une emphase sur les jeunes hommes et les jeunes femmes. Egalement, nous avons travaillé, toujours dans ce domaine, sur les aspects de sécurité alimentaire et d’accompagnement au niveau de l’agriculture avec la FAO.
Vous pouvez voir entre autres, qu’au nord, nous avons des programmes conjoints qui ont permis, depuis déjà deux ans, à travers des transferts qui sont faits aux populations vulnérables, en vue de leur permettre de sortir de l’insécurité alimentaire. En termes de finance inclusive, nous travaillons avec l’UNCDF, (le Fonds d’Equipement des Nations Unies), dont je suis le représentant aussi au niveau du Bénin, sur tout ce qui concerne l’appui des pauvres en termes d’accès à la finance inclusive. Nous nous félicitons d’ailleurs au passage, de voir que depuis quelques moments, le Gouvernement est en train de relancer tout ce qui concerne le microcrédit au plus pauvres, afin de sortir des pans de la population de l’extrême pauvreté.
En matière d’éducation par exemple, nous avons travaillé avec le Gouvernement, à travers des agences comme le PAM et aussi l’UNICEF, sur tout ce qui concerne les cantines scolaires à travers les pays. Vous convenez avec moi que les enfants, lorsqu’ils sont bien accompagnés sur les aspects nutritifs, cela peut contribuer à faciliter leur fréquentation scolaire. Nous avons aussi, avec d’autres partenaires, accompagné la formation des enseignants au niveau du système éducatif. Avec une agence comme l’UNICEF, nous avons eu à travailler sur ce qu’on appelle l’école de la deuxième chance. Vous savez que dans tout système éducatif, et ce n’est pas propre au Bénin, lorsqu’il est déroulé, il y a toujours des enfants qui n’arrivent pas toujours à suivre. Peut-être qu’il y a un certain nombre d’éléments qui expliquent pourquoi ces enfants n’ont pas pu suivre, et voir comment faire pour les remettre encore dans le système scolaire. Ceci est un travail que nous avons fait, et nous pouvons dire, avec tous les autres partenaires techniques et financiers du pays que nous avons contribué véritablement à relever le taux de scolarisation brut dans ce pays, qui est passé aujourd’hui pratiquement à près de 120%, selon les dernières indications de 2015/2016. C’est dire qu’il y a des contributions avérées que nous avons pu apporter dans ce secteur.
En matière de santé, nous travaillons beaucoup plus sur ce qui est maladies non transmissibles et le renforcement du système de santé, sans oublier le VIH sida dont j’ai parlé. Cela se fait avec des agences comme l’OMS et l’UNICEF, également tout le séquençage en termes de vaccination, le Programme élargi de vaccination. Nous avons continué à travailler sur ces aspects et tout cela, de notre point de vue, a pu contribuer à une baisse significative du taux de mortalité infantile dans ce pays. C’est vrai que c’est encore élevé mais, par rapport à des pays de la région, je pense que ce sont des avancées dans ce domaine, vu d’où nous venons. Mais il y a encore beaucoup d’efforts à faire certainement, en termes de mortalité maternelle, même si nous continuons d’assister à tout ce qui est fait en matière de planification familiale avec l’UNFPA, et d’accompagnement au niveau du système sanitaire. Les taux restent encore élevés et des efforts vont se poursuivre dans ce sens en appui au Gouvernement.
Au niveau de l’environnement, nous avons, depuis un bon bout de temps, accompagné le Gouvernement à la formulation d’un certain nombre de stratégies en termes d’adaptation aux effets des changements climatiques. Nous avons aussi accompagné le Gouvernement à la mise en place d’un certain nombre d’agences comme l’Agence Nationale de la Protection civile, en termes de gestion des crises, de réduction des risques et des catastrophes. Surtout, nous sommes en train d’accompagner le Gouvernement en termes de mobilisation de ressources pour pouvoir répondre aux effets néfastes des changements climatiques, en termes non seulement d’adaptation, mais en termes aussi de mitigation. Cela est fondamental quand nous regardons toute l’attention que le Gouvernement actuel accorde au cadre de vie, mais aussi au développement durable. Parce que nous le disons toujours, une croissance peut être forte, inclusive mais il faudrait qu’elle soit durable, respectueuse de l’environnement.

Pourquoi toutes ces actions n’ont-elles pas un impact significatif sur la réduction de la pauvreté ?
On ne peut pas dire qu’elles n’ont pas d’impact, parce que quand vous regardez, du point de vue global, dans le monde, il y a à peu près 250.000 personnes qui sont, chaque jour, sorties de la pauvreté. Et depuis les Objectifs du Millénaire pour le Développement, avant d’arriver aux Objectifs de développement durable (ODD), il y a près de la moitié de la population qui est sortie de la pauvreté. C’est vrai qu’aujourd’hui, en termes de pauvreté monétaire, nous sommes à un peu plus de 40% actuellement au Bénin. Mais en termes de pauvreté non monétaire, il y a eu beaucoup de ces interventions dont je viens de vous parler, beaucoup d’éléments significatifs. Lorsqu’on parle d’éducation, de santé, d’accessibilité des populations à la base aux infrastructures sociales, vous convenez avec moi qu’il y a eu des améliorations. Il faut les poursuivre. Nous pensons aussi que les actions qui sont en train d’être mises en place aujourd’hui, toutes les réformes qui ont été faites par le Gouvernement actuel, mais également aussi avec le Programme d’actions du gouvernement et un certain nombre de plans et programmes qui sont en train de se mettre en place, notamment l’appui au renforcement du capital humain, vont contribuer significativement à la réduction de la pauvreté dans ce pays, même si le taux reste relativement encore élevé. Nous ne pouvons donc pas, catégoriquement dire qu’il n’y a pas eu d’avancée ou qu’il n’y a pas eu d’amélioration. La preuve, l’Indice sur le développement humain (IDH) qui a été élaboré de façon indépendante, avec l’appui du Système des Nations Unies, montre les progrès faits par le Bénin en termes d’indicateur de développement humain. Depuis 1990, il était à un indice de 0,345 pour se situer aujourd’hui à 0,485.Un indice qui ne le met pas très loin de 0,5 et qui situe le pays vers le niveau moyen de l’indicateur. En somme, nous pouvons dire qu’il faut voir la pauvreté sous deux angles, en termes monétaire et en termes non monétaire.

Qu’est-ce qui sera inscrit au titre des priorités dans l’UNDAF à venir ?
Dans un premier temps, comme je le disais, nous avons fait une évaluation de l’UNDAF en cours dont quelques éléments vous ont été mis en évidence. Nous avons pu identifier qu’il y a des éléments qui ont bien marché, il y a des éléments qui nécessitent encore un peu d’efforts, parce que nous sommes des partenaires au développement, mais nous travaillons dans un pays. C’est donc la synergie avec les partenaires nationaux et internationaux qui permet d’aller vers la réalisation des effets escomptés. Sur la base de cette évaluation, en tenant compte des avancées qu’il y a eues, un des fondamentaux pour nous sera de regarder cette évaluation, d’examiner les principes fondateurs au niveau des ODD, mais également de tenir compte des priorités nationales.
Ces priorités nationales, depuis un moment, ont été mises en évidence par le PAG 2016-2021 « Bénin Révélé », avec ses trois piliers que nous allons prendre en considération. Mais, pour ne laisser véritablement personne de côté, comme recommandé dans l’agenda de développement 2030, notre focalisation va se porter sur l’identification des laissés pour compte, en termes de pauvreté, en termes de discrimination, etc., et de pouvoir apprécier le volume de ces personnes-là. On les connaît plus ou moins, mais on peut encore réactualiser les données et examiner les mesures appropriées que nous allons mettre en évidence pour pouvoir les sortir de la trappe de la pauvreté et de toutes les discriminations possibles en lien avec le Gouvernement. Un accent sera porté sur leur autonomisation, mais avec un point particulier sur l’autonomisation des femmes, parce qu’il a été démontré que lorsque les femmes sont renforcées et qu’elles bénéficient d’un certain nombre d’accompagnements, les résultats qu’elles peuvent apporter sont très souvent multipliés par deux. Il y a des effets multiplicateurs.
Une fois ces phases entamées, nous avons déjà engagé depuis le mois de juin-juillet 2017 ce que nous avons appelé le Bilan Commun du pays. Cela nous a déjà permis de relever les défis et les contraintes ainsi que les opportunités pour le développement du pays. Donc, nous attendons la validation de ce bilan. Je tiens à préciser que c’est un exercice d’abord interne au SNU mais que nous avons élargi à toutes les autres parties prenantes au processus de développement de ce pays. Lorsque cela serait validé, nous irons vers un atelier de priorisation stratégique. Cet atelier nous permettra de redessiner véritablement la stratégie pour le pays, en fonction des avantages comparatifs de chacune des agences au sein du Système des Nations Unies à travailler sur un certain nombre de piliers, mais sans être trop distant des piliers dont j’ai parlé tantôt. Par exemple, vous aurez des aspects comme la croissance inclusive, parce qu’il faut générer la croissance économique. Pour nous, il faut qu’elle soit forte, inclusive et durable. Egalement, elle doit être créatrice d’emplois et permettre aux jeunes de véritablement saisir les opportunités de leur insertion dans le tissu économique afin d’apporter leur contribution au développement socio-économique du pays.
Nous appuierons également les questions liées à la gouvernance. Nous travaillons déjà sur la gouvernance politique surtout quand il y a les élections. Par exemple, nous accompagnons, dans tous les pays, au regard de la neutralité dont bénéficie le SNU, les processus électoraux, transparents, clairs et paisibles comme cela a toujours été le cas au Bénin pendant deux décennies. Donc ce sera sur cet angle pour les aspects de consolidation de la paix et de la cohésion sociale. En termes de gouvernance administrative, nous pensons également que toutes les réformes engagées devraient être accompagnées vers un renforcement de la modernisation de l’administration de ce pays.
Un autre volet portera sur l’environnement avec tous les effets dévastateurs des changements climatiques et la gestion des risques et catastrophes naturelles. Sans oublier la phase qui va nous amener vers la promotion de l’équité entre les genres, mais avec une emphase sur l’autonomisation des femmes. Et bien sûr, tout cela va être complété par le renforcement de l’accessibilité aux services sociaux en termes d’éducation, de santé, de lutte contre le VIH Sida, d’accès à l’eau potable et d’assainissement. De façon globale, nous travaillerons sur un instrument qui va être composé d’abord de l’économique, du social, mais également de l’environnement et tout ce qui est lié à la gouvernance, qui nous permettra donc d’asseoir nos axes d’interventions en lien avec les priorités nationales. Mais il faut noter qu’à côté du PAG « Bénin Révélé » en cours d’opérationnalisation, le Gouvernement travaille actuellement sur le Plan National de Développement et sur un Programme de Croissance et de Développement Durable. Le PAG est sur la période 2016-2021, mais comme nous avons aussi dans ce pays une vision, la « Vision Alafia 2025 », il s’agit d’établir les liens nécessaires entre le PAG le Plan National de Développement (PND) et le Programme de Croissance pour le Développement Durable en cours de finalisation de sorte à pouvoir avoir une trajectoire à moyen et long terme du développement à l’horizon. Nous espérons que ces deux documents seront finalisés d’ici septembre 2017 par le Gouvernement.

Accompagnement du Bénin au niveau des ODD
Je voudrais d’abord faire un petit rappel de notre point de départ, parce que nous savons tous qu’on avait les Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD) qui étaient jusqu’en 2015. Donc c’était de 1990, à 2000 puis à 2015. Nous avons eu un tournant décisif en septembre 2015 où quand on regardait la tendance de l’évolution des OMD, les Etats membres des Nations Unies se sont mis ensemble et ont estimé qu’il faut revoir les actions engagées pour accélérer vraiment le processus et réduire la souffrance de nos populations, faire de telle sorte que toutes les formes de discriminations puissent être véritablement annihilées. Dans ce cadre, ils se sont mis d’accord sur ce qu’ils ont appelé ‘’l’Agenda du développement à l’horizon 2030’’. Cet agenda est adossé à 17 0bjectifs de Développement Durable (ODD) qui portent sur le triptyque dont je viens de parler, à savoir l’économique, le social et l’environnement. C’est après cela que les pays ont commencé à faire la vulgarisation de ces ODD. Le SNU au niveau du Bénin, a commencé véritablement à travailler avec le Gouvernement en septembre 2016, sur ce sujet. Nous avons eu un forum de très haut niveau avec le Gouvernement béninois pour aider le Bénin à avoir une feuille de route. Je vous avoue qu’au niveau de la sous-région, cela a été une très bonne approche ayant permis au gouvernement de mettre en place le leadership qu’il entend imprimer à la réalisation des ODD. Sur la base de cette feuille de route, nous sommes en train de travailler avec le Gouvernement sur tout ce qu’il a prévu dans sa feuille de route pour renforcer l’appropriation nationale des ODD à tous les niveaux. Dans ce sens, nous avons eu non seulement des séminaires avec les cadres des ministères, mais aussi, nous avons travaillé avec la société civile, la jeunesse, les parlementaires, les élus locaux, les acteurs du privé et aussi au niveau des Partenaires Techniques et Financiers. Nous avons travaillé avec les radios de proximité où les ODD sont traduits en langues nationales pour permettre leur accessibilité aux populations à la base. Après cette phase d’appropriation qui est continue, nous sommes en train de travailler sur la priorisation et la hiérarchisation des ODD, parce que j’ai dit qu’il y a 17 objectifs qui sont indivisibles. A côté de ces 17 objectifs, nous avons des cibles qui sont au total au nombre de 169. Dans ce cadre, nous avons une batterie d’indicateurs qui permettent donc de pouvoir mesurer l’état de mise en œuvre de ces objectifs et cibles. Au niveau du Bénin, nous avons, avec nos institutions représentées dans la sous-région, notamment le centre régional basé à Addis-Abeba, qui sont venues nous accompagner parce qu’elles ont déjà de leur expérience, appuyé plusieurs pays. Nous avons travaillé sur la base des expériences de ce qui a été fait dans d’autres pays et nous avons pu déjà identifier 49 cibles prioritaires pour le Bénin. De ces 49 cibles, nous avons retenu une centaine d’indicateurs de la batterie des 300 indicateurs relatifs aux ODD. Sur les 100 indicateurs identifiés, 80 sont déclarés prioritaires. Car pour pouvoir mesurer les progrès par la suite, il faudra prendre appui sur certains éléments. Nous devons savoir d’où nous sommes partis (Baseline), et c’est ce travail qui est en cours actuellement et sera bientôt validé par un atelier qui va réunir tous les représentants du Gouvernement, des acteurs de la société civile, du développement, des PTF à Grand-Popo. C’est un accompagnement que nous sommes en train d’apporter au Gouvernement béninois. Mais à côté de cet appui, nous sommes en train également de travailler avec le Gouvernement, surtout à travers l’INSAE, pour mettre en place un cadre de suivi et d’évaluation, parce qu’il faut rendre compte dans la suite et ce ne sera plus comme par le passé.
Enfin, nous ferons le bilan pour voir les progrès enregistrés, les goulots d’étranglement et comment les solutionner pour aller vers des résultats tangibles à l’horizon 2030. Déjà, nous pouvons vous dire que pour des cibles liées à l’accès à l’eau potable, le Gouvernement s’est fixé un délai ambitieux de réalisation qu’est l’année 2021, bien avant l’horizon 2030. Et cela est bien possible, bien entendu grâce aux réformes engagées actuellement par le Gouvernement dans ce secteur. La mise en œuvre de ces réformes permettra de lever un certain nombre de contraintes, telles que la mobilisation des ressources, l’amélioration de la qualité de la gouvernance dans le secteur, éléments essentiels à cette réalisation.
S’agissant de la mobilisation des ressources pour le financement, il faut d’abord compter sur les ressources propres des nations elles-mêmes. Tous ces mécanismes permettront de baliser le terrain et de s’assurer que nous sommes sur la bonne voie et que cette réalisation est bien possible. Avec l’appui des PTF et les communautés à la base elles-mêmes, qui sont bénéficiaires de ces infrastructures, nous pensons que c’est faisable et réalisable. Ce qui se fait également en termes de réformes au sein de l’administration publique est très important. Aujourd’hui par exemple, on est en train d’aller vers une dématérialisation des procédures administratives. Cela va permettre une célérité dans le traitement des dossiers. Désormais, tout sera plus facile. L’autre avancée repose sur les planifications qui sont en train d’être faites. Ne regardons pas uniquement le court terme. Cela est très important d’avoir une vue à moyen et long terme de tout processus de développement. Quand vous prenez un pays comme Singapour, ils ont projeté des perspectives de développement à long terme avec beaucoup de rigueur. Ces projections leur ont permis de suivre un sentier bien défini. Ce sentier avec un certain nombre de réformes, leur a permis d’atteindre des résultats avérés aujourd’hui. Avec la volonté politique qui est bien affichée dans ce pays-ci, les partenaires techniques et financiers ne peuvent qu’accompagner.

Visiblement, le Programme d’Action du Gouvernement vous donne une visibilité dans les actions que vous devez engager
Oui. Le programme d’action du Gouvernement qui a été présenté à l’ensemble des partenaires techniques et financiers du Bénin est bien bâti. Il a trois grands piliers que vous connaissez tous. Nous pensons qu’avec une mise en œuvre nationale, l’accompagnement des partenaires techniques et financiers contribuerait véritablement à lever un certain nombre de goulots d’étranglement et à accélérer la trajectoire pour aller à une réalisation des priorités et engagements du Gouvernement de ce programme. Le SNU s’inscrit bien entendu dans cette perspective d’accompagnement.

Quel est le degré d’investissement que le gouvernement peut attendre de vous ?
Notre cadre de coopération actuel qui couvre la période 2014-2018 intègre bien les priorités de développement du Gouvernement. Cependant, le nouveau cadre qui couvrira la période de 2019-2023, va se focaliser d’abord sur le PAG 2016-2021, mais aussi sur les autres documents de planification nationale et sectorielle. D’ailleurs, nous avons mené des consultations avec les partenaires techniques et financiers afin de mieux accompagner le Gouvernement dans la mise en œuvre du PAG. Dans cette voie, nous apportons notre soutien à la réalisation des priorités et des objectifs assignés par le Gouvernement pour assurer le bien-être des populations béninoises.

Vous avez parlé tantôt de la corruption. Pensez-vous que des actions sont mises en œuvre pour une réduction totale de la corruption au Bénin ?
Comme beaucoup de pays qui l’ont fait, on peut y arriver si nous allons véritablement vers une modernisation de l’administration publique, avec un accompagnement et un renforcement des institutions en place. L’objectif du développement durable, ODD numéro 16 nous invite à cela. Il faut avoir des institutions efficaces qui nous permettent de véritablement aller vers la réalisation de priorités. Je pense que la modernisation de l’administration avec les réformes déjà engagées par le Gouvernement, peuvent être un élément contribuant à l’éradication de ce fléau. Nous avons participé, avec le Gouvernement, l’USAID, l’Union européenne et le PNUD, à un forum national sur la corruption et l’impunité cette année. Ce forum a permis aux différents acteurs d’échanger sur la corruption et l’impunité, son état et impact sur le développement. Il y a eu plusieurs recommandations qui ont été faites pour le renforcement de la gouvernance. En outre, la réédition des comptes et la promotion de la redevabilité constituent un pan important des interventions du SNU. Tout cela peut être des contributions aux efforts actuellement déployés par le gouvernement.

La pauvreté aura-t-elle augmenté, diminué ou sera-t-elle réduite sensiblement à l’horizon 2030 ?
Ça peut sembler ambitieux de réduire la pauvreté en 2030. Mais, d’autres pays l’ont fait pratiquement de ¾ et plus au niveau de l’Afrique. Au niveau du monde, nous avons remarqué qu’un grand pan de personnes vivant dans la pauvreté a été délivré. Lorsqu’on a des équipements en place, avec des approches bien définies en termes de priorisation d’objectifs, avec des cibles bien précises, une volonté politique bien affichée, il n’y a pas de raisons pour ne pas y arriver. Je pense que le Gouvernement actuel est déterminé à aller dans ce sens. Je vous ai donné l’exemple de l’accès à l’eau potable qui est un élément indispensable à l’amélioration des conditions de vie des populations. Souvent, quand on parle de pauvreté, on regarde immédiatement le monétaire. Mais, il faut aussi tenir compte de la pauvreté non monétaire. En termes de développement humain, il faut regarder tout ce qui est choix et la liberté de réaliser le potentiel de chaque vie humaine, notamment en termes d’accès aux services sociaux de base et tout ce qui peut contribuer à l’amélioration du bien-être des populations. Si cette amélioration est réalisée, cela va contribuer nécessairement à la réduction de la pauvreté dans ce pays. Les interventions du SNU sont axées dans cette perspective, en appui au gouvernement avec les autres PTF.

Dans votre intervention, vous avez parlé des problèmes auxquels sont liés les ODD. Pouvez-vous les présenter ?
Dans mon intervention, je parlais des défis liés aux ODD, notamment la mobilisation des ressources. Très souvent, on attend beaucoup de l’extérieur. Il est vrai qu’on doit le faire. Avant la conception des ODD, de grandes concertations ont été faites à Addis-Abeba. Les pays ont identifié une stratégie en termes de financement des ODD. Ce cadre a indiqué qu’il faut s’attendre à une mobilisation des ressources extérieures mais que nos pays doivent aussi regarder en leur sein pour savoir les ressources nationales qui peuvent y contribuer, en somme, la mobilisation de ressources intérieures. Si cela est fait, il peut véritablement contribuer à lever des goulots d’étranglement. Pour moi, le second élément qui est important, est le cadre de suivi et d’évaluation. Je crois que tous nos gouvernants sont en train de travailler dans ce sens. On a souvent de très bonnes stratégies mais on ne dispose pas des indicateurs qui nous permettent de rendre compte de l’état de mise en œuvre ou de l’évolution des résultats ou de leurs impacts. Il faut nécessairement qu’on arrive à résoudre ce problème, à ce que toutes les actions publiques soient évaluées, qu’on voie quels sont leurs impacts et comment on peut les corriger. L’autre élément majeur est l’insertion et l’autonomisation des femmes. Pour moi, c’est une donne qui est fondamentale. Il y a des avancées qui sont faites ici. Avec une bonne coordination de ces aspects dans ce sens, dans le cas du Bénin, il n’y a pas de raisons pour qu’on n’aille pas à la réalisation des objectifs du développement durable. En dehors de tout ça, j’ai aussi parlé de toute la modernisation de l’administration publique qui va pousser vers une gouvernance administrative renforcée.

On entend souvent parler du dividende démographique. De quoi retourne-t-il et qu’est-ce que cela apporte au Bénin ?
Le dividende démographique est une approche sur laquelle tout le Système des Nations Unies et les gouvernements travaillent actuellement. Cela peut sembler complexe lorsqu’on engage les discussions sur ce sujet mais, il faut simplement retenir que le dividende démographique est la croissance économique générée à travers un changement dans la structure par âge de la population. C’est une approche qui permettra d’avoir moins de dépendance en termes de populations, c’est-à-dire des enfants de très bas âge, des personnes très âgées, de plus de 65 ans par exemple, mais au même moment, qu’on dispose d’une population beaucoup plus en âge de travailler. Ce sont ces deux dynamiques croisées qui permettent de générer la croissance économique. Le SNU a eu déjà beaucoup de discussions avec le gouvernement dans ce sens (une discussion en conseil avec le gouvernement), et qui envisage la prise en compte de cette approche dans la politique de développement national. Vous convenez avec moi que lorsqu’on a moins de charges, cela permet de générer des épargnes. Lorsque ces épargnes sont générées, elles permettent de faire beaucoup d’investissements productifs qui contribuent à générer des revenus qui, à leur tour, accroissent la consommation, améliorent le bien-être des populations. Une amélioration qui contribue à la réduction des problèmes en termes de conditions de vie mais aussi à la réduction de la pauvreté. Voici de façon simplifiée ce qu’est le dividende démographique. Ainsi, la dynamique de la population est au cœur de tout processus de développement durable. Dans le cas du Bénin, 2 Béninois sur 3 ont au moins 25 ans (la population compte 2/3 des jeunes). C’est une frange de population importante. Ces jeunes représentent un potentiel de croissance économique à valoriser. Nous pensons donc qu’il y a effectivement un potentiel au niveau du Bénin de pouvoir utiliser l’approche du dividende démographique, pouvoir impulser les retombées qui pourraient y revenir dans ce pays.

Le Bénin a abrité, en juin dernier, le forum africain sur le carbone. Quel est, selon vous, le poids du continent africain sur le marché du carbone ? Le constat est que le fonds vert n’est pas applicable pour l’Afrique qui subit de plein fouet les effets pervers des changements climatiques. Ce qui est un peu injuste
Je suis d’accord avec vous que l’Afrique est l’un des continents qui émettent un faible pourcentage de gaz à effets de serre, un peu moins de 5%. Mais, par contre, il subit de plein fouet les effets des changements climatiques. Quand nous regardons ces deux éléments qui semblent être contradictoires, nous remarquons que les effets des changements climatiques sont effectifs sur l’agriculture, avec 40% de réduction de rendement, des sécheresses, la dégradation des sols, les inondations, la rareté à l’eau pour les cultures, etc. Cela est une approche un peu paradoxale. Cependant, l’Afrique représente un véritable potentiel, en termes de marché de carbone. C’est en Afrique qu’il y a les grandes réserves de forêts qui peuvent être utilisées sur le marché carbone, qui est un marché de mise en évidence à une accessibilité beaucoup plus forte en énergie. C’est-à-dire que beaucoup de pays qui sont de l’autre côté (développés) devraient fournir une partie des ressources pour permettre au continent de s’adapter et mitiger les effets des changements climatiques. C’est fort de cela que s’est tenu le forum africain sur le carbone en juin 2016 au Bénin. C’est une très belle initiative qui a permis à un certain nombre de ministres de l’environnement et du développement durable de la sous-région en la matière, mais aussi à un très grand nombre de praticiens du monde venus à ce forum, de mettre en évidence qu’il y a encore des possibilités en Afrique de pouvoir bénéficier de ce mécanisme propre, en termes de financement de carbone. Je peux dire qu’au cours de ce forum important auquel j’ai participé, les ministres africains ont convenu de trois recommandations majeures. La première était qu’il y ait une plus grande collaboration entre les pays africains eux-mêmes, car c’est en étant rassemblé qu’on peut donner de la voix et coordonner les interventions sous régionales. La deuxième recommandation revient toujours à la problématique du financement. C’est vrai qu’on peut attendre beaucoup des pays pollueurs mais il faut que les pays africains regardent aussi à travers leurs budgets, comment ils peuvent faire une mobilisation de ressources internes, ne serait-ce que pour mitiger et adapter leur développement à la problématique des changements climatiques. Le troisième, c’est que toutes les stratégies, les plans nationaux de développement comme celui qui est en cours d’élaboration ici au Bénin et dont j’ai parlé, doivent nécessairement prendre en compte la dimension des changements climatiques.
Pour revenir au Fonds Vert, là aussi, c’est une préoccupation pour l’Afrique, parce que lorsqu’on regarde cette initiative qui a été mise en place en 2011, je pense que c’est à la conférence de Durban en Afrique du Sud que les pays avancés ont décidé de mettre certaines ressources à la disposition des pays affectés comme les pays en voie du développement, afin de pouvoir répondre à la problématique des changements climatiques. Mais là encore, force est de reconnaître que nous n’avons pas pu au niveau de l’Afrique, mobiliser beaucoup des ressources de cette hauteur-là. Il y a un potentiel de près de dix milliards de dollars pour les pays en développement. Mais, en Afrique, les pays sont encore à moins d’un milliard de dollars US, sinon à peu près à sept cent millions de dollars.

C’est de l’injustice !
Non, ce n’est pas de l’injustice en tant que telle, mais cela met en évidence le fait que nous devons nous mobiliser davantage. Ce sont des fonds qui répondent à un certain nombre de critères qui sont bien calibrés. Sinon, il y a la Convention cadre des Nations Unies pour le Changement Climatique qui accompagne et nous sommes vraiment là pour toutes les nations parce que nous sommes la résultante des Etats membres des Nations Unies et pour cela, nous ne devons pas vraiment favoriser l’injustice. Mais, aujourd’hui, le Système des Nations Unies est en train d’accompagner la plupart des pays concernés à être accrédités à ces Fonds Verts. Dans le cadre du Bénin par exemple, il y a une entité que nous sommes en train d’accompagner avec le ministère du cadre de vie et de développement durable pour aller vers son accréditation. Mais, au même moment, l’une de nos agences qui est le Programme des Nations Unies pour le développement, au niveau central, est déjà accréditée au Fonds Vert et nous sommes justement en train d’accompagner le Bénin aussi à accéder au Fonds Vert. Au Bénin, d’autres agences travaillent également dans cette perspective. Je dis que ce n’est pas en réalité de l’injustice mais nous devons encore mieux nous organiser, mieux renforcer les capacités des pays, ce que les agences du SNU sont en train de faire pour pouvoir l’accompagner véritablement dans cette dynamique d’accessibilité au Fonds Vert Climat.

M. Siaka Coulibaly, quand on représente le secrétaire général des Nations Unies, qu’est-ce que ça fait ? C’est tout le temps qu’on est au téléphone pour gérer ci et ça ?
Je dirai qu’être Représentant Résident ou Coordonnateur Résident du SNU, c’est une fonction très attachante, très enthousiasmante, pour ne pas dire que c’est une grande partie de la journée qu’on travaille. Vous êtes appelés à répondre sur un certain nombre de sujets. D’abord au sein des agences du SNU, vous êtes appelé à faciliter leur interaction, vous êtes amené à travailler véritablement avec les agences mais aussi avec le Gouvernement. Vu la diversité des agences, vous êtes amené à travailler avec plusieurs ministères techniques mais aussi, comme les agences elles aussi travaillent en partenariat avec des partenaires techniques et financiers, vous êtes aussi en relation étroite avec ces derniers. La conjonction de ces aspects nous amène à être un peu trop chargés mais nous arrivons à concilier tout cela de façon à apporter notre contribution de façon efficace et coordonnée aux priorités nationales de ce pays.

Vous êtes arrivés au Bénin lorsque le Gouvernement faisait ses premiers cent jours au pouvoir. Mais déjà, vous avez fait un an. Comment voyez-vous la politique de développement du Chef de l’Etat et les actions qu’il pose ?
Je pense que le Gouvernement lui-même a fait récemment de façon exhaustive son bilan. Cela fait juste un an que je suis là, vous l’avez si bien dit. Mais j’avoue que j’ai vu un gouvernement bien déterminé. Un gouvernement déterminé à accompagner le processus de développement, à faire de telle sorte que les populations béninoises puissent véritablement bénéficier de tout ce qui peut ressortir des actions qui seront mises en œuvre dans le cadre de l’accompagnement des populations et surtout dans l’amélioration des conditions de vie de celles-ci. Mais il y a eu également comme nous l’avons dit dans nos différentes discussions, un certain nombre de réformes qui sont engagées, que le SNU accompagne avec d’autres partenaires techniques et financiers. En outre, le Programme d’Action du Gouvernement qui est en cours et qui est en train d’être vulgarisé, nous apparaît comme une donne déterminante dans cette trajectoire de développement fixée par le Gouvernement. Nous pouvons aussi dire qu’il y a une dynamique d’avancer et de réaliser du Gouvernement, à laquelle, nous, en tant que Système des Nations Unies, continuons d’apporter notre contribution.

Est-ce que vous entendez quand même les cris des Béninois ?
Nous travaillons beaucoup à la base, comme je l’ai dit aussi, puisque nous avons des projets qui ne sont pas seulement au niveau des villes mais à travers toutes les zones, notamment rurales du pays. C’est donc dire que nous sommes vraiment en étroite collaboration avec les populations et communautés à la base. Lorsque dans nos interventions, nous avons des éléments qui ressortent de certaines de leurs préoccupations, généralement, nous essayons de les prendre en compte dans nos interventions définies avec les autorités nationales. A cet égard, à travers notre cadre de coopération et d’assistance, en lien avec le gouvernement, nous échangeons sous le leadership national afin d’apporter les solutions idoines aux populations.

A défaut de déployer les casques bleus, vous investissez beaucoup dans la paix. Comment travaillez-vous pour maintenir cette paix au Bénin ?
Je n’étais pas au Bénin pendant les élections mais je suivais le Bénin depuis New-York en tant que Conseiller de pays dont le Bénin, et donc j’ai longuement suivi le Bénin avant d’être ici. J’ai suivi avec beaucoup d’attention les élections précédentes qui se sont passées en 2016 et je peux vous dire que pour le monde entier, ou je dirai particulièrement pour la sous-région, c’est toujours bon et encourageant de voir que des élections se soient déroulées de façon transparente, de façon calme et paisible au Bénin. Ceci est très important. Cette stabilité est une base fondamentale de tout processus de développement. Parce que dans la plupart des pays, il y a toujours des éléments qui ressortent des élections en termes de crise postélectorale. De façon générale, le SNU n’intervient peut-être pas simplement et uniquement durant les élections, mais aussi avec en amont un accompagnement très fort, en matière sensibilisation et de prévention. Dans le cadre de cette approche de prévention, le SNU avec certaines de ses agences, accompagne ici au Bénin ce qu’on appelle une infrastructure de paix, en travaillant vraiment avec les organisations de la société civile. Souvent, on ne le voit pas, on ne l’apprécie pas mais c’est très important. En effet, ce sont ces organisations qui sont à la base avec les communautés, avec les chefs traditionnels, les leaders d’opinion, avec les élus, avec les cadres, pour qu’ils soient accompagnés, renforcés et vraiment informés sur tout ce qu’il y a comme élément pouvant contribuer à la sensibilisation au processus de renforcement de la paix et de la cohésion sociale. Je vous affirme que c’est une donne fondamentale pour la réussite de tout processus électoral. Ensuite, les structures elles-mêmes qui organisent les élections ont besoin souvent d’être accompagnées. Et, le SNU, de par sa neutralité, répond toujours présent à des moments critiques, en aidant ces structures dans l’acquisition des matériels importants au processus électoral notamment le matériel sensible pour renforcer l’adhésion des protagonistes pour des élections transparentes. Ce sont des éléments logistiques qui sont également importants dans tout processus électoral et dans la consolidation de la paix. Les instruments et mécanismes sont toujours là. Ce n’est pas parce que les élections sont terminées, mais nous continuons à travailler avec ces instruments et mécanismes au niveau national. Il y a à peine une semaine, une équipe du bureau du Représentant Spécial du Secrétaire Général des Nations Unies pour l’Afrique de l’ouest et Sahel qui est basé à Dakar, l’UNOWAS, qui est venu travailler avec les femmes béninoises toujours dans la consolidation de la paix. Comme vous le savez, suite aux conflits postélectoraux, il y a eu une résolution des Nations Unies qu’on appelle résolution 1325 qui a été prise et qui recommande que les pays puissent continuer, qu’il y ait ou non des élections à sensibiliser, à renforcer les capacités des communautés ; surtout des femmes qui contribuent véritablement à apaiser les tensions et à participer au processus de cohésion sociale dans nos villes mais surtout dans toutes nos contrées les plus reculées.

Si vous devriez conclure cet entretien, que diriez-vous ?
J’ai été émerveillé par la qualité des échanges. La plupart des sujets ont été débattus. Tous les sujets ont été des sujets d’intérêts et permettent de faire des contributions au processus de développement du Bénin. Je ne peux qu’encourager cette noble initiative à aller de l’avant. Je ferai un compte rendu fidèle de ce que j’ai vu et examiné, dans quel sens nous travaillerons davantage ensemble avec votre organe, au-delà peut-être de l’émission « Sous l’Arbre à Palabre ». Je dis merci à tous les membres de cette rédaction. Le Système des Nations Unies reste toujours un partenaire clé du gouvernement béninois et engagé à l’accompagner dans l’atteinte des objectifs à lui assignés et aussi des priorités telles que identifiées par le gouvernement, tout en apportant notre contribution avec chacune des agences, autant résidentes que non résidentes, tout notre appui en lien étroit avec les partenaires techniques et financiers ici au Bénin, dans la réalisation des Objectifs de Développement Durable
Une fois encore Merci!

Carte d’identité: Economiste planificateur

C’est un économiste d’abord, et planificateur, ensuite. De nationalité ivoirienne, notre invité est passé par les moules de son pays avant d’atterrir au Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), à New York. Il arrive au Bénin en 2016, après avoir été, pendant presque trois ans, représentant résident adjoint du PNUD, au Togo. Né le 02 janvier 1958 dans le centre de la Côte d’Ivoire, il fait l’école catholique. Le BEPC en poche en 1976, il atterrit à Abidjan où il fait son secondaire, en série G2. Il obtient alors un baccalauréat de série G2 en 1980 avant d’entrer à ce qu’on appelait l’université nationale de Côte-d’Ivoire. Quatre ans de Sciences économiques plus tard, le voilà nanti d’une maîtrise, option économie d’entreprise. Il fait alors un DEA en technique financière avant de poursuivre ses études en Belgique où il décroche deux masters, l’un en planification économique, et l’autre en gestion financière. Nous étions à l’époque du Président Félix Houphouët-Boigny qui avait décidé de mettre son pays totalement en chantier. La Côte-d’Ivoire avait alors mis en œuvre des investissements structurants pour réaliser des infrastructures de tout gabarit dont une bonne partie fait la gloire du pays actuellement. Jeune économiste planificateur, diplômé émoulu des universités, Siaka Coulibaly sert immédiatement à la Présidence de la République, dans une institution directement rattachée au Président de la République pour suivre les grands travaux (Direction Générale des Grands Travaux). Affecté ensuite au cabinet du Premier Ministre Daniel Kablan Duncan, de 1994 à 1996, il devient ensuite son conseiller sur les questions économiques (du Directeur de Cabinet du PM), de 1994 à 1996. De 1996 à 2000, il occupe les fonctions de chef de cabinet du ministère du plan et du développement qui avait aussi en charge le développement industriel et la promotion des petites et moyennes entreprises, de l’artisanat et du tourisme. Lorsqu’on lui demande son bord politique, sa réponse fuse : « Je n’ai pas fait de la politique parce que la Primature de l’époque était plus technique. La plupart des gens qui y travaillaient, n’avaient pas forcément d’obédience politique mais développaient plutôt des aptitudes techniques ». Il suit alors un processus très sélectif qui l’amène à entrer au Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD). Comme tous les fonctionnaires de cette institution à l’époque, il a d’abord postulé avant d’être retenu et interviewé par un jury de cinq personnes d’institutions différentes. « Je suis entré en tant qu’Economiste national jusqu’en 2005 où la représentation du PNUD à New York a souhaité que je sois là-bas », rappelle-t-il. De New York, il est muté au Bureau régional du PNUD à Dakar (Sénégal) où il a travaillé comme team leader d’une équipe des OMD qui accompagnait les pays sur les stratégies basées sur ce concept. A partir de 2011, il repart aux Etats Unis où il est fait Senior. En tant que tel, Siaka Coulibaly est alors Conseiller Senior pour 11 pays dont le Bénin. En 2014, il est nommé au Togo comme Représentant adjoint du PNUD avant de rejoindre le Bénin comme Coordonnateur résident du système des Nations Unies. « C’est un honneur pour moi d’être dans ce pays », fait-il savoir.

Intimité: Une famille solidaire

Marié, père de trois enfants dont l’ainé a 21 ans, le Coordonateur résident du Système des Nations Unies au Bénin est un homme attaché à sa famille. « Pour moi, la famille est un socle de solidarité fondamental », dit-il avant d’ajouter : « Quoi qu’en soit nos préoccupations, notre premier symbole et notre premier recours doit être notre famille ». Il est même encouragé dans cet élan par le fonctionnement de tout le système des Nations Unies qui oblige ses travailleurs à ne pas négliger ce pan de leur vie. Si vous l’invitez à table, il sera ravi d’avoir du riz accompagné de la sauce arachide. Il ne consomme pas d’alcool mais préfère le jus de gingembre pour son côté naturel. Loisirs ? Ce fut un amateur de football jusqu’à l’université. Aujourd’hui, il préfère le jogging pour maintenir la forme ainsi que la natation. Quand on lui demande ce qu’il aime chez l’homme, il n’hésite pas : « J’aime chez l’homme son humilité d’abord. C’est la clé du succès et de la victoire; J’essaie d’être le plus humble possible », affirme-t-il.

 

La Rédaction

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