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Interview avec le Coordonnateur national de l’Alliance FCBE: Eugène Azatassou parle de la tournée, des dissidents et des futurs combats


Le Coordonnateur national des Forces Cauris pour un Bénin Emergent (FCBE), Eugène Azatassou évoque, ici, les grandes raisons de la tournée entreprise depuis peu par l’Alliance sur toute l’étendue du territoire national. Il précise qu’elle vise surtout à préparer le congrès national qui se tient, bientôt. Départ de plusieurs personnalités politiques, dénonciations continuelles des actes posés par le régime précédent et autres sujets ont aussi meublé cette interview qu’il a accordée à « L’Evènement Précis ».

L’Evènement Précis : Mr le Coordonnateur National des FCBE, quelles sont les raisons qui motivent la tournée nationale entreprise depuis peu par votre alliance politique ?

Eugène Azatassou : Cette tournée que nous avons initiée depuis quelques jours s’organise en prélude au congrès national que nous tiendrons bientôt. Comme vous le savez, nous ne sommes pas une organisation naissante, nous existons depuis un certain temps et nous avons vécu le passage du 06 avril 2016 comme un tournant dans notre existence. Donc pour rebondir et pour nous définir de nouvelles orientations, il nous faut rencontrer nos militants, les écouter et faire la synthèse de tout ce qui sera dit et pouvoir démarrer effectivement la préparation du congrès national en vue.

La tournée a démarré par quelles régions du Bénin et quel a été l’accueil réservé par les militants aux membres de la délégation constituée ?
La tournée a démarré, le 08 juillet dernier, par la ville de Natitingou pour le département de l’Atacora. C’est une tournée qui nous amènera dans les 12 départements du pays. Le 09 juillet, on a poursuivi par le département de la Donga à Djougou. L’accueil a été très bien, car les militants attendaient cela depuis longtemps. Depuis qu’on a perdu les élections, avec toutes les informations qui circulaient dans tous les sens, des démissions ici, des déclarations ça et là, les militants se demandaient concrètement à quoi s’en, tenir par rapport à l’Alliance, ils étaient donc demandeurs de cette rencontre avec la coordination nationale. L’accueil a été donc triomphal. Nous avons écouté les militants et nous les avons lancés sur le terrain pour continuer à discuter parce que ce sont des délégués qui sont venus à la rencontre, en raison de 10 par commune et 10 par arrondissement des villes à statut particulier. C’est eux que nous avons lancés pour aller à la rencontre des militants à la base, leur faire part de tout ce que nous faisons en ce moment et aussi les écouter et de nous faire le retour de toutes les échanges faites afin que nous affinions la préparation de ce congrès.

Pour les premières rencontres effectuées, dites-nous quels sont les réels problèmes que les militants vous ont posés ?
Ils ont juste posé des questions de clarifications. Il n’ya pas eu en vérité de problèmes fondamentaux. Ils ont parfois dans leur giron, ceux qu’ils pensaient être des ténors, mais qui ont commencé à flotter depuis un certain temps. Ils nous ont demandé de leur dire clairement notre conception par rapport à cette situation. Ce que nous avons fait à leur grande satisfaction. Ce n’était pas forcément l’objectif de notre tournée. Mais comme les militants ont eux-mêmes introduit la question, nous leur avons dit ce que nous pensons. Nous avons également fondé notre appréciation par rapport à la gouvernance actuelle. Nous ne pouvons pas faire tout le travail par rapport à la révision de la constitution et notre collaboration avec le Front pour le Sursaut Patriotique sans dire à nos militants ce qui a motivé tout ce combat. Nous leur avons tout expliqué, eux-mêmes étaient dans la même dynamique et nous ont compris.

Pourquoi avoir attendu tout ce temps avant d’aller à la rencontre de vos militants depuis votre échec à la présidentielle 2016 ?
Il y avait un débat en notre sein sur les différentes positions. Vous comprenez que ceux qui nous ont quitté et ont déclaré soutenir le Programme d’Action Gouvernemental du nouveau régime, étaient encore ensemble avec vous, il y a quelques temps. Cela faisait des débats pour fonder un certain nombre de prises de position. Et vous avez compris que cette clarification devrait intervenir avant qu’on aille vers les militants, sinon, ce serait comme si nous entretenons la confusion. Cette clarification faite, nous avons alors envisagé la tournée. Mais en réalité, nous la préparons déjà depuis plus d’un an. Mais nous n’avons été prêts que ces jours-ci et nous l’avons démarrée comme vous le constatez.

Mr le Coordonnateur, malgré vos interventions antérieures contre le régime Talon, on ne sent toujours pas une prise de position claire dans l’opposition. Aujourd’hui, est-ce qu’on peut affirmer que l’alliance FCBE est une formation politique de l’opposition ?
En fait, il n’y a que le congrès qui annonce une telle position de façon plus précise. Ce n’est ni le Coordonnateur national ou la Coordination nationale. Toujours est-il que, si vous nous suivez bien, il n’y a pratiquement plus rien avec lequel, on est en accord avec le régime de la rupture. L’aspect social, parlons-en par exemple. Le pouvoir actuel a démarré sans prise en compte de l’aspect social. Ce sont les combats ultérieurs qui les ont amenés à jeter du lest sur un certain nombre de situations et de projets, notamment les micro-crédits aux plus pauvres qu’ils ont maintenant adoptés et qu’ils ont prétendument améliorés, on voudra bien voir par la suite. Il y a aussi la gratuité de la césarienne qu’ils affirment aussi conserver, mais on ne voit pas encore les effets. De même, au niveau de l’école, on ne voit pas encore très bien, ce qui a été fait pour l’inscription massive des enfants parce qu’un peuple analphabète ne peut pas aspirer au développement. Face à tous ces aspects-là, s’il y a maintenant une tentative de prise en compte, nous considérons cela comme une tentative de récupération des combats qui ont été menés. Il fallait en tout cas mener ces combats pour qu’ils sentent que ce sont des volets importants du développement. Regardez par exemple, la façon dont les casses ont été menées, sans tenir aucun compte du volet social. On espère aussi qu’avec le combat que nous menons, ils finiront par corriger cela aussi. Pour l’instant, notre combat est que le pouvoir en place corrige le tir et qu’il prenne un visage humain. Si nous prenons aussi la question de la gouvernance, là encore, il n’y a rien de commun par rapport au régime passé. Le nombre de ministres qui ont été traduits devant la justice avec le régime précédent est tel qu’il n’y a pas de commune mesure avec ce qui se passe actuellement. La méthode de la gouvernance de la rupture tranche avec celle du régime précédent en tout. Pour le pouvoir précédent, que vous soyez parent, ami et même adulateur, dès que des problèmes de gouvernance se posent, vous êtes mis à la disposition de la justice ou envoyés à la Haute cour de justice, cela peut ne pas aboutir, il y a des efforts à faire encore à ce niveau. Mais si cela se passe ainsi, ce n’est pas que le gouvernement vous accuse. Il ne vous permet pas simplement d’être dans des positions où vous pouvez étouffer le dossier. Ce n’est pas comme aujourd’hui où lorsque vous êtes allié, vous êtes des amis ou des adulateurs du régime de la rupture, vous êtes blanchi. Et quand on fait des audits, on cible ceux qui sont les plus critiques. C’est pour tout cela, que nous ne pouvons pas, ayant soutenu la philosophie, les méthodes et les manières de faire du régime précédent, nous retrouver en accord avec le gouvernement de la rupture. Et nos camarades qui se retrouvent en accord avec ce gouvernement nous étonnent. Il y a un peu comme un manque de soutien quelque part, soit dans leurs soutiens précédents, soit dans leurs soutiens actuels. A eux de juger.

Vous avez parlé tantôt de tournée de remobilisation, alors qu’on a observé, ces derniers mois, plusieurs départs dans vos rangs, surtout des leaders potentiels de l’alliance FCBE. Est-ce que vous ne partez pas un peu désarmés sur le terrain ?
Nous, nous allons à la base. Certains sont partis, c’est vrai. Mais nous avons senti depuis la coordination nationale, pendant qu’on était encore en activité, que la base se pose la question de savoir quelle attitude tenir. Parce qu’en réalité, nous avons à la base, des gens de conviction, des gens qui ne sont pas riches, qui n’ont pas bénéficié énormément du régime précédent, mais qui ont des idéaux et qui sont déterminés. A partir de ce moment, lorsque celui qui était leur leader vient leur dire autre chose, ils sont troublés. Et nous devrions aller porter ces clarifications en guise de préparation du congrès.
Les dissidents vous reprochent surtout de prendre de nouvelles orientations politiques sans se référer au cadre de concertation des chefs de partis politiques, notamment votre association au Front pour le Sursaut Patriotique sans leur accord ?
Non, c’est un prétexte. Et je vais vous dire pourquoi. Les premiers qui sont partis s’en sont d’abord pris au Dr Boni Yayi. Le peuple béninois, toutes tendances confondues, n’a pas compris cela. Ils ont donc vu que cela ne pouvait pas prospérer. Mais il fallait un argumentaire pour pouvoir rejoindre le camp d’en face ou au moins rester en attente de rejoindre la rupture, pour certains. C’est comme ça qu’ils s’en sont pris à la Coordination nationale. En vérité, les décisions importantes ne sont jamais prises au niveau de la Coordination nationale, exclusivement. Je vous en donne un exemple. La décision de participer à des actions aux côtés du Front pour le Sursaut Patriotique a été prise en présence d’un certain nombre de députés dans le cadre de concertation des chefs de partis politiques. Et je vous révèle que celui qui a pris la parole pour soutenir cela, c’est l’honorable Benoit Dègla. Il avait dit expressément ceci : si c’est pour aller chez les personnalités avec le Front pour le Sursaut Patriotique, je suis d’accord. Et tout le monde était également d’accord à cette séance. Mais Bénoit Dègla a ajouté aussi, nous, nous sommes une organisation qui avons géré le pouvoir. N’allez donc pas sur l’esplanade du palais des gouverneurs pour faire des manifestations. Et nous avons respecté cela à ce jour. Mais je les comprends aujourd’hui. Je pense qu’ils donnaient l’assurance de l’autre côté que si on leur fait confiance là-bas, que rien ne bougera au niveau de l’alliance FCBE. Mais ça a continué à bouger et ils ont eu de la peine à expliquer. A la question de fond, à savoir pourquoi on prend de nouvelles orientations et pourquoi on fait prendre des positions sans réunir sur ce qu’on appelle le cadre de concertation des chefs de partis. En réalité, nous n’avons jamais pris de nouvelles orientations. L’orientation que nous avons prise en soutenant les gouvernements successifs du président Boni Yayi, c’est cette même orientation que nous appliquons en dénonçant les dérives du pouvoir de la rupture. Ce pouvoir même ne s’en cache et a dit qu’il va rompre avec ce qui se faisait. Par conséquent, nous sommes fondés, au nom de tout ce qu’on s’est défini ensemble, à apprécier et à nous associer à ceux qui comme nous, font les mêmes appréciations. Quand nous préparions les élections de 2011, nous avions décidé de mettre en place, l’Union de la majorité présidentielle plurielle, avec d’autres forces politiques non FCBE, mais personne à l’époque, n’avait trouvé à dire, en nous reprochant de ne pas avoir réuni les chefs de partis politiques au sein des FCBE avant la prise de cette décision, justement parce que c’était dans la ligne du combat que nous étions en train de mener. La Coordination nationale ne fait appliquer donc que la ligne qu’on s’est définie. Et jusqu’ici, nous n’avons pas dévié de la ligne. Ceux qui ont un nouveau pouvoir et qui ne l’apprécient pas avec notre vision d’antan, c’est eux qui ont changé de ligne.

Est-ce qu’aujourd’hui, concrètement, on peut encore affirmer qu’il y a une base réelle des FCBE sans ces leaders auxquels les militants se réfèrent et qui sont partis de l’alliance ?
Rassurez-vous, nous avons vu des militants déterminés, qui font déjà la part des choses entre les idéaux de l’alliance et ceux qui finalement ont montré qu’ils n’ont pas grande chose comme idéaux et avaient juste profité de leur position dans le temps, pour avoir une certaine influence.

Une organisation, ce sont des objectifs, des idéaux et des perspectives. Que visez-vous après l’organisation de ce congrès ?
Il y a une chose que nous avons déjà dite sur le terrain. Une organisation politique vise avant tout la conquête du pouvoir à travers le gain à toutes les échéances électorales. C’est bien cela. Mais en réalité, celui qui a fait démarrer pratiquement la campagne pour les législatives prochaines, c’est le président de la République actuel, quand il a dit qu’il n’a pas renoncé à la révision de la constitution et qu’il ramènera le document dès que les conditions seront réunies. Vous comprendrez donc que dans ces conditions, leur combat est double, ils essayent d’abord de détruire les députés qui se sont opposés à leur visée par les audits ciblés et des campagnes d’intoxication. Tout ceci pour recomposer la majorité en renforçant les 60 députés au parlement qui semblent leur être acquis aujourd’hui en vue de faire passer la révision en 2019. Mais là encore, le combat sera mené pied à pied. Nous avons réuni les militants sur le terrain en leur disant aussi que la bataille a commencé et qu’in ne faut pas que le gouvernement de la rupture ait cette majorité qualifiée en 2019 pour ne pas réintroduire une révision finalement qualifiée d’opportuniste.

En d’autres termes, peut-on en déduire que l’alliance FCBE a décidé de marquer désormais à la culotte les membres de la rupture ?
Nous avons décidé de mener notre combat et tant que le gouvernement de la rupture sera dans cette optique de détruire les organisations et les personnes qui s’opposent à ses dérives, il retrouvera l’alliance FCBE sur son chemin.

Qu’est ce qui va réellement se passer à ce congrès. Est-ce qu’on doit s’attendre à l’exclusion définitive des dissidents ? Au renouvellement des membres actuels de la Coordination nationale, autres décisions ?
On n’a pas encore de points inscrits à l’ordre du jour. C’est à la fin de la tournée, quand on aura recueilli les avis de toute notre base que l’ordre du jour sera élaboré. Mais le congrès est fondé à tout faire. C’est l’instance suprême où tous les problèmes peuvent être réglés.

Le président Boni Yayi est le leader charismatique des FCBE. Mais on ne le sent pas au-devant des choses. On ne le voit pas non plus prendre des positions publiques depuis qu’il a quitté le pouvoir. Vous en connaissez les raisons ?
Si vous l’observez bien, même au niveau de la Coordination nationale, nous avons mis du temps à réagir. Tout simplement parce que nous ne voudrions pas empêcher les gens de gouverner parce que nous avons perdu le pouvoir. La stratégie est la même au niveau de notre leader charismatique. Il était ainsi pendant qu’il était au pouvoir et n’a pas changé aujourd’hui. Et c’est sa philosophie au pouvoir que nous intégrons et que nous rendons plus propre. C’est vrai que dans le feu de l’action, il y a des imperfections et des incorrections. C’est ce que nous essayons de corriger maintenant.

D’aucuns présagent déjà qu’il pourrait prendre prochainement les destinées des FCBE ?
C’est le congrès national qui décide de ces choses là et non le Coordonnateur national.

Un dernier appel ?
Je demande aux militants de rester calmes et sereins, quand nous avions entamé nos combats et surtout notre tournée, nous savions qu’il y aura des réactions, des battages et des différentes entraves de l’autre côté. Mais nous ne pouvions pas courir après un animal et lui demander de se rendre gentiment et de ne pas nous mordre. Nous prenons, en tout cas, nos dispositions. Que les militants restent mobilisés pour ne pas se laisser dupés par des hommes d’affaires au pouvoir qui ont comme méthode de travail, la duplicité pour arriver à leur fin.

Interview réalisée par Christian TCHANOU

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