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Josep Coll, invité de « Sous l’Arbre à Palabre » au siège de l’évènement précis: Les vérités de l’Ambassadeur de l’UE sur la gouvernance du Bénin


Et de deux pour le Chef de la Délégation de l’Union européenne au Bénin, l’ambassadeur Josep Coll. Lorsque ce diplomate, en fin de mission au Bénin, franchit pour la 2ème fois les portes de la rédaction du journal l’Evénement Précis, c’est pour répondre en qualité d’invité numéro 106 de la rubrique « Sous l’arbre à palabres », aux questions des journalistes dudit quotidien. Le Bilan des relations entre l’Union européenne et le Bénin après quatre années de mission mais également quelques sensibilités, émotions et regards qu’il porte sur le pays est le menu des échanges à bâtons rompu. Sans détour, l’ambassadeur, Chef de la Délégation de l’Union européenne au Bénin saisit l’occasion que lui offre cette tribune exceptionnelle avant son départ, pour d’une part, passer en revue la coopération dans toutes ses dimensions surtout dans le domaine de la lutte contre la corruption, élément central de cette coopération et d’autre part, exprimer de vives voies tout son satisfécit sur la coopération. Au cours de cet entretien, le diplomate a fortement salué la vitalité de la démocratie béninoise. Appréciant à sa juste valeur le programme d’action du gouvernement du nouveau départ du président Patrice Talon, qu’il trouve d’ailleurs très ambitieux, l’ambassadeur en fin de mission invite le peuple béninois à soutenir les réformes en cours pour le bien commun. Car, constate-t-il, l’innovation dont a besoin un pays qui aspire au développement, est en train d’être mis en route actuellement. En sa qualité de responsable du suivi de la bonne gestion des fonds que l’Union européenne met à la disposition du Bénin, l’ambassadeur Josep Coll note une réelle volonté dans la gouvernance avec la détermination des dirigeants de réformer, de changer les procédures pour plus de transparence notamment au niveau du ministère de l’économie et des finances, où il y a des changements très importants en cours comme la bancarisation des salaires des fonctionnaires, les mesures d’assainissement des finances publiques. Ayant eu le privilège de gérer la coopération entre l’union européenne et le Bénin, entre deux régimes différents, Josep Cool s’apprête à partir du Bénin avec le bonheur d’avoir eu l’occasion de vivre des expériences palpitantes.

Et si on en parlait

Quelles sont vos premières impressions en venant, une seconde fois dans les locaux du journal « L’Evènement Précis » comme invité de la Rubrique « Sous l’Arbre à Palabre ?
Je suis très content de revenir ici pour deux raisons : d’abord, parce que je rencontre des professionnels des médias que j’aime beaucoup. Vous savez qu’avant d’être diplomate, j’ai travaillé aussi dans la communication, et aussi parce que ma mission va se terminer et c’est bien d’avoir l’opportunité de faire un petit bilan. Cette rubrique «Sous l’arbre à Palabres» qui nous a accompagnés dès le début, le fera jusqu’à la fin de ma mission, sous la pluie aujourd’hui (l’Ambassadeur Coll est arrivé au siège du journal sous une pluie battante, Ndlr). Je veux simplement dire merci à «L’Evénement Précis» d’avoir organisé cette rencontre qui me permettra de vous exprimer, non seulement le bilan des relations entre l’Union européenne et le Bénin, mais également quelques sensibilités, émotions, regards que je pose sur votre pays et sur nos relations.

Vous bouclez quatre années à la tête de la Délégation de l’Union européenne au Bénin. Quel bilan tirez-vous de cette mission au Bénin ?
Merci. Je distinguerai deux choses qui, pour moi, sont clairement séparées : d’abord, les relations entre l’Union européenne et le Bénin sur lesquelles je reviendrai et l’évolution que votre pays a eue pendant ces quatre dernières années. Je parle du fait qu’un des traits fortement appréciés du Bénin, depuis Bruxelles, est sa stabilité, son dynamisme démocratique, son contraste d’idées, la liberté de la presse, le respect du cadrage d’une société démocratique. J’ai eu le privilège d’assister, aux premières loges, aux changements importants dans votre pays en termes politiques, parce que pendant cette période, vous avez eu des élections municipales, des élections législatives et une présidentielle. Pour ce qui est de la présidentielle, il y a eu une alternance et cette alternance s’est produite dans de très bonnes conditions. Moi, je voudrais d’abord rendre hommage à la qualité de la démocratie béninoise qui est effectivement un référent dans la région et que depuis Bruxelles, le siège de l’Union européenne, les autorités et moi-même, nous apprécions à sa juste mesure.
En ce qui concerne le volet relations de l’Union européenne avec le Bénin, je suis content de pouvoir dire que pendant cette période, nous sommes arrivés à signer le Programme Indicatif National (PIN) qui fixe les grandes orientations de notre coopération jusqu’en 2020 et ceci s’est fait en 2014, un an après mon arrivée. C’était un moment important. On ne l’a pas fait à Cotonou mais à Dakar, parce que c’est là-bas que les acteurs étaient présents. Il y avait le Président Boni Yayi et Komi Koutché qui était l’Ordonnateur national. On a fait la signature et c’était à un bon moment; ça voulait dire qu’on s’est mis d’accord sur ce qu’ensemble, en termes de partenariat, nous allions exécuter pour 6 années. En réalité, c’était 5 années, puisque c’était le 2 décembre 2014. Ça c’est un point important.
Le deuxième point important que je signalerai est que grâce aux bonnes réponses que l’Union européenne a obtenues du Gouvernement béninois, ce PIN utilise comme modalité préférentielle, l’appui budgétaire général. Et ça, c’est un élément particulier et je voudrais insister là-dessus et dire que pour nous, c’est la modalité de choix et nous ne faisons cela qu’avec les pays avec lesquels nous avons une relation de confiance, parce que c’est la base de nos relations quotidiennes. Je vous donne un exemple pour que tout le monde comprenne : nous mettons à la disposition du gouvernement des fonds et c’est avec les procédures nationales, suivant tout le système de contrôle national que ces fonds sont utilisés. Et nous demandons en échange, les preuves que dans des domaines, il y a eu des évolutions telles qu’on avait convenues. C’est-à-dire qu’il y a un contrat préalable qui établit que dans tel ou tel domaine, il devrait y avoir des développements probants.
Ma satisfaction au moment de partir, c’est de voir que déjà en 2016 mais surtout pendant cette année 2017, cette partie du contrat qui peut parfois être compliqué, (parce que c’est très facile de dire oui, mais il faut le faire après) est validée. Aujourd’hui je vous parle avec beaucoup de satisfaction et de confiance parce que justement, pendant toute la semaine passée, il y a eu ici une mission pour faire le point du suivi des opérations et l’essentiel des résultats relevés par cette mission est très positif. On est à la mi-2017. Tout au début de 2017, on avait lancé l’opération. A la moitié de l’année, les résultats sont probants et satisfaisants. J’espère que même en mon absence, les choses vont continuer dans cette tendance et qu’à la fin de l’année, nous pourrons donner satisfaction à notre partie du contrat qui est de mettre à la disposition de l’Etat les moyens financiers convenus.

Quels sont les domaines d’intervention de l’Union européenne au Bénin ?
Nous avons convenu en 2014 lorsqu’on a établi le Programme Indicatif National, que la gouvernance prend la moitié, ensuite, divisés en parts égales, l’énergie et l’agriculture. Je sais que vous allez me demander pourquoi il n’y a pas autre chose comme par exemple, l’éducation, la santé, les infrastructures, la pêche, etc. Nous ne l’avons pas fait parce qu’il faut se concentrer sur un certain nombre de domaines. Je dois dire que plus ces domaines sont limités, mieux c’est. Ça c’est la preuve qu’on peut faire une différence. Si vous saupoudrez un petit peu partout, là vous êtes certains que votre contribution n’arrivera pas vraiment à être identifiée. Il y a même des risques qu’elle soit imperceptible. Il faut se concentrer. C’est pourquoi on a trois domaines et les 50% pour la gouvernance.

Pourquoi la gouvernance ?
Parce que, dans un pays en développement, il est très important, encore plus important que dans un pays développé et pourtant c’est très important dans un pays développé, que la gouvernance soit bonne. Si vous gérez correctement vos affaires, vous maximisez les ressources à votre disposition, qu’elles soient réduites ou qu’elles soient larges, nous trouvons et ce n’est pas seulement l’Union européenne qui le fait, d’autres bailleurs le font et ce n’est pas seulement au Bénin, que l’axe sur l’amélioration de la gouvernance en termes économique, politiques et social est très important.

Quel est le montant chiffré de l’aide de l’Union européenne au Bénin ?
Nous avons convenu sur un montant global de 372 millions d’euros, mais c’est réductible. C’est-à-dire d’abord il faut consommer. Mais si à un moment donné, dans un domaine spécifique, on voit qu’il y a un besoin particulier, on peut modifier le montant à la hausse ou à la baisse, parce que les choses peuvent changer. Ce qu’on a inscrit en 2014 peut ne plus être valable en 2017 ou en 2018 et donc il y a des clauses de révision. Pour répondre à votre question, environ 400 millions d’euros sont destinés au Bénin par l’Union européenne en 2014- 2020.

L’Union européenne et le Bénin en sont au 11ème FED. Pourquoi avoir abandonné les infrastructures dans vos domaines d’intervention et quelle est la place de la société civile dans vos interventions ?
Je vais commencer par cette dernière question parce que c’est important et transversal. Pour nous, les interventions de l’Union européenne doivent toujours s’accompagner dans une contribution, dans une association de la société civile dans nos actions. C’est une politique générale et toute personne qui va s’asseoir ici au nom de l’Union européenne va vous répondre de la même façon. Un accompagnement de la société civile est une exigence pour nous, comme par exemple, un monitoring, un suivi de l’accomplissement général des droits de l’Homme. C’est quelque chose que nous faisons au Bénin et ailleurs. C’est une exigence de notre coopération. Et pour répondre à votre question sur la société civile, déjà en 2014, lorsqu’on a signé le PIN, il y avait une partie des fonds, réservée aux organisations de la société civile. Parce que ces organisations font très souvent la veille citoyenne, ce sont elles qui contrôlent, qui tirent la sonnette d’alarme lorsqu’il y a des choses que peut-être d’autres ne voient pas, ou des perceptions qui sont difficiles à recevoir si vous restez seulement dans vos bureaux et regardez les rapports.
La veille citoyenne des organisations de la société civile est très importante pour nous. Elle doit aussi être importante pour le gouvernement. J’espère que c’est le cas. Le gouvernement ne peut pas sentir toutes les pulsions de tous les membres de la nation, c’est normal qu’il y ait des organisations qui expriment leurs sentiments à un moment donné par rapport à un sujet ou à un autre. L’appui et l’accompagnement des activités de la société civile, sont pour nous un must, une exigence et nous le faisons.
En ce qui concerne la non prise en considération du secteur des infrastructures, il n’y a rien de compliqué. C’est-à-dire que le Bénin passe d’une phase à l’autre. Dans la phase actuelle, et je suis très content que le Programme d’Actions du Gouvernement l’ait repris et clairement indiqué, la façon de faire les infrastructures dans votre pays ne peut plus être au bon vouloir d’une contribution d’un partenaire extérieur. Ça c’est un système révolu. La nation doit prendre ses responsabilités par ses propres infrastructures. Un pays doit se doter des moyens essentiels par lui-même. Ça c’est une expression d’appropriation, je dirais même de souveraineté.
C’est-à-dire que votre pays, lorsqu’il a besoin d’une infrastructure majeure telle qu’un aéroport, un ou deux ports, de réseau routier, de rail, c’est le gouvernement qui doit développer les stratégies nécessaires pour exécuter ces travaux, en cherchant le financement. Bien sûr que nous pouvons continuer à appuyer le gouvernement là-dessus, mais vu qu’il y a des spécialisations, et que nous nous sommes mis d’accord sur l’agriculture, l’énergie et la gouvernance, il fallait quand-même choisir et les transports ont été, avec les larmes aux yeux, abandonnés après beaucoup d’interventions de l’Union européenne dans ce domaine, dans votre pays.

L’année 2017 consacre la célébration des 30 ans du programme Erasmus et des 60 ans de l’UE. Comment appréciez-vous cette évolution de l’UE et les relations avec l’Afrique au long de ces 60 ans ?
Le programme Erasmus est l’un des programmes les plus à succès de l’Union européenne. C’est assez simple. Il consiste à créer les conditions pour que des jeunes gens d’un pays A, puissent aller faire une formation dans un pays B. Et ensuite, s’ils le souhaitent, ils retournent à leur pays d’origine. Je dis bien s’ils le souhaitent, parce que comme vous le savez, à l’intérieur de l’Union européenne, nous avons le droit d’établissement qui est une de nos règles fondamentales. Donc, n’importe quel étranger peut s’établir au même titre qu’un national. C’est un programme qui a eu du succès à l’intérieur de l’Union européenne. Erasmus Mundus, c’est l’extension de ce programme qui est très bien exécuté à l’intérieur de tous les pays de l’Union européenne à d’autres pays de la planète. Et bien sûr qu’il y a actuellement en Afrique et au Bénin en particulier, des citoyens, des jeunes qui ont eu la possibilité de se rendre, pour la poursuite de leurs études, dans un pays de l’Union européenne grâce à ce programme. C’est un schéma d’échanges, de prolongation d’étude dans un autre pays.
Erasmus a 30 ans de vie déjà. Mais son extension a au maximum 10 ans. C’est quelque chose de nouveau. Sa mise en œuvre en Afrique se passe très bien. D’ailleurs, cette année, lors du 9 mai (date fondatrice de l’Union européenne), on a demandé que les boursiers qui ont bénéficié du titre de bourse Erasmus Mundus puissent nous rejoindre. Et ils ont été là. Certains ne sont pas venus parce qu’ils sont tellement bien placés qu’ils sont déjà installés dans d’autres pays. Donc, ils n’ont pas pu faire le déplacement.
Après la deuxième guerre mondiale, qui a mis dans le désastre presque tous les pays de l’Union devenue aujourd’hui «Union européenne», il fallait prendre une mesure pour que ceci ne puisse plus arriver. Inutile d’insister que 60 ans plus tard, ceci est une parfaite réalité. Une très belle réalisation. Ils ont très bien trouvé la formule pour éviter que la résolution des conflits, inévitables entre les peuples, entre les sociétés, à l’intérieur même des sociétés, se fasse par la violence. Ils ont adopté des mesures politiques qui se sont traduites ensuite dans des accords internationaux qui sont à la base de l’Union européenne qui règle la gouvernance. J’insiste beaucoup là-dessus, parce que du coup l’histoire de l’Europe prend un chemin qui est bien différent de celui qui avait été pris pendant très longtemps. C’est une construction qui est novatrice dans l’histoire de l’humanité.
Je termine en disant que si ceci est bon pour les Européens, pourquoi ne le serait-il pas pour les autres. C’est pourquoi nous soutenons avec ardeur, fermeté et beaucoup d’encouragement les organisations régionales dans d’autres parties de la planète. Là où nous sommes, vous êtes riches. Parce que vous n’en avez pas une, mais vous avez deux. Il y a l’UEMOA et la CEDEAO à part l’Union Africaine qui est une organisation continentale que nous soutenons et accompagnons. Et nous sommes toujours à leur disposition avec des programmes spécifiques pour pouvoir voir un jour que les pays de l’Afrique occidentale par exemple, se réunissent, s’organisent, maîtrisent leurs différends qui sont inévitables, via un système qui ne fait pas recours à la violence. Donc les 60 ans de l’Union européenne pour moi, sont un moment pour lancer un appel à tous les Béninois et à tous les pays de votre entourage de continuer à approfondir ces relations sous-régionales. Parce que je pense que le futur passe aussi par là.

La coopération entre les Pays-Bas et le Bénin a souffert d’un scandale de corruption, l’affaire PPEA2. Comment l’avez-vous vécu et où en sommes-nous avec ce dossier?
Je peux vous dire que je l’ai vécu tristement. Lorsque vous voyez que la confiance dont j’ai parlé tout à l’heure, est trahie par les incommodités, les indélicatesses de certaines personnes, vous vous sentez affligé. Çà c’est au niveau personnel. Au niveau de la coopération, vous vous rappelez que dans cette affaire, il y avait une partie (les Pays-Bas) qui était le gérant. Mais il y avait une forte contribution de l’Union européenne également. Nous avions mis des fonds de l’Union européenne dans les mains des Pays-Bas pour qu’ensemble avec les Béninois, on puisse continuer à élargir le programme d’eau qui est un élément vital. Où est-ce qu’on en est ? Après tous les évènements négatifs, c’est heureux que les autorités aient réagi rapidement parce qu’elles se sont rendu compte que ceci était un élément de nature à affecter négativement les relations Donc, elles ont fait le nécessaire pour rembourser les montants en cause de manière à ce que tant les Pays-Bas que l’Union européenne récupèrent les fonds engagés. Mais attention, ceci a eu un coût pour le budget de l’Etat, donc pour les contribuables Béninois. Ce sont eux, en dernier ressort, les véritables victimes.

La justice béninoise dans cette affaire a rendu une décision. Vous l’avez certainement appris. Est-ce que ça vous a satisfait ?
Je ne suis pas là pour commenter une décision de justice. Ce n’est pas mon rôle. Mais, si vous prenez en considération le fait que c’est les Béninois qu’on a volés, si j’étais Béninois, je serai plutôt préoccupé.

Dans 3 ans, l’accord ACP-UE tire à sa fin. Après 2020, qu’est ce qui va se passer ?
C’est entre vos mains. Parce que comme justement vous l’indiquez, l’Accord de partenariat qui nous lie avec le Bénin et avec beaucoup d’autres pays de l’Afrique, du Pacifique et des Caraïbes, a été signé et a été mis en activité en 2000. Il se termine en 2020. Ce même accord prévoit qu’en amont, il faut préparer la suite et nous sommes exactement à ce niveau. Pas plus tard que les deux premiers jours de cette semaine, il y a eu une réunion de l’Union Africaine à Addis-Abeba, où certains de mes collègues, les autorités de Bruxelles, se sont rendus pour échanger avec un certain nombre de pays sur justement les modalités qui seront établies dans un contrat, dans un accord international qui viendra succéder à celui qui est finissant.
D’abord, c’est normal qu’on fasse une évaluation de ce que l’actuel a donné. Les rapports sont là. Et globalement, çà s’est passé positivement même si effectivement on ne peut pas nier qu’il y a des évolutions. Il y a des évolutions parce que vous le savez, l’histoire s’accélère et essayer de donner une réponse unique à tout le monde, ce n’est pas facile. Il faut quand même rentrer dans la prise en considération des cadres régionaux et des éléments de différenciation des régions et des pays. Je ne peux pas vous en dire plus. Parce que justement, les négociations sont en cours.
Pour répondre concrètement à votre question, je sais qu’il arrivera un moment où, les négociations officielles vont être ouvertes entre d’un côté l’Union européenne et de l’autre, les pays qui vont souscrire à cet accord. C’est une opportunité pour effectivement introduire des éléments d’amélioration et pour faire le bilan. Et j’espère qu’en s’appuyant sur le développement de ces 20 dernières années quand on sera en 2020, on va pouvoir s’installer confortablement dans un nouveau partenariat entre l’Union européenne et les pays africains.

L’histoire retiendra que c’est pendant que vous étiez en poste qu’il y a eu certaines mutations au nombre desquelles l’organisation des élections législatives, locales et présidentielles. Comment avez-vous apprécié tout cela ?
Les processus électoraux se sont déroulés. Il y a eu des contestations qui sont réglées au niveau des instances nationales. C’est une bonne chose parce que vous savez que dans certains pays, ça ne se passe pas comme ça, qu’il y a des différends qui restent là, ouverts comme une blessure. Heureusement, ce n’est pas le cas au Bénin. Donc félicitations pour le système national de conduite des élections ! Vous avez pris du retard au niveau des élections municipales, quelque chose auquel personnellement j’attache beaucoup de prix. Vous savez, nous avons un programme d’accompagnement de la politique nationale de décentralisation et de déconcentration. Et donc, tout ce qui se passe au niveau de la gestion de la gouvernance locale nous intéresse au premier chef.
Nous sommes un des principaux bailleurs dans le cadre de cette politique d’accompagnement du développement local. J’ai trouvé qu’à ce niveau, c’est une très bonne chose. Après quelques années de retard, il y a eu finalement les élections municipales. Pour le reste je me suis déjà prononcé tout au début. Et vu qu’il y a eu une alternance qui s’est passée d’une façon parfaite, sans aucun élément à regretter, tout le monde ayant joué son rôle, on est passé d’un président qui était là bien installé suite à l’élection de 2011, à un autre qui remportant celle de 2016 a toute sa légitimité. Donc ce n’est pas seulement que les élections se sont bien passées, il y a eu une alternance. C’est une chose qu’il convient quand même de relever.

Ambassadeur de terrain, vous l’êtes également. Vous pensez que l’Afrique peut évoluer un jour et organiser les élections par vote électronique comme c’est le cas en Europe ?
J’avoue que je ne sais pas à quoi vous faites référence quand vous parlez du vote électronique. Parce que le vote électronique n’est pas appliqué dans la plupart des Etats de l’Union européenne. Le vote électronique, c’est-à-dire la possibilité pour les gens de voter, non dans une urne, mais à travers un moyen mécanique ou électronique, a été essayé dans certains pays. Et comme il y a eu des difficultés on a dit jusqu’à ce que ce système soit complètement parfait, on revient au système manuel. C’est comme si on allait essayer de substituer la prise de note que vous faites manuellement à un système électronique. Vous essayez, mais à la fin, si ce n’est pas exactement ce que vous attendiez, on revient à la prise de note comme d’habitude. Donc, l’Afrique n’est pas en discordance avec ce que nous faisons en Europe parce que, je dirai même, il y a des pays en Europe qui prennent leur temps dans la proclamation des résultats issus des élections. Mais il y a les projections de résultats, ça c’est une autre chose.

Appréciation des actions de la société civile béninoise
Félicitations à la société civile béninoise qui est très organisée et très dynamique. Néanmoins, il y a des questions qui se posent lorsque vous voyez que dans votre pays qui compte 10 millions d’habitants, il y a des milliers, des centaines de milliers d’organisations. Je vois qu’il y a un besoin de fédération des organisations. Il n’est pas toujours bon de dupliquer ce que le voisin fait. C’est le message que je passe toujours aux responsables des organisations, dans une société renforcée par la technologie. Mon message est de les appeler à se tenir mieux, parce que dans la mesure où ils seront vraiment représentatifs, ils seront plus pris en considération.

Le 4 avril 2017, le parlement béninois a rejeté l’examen du projet de révision de la constitution. À l’occasion des débats, il y a eu des déclarations faisant état de ce que l’argent aurait circulé. Qu’est-ce que ce genre de déclarations vous fait, vous qui avez fait part, le 9 mai 2017 dernier, de la volonté de l’Union européenne d’aider le Bénin dans le combat contre la corruption ?
Vous savez que je suis le chargé des relations entre l’Union européenne et le Bénin, pas des relations entre députés. C’est vrai qu’il y a une partie qui m’interpelle parce qu’effectivement le Programme Indicatif National convenu entre l’UE et le Bénin en 2014 et qui comporte les principaux axes de notre coopération, dit clairement d’une façon absolument univoque, que le centre d’activité de cette coopération sera la lutte contre la corruption et plus particulièrement de l’impunité. Actuellement, nous sommes en dialogue très avancé avec les autorités pour que ceci soit une réalité pour qu’on avance dans la prévention, la réduction, l’élimination de la corruption.
La bonne gouvernance est une condition préalable pour aller au développement, pas seulement dans les pays en développement. Si cette gouvernance continue d’avoir une expression de corruption et de mauvaises pratiques et que cette même gouvernance ne prend pas des dispositions pour les éliminer, les éviter, il y a un problème. Et c’est sur cela que nous insistons lors du dialogue politique qui est très fluide avec le gouvernement. Ne pensez pas que la partie béninoise ne prend pas ça au sérieux. Elle est aussi victime de cela. Dans certains pays africains comme dans certaines sociétés européennes, c’est un phénomène profondément ancré dans la société. Et ceci est un combat. Ce n’est pas seulement l’idée de mettre dans un texte législatif que la corruption est un délit. Si dans votre vie quotidienne, vous ne vous levez pas contre ce qui arrive, c’est grave.
Monsieur Patrice Talon a dit dès son arrivée, qu’il sera un modèle parce que cela commence par le sommet. Nous avons pris acte de ses déclarations et l’accompagnerons dans la mesure où, effectivement, il sera un modèle et que son honorabilité restera toujours impeccable comme elle l’a été jusqu’à présent. Donc, je dois dire que le débat sur la corruption n’est pas seulement au Bénin, mais c’est un débat que nous ne pouvons pas fuir. C’est pourquoi, il est l’axe cardinal de notre coopération. Et d’ailleurs, ce n’est plus l’ambassadeur qui vous parle. C’est une instruction des plus hautes autorités de l’Union européenne. La lutte contre la corruption est un élément central de notre coopération.

Avez-vous l’impression que la lutte a effectivement démarré du côté des autorités béninoises ?
Je ne comprends pas cette question. Car, il n’y a pas un moment où l’on dit qu’on démarre. Voyez vos textes législatifs. Ils ne sont pas appliqués. C’est bien de cela qu’il est question. Il n’y a pas de début de lutte mais plutôt une option conséquente pour que les choses changent. Prenons par exemple la gestion des finances publiques, parce que là aussi c’est une niche potentielle pour les indélicats. L’Union européenne est le bailleur le plus intéressé par l’accompagnement des réformes qui protègent le bien commun des Béninois et rendent impossible les opérations illégales. Je dois vous dire que ce qu’on a fait dernièrement est extraordinaire et on en est fort satisfait. Si vous aviez posé la question, il y a quelque temps, je vous aurais donné une autre réponse. Mais à présent, on est satisfait.
Je dois dire par exemple qu’au niveau du ministère de l’économie et des finances, il y a des changements très importants en cours. Pas seulement pour identifier les personnes. Ce qui est important, c’est d’éviter la possibilité de le faire, de créer les conditions pour que ceux qui ont la mauvaise intention de le faire, ne puissent pas le réaliser. Ceci est en train d’être fait et est un travail très important qui ne se fait pas facilement parce qu’il y a souvent des résistances. Par exemple, lorsque vous parlez de la dématérialisation des opérations, lorsque vous parlez de permettre que les pensions soient touchées désormais à la banque, pensez-vous que ce sont des mesures innocentes ? Si vous êtes obligés d’aller recevoir votre salaire à la banque, c’est parce que vous existez et que vous irez prendre cet argent. Dans ce cas, il n’y a plus de doute. Je constate que les payements d’impôts via les banques, c’est important. Les transactions au niveau du Trésor doivent aussi être enregistrées par une transaction bancaire. Or, cela n’était pas toujours le cas par le passé.
Ce sont des changements techniques qui ont vraiment une incidence très forte sur la possibilité que des gens indélicats viennent effectivement abuser du système. Ce sont des changements que nous saluons. C’est là que l’Union européenne est heureuse de pouvoir accompagner le Bénin qui a la volonté de réformer, de changer les procédures pour plus de transparence. Ceci montre la détermination des dirigeants, parce que si vous n’avez pas la volonté, vous n’allez pas appliquer les réformes.
Il y a des choses qui sont susceptibles de changement. Il faut la volonté politique de le faire, de même que des moyens techniques. Et donc, nous sommes engagés dans la lutte avec le gouvernement pour réussir les réformes et le bilan sera bon…. Il faut éviter que certains pans de la société s’approprient ce qui est au nom de tous. Certains manifestent publiquement sur les réseaux sociaux, font même des marches dans la rue, parce qu’on leur retire ce qu’ils ont eu peut-être par des voies détournées ou par non-respect de la règlementation dans leur main. Il faut sauvegarder et faire respecter le droit.

Le Gouvernement ne tient pas compte des mesures sociales. Pensez-vous la même chose ?
Je ne peux pas me prononcer dessus. Quel est le pourcentage en termes de mesures sociales que vous donneriez à chaque intervention. Si vous votez pour un candidat qui vous promet des réformes, soyez prêts à assumer les conséquences de celles-ci.

Pensez-vous que le Programme d’Action du Gouvernement est réaliste ?
Nous ne fixons pas le degré d’ambition d’un gouvernement. Nous venons ici pour accompagner les actions du gouvernement. C’est vrai que nous préférons un gouvernement ambitieux. L’ambition a été fixée le 16 décembre 2016. Il y a des choses qui sont faisables. Mais, est-ce qu’on aura les moyens et le temps nécessaires pour les faire ? Cette question est à adresser au gouvernement. Tout ce que nous demandons à celui-ci pour le moment, c’est d’assurer le suivi de ce qui est appliqué. C’est sur cette base que nous allons pouvoir intervenir. Par exemple, le gouvernement a fixé sa feuille de route sur le PAG. Nous avons cette feuille de route. Pour le moment, donnons l’avantage de croire que cette volonté arrivera à le faire.
L’Union européenne indexe-t-elle des points en vue de l’amélioration de la qualité des réformes du gouvernement, sur le plan social ?
Il est évident que si vous n’avez pas un compte en banque, il y a un problème. Si vous ne voulez pas avoir un compte en banque alors que vous êtes confortablement installé dans une économie informelle, c’est encore un autre problème. Lorsqu’on dit qu’il y aura plus de probité dans le flux financier public et que vous voulez la traçabilité de ces fonds, le gouvernement accompagné des bailleurs crée ces conditions pour que vous sachiez la traçabilité des ressources de l’Etat. Certains pays de l’Union européenne désirent supprimer la monnaie parce que toutes les opérations vont s’exécuter par voie électronique.
Les opérations faites sur votre salaire, votre pension, votre indemnité ou œuvre sociale, sont électroniques. Qui peut douter de la transparence ? Ce n’est pas la même chose ici. Si vous voulez être dans un système régi par la transparence où chacun évolue selon son moyen, il faut le faire. C’est la volonté de votre gouvernement de mettre sur pied, au Bénin, ce système d’application. Quand les citoyens paient leurs impôts, et ceci se passe dans la transparence, ils sont en train de créer aussi les conditions pour que d’autres investisseurs internationaux importants, y compris des Béninois qui hésitent à investir au Bénin, puissent placer leurs investissements. Voilà la réforme.
Et puis, on avance dans certains domaines. Rappelez-vous, la dernière fois que je suis venu ici, (en 2014) c’était à une période où il faisait bien chaud et nous avons été interrompus deux fois par des coupures d’électricité. Aujourd’hui, pas une seule. Félicitations pour cette avancée!

Quelle comparaison faites-vous entre la gouvernance de Talon et celle de Boni Yayi ?
Vous êtes un véritable observateur des réalités du monde. Pouvez-vous me dire la différence entre le mode de gouvernance de l’actuel président des Etats-Unis et le précédent ? Chacun a son caractère et ses caractéristiques. Regarder le personnage ne nous donne pas une idée de comment ça se passe. C’est les résultats qui comptent. Je me limite à dire qu’actuellement, il y a toute une série d’engagements qui ont été pris. Nous allons, via les interventions politiques et systèmes dont je viens de parler, suivre l’exécution des annonces. On a fait la même chose avec l’ancien gouvernement. Sur certains points, ça s’est bien passé mais pas le cas sur d’autres. Avec l’ancien gouvernement, nous avons même fait des choses qui n’étaient pas prévues. C’est le cas du pont de Womey. Le Président Boni Yayi a beaucoup insisté pour qu’on le fasse et l’Union européenne a répondu positivement. Les travaux sont déjà engagés. Voilà un pont dont le budget n’avait pas été prévu dans la coopération entre l’Union européenne et le Bénin mais qu’on a pu bien accommoder. Actuellement nous suivons notre PIN et le Programme d’Actions du Gouvernement, voilà deux repères pour notre action.

Dans votre discours à la fête de l’Union européenne, vous avez encouragé le Président Talon à poursuivre dans la voie des réformes. Croyez-vous que ces réformes sont nécessaires ?
Bien sûr. Toute notre action est basée sur l’idée que ces réformes seront accomplies. On constate qu’il y a des réformes à faire et c’est sur la base de ces constats que nous demandons au gouvernement s’il est prêt à les affronter. Le gouvernement dit non seulement oui, mais nous présente aussi un plan. C’est désormais facile pour le bailleur de s’inscrire là-dessus et de l’accompagner. Nous sommes à une phase d’étude en ce qui concerne le Programme d’Actions du Gouvernement. Il y a beaucoup d’initiatives qui ont été lancées. Le moment venu, le Gouvernement devra dire, très clairement, comment seront exécutés ces projets. C’est normal qu’avant de lancer quelque chose, l’on fasse des études.

L’Union européenne appuie les collectivités locales. Quelle est votre appréciation de la destitution des maires ?
La destitution des maires est une décision du conseil communal. Nous n’avons pas à répondre dessus. Par contre, nous avons raison de dire que l’Union européenne accompagne, via le FADEC (Fonds d’Appui au Développement des Communes), le financement qui est mis à la disposition des communes du pays. Nous avons été heureux, en ce qui concerne 2015 et 2016, de constater que les audits qui ont été faits dans ces communes dans cette période étaient bons. Certes, nous n’avons pas trouvé des difficultés dans ces audits mais cela ne veut pas dire que tout fonctionne correctement. Là intervient aussi l’idée des réformes. Certaines communes travaillent plus que d’autres mais en général, il y a un manque cruel de capacités et de moyens. Si un jour, votre pays doit avoir un système de décentralisation comme il faut, il faudra consentir beaucoup d’efforts dans ce domaine.

L’Union européenne est résolument engagée dans la lutte contre les effets néfastes des changements climatiques. Comment appréciez-vous le retrait des Etats-Unis de l’Accord de Paris ?
Nous le regrettons, mais l’accord continue. Ce n’est pas parce qu’un membre qui avait dit oui s’est retiré, que l’accord n’est pas là. L’Union européenne et beaucoup d’autres pays comme par exemple la Chine et d’autres partenaires, se sentent liés à l’exécution intégrale de cet accord. Si un pays décide de se retirer, c’est vrai que nous ne serons pas contents, mais nous prenons acte et nous l’inciterons à reprendre sa place. Il y a des choses qui se passent sur la planète et qui sont facilement détectables, comme étant des conséquences qui peuvent être évitées. Votre pays est une victime et il y a l’érosion côtière par exemple. Avant, j’avais servi dans un archipel, le Cap-Vert et là aussi, ils sont en difficulté, parce que les petites îles risquent gros s’il y a une augmentation du niveau des océans. Je pense que l’Union européenne va continuer sereinement à appliquer et à faire appliquer cet accord.

Après quatre ans passés au Bénin, quels sont vos coups de cœur et, pourquoi pas, vos coups de gueule avant votre départ ?
Ecoutez! J’étais très heureux dans votre pays. Je ne le dis pas simplement parce que je suis diplomate. C’est un pays agréable, les gens sont d’une grande politesse… enfin, avec moi, je voudrais dire. Tout le monde s’est bien comporté avec moi et je suis plein de satisfaction dans votre pays. Et donc, pas de coup de gueule. Mais, il y a des choses qui font souffrir les Européens lorsqu’ils viennent ici. D’abord, le respect des horaires. C’est-à-dire que ce n’est pas difficile d’avoir un désaccord avec les Béninois à cause des horaires. Mais par contre, lorsque vous vous habituez, on supporte ça. Ensuite, il y a l’extrême capacité des Béninois à improviser pour réussir l’affaire qu’on n’a pas pu faire dans le temps. Ça, c’est une bonne chose. A côté de ça, il y a une autre condition, c’est l’extrême capacité des Béninois à se compliquer la vie. Il arrive parfois que le Béninois se pose beaucoup de questions, on conteste presque tout et c’est bien. Ça veut dire qu’il y a une flamme à l’intérieur qui est très grande. Et j’espère que cette flamme n’est pas de nature à créer des difficultés pour la réalisation des projets. Avant que je n’arrive au Bénin on m’a déjà dit : « Ah, tu vas au Quartier Latin. Attention parce que là, tout le monde a ses idées, chaque personne a sa propre perception du monde ». Et puis, c’est vrai et c’est très enrichissant. C’est-à-dire que je sors de votre pays beaucoup plus riche en termes d’idée et en termes de perception qu’avant. Parce que je peux dire que certaines idées que j’avais dans ma tête n’étaient pas exactes. En ce qui me concerne, cela a été un bon chemin. Si moi j’ai contribué à ce que l’Union européenne soit un tout petit peu mieux connue aussi des Béninois, alors, la partie est une réussite.

Y a-t-il eu des choses que vous n’avez pas aimées ?
Des choses que je n’ai pas aimées, non. Mais il y a des choses que je ne suis pas arrivé à décrypter. Par exemple, tout ce qui est croyance, ça c’est le travail d’une vie. Comprendre ce qu’il y a dans la pensée finale d’un Béninois, comprendre quelles sont les choses profondes auxquelles il croit, ça, c’est un défi que je n’ai pas pu relever. Mais je dirai que ça arrive aussi chez nous. Ne pensez pas que tous ceux qui vont à l’église par exemple pensent la même chose. Vous ne pourrez jamais comprendre ce qu’il y a au fond, dans le cœur et la pensée d’une personne, même si vous êtes assis à ses côtés pendant de longues années. C’est pour vous dire que je quitte le Bénin en commençant par comprendre certaines choses mais avec une notion beaucoup plus large de ce qui me reste encore à découvrir et c’est pourquoi je vais revenir.

Quelles seront les perspectives de la coopération entre l’UE et le Bénin.
Les perspectives sont fixées par le Programme Indicatif National, en ce qui concerne l’énergie, l’agriculture et la gouvernance. Mais, au-delà de ça, il y a une ambition de développement aussi en dehors du partenariat. Je voudrais faire un appel pour ne pas réduire, voire parfois confondre, les relations entre deux nations entre deux groupes, seulement sur les relations de coopération et de développement. La coopération et le développement sont des choses qui s’imposent à nous, simplement parce qu’effectivement, il y a des besoins qui sont là.
Les pays occidentaux plus développés veulent aider les autres à se développer. Ceux qui sont en voie de développement dans la mesure où ils voient cette aide de bon œil, l’acceptent en toute sérénité, et voilà, on avance ensemble. Mais les relations entre deux parties portent sur beaucoup d’autres choses. Et donc, le Bénin en tant que pays dans la sphère internationale entre les Nations Unies, entre la communauté internationale et l’UE, peut collaborer sur beaucoup d’autres sujets avec nous.
Nous venons de parler des changements climatiques et de l’Accord de Paris. Là par exemple, ça n’a rien à voir avec la coopération au développement. C’est la coopération tout court. Comment peut-on travailler ensemble en vue d’obtenir un résultat ? Donc, les relations diplomatiques entre l’UE et le Bénin ont été au beau fixe pendant très longtemps. Le petit caillou dans la roue qu’on a trouvé et dont on a parlé, n’est pas de nature à faire perdre les normes de cette bonne relation. Je pense que de la même façon que d’autres gouvernements attachent du prix à avoir de bonnes relations avec l’Union européenne dans son ensemble et avec chacun des pays du groupe, à notre tour, à l’Union européenne, nous attachons du prix aux relations intenses de coopération y compris de coopération au développement, avec votre pays parce que ça nous permet de voir dans cette partie du monde, comment les choses se passent et ensemble de travailler en partenariat.
Je voudrais peut-être finir avec cette réponse en m’assurant qu’il y a deux ou trois choses qui intéressent tout le monde : la sécurité, la stabilité dans un monde où malheureusement la sécurité n’est pas toujours garantie et où il y a les fléaux de terrorisme et des mouvements de déstabilisation. Une bonne relation entre les différents acteurs, est très importante pour réduire les risques. Il y a aussi la question des changements climatiques et ses effets sur la planète. C’est un domaine vaste où nous devons travailler.
L’autre question, c’est l’immigration, le mouvement des personnes sur la planète. Le Bénin reçoit beaucoup de gens des autres pays de la sous-région et ceci est un phénomène intéressant et très enrichissant. Il y a aussi dans ce domaine quelques risques qu’il faudra travailler ensemble à éviter. Pour terminer, le dernier sujet sur lequel nous pouvons travailler, je crois que le ministre des affaires étrangères et moi en avons déjà parlé, c’est la jeunesse. C’est-à-dire, comment faire entre les nations pour qu’effectivement l’avenir de la jeunesse en Afrique et ailleurs soit garanti. Donc, voilà quatre ou cinq lignes d’action sur lesquelles il y a des partenariats diplomatiques thématiques au-delà de la coopération au développement.

Votre conclusion
Mes remerciements encore une fois à vous, qui êtes là aujourd’hui à L’Evénement Précis pour avoir organisé cette rubrique. A travers vous, je dis merci à tous ceux qui ont permis ici à ce que ma mission se passe dans de meilleures conditions. Le gouvernement bien sûr, les institutions officielles, à tous ceux qui m’ont soutenu, accompagné et qui m’ont orienté dans mes démarches et dans mes explorations. Et puis de façon très concrète, tous ceux qui dans mon équipe à la délégation mais également beaucoup d’autres, qui m’ont donné des clés d’interprétation de votre société.
Je pense que quand un diplomate arrive dans votre pays, il arrive avec certaines idées qu’il doit être prêt à changer rapidement. Quand il part, il quitte avec l’idée qu’il n’a rien compris. Ça c’est bon car cela veut dire qu’il a fait une transition, qu’il a fait un parcours. Vous savez, quand on regarde dans le désert, on ne voit presque rien or certains savent détecter dans le désert, beaucoup de richesses et beaucoup de choses que les yeux ne sont pas habitués à voir. Donc, un diplomate après quatre ans au Bénin, doit être prêt à comprendre tous ces éléments de la société béninoise, tellement riche en détails et sensibilités mais qui ne sont parfois pas évidents à déceler. C’est un véritable casse-tête de comprendre ce qui se passe dans ce pays et donc moi je voudrais quand même remercier tous ceux qui m’ont aidé à former ma propre image.

Carte d’identité

Son accent catalan ne trompe personne. Josep Coll est un Espagnol de Barcelone. C’est un diplomate de carrière né en 1957, l’année de création de l’Union européenne. Issu d’une famille modeste de la région de Catalogne, il a dû se forger son destin en se battant. « A l’époque, je devais marcher six kilomètres tous les jours pour aller à l’école. Mais, c’était bien, c’était très bon pour la résilience», s’en souvient-il encore. Sa modestie, il semble en faire une culture. « Ma personne n’a rien d’intéressant. Ce qui est intéressant, c’est que l’UE soit représentée institutionnellement au Bénin, comme nous le sommes dans la plupart des pays d’Afrique… Je suis un homme de transition, je suis là pour maintenir un niveau excellent des relations avec l’UE, si possible les développer davantage, donner, encore si possible, des réponses aux besoins que le Gouvernement et les institutions nous adressent et accompagner ce pays dans cette noble tâche qui est d’augmenter la croissance et réduire la dépendance », fait observer le diplomate. Après ses études en communication à Barcelone, en Catalogne il décide de s’offrir des connaissances supplémentaires et quitte alors sa région pour s’installer à Madrid. Il y fait des études de sciences politiques et relations internationales, de 1980 à 1984. Au moment où il décroche sa Licence, une opportunité s’offre. « J’ai regardé au tableau et j’ai vu une annonce pour se présenter à la Fonction publique européenne. A l’époque, l’Espagne était en train d’adhérer à l’Union européenne. C’était seulement en 1985 qu’on a signé l’accord d’adhésion, mais c’est en 1986 qu’on a effectivement rejoint l’Union européenne. Moi, je me trouvais là en ce moment. Or, j’avais des vocations différentes et tout d’un coup, je me suis dit pourquoi pas ? » Il a postulé et rejoint Bruxelles le 1er avril 1987. Au service de l’Europe depuis une trentaine d’années maintenant, Josep Coll est un diplomate accompli. Lorsqu’on lui demande quels plaisirs il tire de ce métier qui l’éloigne depuis si longtemps de son pays, il s’appuie sur les valeurs humaines : « Il y a des valeurs dans le monde et l’Union européenne incarne certaines de ces valeurs. Peut-être que vous n’allez pas partager ces valeurs et c’est votre droit, mais pour ceux qui comme moi croient que ces valeurs sont dignes d’être défendues et promues, je pense que c’est une opportunité unique dans la vie d’un homme d’aller ailleurs les expliquer. Si vous les partagez, on s’est compris, si vous ne les partagez pas, parlons-en au moins ». C’est donc un adepte du dialogue des cultures qui a fait son entrée au Bénin depuis octobre 2013. Il venait d’achever cinq années de service au Cap Vert. Son périple africain l’a mené aussi en Ethiopie et au Burundi. De ce continent, l’ambassadeur ne retient pas que la joie. Il se dit aussi attristé par l’intolérance, les conflits parfois incompréhensibles. Mais, la majeure partie de sa carrière s’est passée à Bruxelles. C’est un véritable citoyen du monde qui cache derrière son air de diplomate chevronné une véritable soif d’être avec les autres : « nous sommes tous dans le même voyage et nous devons coopérer pour que tous arrivent à bon port », confie-t-il.

Intimité: Aux délices du poisson béninois

Demandez à Josep Coll quel est son plat préféré, et il vous répondra invariablement, le poisson. « A table, inévitablement le poisson parce que je suis né les pieds dans l’eau. Là où je suis né en Catalogne, la mer est juste devant la maison. Et, le fruit habituel c’était le poisson », se rappelle le diplomate. Conséquence logique, dès qu’il est arrivé au Bénin, il s’est informé sur les meilleurs endroits pour dénicher les bonnes espèces. Et quand il en parle, c’est un délice de l’écouter. « J’étais très content parce qu’il y a énormément de bons poissons que je vais moi-même au port acheter, dit-il. J’ai ma poissonnière attitrée avec laquelle j’ai des bagarres autour du prix. Mais finalement, on s’entend et je suis très content parce que c’est elle qui amène les meilleurs poissons qui se terminent dans mon assiette ». L’homme aime bien la bonne bière béninoise ainsi que le vin. Sport ? Le diplomate européen préfère la marche, surtout que sa maison est située à quelques pas de la plage. Même s’il ne pratique pas le football, il adore le FC Barcelone, comme tout bon Catalan.

 




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