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Coup de gueule du président de l’ONG Gasvie sur le système sanitaire: « Le système sanitaire béninois doit être repensé parce qu’il ne répond à rien »,critique Adrien Hounsa


Adrien Hounsa, le président de l’ONG Groupe d’action pour la santé et la vie (ONG GASVIE)critique, dans l’interview qui suit, le système de santé du Bénin. L’administrateur-gestionnaire des hôpitaux à la retraite réagit également à lamise en concession du Centre national hospitalier universitaire Hubert Koutoukou Maga (Cnhu-Hkm) et à la récente crise qu’a traversé la maternité du Centre hospitalier universitaire de la mère et de l’enfant (Chumel, ex Homel) avec la cessation pendant quelques semaines de ses activités.

L’Evénement Précis : Comment se porte le système sanitaire béninois,selon vous ?

Adrien Hounsa : Le système de santé est totalement malade,délabré, et c’est la faute de l’Etat dans sa faiblesse dans l’orientation des cadres. Le système est bien conçu, mais mal appliqué, parce qu’on y a mis des animateurs incompétents.On n’a pas exigé de ces animateurs le respect de la structuration du système. Les petits bobos ne devraient pas aller jusqu’au Cnhu mais de nos jours, celui qui a un simple mal de tête ou mal au ventre,  va au Cnhu.

Parlant du Cnhu, la commission technique chargée des réformes dans le secteur de la santé recommande sa mise en concession. Vous approuvez ?

L’ONG Gasvie qui défend les droits des malades a été invitée,  le jour qu’ils ont fait la restitution. Nulle part, on n’a fait cette proposition. Ils n’ont jamais relevé que la contreperformance du Cnhu est telle qu’il faut le mettre en concession. J’étais dans la salle, et s’ils avaient parlé de la mise en concession du Cnhu, ils n’en seraient pas sortis sans heurts.C’est une recommandation erronée. Un hôpital universitaire tel que le Cnhu ne peut pas être sous la coupe d’un individu. On ne peut pas vendre le Cnhu à un individu pour dire qu’il va le gérer.

Pourquoi?

Pour trois raisons : le Cnhu est un hôpital de soins, un hôpital de formation, un hôpital de recherche. Les soins, la formation et la recherche sont des entités essentielles qu’un privé ne peut pas accepter de prendre comme ardoise dans son patrimoine en achetant le Cnhu ou en venant le diriger. Un hôpital n’est pas une entreprise, et répond à des règles. Les soins ont un coût, la formation a un coût, la recherche aussi. Quel est le privé qui va acheter le centre et permettre qu’on utilise 8 à 10 gants pour une seule personne, par exemple en gynécologie? Ce n’est que dans le public qu’un hôpital universitaire peut rester. Les gens ont perdu de vue tout ça et pensent qu’on peut privatiser ou mettre en concession. On peut avoir un contrôle direct sur les autres hôpitaux et les mettre dans les mains d’un privé pour qu’il arrête l’hémorragie, mais jamais pour un hôpital universitaire.

Comment remédier alors au problème Cnhu?

Le Cnhu est mal géré. Le mal ne date pas d’aujourd’hui. Le Cnhu doit être rétrogradé pour devenir un hôpital départemental et l’Etat, très rapidement, doit construire un vrai centre hospitalier avec un modèle de gouvernance approprié où chacun reste à sa place, fait ce qu’il doit faire et on évite le cumul de responsabilités.

 La maternité du Centre hospitalier universitaire de la mère et de l’enfant (Chumel, ex Homel) a été contrainte de cesser ses activités quelques semainesavant de les reprendre. Comment avez-vous vécu cette crise?

C’est un constat d’échec, et j’ai le cœur meurtri. Ce qui s’est passé à l’ex-Homel m’inspire du regret parce que nous avons amené un système de soins que nous sommes incapables de gérer. Les gens ont conduit le système à la faillite. L’ex Homel a cessé pendant un temps ses activités d’accouchement alors qu’une maternité a pour caractère dominant d’accoucher les mères et avoir les bébés dont on doit s’occuper. Et c’est l’Etat qui est complice. Si l’Etat avait une vision claire et nette, il n’accepterait pas d’utiliser abondamment les médecins dans le système de gestion des ressources du secteur santé et cette complicité est due également au fait que ce sont ces médecins-là qui sont ministres et mettent autour d’eux leurs collègues. Il faut bien faire des parallèles et des recoupements pour que même si des médecins devraient être dans le système organisationnel de la santé, ils ne le soient pas en nombre pléthorique.

Vous estimez qu’un médecin ne peut pas gérer un hôpital?

Ce que tu n’as pas appris sur les bancs, tu ne peux pas l’exercer dans les faits. Un médecin qui n’a pas fait l’administration peut-il lire un budget ? Le tout n’est pas de faire une lecture plate du budget. Lorsqu’on fait un budget, on s’y accroche et on le respecte ; mais les gens se font faire des budgets et appliquent autre chose. C’est un crime contre notre système sanitaire que de mettre des gens qui ne savent pas lire un budget, ne savent pas gérer.

Qu’ajouteriez-vous à tout ce que vous venez de dire ?

C’est depuis 13 ans que l’ONGGasvie attire l’attention de tous les dirigeants de santé sur ce qui arrive aujourd’hui au système sanitaire. En cemoment-là, les acteurs de cette paralysie nous traitaient de tous les noms. Où sont-ils maintenant que le système se meurt ?Le langage de Gasvie est clair : un médecin qui n’a pas une formation diplomante en gestion des ressources financières, matérielles et humaines de système sanitaire n’a sa place que dans les hôpitaux pour soigner les malades. Mais notre Etat a failli à sa mission de mettre l’homme qu’il faut à la place qu’il faut. Maintenant qu’ils ont vidé toutes les ressources et mis à mal le système, ils se taisent. Trop de fonds ont été mal gérés au ministère de la santé en défaveur des malades qui sont obligés de payer de l’argent avant de se mettre à l’aise. A la limite, c’est un crime d’avoir délabré tout un système sanitaire malgré nos sensibilisations. Le système sanitaire béninois doit être repensé parce qu’il ne répond à rien.Si l’Etat fait la rénovation du système, il lui faut prendre ses responsabilités dans le contrôle de la gestion des nombreux fonds gérés sans orthodoxie.

Réalisé par Flore S. NOBIME

 




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