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Edito: La santé du Chef


logLe mystère ne s’est toujours pas dissipé sur la santé du Chef de l’Etat. Au nom d’une certaine transparence, des activistes chevronnés n’arrêtent pas de gloser sur le sujet, des médias allant jusqu’à supputer sur la très mauvaise santé supposée de Patrice Talon. Alors question : dans quel pays africain avez-vous jamais entendu parler de transparence à propos de la santé du Chef de l’Etat ?

Partons d’abord du Bénin. Nos anciens présidents ne nous gavaient pas d’informations sur leur état de santé. En son temps, très peu de gens peuvent dire exactement pourquoi Boni Yayi était obligé d’être constamment sous traitement médical avec des médicaments dont certains ont été révélés en octobre 2012, lors de la tentative présumée d’empoisonnement. Jamais, aucune source officielle n’a révélé son mal. Lorsque, vers la fin du régime, le Chef de l’Etat a été opéré pour une cataracte en Afrique du Sud, c’est par un communiqué laconique de la présidence de la République que le public en a été informé. On ne saura jamais ce qu’il en est advenu des autres voyages qu’il a pu effectuer à l’étranger pour des raisons de santé.

En la matière d’ailleurs, Boni Yayi n’a rien inventé. Qui se rappelle un quelconque communiqué ou une conférence de presse sur la santé du défunt général Mathieu Kérékou ? Presque personne. Et pourtant, feu le général effectuait bien des check-up à l’étranger. C’est qu’en la matière, le secret est presque universel.

Il suffit de voir à côté de nous, au Nigeria, tout le mystère qui entoure actuellement la maladie du Président Muhammadu Buhari. Dès le départ, en janvier 2017, c’est bien après plusieurs semaines d’absence qu’on a su qu’il était allé à Londres pour des raisons de santé. Il séjourne toujours aujourd’hui dans la capitale britannique, sans que personne n’ait organisé la moindre conférence de presse ni diffusé le moindre communiqué de presse sur le mal réel dont il souffre. Dans ce pays 20 fois plus peuplé que le Bénin, on ignore jusqu’aujourd’hui l’hôpital dans lequel il est soigné à Londres depuis des mois. Il en est de même en Algérie où le Président Abdelaziz Boutéflikha, grabataire depuis des années, dirige le pays sur chaise roulante. Il constitue le symbole de ce que la maladie chez les dirigeants africains, n’est nullement un sujet de débat public. Aucun communiqué officiel, aucune conférence de presse officielle, ne viendra dire de quoi souffre le chef de l’Etat. Le plus curieux n’est certainement pas le fait qu’il ait été réélu en étant aussi malade qu’aujourd’hui et qu’il ait prêté serment en chaise roulante, assisté par des officiels chargés de dire à sa place le serment solennel. C’est qu’il continue à diriger ce pays de plus deux millions trois cent mille km² dans cet état.

En matière de santé, le cas le plus emblématique reste celui de Paul Biya, président du Cameroun depuis 1981, c’est-à-dire depuis 36 ans. Il passe au moins la moitié de l’année dans un hôtel particulier en Suisse, dirigeant le pays depuis l’étranger et gagnant régulièrement les élections. Il y a au Cameroun, pays plus développé que le Bénin un ou deux conseils des ministres par an. L’apparition du Chef de l’Etat à la télévision est un événement aussi important que la finale d’une coupe d’Afrique de football.  Et en ces occasions-là, les Camerounais ironisent sur leur Président, prétendant qu’il est en visite officielle dans son propre pays…

Il ne faut donc pas que l’on oublie qu’en Afrique, la santé de nos dirigeants revêt un caractère plus ou moins officieux que nos traditions nous ont légué. C’est probablement un héritage ancestral resté dans notre appareillage républicain. Lorsque le monarque meurt dans le royaume du Danxomè, personne n’a le droit de dire que le roi est mort : on dit simplement qu’il est « allé à Allada ». Et cette révélation ne se fait qu’après des jours et des jours de conciliabules entre les princes pour que le décès du monarque ne débouche pas sur la désorganisation du royaume. Pour ceux qui croient qu’il ne s’agit que de barbarie, ils n’ont qu’à se rappeler qu’en décembre 1993, au décès de Félix Houphouët-Boigny, beaucoup d’Ivoiriens étaient convaincus que leur président était mort depuis au moins un mois avant l’annonce officielle.

En clair, nous recherchons une légitime transparence en matière de gouvernance économique et politique. Mais il sera difficile de la revendiquer, pour la sécurité même de notre pays, sur l’état de santé de notre Président.

Par Olivier ALLOCHEME




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