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Edito: De la dissidence


L’honorable Affo Obo a offert au parlement la semaine écoulée, un spectacle digne d’un cirque. Ses démissions et adhésions successives en ont fait en effet une bête de foire que le public des bien-pensants a eu bon dos de stigmatiser.  Que diantre lui arrive-t-il ? C’était la question embarrassée de tous ceux qui le connaissent. Et je leur réponds ceci : il lui arrive ce qui arrive à tous ceux qui viennent en politique en dépensant follement leurs avoirs et sont surpris de n’en recevoir que très peu en retour.

A vrai dire, Ahmed Tidjani Affo Obo a sûrement été  déçu par les maigres dividendes qu’il reçoit de la vie parlementaire. Pas tant que les salaires, primes et dessous-de-table que donne la fonction. Mais les passe-droits que cela confère, les exonérations de droits de douanes qui en découlent, les facilités à positionner des cadres dans l’administration ou à faire recruter des sympathisants dans la fonction publique. En un mot, l’ensemble des droits légitimes que l’on doit accorder à tous ceux qui ont dépensé leurs deniers pour se faire élire. Selon toute probabilité, le régime de la Rupture n’a pas offert toutes les facilités autrefois en vogue sous l’ancien régime. La rupture est dure. Et pour se faire entendre, le pauvre a délibérément choisi de poignarder son camp en votant contre le projet de révision, cela au moment où l’on s’y attendait le moins. Comme si cela ne suffisait pas, son mea culpa de Ouaké a pu faire penser qu’il allait revenir à de meilleurs sentiments. Non, il a roulé l’Alliance ABT dans la farine en faisant son cinéma au parlement, pour finalement s’inscrire dans le groupe parlementaire de  Saley. Il s’est bien moqué de ceux qui ont organisé la cérémonie de pardon du samedi 20 mai et se retrouve aujourd’hui tout à fait à sa place, dans le groupe des hommes d’affaires mécontents.

Sa démarche est quelque peu différente de celle de Candide Azanaï. Sa dissidence à lui est probablement dictée par la certitude de l’échec d’un pouvoir qu’il a contribué à amener. Certitude de l’échec qui devrait inéluctablement l’amener à perdre son électorat versatile de Cotonou. Alors, il choisit de sauter du train, au pire moment pour le champion dont il a contribué à construire la légende. Dissidence de principe, goujaterie de rebelle incurable ou même opportunisme retors, on aura compris que son départ précipité est un défi pour sa carrière. S’il échoue à reconquérir le cœur des Cotonois, il peut dire adieu à son aventure politique.  De toute évidence, Candide Azanaï est parti pour ne pas être rayé de la carte politique, lui que le poste de ministre délégué reléguait effectivement à un statut de minus. Rebondir ? Voilà la vraie question et elle est loin d’être simple. Sa dissidence est en elle-même l’argument le plus massif qu’on puisse lui opposer.

Les dissidents de la RB ont sensiblement fait autre chose que de se mettre à l’écart. Ils ont choisi d’arracher leur parti à un individu et de l’en expulser. Ce qu’ils appellent audace, est une outrecuidance : rejeter aujourd’hui ce qu’ils ont toléré hier. L’histoire de la RB s’écrit à coups de dissidences multiples, aussi violentes les unes que les autres. J’ai toujours pensé que les militants de ce parti adhèrent culturellement et intellectuellement à une dévolution paternaliste du pouvoir, ce que Jean-François Médard  appelle proprement le patrimonialisme. Cette conception oligarchique de l’appareil politique est en effet au cœur du fonctionnement de la machine RB. C’est le règne indiscutable de Papa (le président d’honneur) et de maman (la fondatrice), associé, bien sûr, à la protection affective du fils. Quelle n’a pas été ma surprise d’entendre Gildas Agonkan et les autres « réformistes » entonner l’antienne de la contestation ! Comment peut-on combattre un système dans lequel l’on a prospéré et qui a fait votre gloire ? Je peine à comprendre cette logique.  D’autant que c’est la rébellion contre ce même système patrimonial qui a fait partir Candide Azanaï, Nathaniel  Bah, Epiphane Quenum et les autres. Et c’est en y apportant leur caution que les « réformateurs » autoproclamés y ont connu leur ascension politique. Il est fort à parier que, comme leurs prédécesseurs dans la dissidence, ils soient éjectés et finissent tristement leur carrière politique.

Par Olivier ALLOCHEME

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