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Éric Germain BIGO, Point Focal du ‘’Projet Abeille’’ au Bénin: « Nous allons révéler la qualité du miel béninois et augmenter la production nationale »


La rubrique hebdomadaire ‘’INVITE DU LUNDI’’ s’intéresse à la filière apicole du Bénin. C’est dans ce cadre que nous avons reçu, l’Ingénieur Agronome et Zootechnicien en fonction au Service d’Appui au Développement des Productions et Filières Animales à la Direction de l’Elevage, Éric Germain BIGO. Point Focal du ‘’Projet Abeille’’ du Bureau Interafricain des Ressources Animales de l’Union Africaine (UA-BIRA), il a fait l’état des lieux de l’apiculture au Bénin. Désormais, Secrétaire Général de la Plateforme Nationale des Acteurs de la Filière Apicole du Bénin (SG-PNAFA/BENIN), il a partagé  avec nous, le niveau d’organisation de la filière avec la mise en place d’une plateforme nationale. Il a saisi l’occasion pour nous faire part des recommandations  issues des assises pour révéler la filière dans la sous-région et le monde.

L’EVENEMENT PRECIS : Comment va la filière apicole au Bénin ?

Éric Germain BIGO : L’apiculture est une pratique qui a évolué de la forme de cueillette vers la forme améliorée. Des efforts sont consentis par des acteurs, quelques promoteurs individuels, groupements et associations avec l’appui des Partenaires Techniques et Financiers à travers des ONG et des projets/programmes. Aujourd’hui au Bénin, la filière suit son cours mais il y a encore beaucoup à faire. Actuellement, plusieurs obstacles restent à lever. Les freins à l’expansion de la filière apicole sont variés. Nous pouvons citer entre autres : la faible organisation et professionnalisation des acteurs ; la faible productivité due aux effets des changements climatiques, des pesticides, des vols, de la déforestation et autres ; le déficit de structuration du marché du miel; l’insuffisance de statistiques notamment celles des productions, du cheptel et des outils, l’absence d’une base de données nationale des acteurs, le manque d’une stratégie nationale de développement de la filière.

Parlez-nous des avantages de l’apiculture
L’apiculture est une activité de grand intérêt aux plans économique, environnemental et de la sécurité alimentaire et nutritionnelle (un véritable filet social). L’apiculture est une source importante de revenus et d’emplois pour de nombreux producteurs en Afrique au Sud du Sahara, elle limite la destruction de la forêt et entretient des colonies d’agents pollinisateurs, indispensables à la flore et aux cultures agricoles. L’apiculture est au cœur de l’existence humaine. Si l’on ne sait pas faire, elle disparaitra avec le monde. C’est grâce aux activités des abeilles que le monde se nourrit. Les abeilles contribuent à la pollinisation d’environ 70% des plantes et cultures. L’apiculture contribue à la pérennisation des forêts. Les abeilles entretiennent les arbres, le couvert végétal et par conséquent garantissent un environnement sain et le bien-être des populations sur la planète terre. L’apiculture est une alternative pour beaucoup de jeunes diplômés sans-emplois comme activité génératrice de revenus. Elle répond bien à la vision du Gouvernement de son Excellence Patrice Guillaume Athanase Talon, Président de la République, Chef de l’Etat et Chef du Gouvernement qui accorde une place importante à l’entrepreneuriat agricole dans son PAG 2016-2021.

L’intérêt de ce projet pour le pays ?
Le « Projet Abeille » est une initiative portée par le Bureau Interafricain des Ressources Animales de l’Union Africaine (UA-BIRA) en partenariat avec l’ICIPE et financièrement accompagné par l’Union Européenne (UE) qui vise à améliorer la santé et la productivité des abeilles, des services de pollinisation et une meilleure accessibilité aux marchés des produits de la ruche. Avec ce projet, nous avons une nouvelle vision de l’apiculture. Pour que l’apiculture prospère, il faudrait que les acteurs soient organisés. C’est le début de développement de toute filière. C’est dans cette optique que, en vue de garantir la pérennité de ce projet, il a été mis en place en décembre 2014 à Kampala en Ouganda, la Plateforme Africaine pour l’Apiculture (PAA). En novembre 2015 à Harare au Zimbabwe, la deuxième Assemblée Générale de la Plateforme Africaine de l’Apiculture a recommandé la mise en place et/ou le renforcement des plateformes apicoles nationales multi-acteurs dans tous les pays de l’Union Africaine. Cette recommandation a été renouvelée lors de la troisième Assemblée Générale de ladite plateforme en septembre 2016 à Kigali (Rwanda). C’est ainsi que le Bénin a amorcé à travers la Direction de l’Elevage le processus de mise en place de sa plateforme apicole avec l’appui technique et financier de l’Union Africaine. Alors, pour répondre spécifiquement à votre question, je dirai que le Bénin vient de gagner le défi du développement de sa filière apicole en ce sens que le Bénin, à l’issue de cet atelier a mis en place sa Plateforme Nationale des Acteurs de la Filière Apicole (PNAFA).

Quelle sera la contribution de ce creuset ?
Ce creuset qui réunit les acteurs d’une même filière sans doute contribuera à : faciliter la collaboration et les partenariats avec les acteurs de la filière apicole, ensuite, promouvoir un environnement politique et institutionnel favorable au développement de la filière apicole sur le plan national et son ancrage sur le continent et enfin, promouvoir les investissements publics et privés en apiculture et contribuer au renforcement des capacités des acteurs de la filière.

Comment la filière est-elle organisée au Bénin ?
Jusqu’à l’heure où nous échangeons, la filière est animée par quelques promoteurs individuels, des groupements et associations d’acteurs avec l’appui des partenaires techniques et financiers tels la DDC, la GIZ, l’Union Européenne pour ne citer que ceux-là. Je m’en voudrais de ne pas faire un clin d’œil à la Société Entreprises Nord-Sud (SENS) qui fait un travail formidable avec le Groupement Intercommunal des Collines (GIC) qui organisent les acteurs et font la promotion des chaînes de valeurs apicoles. La société SENS a d’ailleurs commandité une étude récemment dans le cadre de l’organisation de la filière. Il existe des mielleries autour desquelles sont organisées des coopératives pour la transformation des produits de la ruche et leurs mis en marché. Des supermarchés de la place servent également de points de distribution de ces produits. Le Projet DAEM, le projet PANA ENERGIE appuyé par la Banque Mondiale, et le FODEFCA appuyé par l’OIT et le projet des PARCS de la GIZ ont de très belles perspectives pour la filière apicole au Bénin. Avec la mise en place de la PNAFA-BENIN, l’organisation de la filière va connaître un envol exponentiel. Nous remercions une fois encore le Bureau Interafricain des Ressources Animales de l’Union Africaine qui nous a réuni en atelier la semaine passée et nous accompagné à mettre en place ce creuset qui se veut être un instrument fondamental de lobbying, de définition de stratégies et d’orientation pour permettre aux différents acteurs d’asseoir et de définir les contours de développement de la filière apicole sur le plan national.

Vous étiez en atelier sur le miel. De quoi, a-t-il été question ?
A l’issue des travaux de l’atelier qui nous a réunis, la semaine passée, du 11 au 12 mai 2017, nous avions défini la structure du comité exécutif de la plateforme qui tient lieu de l’assemblée générale et également mis en place un bureau du comité exécutif qui va conduire les activités de la plateforme. En réalité, c’est un bureau provisoire qui sera étoffé dans les prochains jours. Il est doté d’une feuille de route d’une durée d’un an. Ce bureau a des activités à mener qui conduiront à l’organisation de la prochaine Assemblée Générale de la Plateforme Nationale des Acteurs de la Filière Apicole du Bénin (PNAFA-BENIN) qui vient de connaître le jour. Le bureau travaillera à la participation et à l’inclusion de tous les acteurs de la filière apicole au Bénin.

Qui ont été les participants à cet atelier?
Tous les acteurs de tous les maillons de la filière (fournisseurs d’intrants, apiculteurs, transformateurs, commerçants et consommateurs)  sont représentés à l’atelier de mise en place de la PNAFA-BENIN. Ils sont venus de l’Atacora, du Borgou, des Collines, du Zou, du Plateau, du Couffo, de l’Atlantique, de la Donga et du Littoral. En dehors de ces acteurs au niveau micro, ceux des niveaux méso et macro ont répondu aussi présents, il s’agit des structures d’appui étatiques du MAEP; du MTFPF; du MCDV; MICAT; MESRS (FSA ; EPAC ; FA); du FODEFCA; des Collectivités Locales (GIC), des projets de développement du Gouvernement dont PANA ENERGIE, DAEM, des Acteurs Non Etatiques tels les ONG (SENS, CIAT, Ruche des Collines, Miellerie de TOBE), la PASCIB et la PNOPPA.

Vous n’êtes pas sans savoir qu’il y a d’autres filières déjà organisées et même en avance, mais qui sont en difficulté pour s’imposer. Ne craignez-vous pas quelque chose ?
Rien n’est à craindre. La crainte est un facteur d’échec. Nous sommes des acteurs de développement, si on cultivait une certaine crainte, on n’allait pas accompagner l’initiative. Il faut y croire et s’y adonner. C’est l’engagement des acteurs, des membres de la plateforme qui feront que la filière connaîtra un lendemain meilleur comme sous d’autres cieux et pourquoi pas comme en Chine.

Avez-vous déjà des pays en exemple sur lesquels prendre appui ?
Bien sûr ! On a l’Ethiopie, l’Angola, le Kenya par exemple qui sont des exemples. Nous avons aujourd’hui un atout capital qui est la plateforme continentale. Ce creuset va nous servir de boussole.  Je pense que l’essentiel pour nous est de nous tenir disponible, encore que nous bénéficions du soutien du Ministère de l’Agriculture, de l’Elevage et de la Pêche. Le Ministre comprend tous les atouts de la filière. L’apiculture peut développer et faire créer des milliers d’emplois à moindre coût. Il n’y a pas à investir en tant que tel avant d’embrasser cette activité. Donc l’apiculture est pourvoyeuse d’emploi, protecteur de l’environnement, assure la sécurité alimentaire nutritionnelle et une économie prospère. Donc il y a plein d’avantages.  C’est ce qui fait que les autorités n’entendent pas hésiter à accompagner. Tenez-vous tranquille, il y a beaucoup de partenaires qui ont compris l’enjeu et sont prêts à accompagner la plateforme.

Quelles ont été les recommandations issues des assises ?
Les objectifs de l’atelier ont été atteints. La Plateforme des Acteurs de la Filière Apicole (PNAFA-BENIN) est lancée et le Comité Exécutif défini est composé de 57 membres. Ce Comité Exécutif est dirigé par un bureau de 10 membres et une feuille de route de treize (13) points a été élaborée à leurs endroits. Au terme des travaux, il a été recommandé au bureau du comité exécutif de la PNAFA-BENIN de mettre en œuvre la feuille de route, d’initier un projet à soumettre à l’Union Africaine et autres Partenaires Techniques et Financiers en vue de la mobilisation du financement nécessaire ; et à l’endroit des autorités du MAEP d’accompagner la plateforme quant à la mobilisation des ressources financières pour la mise en œuvre des projets et de porter leur facilitation à l’arrimage des actions de la filière apicole au Plan Stratégique de Développement du Secteur Agricole 2016-2025.

Votre regard sur la qualité du miel béninois
C’est vrai que la certification de la qualité des aliments est du ressort des structures spécifiques du MAEP dont la Direction de l’Elevage, la DANA et l’ABSSA, mais je puis vous rassurer que nous allions accompagner la PNAFA-BENIN à cet effet. La plateforme y veillera et devra travailler à la conquête des marchés européens et américains dont les normes exigent une certaine rigueur.

Vous confirmez que le miel béninois est de qualité
Oui. Le miel béninois est de très bonne qualité.  Nous allons révéler la qualité du miel béninois et améliorer la productivité des abeilles et augmenter la production nationale.

Propos recueillis par Emmanuel GBETO




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