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Edito: La promesse brisée


Dans mon éditorial du 22 mars dernier, j’avais dit ceci : « Au demeurant, figurez-vous ce qui se passerait si Patrice Talon perdait effectivement même le référendum : il sablera le champagne. Il serait délivré de sa promesse de ne faire qu’un mandat… » Nous y sommes.
La déclaration du Chef de l’Etat tranche avec toutes les promesses qu’il a faites jusqu’ici, y compris l’engagement solennel  qu’il a pris devant  la Coalition de la Rupture et qui lui a permis d’être coopté pour affronter Lionel Zinsou au second tour. Délibérément, Patrice Talon affiche une posture de traître que beaucoup réprouvent déjà. Et une certaine frange d’observateurs se demande s’il voulait réellement réviser la constitution, eu égard aux erreurs stratégiques qui ont été faites et ont conduit au rejet du projet gouvernemental.  Mais il rétorquera que cette promesse était attachée à la révision elle-même, même si ses déclarations du 1er août 2016 viennent le contredire violemment, puisqu’il y stipulait clairement qu’il ferait « à titre personnel » un seul mandat quand bien même cette disposition était rejetée. Car, même si la révision passait au Parlement, il n’était pas exclu que la Cour Constitutionnelle remette en cause le mandat unique, en se référant à sa décision de 2011 qui stipulait déjà que le mandat de cinq ans renouvelable une seule fois faisait partie des options fondamentales de la conférence Nationale.
Non, il faut croire que le Chef de l’Etat a été très déçu par son échec. C’est une réaction de colère qui, je le crois, est passagère. Comme est passagère aussi sa décision de ne plus penser à une quelconque révision de la Constitution. Beaucoup de Béninois ont voté pour Patrice Talon parce qu’ils le savent déterminé et prêt à aller jusqu’au bout. Il n’est donc pas exclu qu’un parlementaire proche de la mouvance ou même de l’opposition soit suscité pour porter une proposition capable de recueillir le consensus souhaité. D’autant d’ailleurs que la révision de notre Constitution est devenue un impératif au regard des failles nombreuses qu’elle recèle et qui sont mises  à profit depuis de trop nombreuses années par une certaine classe politique pour échapper à la justice. Il y a fondamentalement la question du nombre effarant de partis politiques  qui constitue une véritable gangrène pour la démocratie béninoise et surtout pour l’unité nationale.  Ceux qui ont suivi les élections dans notre pays depuis quelques années peuvent témoigner qu’elles cristallisent toutes les haines interethniques et interrégionales, haines qui sont exploitées par le personnel politique pour conquérir l’électorat. Mon observation me permet de dire qu’au-delà de tout, la constitution actuelle favorise l’émiettement des forces politiques et la dégradation de l’image des acteurs eux-mêmes auprès de la population. Et c’est bien pourquoi, si nous voulons changer ce pays et lui permettre d’aller au progrès, il faut la réviser. Au reste, il est évident que la plupart des acteurs politiques souhaitent cette révision.
Là où la position du Chef de l’Etat parait intenable à long terme sur le sujet d’un second mandat, c’est son engagement personnel devant la Coalition de la Rupture. En brisant son serment le plus solennel, il s’isole notoirement de sa propre base politique. Il oblige un Bio Tchané ou même un Koupaki à claquer la porte, d’autant que ces deux n’auraient jamais accepté de le rejoindre s’ils n’avaient eu l’assurance qu’il tiendra parole. Ils seront bien obligés de partir en s’ajoutant à Ajavon déjà parti depuis novembre. De quoi donc serait fait le régime Talon ? Des menus fretins qui s’agiteraient autour de lui. L’isolement est en  politique béninoise ce que le trou est à la pirogue : il entraine le naufrage.
Tout le monde comprend parfaitement ce qui a pu provoquer la colère présidentielle. Les mains invisibles (ou visibles) ont conduit quelques députés, ce mardi, pour leur faire changer de position au dernier moment, alors qu’ils avaient déjà donné leur engagement. Et il est clair que Boni Yayi n’est pas étranger à cette manœuvre qui a magistralement réussi. Et le camp présidentiel a raison de craindre que le même Yayi, rêvant de revenir au pouvoir en 2021 ou d’utiliser un de ses hommes-liges pour le faire, revienne effectivement dans quatre ans. Ce serait dangereux pour Talon. Et donc si vous étiez à sa place, vous seriez bien obligé de tout faire pour tenir tout le monde en haleine jusqu’au terme ultime du mandat. Eh bien, Talon ne fait pas autre chose : il veut garder la main, malgré l’échec retentissant qu’il a subi. Et il a bien raison.

Par Olivier ALLOCHEME

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One thought on “Edito: La promesse brisée

  1. Anonyme Mantinminnoumi

    Mais vous oubliez qu’en 2018, ce ne serait plus les membres de la cour constitutionnelle à la solde de Yayi qui seront là. Comment imaginez-vous que Yayi va revenir et que pour cela il faut le craindre ? Le message est plutôt lancé à Ajavon. Je ne compte même pas Koutché. IL a tellement de choses à se reprocher que c’est dans le sommeil seulement qui’il peut se voir président et pas au-delà.
    Vous pensez que Talon va échouer après un éventuel départ de Bio T. et Pascal K. ? Revoyez votre analyse.

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