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Edito: Que fera Talon ?


logo journalIl faudra attendre une prochaine occasion pour que la constitution du Bénin soit révisée. Le vote négatif émis par le parlement hier vient clôturer momentanément le débat. L’exécutif a un minimum de trois mois pour parfaire son projet et le réintroduire. Bien entendu, il s’agit d’un désaveu pour le Chef de l’Etat et son gouvernement. Désaveu d’autant plus cruel que les plaies de la démission de Candide Azannaï restent encore béantes et vives. Il faut croire que Patrice talon vient d’essuyer son deuxième camouflet le plus important et qu’il sera obligé de réorienter son management.
A tout le moins, il faudra s’attendre à un remaniement du gouvernement et à des changements majeurs dans la communication. A tout le moins aussi, il faudra que soient tirées les leçons de cette bataille perdue qui rend encore plus exaltante la prochaine aventure de la révision.
Exactement un an après son installation, le régime Talon goûte aux saveurs amères d’un pouvoir qui est essentiellement fait de compromis entre l’idéal républicain et la réalité concrète. Je continue à croire que c’est faute d’avoir suffisamment appréhendé la vérité même de ce compromis, que le pouvoir s’est trompé de stratégie, non pas seulement sur la révision mais sur son approche sociale.
Car, qu’on le veuille ou non, les déguerpissements ont créé un grave électrochoc au sein du bas-peuple. Ce qui, au départ, ne devrait concerner que les grandes villes (Cotonou, Porto-Novo, Parakou) a été étendu dans presque toutes les communes avec d’incroyables dérives dans la plupart des localités. Même dans les zones rurales, le bas peuple de ceux qui vivotent leur petite existence, s’est senti traqué par le milliardaire repu, parvenu au sommet du pouvoir. Il y a peut-être les jeunes, femmes et hommes, qui ont été dégagés. Mais il y a surtout les personnes du troisième âge qui ont senti, non pas seulement une injustice impardonnable, mais surtout une inhumanité insondable. Une véritable cruauté, d’autant qu’elle touche ceux qui ne demandent presque rien à l’Etat et qui ont toujours été exclus des fruits de la prospérité et qui ont choisi de se battre pour survivre. Si la crise a pu sévir bien avant l’arrivée de Talon, les déguerpissements ont fait du chef de l’Etat, le diable ayant amené le chômage, le manque d’argent et les autres maux sociaux. Il a aggravé le malaise social et est devenu, en l’espace de quelques mois seulement, le premier responsable de la crise.
C’était donc une gageure de solliciter un vote massif au parlement dans ces conditions. Et c’est à juste titre que la phase de sensibilisation parlementaire s’est muée à certains endroits en procès contre le Chef de l’Etat. Et déjà, l’on pouvait s’attendre à ce que le référendum se transforme en un vote sanction, loin des préoccupations de la constitution. La stratégie politique adoptée pour faire passer le texte ne pouvait qu’attirer les hantises d’un peuple qui a fini par fétichiser sa constitution, convaincu qu’elle est au cœur de la stabilité démocratique du pays.
Pourquoi donc avoir placé la charrue avant les bœufs ? Pourquoi n’avoir pas attendu la fin du processus de révision avant d’entamer une réforme suicidaire comme celle du déguerpissement ? A dire vrai, le déguerpissement a donné aux députés un bon moyen de chantage dont ils ont profité à fond. Ce que l’on comprend beaucoup moins, c’est la méthode  obscurantiste et volontairement exclusive employée. Elle est à la base de tous les déboires du texte, et de son sort final. C’est un travail à reprendre. Elle a exclu jusqu’au bout la plupart des membres du gouvernement, y compris de vieux briscards du parlement comme Sacca Lafia et Candide Azannaï. C’est une faute.
Désormais, le texte doit être repris, reformulé suivant une démarche consensuelle (et démarche consensuelle seulement). Il faudra encore attendre longtemps.
A l’orée de sa deuxième année, Patrice Talon découvre la méchanceté du cœur du Béninois. Et il en sera ainsi chaque fois qu’il se montrera éloigné des préoccupations sociales.

Par Olivier ALLOCHEME

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One thought on “Edito: Que fera Talon ?

  1. DETTIN Eric Kochikpa

    Que le peuple beninois s’en souvient de ces 22 députés anti-social et anti développement accompagné du politicien égoïste qui abandonne son poste pour le fait qu’il n’a pas été associé. Honte à lui et à son menthor Yayi et tout l’autre bande vous ne mourrez point et cette constitution sera revisé

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