.
.

.

Edito: Quand la chine fait peur à l’Occident


logo journalLe continent africain, un des principaux partenaires économiques de Pékin, « risque aujourd’hui de devenir une colonie chinoise, les Chinois ne veulent que les matières premières. La stabilité ne les intéresse pas ». C’est ce qu’a déclaré ce mercredi 29  mars 2017 le président du Parlement européen Antonio Tajani dans le quotidien allemand Die Welt. Son inquiétude est un monument d’hypocrisie glaçante quand on regarde de près les relations qu’entretient l’empire du milieu avec l’Europe elle-même.
Concrètement, cette déclaration rappelle une curieuse campagne menée en juillet 2013 dans les principales villes de Grande-Bretagne, par le magazine britannique The Economist. Le titre de la publicité est : « Le boom des investissements chinois en Afrique est très mauvais pour les Africains ».  La campagne a été menée à travers des affiches, des posters géants dans les aéroports, les stations de métro et les carrefours des grandes villes britanniques.  Bien entendu, les esprits simples, les esclaves qui sont partis en Europe croyant pouvoir s’y enrichir, y ont cru.
Il est vrai que les relations commerciales entre la Chine et l’Afrique se sont notoirement améliorées depuis quelques années. Ces relations font suite à la croissance chinoise qui est clairement devenue la locomotive de la croissance mondiale. En 2016 par exemple, elle était de 6,7%. Grâce à elle et grâce aux poussées diplomatiques chinoises, les échanges commerciaux entre la Chine et l’Afrique ont connu des améliorations, faisant en  2015 par exemple 180 milliards de dollars (160 milliards d’euros).
A ceux qui disent que la Chine est en train de recoloniser l’Afrique, il faut poser quelques questions. Le nombre de Chinois installés au Canada et aux États-Unis est 100 fois supérieur à leur nombre en Afrique. Pourquoi les Américains ou les Canadiens ne disent-ils jamais qu’ils sont envahis par les Chinois alors qu’il y a des Chinois qui résident aux États-Unis depuis plus de 100 ans ? Selon Immigration-Canada, entre 2001 et 2006, 150 000 Chinois ont eu l’autorisation de s’installer au Canada, confirmant de fait que les Chinois sont les premiers immigrés du Canada. Selon la même source, le Canada préfère de loin des immigrés asiatiques aux autres régions du monde. Le Canada se bat depuis des années pour négocier l’arrivée d’une main-d’œuvre chinoise qualifiée et peu chère sur son sol. Il a arraché un accord en 1994, garantissant à tout Chinois que l’État jugerait éligible pour partir, de devenir systématiquement résident permanent au Canada. Il n’existe, à ce jour, un tel accord avec aucun pays africain et le Canada.
Deuxième question, pourquoi ceux qui s’inquiètent ne parlent-ils pas de l’Inde ? Car, le plus gros de l’économie des pays d’Afrique de l’Est est entre les mains des Indiens, pas uniquement le commerce comme dans quelques pays africains pour les Chinois, mais aussi l’industrie, notamment au Kenya, en Tanzanie, en Ouganda et même en Éthiopie où des secteurs entiers de l’industrie mécanique, pharmaceutique, agroalimentaire sont détenus par des Indiens. La réponse à toutes ces interrogations est simples : ils ne disent pas que l’Inde va envahir l’Afrique, mais la Chine, oui, car l’Empire du Milieu , leur fait peur. Contrairement à l’Inde, la Chine a l’ambition de prendre la place du maître et, comme ce scénario ne fait pas partie de l’ordre des choses, c’est elle l’ennemie à abattre, et non l’Inde, qui se contente de son rôle de deuxième rang. La Chine est également une puissance militaire, contrairement à l’Inde. Elle est capable de donner les moyens aux Africains pour en finir avec 500 ans de soumission.
Ce qui est encore curieux, c’est que les pays européens et américains courtisent activement la grande Chine pour qu’elle investisse sur leur territoire ou pour qu’elle les accompagne dans leurs projets d’investissement. C’est ainsi qu’à l’issue d’une visite du ministre français des affaires étrangères en octobre 2016, Jean-Marc Ayrault   a annoncé que la France et la Chine vont prochainement créer un fonds destiné à des investissements communs à l’étranger. Ce fonds devrait servir à financer par exemple un  Méga-projet de 20 milliards d’euros dans le nucléaire en Grande-Bretagne, dans le cadre d’un partenariat entre le groupe français EDF  et le groupe China General Nuclear (CGN).
Regardez-moi bien : les ressources minières de l’Afrique ne sont pas exploitées majoritairement par les compagnies chinoises mais bien par les multinationales françaises, anglaises, américaines et autres italiennes qui y trouvent leurs comptes depuis des décennies.  Que l’on ne vienne donc pas me dire qu’il y a une colonisation chinoise en Afrique !

Par Olivier ALLOCHEME




Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *