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Edito: La stratégie Azannaï


A l’heure où j’écris ceci, presque 48h après la dévastatrice décision de Candide Azannaï de démissionner, le gouvernement est resté silencieux. Pas de communiqué officiel, pas de réaction d’un ministre, pas de sortie même d’un député pour dire à la population ce qui se passe. Rien. Les rumeurs les plus folles alimentées par le silence du démissionnaire lui-même, font penser que le gouvernement est au bord de l’éclatement.  Dans la population, le découragement a remplacé le désespoir : Agbonnon n’est plus Agbonnon !

C’est le signe que le départ de Candide Azanaï est vécu comme un coup de massue au palais de la présidence. Il emporte clairement la cohésion gouvernementale. Au moment où tout le monde se pose mille questions, une chose est devenue évidente : Azanaï a trouvé le bon moment pour partir.

Non, on ne parlera pas vraiment des raisons de ce coup de sang. On savait les relations tendues entre lui et Joseph Djogbénou à propos du projet de révision duquel il se sent écarté, malgré sa riche et longue expérience parlementaire. Sans compter son ministère délégué probablement frustrant. Non, ne parlons surtout pas de son absence lors des récentes rencontres entre le Chef de l’Etat et les acteurs politiques de la mouvance ou encore de son absence remarquée au récent congrès du parti Alternative Citoyenne de son rival Joseph Djogbénou. Et puis vint la révision et ses errements sanctionnés par le vote de vendredi. Ce fut le déclic.

 Et pourtant, il y a à peine deux mois, en janvier encore, il disait ceci aux membres de son parti réunis pour une cérémonie de présentation de vœux, séance durant laquelle chacun se posait des questions sur ce que Restaurer l’Espoir a pu gagner avec la Rupture : « Parce que nous devons aller loin, vous devez continuer ces sacrifices. Vous ne devez jamais vous décourager. Car l’espoir est permis. Ne fléchissez pas, ne doutez pas ».C’est en effet que l’homme a vu monter la houle de l’impopularité de Patrice Talon. Non pas seulement l’impopularité, mais la difficile perspective de la remontée de l’image de marque du Chef de l’Etat.

Il ne faut pas s’en cacher, Patrice Talon est devenu très impopulaire. Aidée par l’activisme débordant de quelques adversaires tapis dans l’ombre, l’image du  Chef de l’Etat s’est dégradée à la vitesse grand V depuis les déguerpissements. Si à Cotonou la chose pourrait paraitre presque normale vu que les grandes villes sont toujours au cœur de la contestation des pouvoirs, l’extension de l’opération dans les autres communes a élargi le cercle du malaise. Partout, il n’est que question de crise créée par Talon. Personne ne voit que cette crise existait avant lui. Aujourd’hui, elle est perçue par les petites gens victimes des casses parfois inexpliquées, comme émanant des décisions sanguinaires d’unprésident qui prend son temps pour reconstituer son empire économique. C’est ce qui se dit et c’est de cela que Candide Azanaï a tenu compte pour prendre sa décision ultime.

         Cette décision, il n’aurait pas pu la prendremaintenant qu’il le regretterait certainement plus tard. C’était le moment d’opérer un geste sacrificiel qui le laverait aux yeux de son électorat, celui de la seizième circonscription électorale, d’abord et celui d’Abomey et région ensuite.  En sortant de l’équipe Talon, il opère une mue qui lui permet de revenir au sein des siens, au lieu de laisser le champ libre à la RB et aux FCBE sur ce terrain conquis de haute lutte. Le tout dépendra de ce qu’il dira à ses partisans, des mots qu’il trouvera pour calmer les ardeurs et éviter d’être traité d’irresponsable après une campagne  2016 aussi fougueuse au profit de Patrice Talon.

Justement, c’est en tentant de bien faire que le gouvernement s’est coupé du bas-peuple. Se couper du bas-peuple est le plus sûr moyen de perdre les prochaines élections. Et le leader de Restaurer l’Espoir a senti venir le danger. Il n’entreracertainement pas dans la cohue pour s’attaquer au pouvoir, mais il ne sera pas comptable du bilan qui se dessine.

Au total, on peut dire que le départ de Candide Azanaï est le résultat, non pas seulement des inimitiés inévitables et des coups bas qui fleurissent dans le champ politique, mais bien de la volonté de ne pas perdre pied. Le vrai problème reste bien entendu les années qui viennent. Ce sera une rude épreuve…

Par Olivier ALLOCHEME

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