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Edito: Une forfaiture magistrale


logo journalCe n’est pas nécessaire de le dire : le combat que mène l’UNAMAB actuellement est un combat citoyen, c’est un combat patriotique. L’Union Nationale des Magistrats du Bénin (UNAMAB) tient aujourd’hui une marche sur l’Assemblée Nationale pour exiger le retrait pur et simple du projet de révision de la constitution. Les arguments évoqués sont connus : Le projet de révision, selon eux,touche à l’inamovibilité du magistrat du siège alors que celle-ci devrait être renforcée et étendue aux magistrats du parquet, le Conseil Supérieur de la Magistrature (CSM) est élargi aux représentants du gouvernement alors que la réforme constitutionnelle est supposée consacrer le retrait du Président de la République ainsi que de tout membre de l’exécutif, à l’exception du garde des sceaux, de cette institution. Sur la question de l’impunité, l’UNAMAB estime que le fait que le projet empêche les magistrats de prononcer des gardes-à-vues à l’égard d’un président ou ministre en fonction, est inadmissible. Résultat, ce lundi, le syndicat marche sur l’Assemblée nationale et sera demain en grève d’avertissement de 72h. Et si le texte n’est pas retiré, les magistrats prévoient d’aller en grève illimitée la semaine prochaine. Voilà donc la situation.
De toute évidence, ce que les magistrats reprochent au gouvernement, c’est d’avoir osé penser ce projet. Ce n’est pas le vote (qui n’a pas encore eu lieu), mais bien l’intention qui est ici jugée. Ce n’est pas la révision qui n’existe nulle part encore, mais bien les souhaits, les propositions discutables et à discuter, faites par le gouvernement. C’est vraiment paradoxal. Peut-on juger un brouillon ?
C’est d’autant plus paradoxal que les députés ont émis vendredi un vote négatif qui devrait montrer que le destin de ce projet échappe définitivement à l’exécutif. Oui, ce vote émis à l’unanimité est le signe que les parlementaires n’entendent pas être à la botte du gouvernement et qu’ils veulent exercer la plénitude de leurs prérogatives. Là-dessus, les parlementaires avisés vont déjà recueillir les avis de leurs mandants sur toute l’étendue du territoire national. Ce qui est encore plus paradoxal, c’est qu’à l’heure actuelle, la commission des lois n’a pas encore siégé. C’est elle qui décortiquera article par article les propositions du gouvernement. C’est elle qui, si elle le désire, décidera de rencontrer les groupes organisés, les associations, les syndicats, les partis, les institutions, s’il le faut, afin d’écouter leurs griefs et leurs propositions. Elle qui, en dernier ressort, fera un rapport quand elle sera prête. Et en l’espèce, elle peut être prête dans deux jours comme dans un mois, ou dans trois mois…Alors question : sur quel fondement va-t-on en grève ? Sur du vent, sur des intentions, sur un vote qui n’a pas encore eu lieu.
Car, il est probable que ledit rapport ne soit même pas prêt avant le 03 avril, date prévue par les magistrats pour aller en grève illimitée. On se retrouve à sacrifier des milliers de prisonniers bloqués en détention du fait des lubies de quelques-uns qui transforment le service public en une arène de fantaisie. Tout se passe en effet comme si les magistrats ne se soucient pas du tout des milliers de prisonniers qui attendent d’être délivrés, mais qui attendront encore longtemps, du fait des acrobaties intellectuelles de ceux qui sont payés pour dire le droit.
A la place des agitations inutiles et fantaisistes, personne aujourd’hui n’a une seule proposition de l’UNAMAB. Or, la démarche minimale aurait été de décortiquer le texte gouvernemental et de faire des propositions article par article et, en définitive, de faire du lobbying auprès de la représentation nationale pour que ces amendements soient pris en compte. Si cette démarche élémentaire avait été adoptée, le lobbying pourrait être féroce, et personne ne dénierait aux magistrats le droit d’user de tous les moyens pour se faire entendre. A la place de cette démarche élémentaire, nous avons aujourd’hui un véritable procès d’intention indigne des hommes de droit, un procès d’autant plus infâme et abject qu’il aboutit à maintenir en détention des pères et des mères de famille, pour une durée inconnue. Il donne finalement de la magistrature une image désastreuse, loin de la compétence et de l’intégrité que les citoyens attendent de ceux qui sont payés pour rendre justice en notre nom.

Par Olivier ALLOCHEME




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