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Edito: Le pire, c’est le référendum


logo journalRaisonnons par l’absurde. Patrice Talon a pu obtenir les ¾ des voix pour faire examiner son projet de révision constitutionnelle. La commission des lois analyse le projet, consulte les groupes organisés, les syndicats, la classe politique, les professeurs d’université…Elle est allée même jusque dans les hameaux les plus reculés pour écouter les citoyens. Elle propose alors des amendements au texte du gouvernement, mais celui-ci n’atteint pas les 4/5 requis. Que va-t-il se passer ?
Il se passera que le gouvernement sera obligé d’aller devant le peuple.  Et alors, avec quel texte le fera-t-il ? Selon l’article 12 de la loi 2011-27 du 18 janvier 2012 portant conditions de recours au référendum, le même texte soumis aux députés, sera présenté pour contrôle de constitutionnalité devant la Cour constitutionnelle. La Cour, contrairement aux députés, n’aura aucun droit d’amendement. Il lui suffira d’étudier la constitutionnalité du texte, sans y introduire les innovations que beaucoup de Béninois souhaitent depuis longtemps. Elle s’assurera que les éléments suivants ont été pris en compte : la forme républicaine et la laïcité de l’Etat ;  l’atteinte à l’intégrité du territoire national ;  le mandat présidentiel de cinq (05) ans, renouvelable une fois ;  la limite d’âge de quarante (40) ans au moins et soixante dix (70) ans au plus pour tout candidat à l’élection présidentielle ;  le type présidentiel du régime politique au Bénin.  Et c’est tout !   Et ce que beaucoup réclament aujourd’hui arrivera : le référendum. Etes-vous sûr que Talon perdra un référendum ?
Revenons donc sur terre. Est-ce vrai que Talon perdra forcément en cas de référendum ?
A ceux qui répondent oui, je demande juste une seconde d’attention.  Il y a un homme en exil qui, malgré toute la machine répressive mise en place pour le contrecarrer, a été capable de gagner une élection présidentielle. Aujourd’hui, cet homme est au pouvoir, avec un régime présidentiel où il tient tous les leviers de l’Etat et où il est capable de mobiliser en quelques semaines tout son gouvernement, et tout l’appareil administratif du pays. Cet homme s’appelle Patrice Talon. Pensez-vous toujours qu’il perdra un référendum qu’il a organisé ? Ouvrez donc les yeux, qui donc vous dit qu’on perd une élection qu’on a organisée soi-même dans un pays pauvre et de majorité analphabètes comme le Bénin ?
Ouvrez donc les yeux ! Si j’étais à sa place, et Dieu seul sait que je ne le suis pas encore aujourd’hui, si donc j’étais à sa place, je ne me presserais pas pour faire le référendum. Et assurément, il prendra son temps pour préparer le terrain, réparer les dommages qu’il a pu causer, faire les promesses qu’il faudra. Et, légalement, il fera saigner les caisses de l’Etat ! Oui, c’est un référendum dans lequel les ressources publiques, mobilisées par le biais d’un collectif budgétaire, seront à sa disposition. A moins d’être le plus médiocre des stratèges politiques, Talon ne peut perdre un référendum au Bénin.
Alors quoi, que croyiez-vous ? Qu’il se laissera faire, sans mot dire ? On n’organise pas une élection pour la perdre, surtout un référendum. Ce qui est constant, c’est qu’on dépensera à foison les ressources de l’Etat et que l’on coupera certainement dans certains projets et programmes. Il n’aura peut-être pas besoin de désorganiser le gouvernement pour y parvenir, mais il est clair qu’il fera un carnage dans l’administration et surtout dans les caisses de l’Etat.   Ce serait totalement, complètement, définitivement, normalement et logiquement légal.
A contrario, que se passerait-il si on utilisait uniquement la voie parlementaire ? Avec le tollé actuel, les députés, de plein droit, feront ce qu’ils ont toujours fait pour les lois importantes : ils consulteront leurs bases. La commission des lois écouterait les partis, les syndicats, la société civile, les chefs et rois traditionnels et proposera des amendements pour améliorer le texte proposé par le gouvernement. Si cette voie est suivie, nous en aurions fini pour longtemps avec cette Arlésienne, avec l’avantage de faire des économies, en période de crise économique exacerbée. La voie parlementaire met le peuple de ceux qui s’intéressent réellement à la constitution au centre du jeu.  Avec la voie référendaire, par contre, on donnera le sentiment à ceux qui ne savent ni lire ni écrire qu’ils sont consultés : on se trompe et on trompe les petites gens.
Au demeurant, figurez-vous ce qui se passerait si Patrice Talon perdait effectivement même le référendum : il sablera le champagne. Il serait délivré de sa promesse de ne faire qu’un mandat…

Par Olivier ALLOCHEME

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