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Edito: Pourquoi ces nominations ?


On avait pensé que Gilles Sodonon s’était définitivement retiré de la vie publique. Après sa retraite, et surtout avec l’annulation de sa nomination à la Cour de Justice de l’UEMOA dès le premier conseil des ministres du gouvernement Talon, on   croyait l’ancien procureur général près la Cour d’Appel de Cotonou  parti pour de bon de la scène publique. Que non ! Il est réapparu la semaine dernière, nommé conseiller technique aux affaires juridiques du maire de Cotonou. Bras exécuteur de l’acharnement judiciaire contre Patrice Talon, il se savait presque en sursis. Mais il revient comme en grâce, toujours contre le même homme, mais cette fois-ci pour jouer un rôle beaucoup moins médiatique mais non moins crucial.
Nommé en même temps que lui, il y a Nourou-Deen Saka Saley. Qui ne connaît pas ce juriste d’affaires limogé de son poste de  conseiller technique en charge du secteur privé et de la promotion de l’entreprise, l’entrepreneuriat et l’emploi auprès du Ministre d’État chargé du Plan le 1ER septembre dernier ?  Juriste d’Affaires formé  à Paris 2 Panthéon Assas,  puis à l’Inseec Paris Business School,   il  s’est brillamment illustré en travaillant aux côtés du candidat Abdoulaye Bio Tchané pour les dernières élections présidentielles. Personne n’a donc été surpris lorsqu’il a été nommé par son mentor. Il fut  limogé  pour avoir émis en toute liberté son avis sur la cellule d’analyse des arrêtés ministériels et  préfectoraux, cellule d’existence éphémère précisément du fait des lourdeurs administratives que pointait déjà le tout nouveau conseiller technique d’alors. En voilà donc un qui n’a pas sa langue dans la poche, d’autant d’ailleurs qu’après son limogeage, Nourou-Dine Saka Saley, n’a jamais cessé de donner son avis de façon toujours aussi incisive et impartiale sur les problèmes de gouvernance.
Il s’est rapidement construit une réputation  de professionnel aguerri du droit, mais surtout une carapace d’intégrité et de sincérité qui manque si cruellement aujourd’hui dans l’arène publique. Désormais chargé de mission au développement institutionnel et économique à la mairie de Cotonou, il est chargé de    la prospection, de la conception,  de la modélisation, de l’analyse et du suivi de l’exécution des dossiers relatifs aux partenariats et investissements. C’est précisément son marigot.
Mais ne soyons pas naïf ! Ce n’est pas seulement pour cela que Léhady Soglo a fait ces nominations. Le maire de Cotonou entend animer la fronde anti-Talon en s’appuyant sur des éléments pertinents et percutants. Pendant que Gilles Sodonon lui servira à réveiller et argumenter les vieux dossiers de Talon, Nourou-Dine Saka Saley sera à la manette pour relever les failles actuelles   de la gouvernance du régime. Mais les deux seront plus qu’utiles sur le front de la lutte contre le préfet-maire Modeste Toboula.
Précisément, ce Toboula gère Cotonou à la place de la mairie, arguant de l’autorité de l’Etat. Le casse-tête de Léhady Soglo, c’est comment mettre fin légalement à ce mode de gestion qui se moque ostensiblement de l’autorité municipale. Mais il n’aura échappé à personne que les deux nominations n’ont pas puisé dans le vivier des cadres de la RB. Vivier ? On s’en doute bien, ce vivier n’existe que de nom. Le parti a été vidé ces dernières années de l’essentiel de ses têtes pensantes. Ces deux nominations le montrent à suffisance. Elles montrent surtout que le maire n’a vraiment pas envie de se laisser faire. Il se battra de toutes ses forces pour reconquérir son autorité en cours de démantèlement méthodique.
Non élu aux législatives de 2015, il lui avait fallu déployer un trésor d’ingéniosité pour être à la tête de la mairie, après les élections municipales. La RB a perdu beaucoup de terrain à Cotonou et il est clair que l’UN ne manquera pas la prochaine occasion pour le destituer. Pire, l’allégeance des députés RB au Chef de l’Etat il y a quelques jours, constitue pour lui une espèce de violent camouflet annonçant l’orage. D’autant d’ailleurs que les maires de Bohicon et d’Abomey ne le portent pas du tout dans leur cœur. Pour sortir de la solitude politique, il faut un coup de poker à Léhady Soglo.  Pour donner le change, le voilà qui se rapproche davantage de ses administrés. Il offre par exemple des alternatives aux femmes des marchés et à tous ceux qui ont été délogés par la machine Toboula. Ses sorties sont désormais ponctuées de bains de foule. Cerise sur ce gâteau, il paraît qu’à la mairie, les agents respirent mieux qu’avant…
Assurément, le maire attend son heure pour donner la charge.  Le jour J arrive.

Par Olivier ALLOCHEME




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