.
.

.

Edito: Les destitutions de Talon


Sévérin Adjovi a systématiquement démenti l’implication du Chef de l’Etat dans la tentative de destitution qui a failli l’emporter la semaine dernière. Ayant réussi pour le moment à échapper à ses adversaires, il accuse ceux-ci de faire des calculs politiques pour 2019 ou même de chercher à capitaliser les milliards prétendument annoncés pour être investis à Ouidah. Et pourtant, pour une majorité d’observateurs, c’est bien le régime actuel qui cherche à destituer les maires qui ne sont pas acquis à sa cause.
Qui faut-il citer ? Karimou Souradjou, justement destitué en septembre 2016 de la mairie de Parakou, après un semblant de cabale organisé contre lui. A sa place, un fidèle parmi les fidèles de Patrice Talon, Charles Toko. Celui-ci peut désormais  savourer son  challenge manqué de 2015 où il a tenté par tous les moyens de prendre le contrôle de la mairie. Sans Talon, il n’aurait pas réussi aussi «brillamment», d’autant d’ailleurs qu’une bonne partie des FCBE ont coalisé avec lui, comme par enchantement. Un exemple, celui de l’ancien député et ancien maire de la ville, Sam Adambi qui a radicalement tourné casaque dès la fin des élections de 2016, pour se retrouver dans la rivière. En guise de récompense, aujourd’hui, il demeure coordonnateur du PUGEMU, bien qu’ayant été FCBE et fait campagne pour Lionel Zinsou.
Peut-on aussi parler de la mairie d’Allada ? C’est possible. L’ancien maire, Mathias Djigla avait fait campagne pour Lionel Zinsou, avant d’être déposé fin août par ses pairs. A sa place, il y a désormais Michel Acléhinto. Placide Avimandjènon, ancien  maire de  Djidja, n’a pas de chance non plus. Il était aux côtés de Lionel Zinsou lors du lancement de sa campagne en février 2016 et en a payé le prix : destitué en novembre dernier, il a été remplacé par Théophile Dako.  Mais ici, comme à Ouidah, Tori, Bonou ou même Allada, il faut douter de l’implication directe du Chef de l’Etat dans ces coups d’Etat locaux.
S’il ne faut prendre que le cas de la commune de Djougou, l’actuel maire a failli être emporté par une fronde nourrie fin janvier par des conseillers insatisfaits. Certains ont utilisé le nom du ministre d’Etat en charge du développement pour convaincre leurs pairs à participer à la conspiration. Celle-ci s’est dégonflée dès que la ruse a été mise au jour. Et c’est comme cela que l’on utilise aussi et surtout le nom du Chef de l’Etat pour lancer des initiatives de destitution.
En fait, le vent des destituions tient d’abord aux ambitions politiques locales. Des députés vengeurs aidés souvent de  certains conseillers  bien connus,   orchestrent bien souvent ces coups fourrés pour évincer les maires qui ne leur obéissent pas. Et pour y parvenir, la stratégie de l’arrosoir est mise en branle : promesses folles, valises de billets, mensonges et délations de toutes sortes. Voilà la version locale de la grande politique.
Mais il ne faut pas minimiser les actes de mauvaise gouvernance orchestrés par nos élus locaux. Mauvaise gestion des carrières de sable, vente illicite des tombes, détournement de biens sociaux, trafic d’influence, mafia foncière, la liste des prédations est longue. Dans certaines communes, ces pratiques sont si récurrentes que les populations désabusées et désespérées n’attendent que la prochaine élection pour se venger. Parfois, comme à Ouidah, ce sont d’anciens alliés qui se soulèvent et organisent la résistance. On aurait pu souhaiter que les missions d’inspections et d’audits initiées par le ministère de la décentralisation, pouvaient servir à limiter les dégâts. Mais c’est à croire que ces contrôles n’ont fait que renforcer l’habileté de certains élus à la fraude et au camouflage. La plupart ignorent encore que les crimes économiques sont réputés imprescriptibles.
L’on comprend donc la fureur de certains administrés qui ne sauraient garder le silence face à la gabegie. Ces jacqueries internes aux effets limités, montrent même que si Patrice Talon devrait intervenir dans certaines communes, il obtiendrait le soutien d’une majorité de citoyens. Mais le cas de Cotonou peut paraître curieux. Si tant est qu’il est derrière les destitutions  orchestrées, on peut se demander pourquoi il ne s’est jamais attaqué à Cotonou. Pourquoi Léhady Soglo continue-t-il d’être là, alors qu’il est bien possible d’acheter quelques élus FCBE pour le déstabiliser ?
A vrai dire, le Chef de l’Etat a certainement compris que s’il veut travailler en paix, il doit laisser les acteurs politiques locaux régler leurs différends et leurs ambitions  entre eux.

Par Olivier ALLOCHEME




One thought on “Edito: Les destitutions de Talon

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *