Soutiens ou non au régime Talon: Les Yayistes divisés entre réalistes, indécis et vindicatifs

Yayi EPIls ne parlent plus tous la même langue, aujourd’hui qu’ils sont écartés du pouvoir. Certains ne cachent plus leur volonté à ne point s’opposer au nouveau régime. D’autres restent muets sur leurs véritables motivations politiques de l’heure. Les plus endurcis dans le lot, ne sont pas nombreux, mais semblent bien déterminés à ne pas lâcher Yayi pour Talon, en tout état de cause.
La troupe de  Yayi se disperse et se contraste  davantage au fur et à mesure  que les jours d’après pouvoir s’allongent.   Et ce n’est pas les occasions de regroupement qui font pourtant défaut dans leur rang. Le dernier conseil national tenu par l’alliance des Forces Cauris pour un Bénin Emergent (FCBE), après 8 mois de gestion du nouveau régime, et suite à la présidentielle 2016, pour laquelle,  elle a été perdante, devrait permettre de resserrer les rangs. Bien au contraire. Chacun semble plus que  jamais résolu à se  battre de ses propres ailes- d’une manière ou d’une autre- dans  le vent de la Rupture qui souffle actuellement au Bénin. Alors que les récentes assises ont ouvertement dénoncé certaines pratiques sous le régime actuel, des leaders FCBE, pas des moindres,  ont choisi plutôt de ne pas aller dans le même sens. A la faveur d’une rencontre dite de reddition de compte à ses mandants, dans la 8ème circonscription électorale,  le député  Adam Bagoudou  a salué de  fort  belle manière le contenu du premier budget de Talon, à savoir celui de l’exercice 2017.  « Le préalable de l’émergence défendu par les FCBE est lié aux réformes et à l’investissement massif. Ce qui est le cas de ce budget qui maintient et améliore celui de l’ancien président, Boni Yayi, sur le plan social et dont les mesures seront maintenues et poursuivies à travers les projets à exécuter » s’est-il réjoui. Pour lui,  l’adhésion des FCBE à ce  budget est aussi due aux propositions des réformes et de l’investissement massif du gouvernement à réaliser l’ensemble des projets contenus non seulement dans le budget mais aussi dans le Programme d’actions du gouvernement pour le quinquennat 2016-2021.  Bref,  Adam Bagoudou n’avait pas la dent dure contre Talon, face à ses mandants. Le député André Okounlola, a presque eu, mot pour mot, la même réaction à Savè, sa terre natale, face aux populations locales,  le week-end dernier. D’autres députés FCBE feront certainement de même, les jours à venir, dans leurs différentes contrées. Un peu comme pour afficher une position que d’aucuns jugent « réaliste » face aux actions du régime Talon. Adam Bagoudou et André Okounlola  rejoignent ainsi à petits coups, le rang des premiers Yayistes défaitistes, qui s’étaient très tôt ralliés au candidat Talon, dans la foulée de la présidentielle 2016. Les honorables Michel Abimbola, Arifari  Bako et autres  sont d’illustres cas connus.

Frustrés mais indécis

Il reste dans le lot, quelques-uns, plutôt indécis. En décidant de quitter l’alliance FCBE, le professeur François Abiola, ex ministre sous Yayi, avait évoqué des raisons de manque d’organisation interne. Mais ce Yayiste ne semble pas encore prêt à faire peau neuve. Il a choisi pour le moment le courant centriste. A savoir, qu’il soutiendra Talon, si c’est bon, et le dénoncera quand, ce sera mauvais. Pour plusieurs observateurs, François Abiola avec son parti,  MesB, est  visiblement dans un embarras de choix, qui ne durera  pas longtemps. Le temps de l’observance est toujours de mise apparemment chez  ce fils de Sakété dont  la non candidature à la présidentielle 2016, au profit de Lionel Zinsou porté par Yayi, demeure une frustration qu’il ne finit pas de ruminer. «Nous avons fait des choses positives, personne ne peut l’ignorer. Mais il faut reconnaître aussi que nous avons commis des fautes. Nous avons perdu. Le peuple nous a sanctionnés. Si on nous avait laissé la main libre pour désigner un candidat, les choses se seraient passés autrement», a regretté l’ex-ministre, aux dernières assises des FCBE.
Les  Yayistes les plus résistants  continuent également de s’exprimer. En rencontrant ses mandats de la 6ème circonscription électorale dans la commune de Glo-Djigbé, il  y a peu,  l’honorable Valentin Djènontin, n’est  pas allé démontrer le bien fondé du premier budget de 2017, comme ses collègues Adam Bagoudou et André Okuounlola. Bien qu’il l’ait voté aussi. Ses réactions antérieures pour le moins acerbes contre le régime Talon le contrarieraient  d’ailleurs s’il se met aujourd’hui dans une autre posture. «  Avec un peu de persévérance, nous verrons le bout du tunnel car nous réapparaitrons » a-t-il simplement déclaré à cette rencontre, exhortant les populations de la 6ème circonscription à ne pas baisser la garde.
Au demeurant, la grosse question aujourd’hui au sein des FCBE est de savoir s’il l’alliance doit faire de l’opposition ou non. Dès les lendemains  du 4ème conseil national, cette interrogation avait fortement nourri les débats. Si cela ne tient qu’à des Yayistes durs à cuir, comme Alassane Djemba, qui a ouvertement réclamé cette opposition,  tout serait déjà mis en branle. Mais c’est qu’il y a des raisons inconnues et multiples qui empêchent   l’adhésion collective des FCBE à cette nouvelle  position dans  l’arène politique béninoise, après 10 ans de gestion du pouvoir. Il est même à craindre que le congrès national annoncé pour bientôt, n’arrive à trancher ce débat, et que finalement, libre cours sera laissé à chacun d’aller dans le sens qu’il souhaiterait.

Christian Tchanou

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