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Dossier maraichage à Cotonou: Des produits chimiques très dangereux dans vos plats


Les maraîchers de Cotonou et de ses environs fournissent des biens essentiels à l’alimentation de la population. Avec la croissance rapide des villes au Bénin, le taux d’urbanisation a beaucoup évolué, passant de  26,5 % en 1979,  36 % en 1992,  38,85 % en 2002, à 44% en 2015. Tout ceci entraine des besoins alimentaires accrus. Le maraichage apparait dès lors comme un recours essentiel de la population. Elle constitue la forme la plus explicite et la plus développée de l’agriculture urbaine. Elle a été reconnue  dès 1991 dans la  lettre de déclaration de politique de développement rural de 1991.  Dans une étude datée de 2010 et intitulée « Agriculture urbaine et valorisation des déchets au Bénin : une approche de développement durable », Hygin Faust Kakai, Alban Gilles Kakai et Armelle Grey Tohouégnon notent que sur les douze périmètres maraîchers de Cotonou, on dénombre plus de 600 chefs d’exploitation et plus de 400 ouvriers agricoles qui y travaillent de façon permanente. Ils desservent les marchés de Cotonou tels que Ganhi, Saint-Michel, Gbégamey.

Une productivité limitée

La production maraîchère à Cotonou se fait généralement sur des espaces publics non aménagés à cet effet. Par exemple, le site maraîcher de Houéyiho apparait, comme le plus important, compte tenu du nombre d’intervenants qui y travaillent. Il appartient en fait à l’ASECNA (Agence pour la Sécurité de la Navigation Aérienne en Afrique et à Madagascar). C’est depuis 1972 que celle-ci a permis aux demandeurs de s’y installer. Houéyiho demeure ainsi le site de maraichage  le plus ancien  de la ville. Dans leur étude, Hygin Faust Kakai, Alban Gilles Kakai et Armelle Grey Tohouégnon notent que la trop grande exploitation du site sur une longue période « et l’utilisation souvent anarchique des engrais chimiques et autres matières synthétiques, ont fini par lessiver le sol… et par l’appauvrir ». En augmentant les apports chimiques au sol, les producteurs ont pensé doubler leurs productivités. Malheureusement, ils aboutissent à l’acidification voire la salinisation du sol.  La présence et la dominance d’agents pathogènes ou destructeurs, les contraignent à faire recours aux pesticides achetés sur le marché. Larves et insectes  de toutes sortes constituent les ennemis des plantes. Ils obligent les producteurs à se tourner vers les pesticides chimiques dont les effets sont  parfois dangereux. Certains font recours aux biopesticides (extraits aqueux de neem, jus d’ail, etc.)  qu’ils jugent trop chers. Importés souvent du Togo ou du Ghana, ces produits bio ne sont toutefois pas répandus chez les producteurs.

De nombreuses contraintes

Parmi les contraintes liées au maraichage à Cotonou et ses environs, on peut noter :

–         La faible performance des variétés disponibles

–         La non valorisation des potentialités existantes pour le développement des cultures de contre-saison (périmètres aménagés sous exploités ou abandonnés à la suite de panne de système d’irrigation ou de problème d’organisation des producteurs)

–         La non disponibilité d’intrants spécifiques adaptés à la production maraichère

–         Difficultés d’accès des producteurs aux équipements de maraichage

–         L’absence d’un système d’agrément des intrants utilisés dans le maraichage

–         La faiblesse de l’encadrement des maraichers par les CERPA et les ONG

–         L’insécurité foncière en milieu urbain et périurbain

–         Pénibilité de l’arrosage et la non-maitrise de l’eau

–         Le coût élevé des intrants

–         L’insécurité foncière

–         Problèmes majeurs pour l’environnement et la santé

L’intensification de la production a provoqué la perte de la fertilité accélérée des sols, d’où la nécessité de procéder à des apports réguliers.

Gestion des ravageurs: Les maraichers abusent des pesticides

Dans une thèse de doctorat  en Gestion de l’Environnement soutenue en juillet 2013 à l’Université d’Abomey-Calavi, et intitulée « Durabilité de la production maraichère au sud-Bénin : un essai de l’approche écosystémique »   Claude Comlan Agbatan AHOUANGNINOU a recensé en 2009 pas moins de 24 préparations commerciales de pesticides chez les producteurs. La majorité des préparations commerciales insecticides sont des concentrés émulsifiables (EC). Les fongicides recensés sont des formulations de poudres mouillables (WP). Le nématicide DIAFURAN 50G est le seul granulé recensé. Ces pesticides recensés, indique-t-il,  appartiennent en majorité aux familles des organophosphorés, des pyréthrinoïdes, des carbamates et des benzimidazoles.  Les formulations de TOPSIN M (Méthylthiophanate 700 g/Kg), de LAMBDASUPER 2,5EC (Lambdacyhalotrine 25 g/L), de SHERPHOS 280EC (Cyperméthrine 30 g/L+Triazophos 250 g/L), de CONQUES C88EC (acétamipride+cyperméthrine) et de MANEBE sont les plus utilisés.  Les biopesticides LASER 480SC (Spinosad 480 g/L) et BIOBITE (Bacillus thuringiensis) ont été retrouvés également. Le SHERPHOS 280EC et le CONQUES C88EC sont deux préparations commerciales recommandées en production cotonnière, mais qui se retrouvent en maraîchage. La grande majorité des producteurs ne respectent pas les dosages recommandés et les délais de carence exigés par le fabricant. Ils mélangent aussi différentes préparations commerciales dans un pulvérisateur à dos contenant de l’eau à des concentrations qui leur conviennent.  On notera ainsi que tous les maraîchers utilisent des pesticides principalement les insecticides   et des fongicides et des nématicides.  Mais on retiendra aussi qu’ils utilisent des fertilisants chimiques comme l’urée et le NPK. De plus en plus, certains ont recours aux matières organiques (fiente de volailles et compost de déchets solides ménagers). Toutes les sept catégories d’exploitation maraîchère utilisent les engrais chimiques et organiques.   L’utilisation des fientes de volailles et du compost permet aussi de valoriser les déchets issus de l’aviculture, des ménages et des sites de production tout en réduisant les coûts de production qu’induirait une production à base uniquement de fertilisants chimiques (urée et NPK) qui sont plus polluants pour l’environnement.

Le surdosage est de règle

D’une manière générale, les doses d’engrais chimiques (urée) ne sont pas respectées. Les études de Claude Comlan Agbatan AHOUANGNINOU ont conclu que pour la grande morelle par exemple, l’apport d’urée est d’environ  333,33 Kg/ha en moyenne. « Ces doses appliquées sont supérieures à celles recommandées qui sont de 75 à 150 Kg/ha (INRAB, 2006) », souligne le chercheur.   Les biopesticides disponibles sur le marché LASER 480 SC (Spinosad 480 g/L) et le BIOBIT (Bacillus thuringiensis) n’arrivent toujours pas à éliminer tous les ravageurs détruisant les cultures maraîchères. Ils sont moins dangereux pour les agroécosystèmes et diminuent le risque de présence de résidus dans les aliments produits, mais certains ont une action moins rapide ou nécessitent un environnement spécifique pour être efficaces ou pourraient avoir un impact sur des organismes non cibles utilisés dans le biocontrol. Pour les maraîchers, leur production ne serait pas compétitive sur le marché sans usage des pesticides chimiques. En clair, pour rentabiliser leurs planches et les mettre à l’abri des ravageurs, les producteurs se voient obligés de faire massivement recours à des pesticides.

Les légumes, l’eau et les sites sont contaminés

L’emploi massif des pesticides contamine les eaux et les sols. Les taux de toxicité sont si élevés que certains maraichers ont choisi de déménager carrément vers de nouveaux  sites, dans la commune d’Abomey-Calavi. Là, ils pratiquent le maraîchage biologique qui présent moins de risque pour la santé humaine. Dans une étude publiée en avril 2011 et intitulée « Comparaison de la pollution en métaux toxiques du sol, de l’eau et des légumes sur trois grands sites maraichers du Bénin », Luc Koumolou, Patrick Edorh et Armelle Hounkpatin notent que sur les sites maraichers  de Houéyiho, Godomey et même Aplahoué (dans le Couffo), les eaux et les sols sont pollués en métaux toxiques comme le plomb, l’arsenic et le cadmium. « Il est toutefois très difficile d’établir clairement le lien entre la contamination de l’eau, des sols et la qualité sanitaire des légumes cultivés », disent les chercheurs. En réalité, tous les maraîchers reconnaissent  le danger que peuvent causer les pesticides sur la santé humaine, notamment pour eux-mêmes. Irritation de peau, céphalées, irritation des yeux ou du nez,  fatigue, douleurs articulaires, toux et   vertige sont les principaux troubles qu’ils enregistrent.  En cause, une minorité d’entre eux disposent de pulvérisateurs et de masques de protection pour se protéger lors des épandages de pesticides. Après l’opération d’épandage, certains utilisent  plusieurs moyens prophylactiques pour éviter d’éventuels effets secondaires causés par les pesticides qu’ils manipulaient. La grande majorité se lave les mains ou prennent  systématiquement un bain à l’eau et au savon. Pour Agonlinsou Benoît, maraicher rencontré sur le site de Houéyiho, ce qui est efficace c’est le lait qu’il convient de prendre après cette opération.

Des risques pour la  santé des consommateurs

Après avoir étudié 14 spéculations et 40 échantillons de légumes collectés dans six marchés de Cotonou et de sa périphérie,  Claude Comlan Agbatan Ahouangninou conclut que « des résidus de pesticide ont été retrouvés en faible quantité dans des légumes produits ». Auteur d’une thèse de doctorat en Gestion de l’environnement soutenu en 2013  à l’université d’Abomey-Calavi,  ce chercheur souligne des résidus de pesticide ont été détectés dans   des légumes sur  les marchés de Godomey, Haie-vive, Gbégamey et de St-Michel.  Ils sont présents aussi  dans les feuilles de laitue, de basilic, dans la tomate et dans le poivron.

Olivier ALLOCHEME

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