Edito: Aller à l’étranger pour quoi faire

logo journalLes voyages à l’étranger des Chefs d’Etats africains sont faits de génuflexions, de mendicité et de crises de larmes, le tout dans le but de se faire aider. L’actuel locataire de la Marina n’a pas dérogé à la règle : il est allé à l’Elysée pour mendier. Il y a quelques décennies, Bokassa 1er empereur de Centrafrique pleurait devant de Gaulle pour obtenir l’aumône, Patrice Talon a choisi de s’apitoyer sur le sort de son propre pays, lui le mendiant qui s’agenouille en larmes devant le grand duc français François Hollande. Le style employé par Patrice Talon ne déroge pas aux méthodes des années 60 : il vient chercher de l’aide et il utilise tous les moyens pour atteindre son objectif. En l’espèce, la question se pose de savoir si réellement il obtiendra ce qu’il souhaite, à savoir, les compétences nécessaires au redressement de l’administration publique béninoise.      Et pourtant,  le 06 avril dernier, la dernière phrase du discours d’investiture du  président de la République disait ceci :  « A présent, que je m’engage pour notre pays, pour un nouveau départ, ensemble nous vaincrons la fatalité, j’y crois fermement, nous avons tout pour réussir. » « Tout pour réussir » commence d’abord par les moyens humains et donc les compétences. D’où vient-il alors que le 26 avril, le même homme tienne à l’Elysée des propos exactement contradictoires : « Nous voudrions pouvoir compter sur vous pour nous apporter de la compétence tout de suite parce que le Bénin aujourd’hui est comme un désert de compétences. » Cette métaphore hyperbolique sème la confusion, au moment même où le président français saluait la valeur des cadres béninois. Quel paradoxe !      A vrai dire, ces propos peuvent se vérifier dans une certaine mesure, quand on observe la déliquescence installée avec la politisation outrancière de l’administration. Mais on s’entendra pour dire qu’il n’appartient pas au Chef de l’Etat d’aller salir la compétence des cadres de son propre pays à l’extérieur, de surcroit devant les médias internationaux. C’était un langage de demandeur.     Je l’ai dit et redit : les voyages présidentiels devraient servir à vendre l’image du Bénin. Lorsque le président français voyage à l’extérieur, il s’accompagne généralement d’un aréopage d’hommes d’affaires et d’industriels qui vont vendre les produits et services français. Les gros contrats qu’ils signent constituent alors les fruits de la valeur que l’on accorde au label français. Ces contrats n’auraient jamais pu voir le jour en l’absence de l’image positive dégagée par ce label français.  En se mettant dans la posture du zouave demandeur, les Etats africains écartent la possibilité, même lointaine, de prendre des contrats sérieux non pas seulement en France, mais également dans le reste du monde développé. L’avilissement de la valeur nationale n’est pas un argument marketing. Sur cette base du moins, il serait illusoire de penser que les entreprises béninoises pourraient gagner de l’argent en France, quelles que puissent être leurs qualifications et leurs expériences.      Parlons même des compétences que l’on veut importer pour former l’administration publique béninoise. C’est une gageure aujourd’hui, avec les prouesses technologiques et surtout les progrès de nos écoles de formation professionnelle, c’est donc une gageure de penser qu’un Français puisse venir changer quoi que ce soit au sein de cette administration. C’est faux. Les travailleurs du secteur public béninois ont plus besoin de modèles et de leadership responsable que de formation professionnelle. Ils n’ont pas un problème de compétence, mais de conscience.       Dans tous les cas, nous connaissons tous les conséquences de cette espèce de transferts de technologies. Pour un pays aussi rôdé dans l’économie de marché que la France, la pseudo-formation des compétences finira par se muer en tremplin pour le placement des produits industriels français. Personne ne s’étonnera que nos cadres commencent, dès lors, à privilégier les marques françaises, au détriment de celles béninoises ou ivoiriennes ou même nigérianes. La guerre économique dans laquelle tous les Etats du monde sont obligés de s’engager, ne tolère aucun angélisme. S’il y a une formation ou une compétence à acquérir aujourd’hui au sein de nos administrations publiques, c’est bien la nécessité de revaloriser les produits de chez nous pour construire ici une économie dont les fruits sont ici, dépensés au Bénin pour le bonheur des Béninois.

Par Olivier ALLOCHEME

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