Opinion de l’écrivain-chercheur Cyprien Gbémassè: Les conditions pour la réussite des grandes réformes du président Talon

Introduction
L’accession à la Magistrature suprême d’un Opérateur économique à la tête du Bénin pour la première fois depuis les indépendances est le résultat décevant de beaucoup d’autres corps de la société auquel le peuple avait fait foi. C’est le début du recentrage politique et surtout économique, mais également de la distribution juste et équitable des richesses nationales en vue d’une nouvelle marche.
En 2009, j’avais publié un livre sur l’ancien Président Thomas Boni Yayi pour donner des conseils en vue de la perfection de l’émergence. Il a été rejeté. Moi-même j’ai été rejeté. Au lendemain de la prestation de Serment du nouveau Président et de la formation de son gouvernement, j’ose récidiver à travers le présent article pour dire ce que je pense de positif et de pertinent pour laréussite du Nouveau Départ. Je crois que cette fois-ci, je serai entendu. En tout cas, je suis un éveilleur de conscience. J’écris donc pour le témoignage de l’histoire.

L’avantage d’un Opérateur économique à la tête de l’Etat
Depuis 1960, rien n’a été fait dans le cadre de l’auto centrage. On a senti la frilosité de tous les Gouvernements à agir, leur méconnaissance notoire de la gestion prospective de l’économie. Il faut que les fonctionnaires se désengagent légèrement en donnant une parcelle de pouvoir aux Opérateurs économiques ou à leurs représentants, car ils sont les hommes de terrain, les praticiens de l’économie, en contact permanent avec les réalités économiques.
Contrairement au domaine strictement politique où des spécialistes émettent souvent des données aléatoires et rapidement modifiables, le domaine de l’économie est un domaine scientifique et très sensible. Il était donc urgent de créer un vaste front politique des Opérateurs économiques pour la conquête dans la légalité d’une portion du pouvoir politique afin de contribuer à mettre quelque chose de véritablement  nouvelle capable de répondre efficacement aux exigences économiques de l’option politique de l’heure.
C’était le noble combat du Très Respecté Séfou Fagbohoun. C’était le noble combat du Très Respecté Wassi Mouftaou, ancien  Président de la Chambre de Commerce et d’Industrie du Bénin. Ce noble combat fut perceptible surtout au lendemain de la dévaluation de Janvier 1994, ceci grâce à la compétenceet à ladisponibilité de toute l’équipe dirigeante consulaire à savoir le Colonel Lucien  Glèlè, Charles Nobre , François Odjo Tankpinou, Chakirou Tidjani, Mesdames Grâce Lawani et Moudachirou Géneviève etc .
Le Président Patrice A. G. Talon connaissait toutes ces réalités du monde économique. Compétiteur né, il se classe toujours dans la position dominante partout. Ce qui lui attire beaucoup d’animosités. C’est pourquoi, il sera le premier Chef d’Etat Béninois que les ennemis surveilleront comme du lait sur le feu. Il n’a donc pas droit à l’erreur. Il est Obligé de relever de manière satisfaisante tous les défis principaux de son unique quinquennat pour le plus grand bonheur de sa corporation. Aussi, avec le mépris criard,  le régionalisme exacerbé et l’exclusion suicidaire qui étaient les grands maux du régime défunt, il est condamné à réussir. Dans le cas contraire, il honnira tous ses partisans du 20 Mars 2016 qui l’ont plébiscité à la tête de l’Etat. En ce moment-là, il ne lui restera qu’à s’exiler au soir du 6 Avril 2021 pour se cacher. Mais il semble qu’il est conscient des enjeux. Etant son Doyen de Collège, donc connaissant ses aptitudes depuis l’adolescence, je crois comme beaucoup d’autres qu’il fera mieux.

Les pièges de la rigueur excessive
Il n’y a pas un Gouvernement aussi rigoureux que celui du Gouvernement Militaire Révolutionnaire. C’est à cause de cela que l’impérialisme international avait essayé par tous les moyens pour piéger le Chef de Bataillon  Mathieu Kérékou depuis l’étranger, ceci par l’intermédiaire d’un de ses frères ancien Ministre des Finances dès le début de l’Indépendance. C’était la fameuse affaire des 36 millions de Louis Kovack. C’est la révélation surprise de cette affaire qui avait cassé la dure bande des quatre qui donnait par l’exemple à la Jeunesse une nouvelle espérance. Ces quatre : le Chef de Bataillon Mathieu Kérékou,  le Chef de Bataillon Michel Alladayê, les Capitaines Michel Aïkpé et Janvier Assogba. L’affaire Kovack ne  devrait plus se répéter car c’était l’une des causes du déclenchement de la Révolution d’Octobre 1972. Notons que c’est incontestablement cette brouille qui avait coûté l’injuste emprisonnement du Capitaine Janvier Assogba et la mort à l’intrépide Capitaine  Michel Aïkpé.
Il est nécessaire de construire le présent et l’avenir dans le miroir de l’histoire. C’est dire que le Chef ne doit pas chercher à tout voir ou à tout contrôler. Il faut qu’il négligeles peccadilles. L’équipe militaire de 1972 était très soudée et très compacte. Elle ne privilégiait que la compétence. Toute les vannes des faveurs étaient fermées, même les plu petites.
Un homme si parfait soit-il est né dans le péché, donc dans la corruption, les faveurs et  certaines combines. Celui qu’on croit qu’il est parfait aux yeux de l’opinion publique, c’est sa capacité à résister au maximum aux vices, ou peut-être la protection de la providence. Le Président Talon quelle que soit sa volonté à faire mieux que les anciens Chefs d’Etat doit lâcher par moment du lest. Sinon, il  va créer des frustrations et des animosités même dans son propre entourage immédiat. On lui glissera des peaux de bananes pour le salir le premier et il ne réussira pas. En conclusion, Albert Einstein, l’un des  grands penseurs contemporains  avait déclaré, citations : « il est malheureux de constater que le réalisme n’arrive pas toujours  àrésoudre les problèmes de la société » fin de citations.

Ce que je pense.
Les réformes institutionnelles annoncées apparaissent à première vue comme des réformes nécessaires. Mais il ne faut pas chercher à créer l’exception. Il faut voir si ces réformes seront en harmonie avec celles des grandes démocraties modernes. Si non, certaines d’entre elles risquent d’être rejetées par voie parlementaire ou même par voie référendaire.
Ces réformes doivent obéir aux réalités universelles, à l’environnement national et africain. Il faut comprendre qu’en Afrique et au vu de l’histoire, les citoyens ont la notion d’un seul Chef. C’est pourquoi, au revers du régime présidentiel, presque tous les pays qui on opté pour le système semi-présidentiel, donc une sorte de dualisme de commandement,  ont connu des instabilités.
Les réformes doivent se faire. Mais elles ne doivent pas s’opérer par émotion, par réaction épidermique ou au vu d’un excès de zèle isolé et récent. Le Président de la République ne doit pas être totalement écarté de toutes les institutions sensibles ou être dépouillé de l’essentiel de ses pouvoirs. Si non, le pays peut fonctionner comme à la Cour du Roi Pétaud où tout le monde est Chef. Il faut certes des institutions fortes. Mais il faut aussi des hommes un peu forts. Car ce qui est le plus important, c’est l’amour de la patrie des dirigeants à tous les niveaux. La priorité est la lutte pour une indépendance véritable du pouvoir judiciaire.

La lourdeur administrative
L’administration béninoise souffre d’une maladie congénitale et presque inguérissable qui est sa lourdeur. Sans son assainissement, quelle que soit la volonté au sommet de l’Etat, le décollage économique ne deviendra jamais une réalité dans notre pays. C’est l’un des maux que le Président Talon doit combattre et réduire considérablement.
Il faut la rupture dans la gouvernance. Mais pour moi, la rupture c’est d’abord et surtout la rupture avec la mentalité rétrograde de certains citoyens. C’est la rupture avec les sabotages et les mesquineries mesquines.  C’est la rupture face aux ennemis du développement et de l’évolution sociale.
La lourdeur administrative au Bénin retarde même plus que la corruption. Car elle fait perdre directement ou indirectement des milliards et des milliards à l’Etat et aux individus. Les courriers même les plus importants et les plus sensibles sont souvent déchirés et jetés dans les poubelles. Ceux qui peuvent être traités par exemple en une semaine sont ressortis des tiroirs dans six mois, 1 an, 2 ans voire même 3 ans. Ce qui étouffe et pénalise les usagers. Certains courriers sont interceptés  et arrivent très rarement aux vrais destinataires.
Le mois du service public ‘’zéro dossier dans les tiroirs’’ initié au temps de l’ancien régime a été une très bonne initiative. Elle doit être renforcée et devenir « l’Année du service public, zéro dossier dans les tiroirs ». Les Directeurs de l’Inspection et de la Vérification Interne (DIVI) doivent opérer par surprise et de façon permanente des contrôles dans les services pour rappeler à l’ordre et si possible sanctionner les retards dans le traitement des dossiers.

L’accueil et le retard dans les services publics, des grands maux
Comparativement au pays francophones de la sous-région, l’accueil dans les services publics est un autre malaise en République du Bénin. Si un usager veut retirer un dossier dans un service d’Etat, les Secrétaires ne prennent pas le soin de l’introduire à qui de droit. Parfois, ils ou elles ne se gênent même pas pour répondre correctement aux salutations. L’usager peut passer une journée assis sans être reçu. Pendant  ce temps, des cercles d’amis et parents sont rapidement introduits à leur arrivée. Il y a même certains visiteurs ou certaines visiteuses qui rentrent dans les bureaux des patrons sans crier gare. Pendant ce temps, l’usager est là. S’il n’est pas patient, il peut repasser trois jours successifs avant de rentrer en possession de son document. En tout cas, en qui me concerne, je n’ai jamais ménagé ces genres de Secrétairesennemis de l’évolution. L’accueil, voilà un grand mal qui doit être farouchement combattu par le processus du Nouveau Départ.
En ce qui concerne le retard, c’est un grand fléau. Il y a des agents qui arrivent au service à 9heures et cessent de travailler déjà à 11heures. Le soir ils viennent à16heures et arrêtent le traitement des dossiers déjà à17h30’. On dirait qu’avec l’avènement du Renouveau Démocratique en 1990, les Béninois ont perdu le patriotisme et n’aiment plus leur pays comme les Behanzin, Kaba et Bio-Guerra. Des cahiers de présence doivent être instaurés dans les services publics pour sanctionner ce vice déjà supprimé pendant  la période révolutionnaire du marxisme pur et dur. L’un des grands aspects du processus de la rupture doit être  donc la lutte acharnées contre les retards.

Conclusion
L’espoir suscité au sein du peuple béninois au lendemain du 6 Avril 2006 a été très grand. Tout le monde croyait à l’avènement du Messie. Mais à l’arrivée, le bilan est mi figue mi raisin.
Avec les désastres opérés et dus en grande partie au mépris criard, au régionalisme exacerbé et à l’exclusion suicidaire, un seul leader politique si crédible et honnête soit-il ne pourra pas panser les plaies. Le Président Talon doit faire beaucoup attention aux saboteurs invétérés, aux détenteurs des théories usées, aux mercantilistes véreux en quête d’honneur terrestre périssable, de profits et de prébendes. Il doit s’entourer de patriotes connus pour leurs sacrifices pour le Bénin et de véritables volontaires de développement. Mais je ne dirai jamais assez, au stade actuel, le mieux est l’avènement d’une forte transition et la gestion collective du pays pour au moins 5 (cinq) ans. En tant que patriote libre et un vrai nationaliste pour ceux ou celles qui me connaissent vraiment, c’est ce que je crois.
Le désir du Président Patrice A. G. Talon de Gouverner pour un seul quinquennat est en parfaite symbiose avec cette vision de transition que j’ai préconisée comme conclusion d’un article que j’avais publié dans le Journal « La Nouvelle Tribune » N° 2941 du 29 Décembre 2014.

Par
Gbèmassè Cyprien

Ecrivain et Chercheur
Président de l’Observatoire
d’Analyses de l’Histoire
et de la Politique Internationale
(OAHPI)
Tél : 97 -08- 18 -89 et 90 – 97 – 11 -00

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