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Déclaration de Soulé ALLAGBE, président de l’ANCB, « Sous l’Arbre à Palabres » au siège de l’Evénement Précis: « Le transfert des ressources aux communes n’est pas une faveur »


Soulé AllagbéInvité N°94 de la rubrique Sous l’Arbre à Palabres, Soulé Alagbé s’est ouvert aux journalistes de L’Evénement Précis à notre siège. Actuel Président de l’Association nationale des communes  du Bénin (ANCB), le désormais ancien maire de la commune de Parakou  lève un coin de voile sur son bilan  et annonce le Congrès de l’ANCB qui va renouveler les instances décisionnelles de l’institution. Au cœur des échanges, il y a également le fameux dossier FADeC et quelques propositions pour améliorer la gouvernance locale.

Et si on en parlait

Les élections communales sont terminées. Vous avez passé le témoin à votre successeur. Comment se sent-on une fois qu’on se retrouve de l’autre côté ?
Merci messieurs les journalistes. Merci de me donner cette occasion de venir dans la rubrique ‘’Sous l’arbre à palabre’’ pour discuter avec vous d’un certain nombre de préoccupations. Pour en revenir à votre question, lorsqu’on laisse le manteau de maire, on se sent bien. Je dirai qu’on se sent beaucoup mieux dans la peau d’un citoyen de la société civile. Vous comprenez alors que, dans ce contexte-là, nous puissions regarder les choses d’une autre manière. Ce n’est plus celle de l’acteur dans le feu de l’action mais plutôt le regard d’un citoyen de Parakou, d’un citoyen de la société civile.

Etes-vous toujours président de l’ANCB ?
Je suis toujours et encore président de l’ANCB jusqu’à l’organisation du prochain congrès. C’est vrai que cette question ne manque pas d’intérêt, étant entendu que je ne suis plus maire. Pour certains, dès que je ne suis plus là, il va de soi que je ne puisse plus être président de l’Association nationale des communes du Bénin. Or, les textes ont prévu que, lorsque quelqu’un quitte son statut de maire, excepté le président de l’association qui est autorisé à poursuivre la gestion de l’association, jusqu’à ce que le prochain congrès ait été organisé. Donc, il y en a qui pourraient tenter de me dire que les textes sont violés, dès lors que je ne suis plus maire. D’autres qui peuvent dire que c’est une caporalisation de cette association. Vous savez très bien que ces élus locaux sont de divers calibres, de diverses expériences. C’est parce que les textes ont prévu ce cas de figure qui est un vide juridique jusqu’à ce que se tienne le tout prochain congrès.

Comment se porte aujourd’hui l’ANCB ?
L’ANCB se porte très bien. Je dis très bien parce que l’ANCB a retrouvé sa cohésion, son unité. Vous êtes des journalistes et vous savez très bien qu’au sortir du congrès de 2008, l’ANCB avait traversé des zones de turbulences. Aujourd’hui, nous sommes très heureux qu’elle ait retrouvé son unité et sa cohésion. Je voudrais en profiter pour remercier l’ensemble des autres acteurs qui ont aidé à cela. Je veux citer le Haut commissariat à la gouvernance concertée et le Partenariat pour le développement municipal (PDM). Donc, voilà deux acteurs principaux, majeurs, qui ont véritablement aidé les membres du bureau que nous sommes, à vraiment faire recouvrir à l’association, son unité et sa cohésion. C’est vrai, il y a bien d’autres acteurs que je ne saurais citer ici.

A quand l’organisation du prochain congrès de l’ANCB ?
L’organisation du prochain congrès de l’ANCB est prévue en octobre prochain. La toute dernière réunion du bureau de l’ANCB s’est penchée sur cette question. Cette instance se dit qu’il fallait véritablement prendre les dispositions pour que, une fois les derniers conseils installés, on puisse aller au congrès. L’association est une association des communes du Bénin et on ne saurait convoquer un congrès pendant que des conseils communaux ne sont pas encore installés. Ce serait comme si on voulait les exclure. Nous autres, nous nous sommes inscrits dans cette vision d’organiser le congrès de l’ANCB en octobre prochain, tout en espérant que l’ensemble des conseils communaux sera installé et que nous aurions la pleine participation de tous les élus à ce congrès.

Votre mandat compte combien d’années ?
Le mandat de l’ANCB est de deux ans et demi. Vous allez vous interroger sur les raisons du non renouvellement du bureau actuel. Nous étions allés pour le renouvellement à une réunion à Parakou, au cours de laquelle il a été décidé qu’on puisse vraiment fixer la date de ce congrès. Mais, compte tenu de la situation que j’ai évoquée tantôt, l’association avait été traversée par des zones de turbulences où on a pu faire preuve de cohésion. La question avait été de savoir à partir de quand court le mandat du bureau actuel. Est-ce de la date du congrès de 2008 ou est-ce de la date à laquelle l’association a retrouvé son unité et qu’il y a eu des membres du nouveau bureau qu’on a pu intégrer pour retrouver la cohésion ? Les nouveaux ont dit qu’ils ne peuvent pas rejoindre le bureau à cinq mois de la fin du mandat et on leur dira que c’est fini. Nous autres, dans un esprit consensuel, avons dit que, dans ces conditions, puisqu’on n’était plus loin des élections qui étaient prévues pour 2015, il vaut mieux maintenir cette cohésion. Que le renouvellement du bureau ne soit pas seulement objet de discussion de manière à remettre en cause l’unité retrouvée. En ce moment, personne ne pouvait savoir qu’il y aurait deux ans supplémentaires dans les mandats des conseils communaux. Voilà pourquoi ce bureau a eu une durée de vie plus longue que les autres, mais bien entendu, cela a fait l’objet de débats ouverts où les uns et les autres ont parlé. Maintenant que c’est fait, on n’a plus de raison de faire survivre ce bureau au delà de la date du congrès qui va se tenir en octobre prochain. Je crois que nous pouvons travailler dans ce cadre pour que les élections aient véritablement lieu en octobre prochain.

De plus en plus, presque toutes les communes du Bénin font recours à la coopération décentralisée. Quel a été le rôle de votre mandature dans le renforcement de cette coopération ?
Il est clair qu’aujourd’hui, aucune commune, qu’elle soit à statut particulier ou ordinaire, ne saurait conduire toute seule sa politique de développement. Elle doit pouvoir s’ouvrir aux autres communes soit du sud, soit du nord. Et l’ouverture de ces communes béninoises aux autres communes du nord ou du sud ne veut pas dire obligatoirement en termes de ressources. Il y a aussi les bonnes pratiques qui peuvent impacter positivement les communes béninoises à aller de l’avant. Le rôle que l’ANCB a joué, dans ce cadre, a été très grand. Dans la mesure où, pendant que certaines communes se retrouvent avec deux, trois voire quatre partenaires hors du territoire national, c’est qu’il y en a d’autres qui n’en ont même pas un seul. Quand ce dossier a été étudié à une réunion du bureau, l’ANCB s’est inscrite dans la dynamique de créer une passerelle entre le Ministère des Affaires étrangères et le Ministère de la Décentralisation à travers sa direction de la coopération décentralisée. Nous-mêmes, avons envoyé des correspondances en direction de tous les maires pour leur demander de nous envoyer leurs adresses et de nous dire les caractéristiques des communes partenaires qu’ils souhaitent parce qu’il faudrait que les deux communes aient les mêmes tailles, les mêmes populations, visions culturelles, potentialités économiques. C’est ça qui permet une coopération vraiment fructueuse. Nous avons désormais ce répertoire. Dans leurs déplacements à l’extérieur les ministres ont distribué ce répertoire et trouvé des créneaux pour parler des communes béninoises et des partenariats. Je crois que cette nouvelle vision de l’ANCB à mettre en place cette plate-forme qui consiste à réunir les communes béninoises, a commencé par payer puisqu’il y a certaines communes qui n’en n’avaient pas du tout mais qui au moyen de cette stratégie, ont commencé par en avoir. Moi, par exemple, j’ai reçu pour la ville de Parakou, une offre de partenariat du Ministère des Affaires étrangères, avec la ville de Yamoussoukro. J’ai répondu favorablement et c’est sûr que la nouvelle équipe qui vient de monter va pouvoir poursuivre et concrétiser ce partenariat. Alors qu’avant, c’est ‘’chacun s’assoit et Dieu le pousse’’, comme on le dit. Chaque commune se battait toute seule mais aujourd’hui, il y a cette opportunité de se déplacer et négocier directement des partenariats.

Depuis quelques semaines, votre ancien collègue, le maire Mathias Gbèdan est en prison. Est-ce que vous avez peur pour le futur ?
Je ne peux pas parler de malversations. Le dossier étant encore en instruction, aucune conclusion n’a encore été tirée par les magistrats pour qu’on puisse savoir si oui ou non il s’agissait d’un cas de malversation. Pour en revenir au second aspect de votre question, par rapport à ma personne, je ne crois pas que j’ai un état d’âme particulier. Mais quand je dis que je suis un citoyen béninois et qu’aucun citoyen n’est au dessus de la loi, c’est que ça peut venir à tout moment.

Donc, faut-il craindre pour soi ?
Non. C’est pour cela que je dis que je n’ai aucun état d’âme par rapport à cela. Et vous, et moi, même si ce ne sont pas des faits qui me sont reprochés, parce que j’ai été gestionnaire d’une ville. Mais en sortant de votre sujet, je peux, peut-être, me trouver en conflit avec la loi et être interpellé. Ça peut arriver.

En parlant de conflit, le rapport FADEC, que ce soit celui produit par les communes ou par l’Assemblée nationale, a montré qu’il y a mauvaise gestion. Est ce que vous partagez ce point de vue que le Fonds d’appui au développement des communes a été mal géré par les municipalités ?
Il s’agit d’assertions à la-va-vite parce qu’il est très difficile de mal gérer les ressources du Fadec.

Comment ?
Dans la mesure où la gestion de ces fonds obéit à des procédures bien indiquées. Il y a des manuels de procédure et lorsqu’on vous transfère une ressource partant du Fadec, c’est qu’on vous dit déjà à l’origine, ce à quoi ces ressources sont destinées. D’où l’appellation Fadec affectés. Donc, il y a trois guichets des fonds Fadec. Il y a le guichet Fadec affectés. Là, dès qu’on décaisse les fonds qui sont en direction de votre commune, on vous dit ce à quoi ces fonds doivent pouvoir servir. Il y a un second guichet appelé Fadec fonctionnement pour appuyer les communes dans la gestion des charges de fonctionnement de celles-ci, du personnel et autres. Il y a un autre guichet qu’on appelle Fadec non affectés où la commune a la latitude d’orienter les dépenses mais pas pour le fonctionnement. La commune a la latitude de voir le secteur dans lequel elle a des besoins très pressants et utiliser ces fonds. Mieux, une fois ces fonds affectés ou connus, nous avons toute une série de contrôles ou d’audits qui viennent pratiquement tous les trois mois et à aucun moment, les corps de contrôle de l’Etat qui ont été  diligentés dans l’ensemble des communes béninoises n’ont jamais conclu à un cas de mauvaise gestion. Mais il a fallu que certains députés soient associés à des commissions de vérification pour qu’un vide survienne. Puisque les élus locaux que nous sommes et les élus nationaux que sont nos frères députés, nous partageons le même territoire politique
Ce que vous dites fait polémique parce que dans le rapport sur certaines communes comme Grand-Popo, certains faits sont avérés. J’ai même appelé le maire avec qui j’ai discuté. Et, vous vous rappelez le tollé que cela a fait en 2013.
Je me souviens, mais, même à notre niveau, à l’Association nationale des communes du Bénin, on a rendu public un communiqué de presse. Nous n’avons jamais dit que c’est une bonne gestion à 100%. Mais de là à peindre la gestion des fonds FADEC en noir, on n’est pas d’accord. Puisqu’on doit chaque fois renforcer la bonnegouvernance dans la gestion des ressources, même les ressources propres de nos communes, et pas seulement les ressources du FADEC. Ces ressources-là sont mobilisées par les efforts des populations. Il est clair que si nous voulons renforcer la démocratie à la base et l’ancrage de la décentralisation, nous devons tout faire pour que la bonne gouvernance soit effective. Et nous avons commencé, nous-mêmes, au niveau de l’ANCB par ce que nous appelons l’auto-évaluation des communes. Ces exercices d’auto-évaluation ont permis aux communes de se mettre à jour en attendant que les auditeurs assermentés par l’Etat ne viennent, de sorte qu’aujourd’hui les cas de malversations au niveau des communes ont été bien maîtrisés. Puisqu’à la faveur des exercices d’auto-évaluation, ces communes se rendent déjà compte de là où il y a des failles et des points forts. Nous avons travaillé, et comme la bonne gouvernance est un processus continu, nous nous inscrivons toujours dans ce sillage pour que les communes au niveau desquelles les cas de malversations ont été révélés puissent se ressaisir et assoir le capital de confiance avec l’Etat qui est le premier partenaire des communes en matière de transfert des ressources, et également faire en sorte que les partenaires techniques et financiers puissent être rassurés, etpour que la population à la base puisse être rassurée de ce que les ressources qu’elle s’efforce à mobiliser sont gérées à bon escient.

Quelles failles avez-vous relevées ?
Le détournement ne veut pas toujours dire que vous avez 500 francs destinés à telle activité et que vous empochez ces  500 francs-là. Des fois, lorsque vous prélevez des fonds pour mener une activité qui, selon vous, est une activité de développement primordial mais qui n’était pas prévue par les procédures qui ont affecté les ressources à votre niveau, cela peut être déjà considéré comme un détournement. Nous avons eu des cas du genre où le maire d’une commune ordinaire a été invité à plusieurs reprises à construire des latrines dans un collège. La gestion des collèges ne relève pas de ses prérogatives, mais ce collège se trouve sur son territoire. Le fait de laisser les élèves d’un collège d’un effectif de 1000 élèves aller déféquer dans la nature est un problème de santé publique. Mais le fait d’avoir pris une partie des fonds FADEC pour réaliser ces latrines-là a été conclu comme étant un détournement.

Vous avez souvent priorisé des actions populistes au détriment du concret…
Moi je ne sais pas si le fait de construire des latrines dans un collège peut déjà constituer une action populiste. Je ne vois pas, mais je dis que c’est une action de nécessité absolue, et qui plus, est liée à la santé publique. Je ne sais pas si vous mesurez l’ampleur d’une épidémie qui éclaterait du fait que le maire n’a pas eu le réflexe de construire des latrines à quatre ou cinq cabines.  Les fonds FADEC, je vous le répète, dans notre gestion, il ne nous est pas loisible de faire ce qu’on veut. On nous dit même qu’on ne peut pas réparer la résidence du maire avec ces fonds.

Mais, c’est ce qui est fait régulièrement
Moi, je n’ai pas réparé ma résidence avec les fonds Fadec. De toutes les façons, si les collègues l’ont fait, ce n’est pas évident que ça soit avec les ressources FADEC. Ça pourrait être avec autre chose, parce qu’il y a un certain nombre d’actes inéligibles en matière de dépense à partir des ressources du FADEC. Vous ne pouvez pas construire une auberge par exemple, vous ne pouvez pas vous acheter un véhicule, vous ne pouvez pas entreprendre une activité génératrice de revenus. C’est vrai que ce manuel,, aujourd’hui, est en voie d’être revu, avec l’insertion d’un certain nombre de corrections pour tenir compte de l’expérience déjà accumulée par rapport à la période de gestion et de l’avènement de ces fonds. Nous pensons qu’en évoluant, on trouvera le juste milieu qui va éviter très tôt que, pour avoir construit une cabine de latrines, on dise que le maire a détourné.

Précisément, dites-nous comment ce cas a été réglé par les corps de contrôle ?
Les corps de contrôle ont fait observer que ce n’était pas juste que cette commune ait utilisé les ressources FADEC pour construire des latrines dans un collège, et qu’il fallait que de telles activités ne puissent plus être réinscrites, en tous cas pas avec les ressources FADEC. Ce sont des points qui nous interpellent tous et eux-mêmes, les corps de contrôle de l’Etat qui sont passés, ont vu la pertinence de l’action posée par le maire. Ils ont même compris que c’est une action vitale. Mais, puisque ce n’est pas réglementé dans  les documents, c’est qu’il ne devrait pas le faire. Le maire allait-il croiser les bras ? En cas d’épidémie, c’est encore lui qui va être interpellé. Les corps de contrôle étant eux-mêmes des hommes comme vous et moi, ont conclu à la pertinence de l’acte posé par le maire. Puisque ça ne rentre pas dans le cadre des actions éligibles pour le statut de cette commune-là, donc, c’est un détournement. Il va falloir restituer les fonds. De toutes les façons, l’activité pour laquelle ces fonds-là avaient été prévus ne doit souffrir d’aucune insuffisance de ressources parce qu’on aurait distrait une partie pour construire des latrines. Donc, le maire, dans sa gestion, pourra voir les aménagements ou les réaménagements qu’il pourrait faire dans son Plan de travail annuel pour répondre positivement à l’activité pour laquelle les fonds étaient destinés.

Quels conseils donnez-vous à ceux-là qui se rendent coupables de mauvaise gestion ?
Quand nous nous retrouvons, nous faisons état de tout ça et nous leur demandons, en attendant que les procédures puissent dire autrement les choses, c’est que nous devons nous coller à l’existant. Pour éviter qu’on soit présentés comme de mauvais gestionnaires des ressources FADEC, il faudrait qu’on reste collé au manuel de procédure actuellement en vigueur. C’est cela que nous conseillons.

Le transfert des fonds FADEC est-il, selon vous, le transfert réel des compétences aux communes ?
Je dirai qu’à ce jour, et depuis l’avènement de la décentralisation, le transfert des ressources, tel que les communes en ont bénéficié, n’est pas à la hauteur des défis à relever. Il y a encore des efforts à faire. C’est vrai que le plaidoyer et le lobbying que  l’ANCB a eu à mener font apparaître une progression, chaque année maintenant, des fonds FADEC. En 2014, on était à 33 milliards. Suite au plaidoyer mené par l’ANCB avec la commission des échanges et des finances de l’Assemble nationale, nous sommes passés  à 47 milliards cette année. Donc, nous pensons continuer avec ce genre d’exercice pour qu’à la veille de la préparation du budget de l’Etat, l’ANCB puisse échanger avec la commission des échanges et des finances de l’Assemble nationale et le Ministère des finances, pour que les préoccupations des communes puissent déjà être prises en compte et non attendre que le budget soit déjà voté pour constater les dégâts. Nous nous sommes inscrits dans cette optique depuis déjà près de trois, quatre ans. Nous échangeons avec l’ensemble des Ministères sectoriels qui entrent dans la préparation du budget général de l’Etat.

Est-ce cela que vous êtes allés négocier avec Houngbédji ?
Ça fait partie de nos discussions avec le président de l’Assemblée nationale, Adrien Houngbédji. On avait bien d’autres sujets en plus de celui-là. Nous avons discuté avec lui de la nécessité de nous sortir enfin la loi portant statut des agents des collectivités territoriales. Cette loi nous cause assez de torts en ce moment dans le fonctionnement de nos administrations communales. Puisque nos agents ne sont pas régis par un statut clair, motivant et incitatif. Dès lors qu’ils trouvent mieux ailleurs, c’est qu’ils s’en vont et nous en sommes à un perpétuel recommencement. Nous avons parlé de cette loi qui avait été votée par la 6e législature, mais qui serait revenue pour une deuxième lecture. Nous avons donc prié le président de l’Assemblée nationale de voir avec ses pairs comment cette loi peut être vite votée pour que la gestion de nos administrations communales puisse véritablement répondre aux aspirations de nos populations.

Vous parliez du congrès, en octobre prochain, de  l’ANCB. Quel bilan présenterez-vous à ce congrès?
La cohésion retrouvée, c’est un acquis majeur, parce qu’avec la crise de 2008, l’ANCB aurait pu disparaitre et on n’en parlerait plus aujourd’hui.  C’est un acquis très important. Ensuite, nous avons doté l’ANCB d’un certain nombre de documents stratégiques pour son développement. Nous avons aussi doté l’ANCB de documents de communication. Nous avons doté l’ANCB d’un plan de lobbying et de plaidoyer. Nous avons fait de sorte qu’aujourd’hui, l’ANCB ait une notoriété au niveau de l’administration centrale, puisqu’elle fait partie de près d’une cinquantaine de commissions interministérielles ou conseils d’administration. Tous les Ministères, aujourd’hui, travaillent avec l’ANCB. Ça, c’est très fort. Il y a sept ans en arrière, personne n’aurait pensé que l’ANCB pourrait réussir à se rendre incontournable. C’est un acquis majeur. Nous avons ensuite ces rencontres périodiques avec le Ministère des finances, l’Assemblée nationale, et même avec le chef de l’Etat. Ce sont des acquis majeurs. Nous parlons avec ces différentes autorités, de la vie des communes, de l’ancrage de la décentralisation au Bénin et des perspectives par rapport à ce que la décentralisation doit pouvoir rimer avec développement. Il ne faudrait pas que la rétrocession des ressources aux communes, communément appelée transfert des ressources, soit perçue comme s’il s’agissait d’une faveur. Ce n’est pas du tout  une faveur, c’est un devoir pour l’Etat de transférer les ressources, puisqu’il s’est déchargé d’un certain nombre de prérogatives qu’il a reversées aux communes pour leur permettre de remplir leurs obligations. Et nous pensons qu’aujourd’hui le transfert des ressources est en train de faire son petit bonhomme de chemin, et qu’au fur et à mesure que nous avancerons dans la décentralisation, nous allons pouvoir apprécier les efforts qui sont faits, par l’Etat central, les communes, elles-mêmes, et les partenaires techniques et financiers.

Quel est le taux de cotisation par commune au niveau de l’ANCB ?
Les communes cotisent dans les caisses de l’ANCB au prorata du montant de leurs budgets respectifs. Nous n’avons donc pas un taux standard à verser dans les caisses.

Y a-t-il de ‘’mauvais élèves’’ parmi les communes ?
Non, il n’y en n’a pas. Depuis deux ans, je peux vous rassurer qu’il n’y a plus de mauvais élève au niveau de l’ANCB. Chacune des 77 communes libère sa cotisation, conformément à son budget, et suivant le compte administratif. Il n’ya plus de mauvais élève, puisque nous avons trouvé une stratégie qui est que les cotisations à l’ANCB doivent être prélevées à la source, dans le FADEC fonctionnement. On s’entend avec chaque commune sur le montant à payer qui est retiré et reversé à l’ANCB. Il est vrai que ça n’a pas été facile, mais je crois qu’on commence déjà à s’habituer à cette pratique  et je crois que c’est aussi un des acquis majeurs de l’ANCB puisqu’il est clair, que ce soit au Bénin ou ailleurs, que le problème de cotisation dans une association demeure crucial.

Vous confirmez que le syndicat des maires serait une coquille vide sans le FADEC?
Pas du tout ! D’abord, notre association n’est pas un syndicat. Nous sommes une association qui porte la voix de l’ensemble des communes, qui joue le rôle d’interface entre l’Etat, les partenaires techniques et entre les communes et les populations. C’est cela, puisque nous avons tous adhéré à l’association au moyen des délibérations. Chaque conseil municipal, communal délibère pour dire qu’il adhère librement à l’association. S’il y a déjà cette adhésion volontaire, il va de soi que les ressources qui doivent permettre à l’association de remplir ses obligations puissent suivre. D’où la mise à l’essai de cette stratégie qui aujourd’hui est en train de faire tâche d’huile dans la sous-région, puisque tous, nous éprouvons les mêmes difficultés. Quand nous nous retrouvons à la faveur des mouvements municipaux régionaux, nous en discutons. Ce n’est pas un problème propre aux communes béninoises. Mais si les communes béninoises peuvent constituer un modèle pour la sous-région, tant mieux, et c’est pour cela que nous continuons toujours de travailler à la mobilisation des ressources pour autonomiser l’association. Parce que la question est là aussi. L’association a des services à rendre à ses membres. Si elle n’a pas de ressources, avec quoi peut-elle rendre ses services? Je crois qu’aujourd’hui, les membres de l’association que sont les communes partagent largement cette perception des choses et se disent que, si elles veulent une ANCB plus proche des communes, une ANCB utile, pourquoi ne pas laisser poursuivre les prélèvements à la source.

Que peut-on retenir comme avancées de votre passage à la tête de la commune de Parakou où vous avez passé sept années?      
En termes d’avancées, je dirais qu’il y a eu beaucoup de réformes. Si l’on prend par exemple la mobilisation des services, il y a eu un audit organisationnel qui a repositionné l’administration municipale dans un contexte à en faire beaucoup plus une administration de développement qu’une administration bureautique. Nous avons doublé cela d’un redéploiement du personnel, parce qu’il faut adapter le personnel à cette nouvelle organisation des services. Et cela, c’est pour rendre l’administration beaucoup plus rentable, puisque que désormais nous devons nous comporter comme étant des fournisseurs de prestations, et nos populations doivent être perçues comme des clients, et non des usagers. Cela appelle à un certain nombre de comportement de la part des gestionnaires des villes que nous sommes. Nous ne devons plus nous auto satisfaire de ce qu’on est une administration et que les autres sont des usagers. Non. Les autres sont nos clients et nous devons nous comporter de manière à ce qu’on se croit dans un magasin où on est allé acheter avec tout le reflet de marketing possible. Cette réforme a été menée. Le foncier est aujourd’hui, un secteur très délicat et sans lequel, aucun développement ne peut s’opérer. Nous avons organisé une table ronde sur cela avec l’ensemble des acteurs, que ce soient les lotisseurs, les architectes, tous ceux qui interviennent dans ce domaine. Et on s’est dit qu’il faut repositionner le foncier dans son contexte de manière à permettre un développement harmonieux de la ville de Parakou. Et comme vous le savez aujourd’hui, si les promoteurs de projets n’ont pas le sentiment d’être sécurisés dans  leurs propriétés foncières, vous comprenez qu’ils ne peuvent pas apporter le plus qu’ils doivent apporter. Aujourd’hui, cette confiance a été rétablie ou renforcée au niveau de la ville de Parakou. Et nous pouvons allègrement recevoir l’ensemble des promoteurs de projets qui veulent vraiment s’installer. Nous avons engagé un dossier de mobilisation de ressources qu’on a appelé emprunt obligataire. Dans l’histoire des communes béninoises, Parakou a été la toute première à initier un tel projet. C’est vrai, il n’a pas abouti, mais nous ne sommes pas du tout découragés. Car, ce projet a eu le mérite au moins de renseigner suffisamment les autorités centrales.L’emprunt obligataire constitue une passerelle surtout en ce qui concerne les communes à statut particulier pour renforcer les ressources et doper le développement. Quand ce dossier a été monté par la ville de Parakou et soumis au marché financier de l’Uemoa, il y avait près de 4 pays : le Sénégal, le Mali, le Burkina Faso et le Bénin à travers la ville de Parakou qui étaient en compétition. Mais, c’est notre dossier qui a été validé. Je crois que c’est un mérite. Et à l’époque, l’administration centrale du Ministère de la Décentralisation ne savait même pas les documents qu’il fallait préparer pour accompagner les communes dans ces genres de levé de fonds. Donc, c’est avec le dossier de Parakou que les documents complémentaires ont été élaborés au niveau du Ministère de la Décentralisation. C’est donc que les communes ont aussi parfois eu à piquer notre administration centrale et à se mettre à jour vis-à-vis du contexte de décentralisation actuelle qui n’évolue pas. Parce qu’il est clair, les communes à statut particulier ont été reçues comme étant des communes qui peuvent aller faire des prêts comme un individu, comme une personne physique quitte à investir dans les créneaux porteurs pour renforcer le tissu économique de la commune. Donc, nous avons, pour le moment, buté contre la garantie de l’Etat. Le dossier est là. C’est sûr que la nouvelle équipe pourra le réveiller pour que, d’ici à là, cette garantie soit accordée et afin, qu’au moins dans l’environnement institutionnel de la décentralisation au Bénin et dans la sous-région, on puisse toujours citer le Bénin comme étant le précurseur des réformes. Ensuite, nous avons initié une réforme qui a aussi fait école au niveau des communes de la région nord et de la région sud. C’est l’institution d’un guichet unique pour l’ensemble des prestations dont on peut vraiment bénéficier et ceci, du fait de l’évasion des ressources, qui nous a inspiré à mettre en place une telle réforme. Et depuis que cette réforme a été mise en place, j’avoue que la mobilisation des ressources propres de la ville a connu une hausse. C’est vrai qu’il y a toujours de ces tentatives pour la contourner. Mais au fur et à mesure, nous adaptons aussi nos stratégies par rapport à la maitrise totale de cette réforme. Entre autres, nous avons aussi essayé un partenariat public-privé. Pour ça, nous avons deux gros et de très bons projets. Vous n’ignorez pas que Parakou est une ville de transport. Donc, beaucoup de camions se garent ça et là et occasionnent des accidents qu’on aurait pu éviter. Ils vont être rangés sur un parking gros porteur que nous avons prévu construire à Parakou. Cela va éviter les stationnements le long des artères, et par ricochet les nombreux cas d’accidents que nous enregistrons du fait de ces stationnements.

Citez-nous quelques actions que vous aviez entreprises et qui n’ont pas marché ?
Oui. J’ai en ce moment entrepris une action au niveau de l’aménagement de la place Tabera. Pour ceux qui connaissent la ville, cette place est située entre la mairie et la préfecture. D’autres l’appellent « Place Abdoulaye Issa ». Puisque c’est là où se trouve le mausolée de cette grande figure de l’histoire politique béninoise. Pour le moment, nous avons voulu donner une nouvelle image à cette place toujours dans un contexte de partenariat public-privé. Mais là, le promoteur de ce projet peine encore à mobiliser les ressources. C’est vrai, quelque chose a commencé sur le site. Mais, ce n’est vraiment pas à l’allure que nous aurions aimé. Parce que, selon nos prévisions, on devrait pouvoir réceptionner cette infrastructure avant la fin de notre mandat. Mais, il se fait qu’aujourd’hui c’est un chantier qu’on laisse à notre successeur. On ne peut donc pas dire que cela a marché. J’ai initié un autre projet : « la lutte contre la divagation des bêtes à Parakou». Mais à ce jour, on est presqu’à la case du départ. Puisque, lorsque vous opérez les arrestations des bêtes, c’est encore par vous, la presse, que les populations passent pour grogner. Vous voyez ? Alors que cette divagation pose d’énormes problèmes aux populations. Les moutons traversent lorsqu’un motocycliste qui a remorqué une dame avec un bébé passe. Il ne fait pas attention, et tombe. C’est des cas d’accidents pour lesquels on ne retrouve jamais le propriétaire de la bête pour supporter  au moins les soins des accidentés. Et cela, c’est quand il n’y a que des blessures. Si non, il y a eu des cas de décès. Donc, c’est aussi une opération que poursuivra mon successeur. Nous avons eu à mettre également en place une autre opération : « Le prélèvement du sable sur les voies ». Cela est une opération très vitale pour qui connait la géologie du sol de Parakou. Les pentes sont très fortes. Et l’érosion est tout près. Nous avons l’érosion à Parakou. Ce que Cotonou a comme inondation. Et tous les efforts de ré-profilage, de rechargement des voies que nous faisons, il suffit d’une seule pluie, pour que tout cela soit lessivé comme si rien n’avait été fait. Si en plus, les citoyens par leur incivisme vont prélever du sable sur ces voies, vous comprenez que c’est dangereux. Et c’est encore les mêmes qui vont dire que le maire n’a pas réparé les voies, on n’arrive pas à circuler. Mais, ce sont eux qui, de nuit, vont prélever du sable. Donc, quand l’opération a été organisée et qu’elle tendait déjà à maitriser le secteur, les populations ont changé de stratégie. C’est de nuit qu’ils vont prélever le sable pendant que notre service technique dort. C’est aussi une opération qui n’a pas encore réussi à 100% et que mon successeur doit pouvoir poursuivre.

N’avez-vous  pas l’impression que la métropole qu’est Parakou est reléguée à l’arrière-plan ?
Je ne crois pas que cela soit exactement le cas. Puisque dans le cadre du développement de la ville de Parakou, il y a la partition des élus locaux que nous sommes et il y a la partition des autorités centrales. Et je sais que c’est de çà que vous parlez. Quand nous prenons les gros projets, tel que, par exemple, le développement de l’université de Parakou. Pour ça, l’Etat arrive à jouer son rôle. On ne peut pas dire que Parakou est oubliée par rapport à l’université. C’est vrai que c’est un secteur très éloigné, un secteur où, aucun effort n’a jamais été suffisant. Mais, je le dis, on peut saluer les efforts du Gouvernement parce que quand vous prenez le port sec de Parakou, c’est un projet de l’Etat qui, aujourd’hui, suit son court. Et très bientôt, cette infrastructure  économique doit pouvoir être réceptionnée.  Si vous prenez l’aéroport international de Tourou, voilà un aéroport  qui est presque terminé si ce n’est ce souci de voir la piste être prolongée de 900m pour la rendre conforme aux normes internationales.

Ces deux projets en cours de réalisation auront-ils un impact sur le développement de la ville ?
Si. Il y a d’abord que la notoriété doit pouvoir être renforcée par la mise en service de cet aéroport. Il y a également, la perception des impôts et taxes que la ville aura à lever sur les activités de l’aéroport. Il y aura la même chose au niveau du port sec sans compter le flux d’opérateurs que ces infrastructures peuvent vraiment drainer sur la ville de Parakou et l’ensemble des activités connexes qui pourraient se développer et en faire non seulement un capitale régionale, mais aussi un véritable pôle de développement.

Peut-on dire qu’en 10 ans, le chef de l’Etat a œuvré pour le développement de Parakou ?
En 10 ans, le chef de l’Etat a œuvré pour le développement des communes du Bénin. Mais, il y a beaucoup d’efforts qui restent à faire. Là,  j’aurai triché avec moi-même, si je dis que l’ensemble des points de la décentralisation au Bénin ont été réglés entièrement. Mais je reconnais que des efforts ont été faits. Je viens de vous signaler par des chiffres qu’en 2014 le fonds FADEC était de 37 milliards contre 32 en 2013.Mais en 2015, nous sommes à 45milliards. De même, en 2012, c’était un chiffre moins que celui de 2013. Et je me dis, si nous nous retrouvons dans cette progression, je crois qu’à terme, on pourra juguler pas mal de défis et nous même au niveau de l’ANCB, nous avons entrepris une campagne 15% du budget généralde l’Etat aux communes. Parce que ce sont les directives même de l’UEMOA qui ont fixé ce taux.En principe, dans la sous-région de l’UEMOA, tous les pays devaient faire cet effort de transférer 15% au moins de leur budget  au développement des communes. Donc, nous avons encore du chemin.Nous allons toujours nous battre pour que les 15%  du budget général de l’Etat soient véritablement destinés aux communes. Parce que je dis toujours qu’on ne doit pas voir l’Etat à part et les communes à part.Nous ne sommes pas, l’Etat et les communes, des concurrents mais plutôt  complémentaires. A partir de cet instant, je ne vois vraiment pas la résistance, c’est-à-dire, le sens de la résistance que pourra observer l’Etat à aider les communes à se développer ; puisque si les communes se développent, c’est l’ensemble de la nation béninoise qui se développe. Alors pourquoi ne pas se compléter et faire en sorte que les communes se développent puisque tôt ou tard si même vous êtes ici à Cotonou, capitale économique, un jour ou l’autre, vous repartirez dans votre TchoumiTchoumi natale. Mais si, entre temps, pendant que vous occupez une bonne position pour aider les communes à mobiliser les ressources et à doper le développement, vous n’avez rien fait, vous irez retrouver votre pays natal sans école, sans centre de santé alors que vous étiez habitué à toutes ces choses à Cotonou, la  capitale économique.

En dehors de tout ce vous attendez du budget national, qu’est-ce que Yayi peut relever comme défi ?
Non, ce que le Bénin va relever comme défi, c’est d’abord la construction de la maison de l’élu comme lui-même il l’a dit lors d’une de nos entrevues. Et il avait adhéré parfaitement à l’idée de voir vraiment  les élus du Bénin disposer, non seulement de leurs résidences, mais d’un siège puisque l’ANCB est en ce moment en location. C’est vrai que nous avons fait des efforts et c’est le lieu de remercier la ville de Cotonou qui a offert deux parcelles à l’ANCBpour la construction de son siège.Bien d’autres communes telles que Porto-Novo, Abomey-Calavi ont emboité le pas à la ville de Cotonou.Maintenant, il reste que nous puissions véritablement démarrer les chantiers pour mettre vraiment les communes dans un cadre adéquat de travail et pour ça, je crois que le chef de l’Etat pourrait jouer un grand rôle dans la réalisation de ce beau projet à suivre. Nous avons aussi un autre problème à soulever ; c’est celui du moyen de transport des élus que nous sommes.Les élus locaux sont trop sollicités. Il y a très peu de communes qui peuvent s’acheter un véhicule et continuer par payer les salaires du personnel. Là aussi, il faudrait que l’Etat puisse nous aider en dotant les maires de véhicules de commandement, ne serait-ce qu’une fois tous les 5ans. Parce que les maires souffrent. Vous êtes là, vous allez voir sur la bande passante qu’on veut vous voir le lendemainà Cotonou et que la mise en place se termine à 8heures. Mais vous êtes à Karimama.

Vous prenez taxi…
Oui, vous prenez taxi, d’accord.  Mais ce sera avec toutes les incommodités. C’est l’image de la décentralisation du pays qui en prend un coup. Si le maire d’une commune doit aller discuter une place avec la marchande qui a ses paniers de tomates et autres dans un véhicule dont le confort reste à déterminer,  cela n’est pas du tout intéressant. Il faudrait que le Gouvernement fasse l’effort  de doter les communes ne serait-ce que d’un véhicule tous les 5 ans. Parce qu’il n’est pas rare de voir les maires faire auto stop. Si c’est encore avec leurs collègues, c’est bon. Un maire qui va arrêter un autre usager de la route qui passe dans sa belle voiture et qui refuse de s’arrêter, vous voyez un peu ce que cela fait comme ressentiment ? Alors qu’il faut répondre à une sollicitation républicaine.

Dites-nous dans quel compte les maires qui ont de véhicule l’ont acheté ?
C’est dans leur budget. Mais, il y a très peu de communes dont les budgets peuvent supporter l’achat d’un véhicule 4X4 digne du nom et continuer par répondre aux autres obligations ; acheter les fournitures, payer les salaires, etc. Il y en a parmi eux qui peuvent le faire. Or, tous, qu’on soit à Cotonou, Parakou, Ouidah ou Malanville, on est soumis aux mêmes obligations. Quand on nous invite, on nous invite tous avec tout ce que cela comporte comme contrainte. On ne dit pas ceux qui sont à Parakou ou ceux qui sont à Karimama peuvent ne pas venir. Je crois que là, l’Etat à un grand rôle à jouer.

Si vous aviez un conseil à donner à vos collègues qui viennent d’être installés. Vous leur direz quoi ?
Je leur dirai de coller au manuel de procédure et faire en sorte que toute la politique qu’ils vont asseoir dans le cadre de la gestion de leur communes soit une politique participative avec les citoyens. Se rapprocher beaucoup plus de leur population. Partager avec elle, toute idée de projet ou de politique de développement avant de les mettre en œuvre. Accroitre la sensibilisation en ce qui concerne le payement des impôts et taxes. Parce que c’est là toute la question. Le maire peut être engagé, inspiré, travailleur, volontariste, tant qu’il n’y a pas de ressource, pour mettre l’ensemble de ses qualités en route, c’est à la fin du mandat on l’aura taxé de maire qui n’a pas suffisamment travaillé. Alors que l’accompagnement dont il devait bénéficier de la part des populations n’a pas été au rendez-vous. Je suis citoyen et je dois me conformer à la loi.

Donc vous retournez à la mairie en tant que simple agent?
Mais bien sûr, je retourne à la mairie en tant que simple agent puisque je ne suis pas encore allé à la retraite. Il n’y a rien de difficile-là.

Nous nous retrouvons avec deux femmes maires sur les soixante-dix-sept.  Dites-nous,  qu’avez-vous fait à la tête de l’ANCB pour améliorer la participation des femmes à la gouvernance locale ?
Je peux même dire que c’est le travail fait à l’ANCB pour améliorer la participation des femmes à la gouvernance locale qui a valu les deux mairesses. Mais oui. Vous savez la mandature qui vient de finir, on l’a fait avec une seule femme.

Deux sur soixante-dix-sept, ce n’est pas à applaudir ?
Non, ce n’est pas suffisant. Ce n’est pas à applaudir mais c’est déjà un progrès. Telle que, nous autres, au niveau de l’ANCB on a travaillé, si au niveau des autres plateformes de réseaux de femmes elles travaillent autant, la société civile travaille autant, je crois que ce score sera amélioré les années à venir.

Et comment est-ce qu’elles-mêmes devraient travailler ?
Elles doivent travailler de sorte qu’elles doivent pouvoir s’affirmer. Je vous raconte : j’étais à une réunion, une communication était passée et on devait recueillir les intervenants. Mais tous ceux qui s’étaient inscrits n’étaient que des hommes alors que l’activité était une activité essentiellement orientée vers les femmes et, Mme la ministre de la Décentralisation qui était à côté de moi était un peu surprise de ne pas voir les femmes réagir et, un autre, je crois un préfet, c’est le préfet intérimaire de l’Atlantique qui me dit, monsieur le président, ça commence déjà par là. Donc, c’est ça. Madame, prenez-vous, vous-même en charge, nous on est prêt à vous accompagner, le réseau des femmes travaille intimement avec l’ANCB. Beaucoup de réunions se tiennent au siège de l’ANCB, beaucoup de rapports sont rédigés à l’ANCB, nous les appuyons dans la mesure de nos possibilités mais nous pensons que deux, ce n’est pas encore le score. Nous devons travailler, travailler pour  que ce score soit amélioré les années à venir.

Avec le déclin des FCBE aux législatives et aux communales, vous pensez que réellement les FCBE vont garder le pouvoir en 2016 ?
Il faut voir les choses autrement. Les élections législatives sont une bataille, ce n’est pas encore la guerre. Non, c’est un aspect et c’est pourquoi j’ai dit que c’est une bataille. Mais, que d’ici à 2016, qu’il y ait une recomposition de la classe politique, de manière à repositionner les FCBE au-devant de la scène politique, il n’y a qu’un pas. Donc, on ne doit pas tirer leçon des échecs des FCBE aux législatives et conclure qu’elles ne pourront pas garder le pouvoir en 2016.

Vos impressions, pour conclure ces échanges

Je dirai pour conclure que la rubrique ’’Sous l’arbre à palabre’’ puisse prospérer, avoir une longue vie puisqu’elle permet de faire un tour d’horizon de l’ensemble des préoccupations qui concernent l’actualité et aujourd’hui l’occasion a été donnée aux communes béninoises, à travers ma modeste personne, de pouvoir nous entretenir sur la décentralisation dans son ensemble, ses acquis et ses difficultés, les fonctions du maire, les atouts et les difficultés. Je dirai que si cette rubrique n’était pas créer, il fallait la créer. Je profite pour vous remercier, tous ceux qui ont participé à cet entretien. J’avais au départ très peur parce que je me suis retrouvé tout seul contre tous, mais j’ai découvert que c’était dans la fraternité. Même si certaines questions ont chatouillé, tout s’est bien très bien passé. Encore une fois merci, je souhaite beaucoup de professionnalisme à chacun d’entre vous et des opportunités beaucoup plus radieuses et qu’à la prochaine invitation, l’émission puisse se dérouler dans un cadre un peu plus attrayant.

Carte d’identité: Un passage douloureux
On est en 2002. Les premières élections communales de l’ère démocratique viennent de se dérouler. Contre toute attente, Soulé Allagbé est élu conseiller communal de son Tourou natal, alors même qu’il souffrait sur un lit d’hôpital à Tanguiéta. Quelques semaines auparavant, il avait fait un grave accident. Mais au moment où les candidatures sont lancées pour les élections, les sages et les notables de Tourou, arrondissement de la ville de Parakou, se rendent en délégation à son chevet pour lui demander d’être candidat. « Non !», répond Soulé Allagbé, agent municipal depuis 1992 à la mairie de Parakou. « Ils sont partis, ils sont revenus, dit-il. J’ai dû alors indiquer là où on pouvait trouver mes actes de naissance et tout le reste et c’est ainsi que mon dossier de candidature a été déposé ». Elu haut les mains sur la liste du FARD Alafia, l’homme venait de loin. C’est en 1958 que cet homme affable a vu le jour à Tourou. Le CEP et le BEPC puis le Bac série littéraire, il les décroche à Parakou avant de partir à Abomey-Calavi pour des études de droit. On était en 1979. En 1987, il soutient une maîtrise de droit mais reste bloqué à la porte de la fonction publique. On était en 1986, année où les recrutements dans l’administration publique béninoise ont été gelés du fait de la crise économique. Recruté finalement par la mairie de Parakou, Soulé Allagbé parvient ensuite à décrocher une bourse de formation pour le Centre africain  d’études supérieures en  gestion (CESAG) à Dakar. Son DESS en poche, il part en stage à la mairie d’Orléans, en France. Et c’est nanti de tous ces parchemins que l’homme doit désormais prendre les rênes de la mairie de Parakou à la suite d’événements tout à fait imprévisibles. Car, à la suite de l’assassinat du juge Coovi, le maire Rachidi Gbadamassi a été déféré à la prison civile de Natitingou en 2005. Samou Adambi le remplace mais est élu député en 2007. Et c’est sans même y penser que Soulé Allagbé est devenu maire intérimaire puis maire tout court à la suite des élections de 2008. De cette expérience, il tire la leçon que l’homme est très compliqué, surtout lorsqu’il est en politique. «  Je me suis dit que j’étais en formation. Et tout ce que j’ai appris dans ce circuit-là, il n’y a aucune université au monde, aussi célèbre, soit-elle, qui pourrait me l’enseigner », constate-il aujourd’hui.    Il fait l’expérience de la méchanceté humaine, des coups bas qui pleuvent, surtout lorsque ses amis politiques complotent pour le destituer, sous de fausses accusations de détournement. Le chantier du port sec de Parakou venait de démarrer et les propriétaires terriens de la zone devaient être dédommagés à hauteur de 50 millions F Cfa. Ses propres amis conseillers communaux avec qui il a voyagé sur Cotonou  dans la même voiture l’accusent d’avoir détourné ces fonds, devant le chef de l’Etat. Ils menacent devant Boni Yayi de le destituer. Il a fallu que le comité des propriétaires terriens mis en place monte au créneau pour démonter toute cette orchestration, preuves à l’appui. « Point par point, ils ont fait la lumière sur le dossier et c’était une honte totale », se rappelle l’ancien maire. Lorsqu’on lui demande si cette expérience municipale a été difficile pour lui, il répond sans ambages : « Ça a été douloureux pour mes enfants, pour mon épouse et pour moi-même. Les absences répétées au foyer. Tu n’es jamais là. Quand tu reviens d’une mission à Cotonou, tu déposes le sac, le lendemain, on te réinvite. Et tu dois répondre », confie-t-il. Président de l’Association nationale des communes du Bénin, il est aussi  vice-président du Conseil des collectivités territoriales de l’UEMOA. Des responsabilités que Soulé Allagbé  quittera bientôt pour redevenir simple agent municipal dans une ville de Parakou pour laquelle il nourrit encore beaucoup d’ambitions.

Intimité: Amateur de boxe
Marié à une seule femme, Soulé Allagbé est père de deux filles et d’un garçon. L’aînée, 22 ans, est étudiante et le dernier, 15 ans passe en classe de première. Invitez l’ancien maire de Parakou à table, et il aimera particulièrement l’igname pilé.  Comme  boisson, un Youki lui va à merveille. « En termes de sport,  j’aime particulièrement la boxe mais je ne la pratique pas », dit-il avant de remercier infiniment son épouse dont la présence et la fermeté lui ont permis d’éduquer ses enfants, alors même qu’il est constamment absent du foyer.

La rédaction




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