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Edito: De qui se moquent-ils ?


En scrutant les points de discorde du dialogue politique, un constat saute aux yeux : les deux camps jouent à ne pas s’entendre.
Il y a d’abord l’opposition. Parmi les préalables qu’elle a posés au prétendu dialogue, il y a le point fantaisiste relatif au retrait du projet de loi portant révision de la constitution. A l’heure actuelle, c’est une erreur politique de l’opposition de ne pas se saisir de la mauvaise passe dans laquelle se trouve le gouvernement aujourd’hui pour empêcher définitivement (en tout cas jusqu’en 2016), les rêves de Yayi. Car, il est clair que le chef de l’Etat a tranquillement perdu sa majorité au parlement. La naissance de l’alliance Soleil, celle à venir de l’alliance Caméléon ainsi que la fronde de ménage de la RB tendent vers ce résultat. Le plus curieux de tous ces mécontentements reste celui du parti des Soglo qui fait entendre le tambour d’une certaine opposition tout en continuant à siéger au Gouvernement au nom d’un accord de gouvernement dont elle est seule à connaître les tenants et les aboutissants.
Non seulement, le chef de l’Etat a perdu sa majorité, mais il ne pourra jamais réunir les 4/5 nécessaires à l’adoption du texte révisé. Le régime Yayi est en pleine déconfiture. Ce ne sont pas les marches prépayées à 20 millions pièce qui le sauveront de cette ruine inexorable qui s’abat sur tout pouvoir érigé sur la duplicité et la concussion. La guerre de positionnement qui aggrave les fragilités du camp présidentiel, devrait signifier qu’il n’y aura plus l’harmonie suprême que requiert toute révision. Mieux, les soutiens les plus tapageurs du camp présidentiel sont en rupture de ban : Djibril Débourou, Sacca Lafia ou encore un certain Mathurin Nago. Il fallait que l’opposition en tire toutes les conséquences politiques en laissant le Gouvernement amener son texte pour mieux l’achever. Le préalable inutile du retrait du texte de la révision montre qu’il y a une bonne part d’aigreur mal contenue voire d’aveuglement du côté de l’opposition.
Ensuite chez la mouvance présidentielle, une volonté affichée d’être goguenard. Les conclusions des FCBE au lendemain de l’échec du dialogue sont volontairement stupides. J’entends encore la voix du coordonnateur Eugène Azatassou qui faisait croire qu’il était sérieux : « En définitive, l’UN et ses alliés dans leur démarche, veulent rendre notre pays ingouvernable, ce que l’Alliance Forces Cauris pour un Bénin Emergent (FCBE) n’acceptera jamais ». Pourquoi ? Parce que la Plateforme et ses alliés ont exigé l’accès équitable de tous aux organes publics d’information ? Parce qu’ils ont demandé que le président de la République ne préside pas les travaux ? Ou parce qu’ils ont demandé le retrait du projet de loi moribond portant révision de la constitution ? C’est à croire que les FCBE sont les seuls à ne pas voir que la confiscation outrancière de la télévision nationale et la subornation volontaire de ses journalistes ne constituent pas des menaces futures sur le chef de l’Etat lui-même. Les FCBE font semblant de croire que l’arbitraire qu’ils ont instauré à l’ORTB les épargnera lorsque Yayi quittera le fauteuil présidentiel. Il faut attendre de voir le jour où Eugène Azatassou ou Chabi Sika ou encore André Okounlola seront frappés par une injustice. Ils n’auront alors aucun recours parce que la loi du bâillonnement qu’ils utilisent aujourd’hui à leur profit, a toujours ses effets retors.
A vrai dire, tout ce monde tremble trop devant le chef de l’Etat pour oser accepter aujourd’hui un compromis politique, quel qu’il soit. Avec la guerre des positionnements qui fait rage aujourd’hui au sein de la mouvance, du fait de l’approche des élections, chacun reste sur ses gardes pour ne pas mécontenter le chef. Il soupçonne tout le monde d’en vouloir à son fauteuil et pique une colère d’enfer dès qu’une petite virgule de ses pouvoirs lui est enlevée. Je crois même qu’en réalité, les FCBE jouent aux imbéciles pour voir ce que fera Boni Yayi. S’il les encourage, ils vont persévérer dans la bêtise mais s’il leur demande de baisser les armes, ils auront alors la conscience tranquille pour le fameux dialogue. Qui est fou ?
Dans l’opposition comme dans la mouvance, chacun a découvert que l’entente en soi sera dangereuse pour les prochaines joutes électorales. C’est pourquoi, un parti comme la RB s’est rendu compte qu’il a besoin aujourd’hui de jouer la trompette de l’opposition pour conserver son électorat de Cotonou largement anti-Yayi. Nous sommes en fin de compte dans les faux semblants parfaitement adaptés à un jeu politique où les idées sont mortes. Et où prospère joyeusement la duperie.

Par Olivier ALLOCHEME

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