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Le triomphe de la vérité

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Echanges « Sous l’Arbre à Palabres » avec Amanda Ellis, envoyée spéciale du Premier ministre néo-zélandais et ambassadeur à Genève au siège de l’événement précis : « La Nouvelle Zélande et le Bénin partagent leur savoir-faire agricole avec les PMA »


Amada Illus nouvelle Zélandaise81ème invitée de la rubrique «Sous l’Arbre à Palabres » de votre journal, Madame Amanda Ellis, envoyée spéciale du Premier ministre de la Nouvelle-Zélande, a pris une part active à la récente conférence des Pays les moins avancés (PMA) organisée à Cotonou. Elle y est venue accompagnée d’experts en agriculture partager les grandes performances de l’agriculture néo-zélandaise. Dans ses échanges avec les journalistes de « L’Evénement Précis », Madame Ellis a aussi soutenu la nécessité de promouvoir la gente féminine, condition essentielle à la croissance et au développement, un combat qu’elle mène pour ses sœurs néo-zélandaises et dans d’autres pays depuis de longues années.

Et si on en parlait

Madame Amanda Ellis, vous avez pris part récemment à la conférence ministérielle de Cotonou sur les Pays les moins avancés. Quelles impressions en avez-vous gardé ?

J’ai participé à la conférence des PMA à Cotonou en tant qu’envoyé spécial du Premier ministre de la Nouvelle-Zélande. J’étais ravie de venir partager les connaissances de la Nouvelle-Zélande en matière agricole au cours d’une session parallèle avec le Bénin, le PNUD et la CCI. Chez nous, en Nouvelle-Zélande, un pays classé comme développé, c’est l’agriculture qui est la base de notre développement. Nous sommes toujours à la recherche de moyens pour accroître notre productivité. A Cotonou, nous avons eu la chance de découvrir, avec le professeur Goldson et M. Sellars qui sont des universitaires et scientifiques néo-zélandais, une expérience agricole inédite ; je veux citer le centre Songhaï. Le professeur Goldson représente la communauté scientifique et académique en Nouvelle-Zélande. M. Sellars représente le secteur privé (il travaille pour une coopérative agricole, Livestock Improvement Corporation, en Nouvelle-Zélande).

Quelles impressions aviez-vous eu après la visite du centre Songhaï ?
Nous étions très impressionnés. L’approche intégrée, respectueuse de l’environnement, avec notamment l’énergie renouvelable est pertinente pour tous les pays. C’est avec enthousiasme que toutes les personnalités qui étaient avec nous ont vécu ces moments de visite. Le Professeur Goldson estime que ce qu’a créé le Bénin est vraiment exceptionnel et qu’il est très important que ce centre serve de modèle pour les pays africains visant une croissance inclusive, verte et écologique. A l’occasion de la conférence de Cotonou sur les PMA, nous nous sommes entretenus avec des experts sur l’agriculture de plusieurs zones dont la RDC, le Tchad, le Cameroun, le Burkina Faso, le Congo Brazzaville et le Niger. Plusieurs experts ont fait part de leur intérêt pour le centre Songhaï et leur désir d’introduire ce modèle chez eux.

Quels sont les atouts de la Nouvelle-Zélande en matière agricole ?
La Nouvelle-Zélande est un pays dont le développement est essentiellement basé sur l’agriculture. 72% de nos exportations sont des exportations agricoles. Nous exportons 90 à 95% de toute notre production agricole. Notre modèle de coopérative a pour but une croissance inclusive où l’agriculteur est actionnaire, responsable de la façon dont la coopérative est gérée et donc bénéficiaire des profits générés. Avec l’Agenda post-2015, la communauté internationale cherche vraiment des solutions pour combattre la pauvreté et nous y parviendrons avec des suggestions de croissance inclusive. En cela, le centre Songhaï est un excellent exemple.

Vous venez de parler d’un partenariat avec le Bénin dans le cadre du développement agricole. Que contient-il ?
On a travaillé étroitement avec le Bénin, le PNUD et le CCI pour préparer l’événement agricole parallèle à la conférence de Cotonou. Le partenariat avec le Bénin est plutôt un partenariat d’échange de connaissances, d’expertises par l’intermédiaire du PNUD et de la CCI ensuite pour donner des idées de développement aux PMA. La Nouvelle Zélande en tant que petit pays, n’est pas un bailleur de fonds bilatéral important en Afrique. Notre contribution passe par le biais des organisations internationales comme le PNUD ainsi que la Banque mondiale, la CCI, la SFI, etc.

En quoi le modèle néo-zélandais peut-il capter l’attention du Bénin ?
C’est un modèle qui privilégie l’agriculteur. Comme nous venons de le voir à Songhaï et comme le confirment le professeur Goldson et M. Sellars, expert en génétique et en bétail, les deux pays se basent sur les recherches scientifiques: l’agriculture repose sur cette base scientifique. Par exemple, en Nouvelle Zélande, on fait des recherches pour améliorer le bétail. M. Sellars a montré qu’en 5 ans, la Nouvelle-Zélande a pu gagner 42 millions de dollars de plus grâce aux progrès de la génétique qui a fait augmenter la productivité des vaches laitières. Le professeur poursuit aussi des recherches sur les herbes résistantes à la sécheresse. C’est donc l’alliance de la science et des structures d’organisation qui nous permet en Nouvelle-Zélande d’avoir une économie dynamique fondée sur l’agriculture. Il faut souligner aussi l’importance de la formation. En Nouvelle-Zélande, la plupart des agriculteurs ont une licence en science avant de devenir agriculteur. Il y a aussi le marketing et l’accès au marché. Ce qui est important, c’est de respecter la réglementation phytosanitaire, de comprendre les règles du jeu et de se forger une image de marque.
Le professeur ajoute qu’en Nouvelle-Zélande, vu la prépondérance de l’agriculture et du bétail, on essaie de travailler de façon scientifique sur les changements climatiques. Par exemple, les émissions de gaz carbonique du bétail sont nuisibles aux changements climatiques. Nous travaillons sur ce sujet avec des pays d’Afrique et d’Amérique du Sud également. Les recherches en Nouvelle-Zélande sur la réduction des émissions des animaux sont vraiment quelque chose que la Nouvelle-Zélande met au service de la communauté des chercheurs.

Dites-nous, Mme l’ambassadrice, combien gagne à peu près un fermier néo-zélandais?
M. Sellars qui représente les coopératives laitières avance le chiffre de 937 000 dollars par agriculteur pour une ferme moyenne d’environ 420 vaches laitières. Ce chiffre représente un revenu annuel brut avant impôts. En raison de la spécialisation en Nouvelle Zélande, une ferme de 420 vaches n’a que trois ouvriers. Le professeur Goldson soutient ce modèle et précise qu’il y a déjà des étudiants du Nigéria qui font des études en Nouvelle Zélande. Il est en effet possible de suivre d’abord une formation en anglais avant de faire une maîtrise ou un doctorat. L’université où enseigne le professeur Goldson est justement en train d’étudier cette possibilité puisque nous estimons très important d’avoir des échanges entre les pays africains et la Nouvelle Zélande.

Quel est le sort réservé aux petits producteurs dans cette atmosphère empreinte de concurrence ?
Ce qui est important, c’est ce qu’on a vu ici au centre Songhaï. Cette coopérative facilite la croissance inclusive, ce qui veut dire que le petit fermier en étant membre de cette structure coopérative arrive à mieux bénéficier des recherches en commun, de la technologie, des machines, par exemple, et puis des structures de marketing. C’est pour cette raison qu’en Nouvelle Zélande, nous trouvons que cette stratégie des coopératives fonctionne très bien. Songhaï est une bonne structure, très prometteuse pour l’Afrique.

L’utilisation des engrais chimiques et biochimique n’a-t-elle pas d’impact sur l’agriculture néo-zélandaise ?
On utilise les deux formes, mais nous veillons à ne pas exagérer, car trop les utiliser peut être nuisible. M. Sellars dit que, de plus en plus, les fermes font usage du fumier de vache pour fertiliser les sols. Nous avons vu les mêmes techniques utilisées au centre Songhaï. Dans ces conditions, on a beaucoup moins besoin des engrais chimiques avec lesquels il faut faire très attention car ils peuvent nuire à environnement.

Comment les femmes participent-elles au développement de la Nouvelle Zélande ?
1/3 des agriculteurs en Nouvelle Zélande sont des femmes. Il existe des associations de femmes agricultrices, des réseaux de femmes agricultrices en matière de production laitière et ces réseaux sont très importants car ils organisent des conférences au cours desquelles on échange des connaissances, des idées, des techniques. Il faut préciser que la Nouvelle-Zélande est le premier pays au monde où la femme a obtenu le droit de vote. C’était en 1892.
En ce qui concerne les animaux, M. Sellars, généticien, explique qu’on choisit les meilleurs pour la procréation, pratiquant ainsi une sélection naturelle. Avec ses connaissances en génétique, il est arrivé à augmenter la productivité de certains animaux de façon considérable. En revanche, il n’est pas permis de pratiquer des modifications génétiques sur les vaches laitières. On privilégie une sélection génétique non modifiée. C’est seulement dans les laboratoires que les experts et les scientifiques étudient les différentes modifications.

La Nouvelle-Zélande est candidate pour être membre du Conseil de sécurité de l’ONU. Que peut attendre un pays comme le Bénin de votre élection ?
C’est vrai, la Nouvelle-Zélande prépare depuis longtemps sa candidature pour un siège non-permanant au Conseil de Sécurité des Nations Unies. Elle a siégé la dernière fois il y a 21 ans au moment du génocide du Rwanda. La Nouvelle Zélande était alors à la présidence et avait fait preuve de courage et d’une politique étrangère indépendante. Je pense qu’il est toujours essentiel de regarder le bilan d’un pays qui se présente à un poste important comme celui-là. La Nouvelle Zélande apprend et écoute les pays africains sur les questions africaines avec un esprit ouvert et un respect des pays indépendamment de leurs tailles ou de leurs allégeances. 66% du travail du Conseil de sécurité de l’ONU est en Afrique. Il est donc crucial d’entretenir des relations avec les ambassadeurs africains afin de mieux comprendre les perspectives africaines sur les questions de sécurité. Comme les pays africains, la Nouvelle Zélande croit qu’on devrait utiliser plus chapitre 6 que chapitre 7 puisque chapitre 6 met en valeur des méthodes paisibles pour résoudre les conflits comme la négociation et la médiation. Il vaut, en effet, mieux prévenir que guérir. Nous prônons la prévention des conflits et avons conscience de la corrélation entre développement et sécurité.

Quelle appréciation faites-vous de l’organisation globale de la conférence des PMA à Cotonou ?
La Nouvelle Zélande est ravie d’être reçue si chaleureusement par le Bénin. J’étais également à la tête de la délégation de la Nouvelle Zélande à Istanbul en Turquie à la Conférence ministérielle des PMA en 2011. Et c’est avec le plus grand plaisir que j’ai été reçue par l’ambassadeur du Bénin à New York pour travailler ensemble à mettre notre partenariat en place pour la conférence. J’ai aussi retrouvé mon homologue de Genève ici à Cotonou. L’accueil était tellement chaleureux ! J’ai été très marquée par le dîner présidentiel avec les danses extraordinaires et les performances culturelles du Bénin ainsi que par les excellents mets locaux. Je considère que nos échanges pendant la conférence de Cotonou ont été très fructueux. Pour moi, le Bénin joue un rôle très important pour l’avenir en parlant de l’agenda Post 2015.

C’est quoi déjà le contenu de cet agenda ?
Oh ! C’est un vaste sujet. Cet agenda comporte toutes les questions sur lesquelles il faut travailler pour l’émergence des PMA. Pour résumer, il s’agit du prochain agenda de développement qui succèdera aux objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) à leur échéance en 2015. Il s’appuiera sur les leçons tirées du travail effectué pour réaliser les OMD et consiste actuellement en une proposition contenant 17 objectifs prenant en compte les aspects économiques, sociaux et environnementaux afin d’améliorer la vie des personnes et protéger la planète pour les générations futures.

Madame l’ambassadrice, votre pays est multiracial. Comment vous êtes parvenus à intégrer cette cohérence à vos programmes de développement pour être au niveau où vous êtes actuellement ?
Excellente question. La Nouvelle Zélande est fondée sur un traité (le Traité de Waitangi signé en 1840 par les chefs Maori et le représentant de la reine) qui incarne le partenariat entre le peuple autochtone, le peuple Maori et le peuple qui est arrivé au XIXe siècle, ceux qu’on appelle Pakeha en langue maori, un peuple de descendance européenne. Ce partenariat entre le Maori et le Pakeha est le fondement de notre nation. Et comme vous l’avez dit, nous sommes maintenant un pays multiracial et multiculturel. Nous avons 120 langues parlées en Nouvelle Zélande dont trois langues officielles : l’anglais, le Maori et la langue des signes, le langage des sourds. Donc, c’est vraiment très varié. Il existe aussi des modèles de développement spécifiquement maori comme, par exemple, le système traditionnel de propriété foncière collective. Notre programme de développement en Nouvelle Zélande s’inspire des deux modèles. Le développement est très spécifique à chaque pays. Un peu comme l’a fait le Bénin, la Nouvelle Zélande s’est nourrie de différents modèles de croissance. Mais il est toujours important d’ancrer dans la tradition les pratiques locales pour que cela marche bien. Il faut prendre en considération les particularités de chaque pays pour déterminer le modèle de développement qui convient.

Carte d’identité:Un parcours atypique

Elle est née dans l’île du Sud de la Nouvelle-Zélande en novembre 1962, précisément dans une petite ville de 100 000 personnes appelée Dunedin, ville universitaire mais entourée d’activités agricoles. « Je passais mes vacances avec des amis qui vivaient dans des fermes. Et je montais à cheval pour regrouper les moutons et aussi couper leur queue », se rappelle Amanda Ellis, nostalgique. Elle a également fait ses études universitaires à Dunedin et les poursuivra dans une université située dans les Îles Hawaï.  C’est là qu’elle rencontrera son mari. Amanda Ellis a travaillé entre autres à l’OCDE à Paris comme économiste pendant deux ans avant d’être nommée Consul dans les territoires français de la Nouvelle-Calédonie et la Polynésie française (Tahiti). C’est là qu’elle a commencé à travailler véritablement sur les questions de développement. Vietnam, Laos, Cambodge entre autres sont les pays qui ont par la suite bénéficié de ses compétences. « C’est depuis ce moment que j’ai vraiment compris que de très petites choses peuvent amener de grands changements », se rappelle-t-elle, indiquant, par exemple, qu’avec un prêt de 20 dollars, une femme entrepreneur au Vietnam a réussi à transformer tout un village avec l’élevage des vers à soie. « J’étais définitivement convaincue de la contribution de la femme au développement », avoue la diplomate auteur de deux livres sur la femme dans les affaires, devenu des best-sellers. En Australie, elle fut la première personnalité à avoir monté une première unité dans le secteur privé pour le développement (à la Westpac Banking Corporation) et a ensuite fait la même chose à la Banque mondiale où elle gérait aussi le Conseil des PDG du secteur privé pour le président de la Banque mondiale. Nommée envoyée spéciale du Premier ministre auprès de l’Afrique francophone et aussi ambassadeur auprès des Nations Unies à Genève depuis un an, elle dit être fière d’œuvrer davantage pour le rayonnement des pays les moins avancés.

Intimité très sobre !

Elle est à l’image des grandes personnalités féminines qui ne s’attachent pas uniquement à leur apparence pour s’affirmer en société mais le font plutôt par le travail. Amanda Ellis parle d’ailleurs très peu d’elle-même quand on tente de pénétrer dans son intimité. Un joli garçon de 11 ans, un mari avocat, un couple tranquille. Elle n’en dit pas plus, même si elle avoue adorer la cuisine africaine dont elle raffole une fois à table. Elle est également très sportive, nageuse et prof de Yoga à ses heures perdues.

La Rédaction

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