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Le triomphe de la vérité

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Yèto KANDJI, Roi d’Agonlin sous « L’Arbre à Palabres »: « Les administrations locales ne peuvent plus se passer des Rois du Bénin »


La rubrique phare de votre journal, « Sous l’Arbre à Palabres » a reçu comme 79ème invité, sa majesté Yèto KANDJI, 5ème Roi d’Agonlin. Le  climat actuel au sein des royautés béninoises,  l’état des lieux des activités  que mène  le Haut Conseil des Rois du Bénin dont il assure le poste de secrétaire général, ses  appréhensions sur la gestion du pouvoir par le président Boni YAYI, son « grand ami »,  sont entre autres sur lequel il a réagi  sans faire la langue de bois. Il a longuement insisté sur la nécessité d’une collaboration réelle et fructueuse entre les chefferies et royautés du Bénin et les administrations locale.  La polémique autour des  millions qu’aurait offerts récemment le richissime homme d’affaires Samuel Dossou  aux Rois du Bénin, le droit de grève des magistrats,  l’éventualité d’un troisième mandat pour Yayi,  étaient également au menu des échanges entre le prestigieux invité et les journalistes de « L’Evènement Précis » doublement honorés par la présence remarquable  de la reine Sessimè, une espagnole.

Et si on en parlait

Avant toute chose, quelles sont vos premières impressions ?

Je suis très content d’être avec vous ce matin. Ici, c’est ma maison. Vous savez que monsieur Agognon, votre directeur est mon fils et l’Evènement Précis est un journal digne de ce nom que nous aimons beaucoup. C’est pourquoi chaque fois que nous avons des manifestations, des fêtes à célébrer dans notre royaume, on vous fait appel. Je suis très content d’être parmi vous. Aujourd’hui, la royauté béninoise se porte très bien. Nous sommes là d’abord pour œuvrer pour la paix et le développement de notre cher pays le Bénin. Les gens nous appellent souvent pour nous dire que nous sommes des rois et de ne pas se mêler de politique. Le roi effectivement ne doit pas faire la politique mais à des moments donnés, il faut réagir. Car, nous ne voulons, en aucun cas, laisser nos fils et nos cadres se battre. Le Président de la République qui est là aujourd’hui a été élu par les rois. Il n’est pas là sans nous. C’est pourquoi nous devons agir s’il y a des divergences politiques.

Comment se porte aujourd’hui  le royaume d’Agonlin?

Majesté Yèto Kandji : Le royaume d’Agonlin se porte très bien. Il y a la paix, la cohésion entre les filles et fils de la région Agonlin.

 

Après 20 ans de règne, quel bilan faites-vous ?

Il y a eu beaucoup de choses lors de la célébration de l’anniversaire des vingt ans d’intronisation. Nous avons, dans un premier temps, procédé à la réhabilitation de notre palais qui nous a coûté près de deux cent million (200 000 000) de francs Cfa et grâce au soutien de nos partenaires, surtout de la reine Sessimè, nous avons érigé et inauguré la statue du roi Yèto qui est le fondateur du royaume d’Agonlin. La reine Sessimè nous a envoyé de l’argent pour soutenir les enfants orphelins de Zagnanado. Toujours dans ce sillage, elle envisage, avec nous, la construction d’un orphelinat à Zagnanado. C’est pour vous dire que tout est en bonne voie. Nous avons été invités,  il y  a quelques temps, par le ministre espagnol chargé des relations, le ministre Comina qui aime beaucoup la tradition,  et qui a d’ailleurs été intronisé  dans notre palais. Cette invitation nous a permis de rencontrer beaucoup de personnalités espagnoles, des maires, des honorables députés et autres. Il devait même y avoir un jumelage entre la mairie de Zagnanado et celle de Bayolas en Espagne. Bientôt, ce sera une réalité. Voilà quelques actions menées après la célébration des vingt ans d’intronisation. Mais, au-delà de tout ceci, il y a eu également la célébration de la fête de Mahi Ouindo qui consacre l’union des filles et fils Mahi qui a été célébrée dans ma commune, Zagnanado. A l’issue des cérémonies, j’ai été élu président du conseil de tous les roi Mahi.

 

 

Quelles relations avez-vous avec les autorités communales de votre royaume ?

Vous savez qu’aujourd’hui, il n’est pas permis à tout le monde de parler de politique puisque si  vous ne savez pas  faire, vous allez avoir des problèmes. La politique est très différente de la tradition. Mais la royauté a toujours sa place dans la gestion du pays. Aujourd’hui, les mairies fonctionnent sans les rois alors que dans les pays qui nous entourent, tels que le Ghana, le Togo, le Nigéria, les maires fonctionnent avec les chefferies  traditionnelles. Mais au Bénin, c’est le contraire. Le maire s’oppose à  des décisions que prend le roi. On lui a dit qu’à Agonlin, la tradition est bien structurée. On a un agrément, tous les documents administratifs et par conséquent, nous sommes habiletés à agir dans le sens qui est le nôtre. Aujourd’hui, il y a la paix, le maire a compris que le roi est incontournable dans son royaume et tout marche bien actuellement. Mais si le maire,  veut effectivement le développement de sa localité et supprimer le roi, ça ne peut pas marcher. Le roi a des relations qu’il peut mettre au profit de l’administration locale. Donc, le maire a intérêt à collaborer avec lui pour le développement de la commune. Mais, aujourd’hui, c’est le contraire. Si le roi n’est pas du même bord politique que le maire, c’est qu’il est ignoré.  Voilà un peu ce qui se passe entre la mairie et la chefferie, où le maire invite un chef de collectivité et lui dit bon va-y, dis que tu es roi. Il le dit et par surcroit, le maire commence par financer ce dignitaire. Il est protégé par le maire et il pense qu’il est fort mais c’est faux.

Que fait le Haut Conseil des rois du Bénin dont vous êtes l’organisateur en chef ?

Le haut conseil des rois est une association que nous avons créée. Au prime abord, il y avait le Conseil national des rois du Bénin, que vous connaissez, puis après, il y a eu un petit problème entre nous. Un petit problème de leadership et le roi d’Allada avait claqué la porte. Mais, nous autres, sommes restés avec les rois du nord.  A la fin, ils ont créé une structure qu’on appelle le conseil supérieur des souverains. Ce qui fait qu’on avait deux structures. Mais, le Conseil national des rois du Bénin est enregistré officiellement au Ministère de l’Intérieur et toutes les invitations officielles sont envoyées au Conseil national des rois du Bénin. Il y a plusieurs mois, le président Boni Yayi a décidé de nous aider à aller en congrès afin de juguler cette crise et c’est le ministre Alexandre Hountondji en charge des relations avec les institutions qui avait géré ce dossier. Personnellement, j’ai décidé de faire régner la paix en notre sein. C’est  ainsi que je suis allé voir les rois d’Allada et de Kika pour leur faire comprendre que c’est l’union qui fait la force. Le roi d’Allada me disait que j’étais très jeune mais de leur proposer quelque chose.  Je suis aussi  allé voir le roi Agoli Agbo d’Abomey et d’autres rois pour qu’on arrête un schéma d’union. Le roi Agoli Agbo m’a salué et a essayé  de m’accompagner pour fusionner les deux structures. Ainsi, on est allé au nord avec le roi d’Allada et autres pour calmer la situation. Aprsè, on a instruit tous les rois pour un point à leur base. Donc, on a parlé aux différentes bases qui sont d’accord et on a décidé d’aller au congrès. C’est là, qu’on a choisi l’hôtel Azalaï de Cotonou. Il faut préciser que ce n’est pas le gouvernement qui nous finance. A ce congrès, on avait invité le roi Sifi Ziyé de la Côte d’Ivoire qui était venu en tant que grand roi d’Afrique. C’est lui qui nous a d’ailleurs négocié l’hôtel. Celui qui était le directeur de l’hôtel est un fils de la Côte d’ivoire.  Au lieu de payer 2.000.000 fcfa, on a  déboursé la moitié. Il faut noter que le roi de Savalou n’était pas du cercle, mais on l’a quand même invité avant de nous rendre compte que ce n’était pas opportun. On a regretté de l’avoir fait. Il est venu monter certains rois qui ont commencé par crier qu’on a eu de l’argent. Il est resté à faire du bruit. Mais à la fin, on a arrêté le congrès pour reculer afin de mieux sauter. C’est ce qui a fait qu’on a, après quelques mois, choisi la ville historique de Parakou pour aller adopter le règlement intérieur et les statuts des rois du Bénin.  En son temps, on a invité les rois qui devaient venir sur fonds propres et devront comprendre qu’il n’y a pas de perdiem à prendre en retour. C’est là que chaque roi devra montrer sa puissance et son autonomie à gérer son palais et à se gérer lui-même. Ce n’est paps qu’on voulait écarter certains. Donc, cela a été mon apport pour ramener l’union.

Le Conseil national des rois du Bénin  existe-il toujours ?

Le Conseil national des rois du Bénin existe de même que le conseil des souverains. Sinon, la plus grande structureest le conseil national des rois du Bénin.

D’où était venu le bruit qui a agité le congrès constitutif du Haut conseil des rois du Bénin ?

C’est entre le roi de Savalou et le roi d’Abidjan. Le guide libyen avait un projet sur l’Afrique consistant à faire les Etats Unis d’Afrique. Il avait tenté à plusieurs reprises, mais ça n’avait pas pris. Les gens lui ont conseillé d’impliquer les rois d’Afrique. Sinon, Kadhafi préparait son affaire avant de venir  au Bénin. C’est à son arrivée au Bénin qu’il a cherché à savoir la structure des rois la plus représentative. C’est de là qu’on lui a  conseillé le Conseil national des rois du Bénin. En ce moment, le roi de Savalou était nouvellement intronisé et avait la protection de ce conseil. En son temps, il avait invité le roi Bazou du Cameroun quand les gens lui ont dit de contacter le conseil avant toute action sans quoi, il n’ira pas loin dans ce projet. Il a été me voir et j’ai discuté avec le roi de Kika. Et c’est  finalement le Conseil national des rois du Bénin qui a pris les devants de l’organisation de l’arrivée du roi. On était donc tous à l’aéroport. Le roi de Savalou était dans le Conseil national des rois du Bénin si bien que pour la fête du 15 août, c’est moi, en tant qu’organisateur qui mobilisait les rois. C’est dans cette ferveur que le guide libyen était aussi venu au Bénin. On était donc tous à l’ambassade où le guide nous a reçus. Il nous a même félicités pour  nos accoutrements et  notre organisation et nous a invités à Tripoli. Donc, c’est le conseil qui a organisé ce voyage et celui qui a suivi. Le roi Gbaguidi m’a remis son passeport et on était en contact (il était encore en fonction en ce moment) pour organiser cela. Ce qui s’était passé était que le roi Ziyé était déjà avec le guide en tant que secrétaire permanent du forum des rois d’Afrique. Quand nous sommes allés là-bas, j’ai constaté que mon frère Gbaguidi a commencé par envier le poste du secrétaire permanent du forum. Et depuis Tripoli, cela a commencé par aller mal. On lui a dit de se calmer car, on venait d’intégrer le système. Ce qui a entrainé des divisions entre rois d’Afrique. On est revenu et l’année qui a suivi, on y était. Mais cette fois-ci, les choses ont pris de l’ampleur. Un jour,  depuis nos chambres, on a constaté à la télévision libyenne que notre frère s’est converti. Tenez-vous tranquille, ce sont les motards qui l’ont conduit à l’hôtel. Tout le monde était étonné. Moi, je sais que je ne peux jamais accepter cela car la tradition est autre chose. Après un dîner, chaque délégation allait saluer le guide. Le roi d’Allada était  en 3ème position et moi en 5ème.  A notre grande surprise, le roi Gbaguidi a posé son chapeau sur la tête du guide. Il a ensuite remis sa canne  au guide. Et comme le guide aimait les gens  qui se décidaient à se convertir, cela a été un acte capital pour lui. Convertir un roi est un événement.  Si vous le faites, vous devenez ainsi son ami et si vous voulez de l’argent, il vous en donne. C’est ce que le Roi Tossoh Gbaguidi XIII a fait pour devenir l’ami de Kadhafi. Nous  n’étions pas d’accord avec le  roi de Savalou. C’est ainsi qu’il a commencé par envoyer des courriers au guide libyen pour lui signifier qu’il a une Fondation et a commencé par demander des financements. Lors de notre troisième voyage, il a demandé à ce que cinq rois dont moi-même ne soient pas dans la délégation.  Mais l’ambassadeur lui a rappelé  que c’est depuis la Présidence qu’il a reçu les instructions concernant ceux  qui devraient prendre part à ce voyage. Il lui a expliqué que mon passeport ainsi que ceux des quatre autres rois sont déjà là. C’est de là qu’il m’a appelé pour signifier que nous devrions voyager et m’a demandé de lui envoyer mon passeport. Je lui ai répondu que je l’ai déjà envoyé à l’ambassadeur. C’est ainsi qu’on est allé en Libye. Arrivés là-bas, la chose a pris  encore une autre tournure. Je dois rappeler qu’en ce moment, le gouvernement était en train de préparer notre forum. On s’est dit que le ministre chargé des relations avec les institutions n’était pas habilité à  organiser ce forum et qu’il revenait aux rois de le faire eux-mêmes. C’est ainsi que nous avons écrit au président de la République pour lui dire que le Conseil national des Rois du Bénin doit participer à ce forum. En réponse à notre lettre, le Président de la République a donné des instructions pour que le directeur de cabinet du ministre chargé des relations avec les institutions  nous reçoive. On était environ neuf rois. Il nous a fait comprendre que nous devrions faire ce que nous réclamions. Cela supposera qu’on n’aime pas le chef de l’Etat et nous a demandé de revoir notre position. Nous lui avions dit qu’on aurait appris que le gouvernement avait débloqué vingt-cinq millions pour l’organisation du forum et que personne ne nous dit rien et qu’on n’est même pas associé à quoi que ce soit. Il nous a dit qu’il nous comprend et va revoir les choses. C’est ainsi que nous nous sommes retournés pour prendre part bêtement au forum que le Ministère organisait pour nous. En ce temps, il y avait le Conseil national des rois du Bénin et le Conseil des Souverains du Bénin comme institutions de la royauté. Chacune de ces institutions avait envoyé  une délégation de sept membres au forum. J’étais dans l’une des délégations. Mais là-bas, on a constaté que sans qu’on n’ait clôturé les travaux,  on nous a demandé de les amener au Ministère. Et c’est au Ministère là-bas que le bureau du  Comité de suivi desdites résolutions et recommandations a été mis sur pied. Moi, en son temps, j’ai déclaré  devant le directeur du cabinet que ce que le ministre chargé des relations avec les institutions fait  n’est pas bon. C’est ainsi qu’il a donné des instructions pour qu’on m’écarte du Comité de suivi. Mais bien avant cela, entre le roi Sifi Ziyé et le roi Tossoh, le courant ne passait plus bien. Car, à l’époque où nous organisions le forum des rois d’Afrique, le roi Tossoh voulait prendre le poste du secrétaire général permanent. Il nous a même demandé de le soutenir contre le Roi Sifi Ziyé. Mais nous lui avions fait comprendre qu’il aurait dû le faire quand nous étions encore dans notre pays. Nous lui avions clairement fait comprendre que le roi Ziyé était mieux placé  que lui pour gérer ce poste. Et quand il est revenu, il nous a dit qu’il est devenu indépendant. Ce qui veut dire qu’il n’est plus dans le Conseil des rois du Bénin. Il a donc commencé par mener ses actions seul. C’est alors que le roi Sifi Ziyé a commencé par travailler avec nous au Bénin. Il m’a rendu visite dans mon Palais à Agonlin et nous l’avons reçu en grandes pompes. Quelques jours après, le roi Tossoh m’a demandé de le laisser tomber. Je lui ai répondu ceci : « Majesté, quand vous étiez ensemble avant, est-ce que tu m’as dit qu’il est faux ?  Je suis donc libre de faire ce que je veux ». C’est  ce qui a fait qu’entre moi et le roi Tossoh, le courant ne passe plus correctement.

 

Les raisons du spectacle observé lors du congrès constitutif du Haut conseil des rois du Bénin

Quand  on a voulu organiser le congrès constitutif du Haut conseil des rois du Bénin, on était resté en contact avec le roi Ziyé. Et on avait une vision en collaborant avec lui parce que quand Kadhafi avait rendu l’âme, le roi Ziyé avait commencé par chercher des partenaires pour que le forum des rois d’Afrique ait lieu. Il est allé en Guinée équatoriale pour poser le problème au Président équato-guinéen qui l’a adopté et même donné son accord pour que le forum soit organisé dans son pays. Parallèlement à ça, le roi Tossoh avait déjà envoyé un courrier au gouvernement pour lui dire que tous les rois sont d’accord pour que le forum des rois d’Afrique soit organisé au Bénin et plus précisément à Savalou. En son temps, nous ne l’avions pas suivi dans cette démarche. Aucun grand roi du Bénin  ni d’ailleurs n’a pris part à ce forum qu’il  a effectivement organisé. Il s’était précipité à faire ce forum parce que, nous autres, on était en pleins préparatifs de l’organisation du Haut conseil des rois du Bénin. L’information étant relayée sur Internet,  il  s’est dit que c’est  pour nous aider que le roi Ziyé était venu  nous rendre visite au Bénin. Son intention était donc de casser notre projet à tout prix. Mais, il n’était pas sûr que Ziyé allait venir à notre congrès. Il l’a même personnellement appelé pour lui intimer l’ordre de ne pas venir au risque de se faire arrêter. Mais avant ça, il lui a envoyé une lettre à travers laquelle il l’a clairement menacé. Nous en avons copie. Mais nous avons rassuré le roi Ziyé que rien ne se passera s’il vient à notre congrès étant donné que le Bénin appartient à nous tous. Effectivement, le roi Ziyé est venu à notre congrès comme convenu et j’étais allé l’accueillir à l’aéroport. Je dois dire qu’en réalité, c’est à cause du roi de Kika qui est un sage  qu’on a invité le roi Tossoh. Il nous en a fait la demande et nous l’avons effectivement invité à ce congrès. Et quand l’incident dont vous parlez a commencé par se produire, on a fait savoir au roi de Kika que nous avions regretté de faire ce qu’il nous a demandé. En réalité, quand il est venu, il s’était préparé pour affronter le roi Ziyé. C’était la raison principale de cet incident. Ce n’est pas du tout parce que les rois n’étaient pas d’accord pour la création du Haut conseil des rois du Bénin. C’était donc un problème entre Sifi Ziyé et le roi Tossoh.

 

Vous aviez promis ramener la paix au sein de tous les rois mahi qui ne s’entendaient pas lorsque vous avez été élu président des rois Mahi au début de l’année 2014. Où en êtes-vous actuellement étant donné qu’on remarque à travers  vos explications que vos relations avec le roi Tossoh continuent d’être tumultueuses ?

Depuis que j’ai été élu président du Conseil des rois mahi, comme vous venez de le dire, j’ai prêté serment que je dois tout faire pour unir les fils et filles mahi. Le roi Tossoh devrait arriver à Agonlin. Mais comme le courant ne passait pas bien entre nous, il a envoyé seulement quelques quatre dignitaires qui sont venus assister aux manifestations marquant mes vingt ans de règne. Mais après ça, le roi Tossoh est venu me voir dans mon Palais il y a environ deux mois. On avait beaucoup parlé. Mes dignitaires en étaient témoins. J’ai senti dans ses propos qu’il veut qu’on soit ensemble. Mais, lorsqu’on a fini de parler, je lui ai dit que je vais rendre compte aux autres rois. Effectivement, je suis allé voir le roi de Kika. Quand je lui ai dit que le roi Tossoh était venu me voir, il en était étonné. J’en ai parlé également au roi d’Allada. Mais, je dois dire que, bien avant notre rencontre, il a  créé une autre structure. C’était au Palais des Congrès de Cotonou. Il s’agit de la Haute autorité des rois du Bénin. Il l’a fait justement parce qu’il n’est pas dans le Haut Conseil des rois du Bénin. Son intention reste toujours de casser cette structure que nous avons créée. Mais cela ne passera pas parce que nous devons rester ensemble. Aujourd’hui, tous les grands rois, du Nord au Sud sont avec nous, sauf lui. De toute façon, moi, en tant qu’organisateur de notre structure, je suis en train de faire un travail de fourmi pour le roi Tossoh revienne au sein du Haut Conseil des rois du Bénin. Je suis en train d’œuvrer pour ça. Mais j’ai appris encore qu’il est allé au Ministère de l’Intérieur pour négocier la signature du ministre afin d’obtenir l’agrément  du Président de la République. Heureusement que le ministre a refusé, selon les informations que nous avons eues en lui disant que nous devons rester ensemble. Et je pense que ce dossier est déjà rangé dans les tiroirs. J’ai également appris qu’il entreprend de créer la Grande Chambre Royale. Et il paraît qu’ils ont même fait appel à des gens influents comme Bio Bigou, le professeur Félix Iroko pour influencer le ministre chargé des relations avec les institutions. J’ai appris que  la mise en place de cette nouvelle structure se prépare activement au Ministère chargé des relations avec les institutions. Et ça, non plus, ne peut pas aller parce que tous les rois sont déjà réunis dans une seule structure que nous appelons Haut conseil des rois du Bénin. Le roi Tossoh doit donc revenir au bercail. Et nous sommes en train d’œuvrer pour ça parce que c’est ensemble qu’on sera fort.

 

Malgré le serment que vous avez prêté pour unir les fils et filles d’Agonlin, des personnalités de votre royaume  continuent de s’entredéchirer. Qu’en dites-vous ?

Effectivement, aujourd’hui, ça ne va pas au niveau des cadres d’Agonlin. Politiquement, je veux dire. Comme vous le savez, aujourd’hui, dans la région, tout le monde veut être leader. Vous savez que le  ministre Lambert Kotti, lorsqu’il était encore en poste, les week-ends, arrivait au village. On discutait et on réfléchissait sur nos problèmes. On était là quand on a appris qu’il y a eu remaniement ministériel. On enlève donc le ministre Lambert Kotti pour placer son jeune frère Aké Natondé. Ça, même si vous êtes des frères ‘’même père et même mère’’, cela doit vous faire mal. Cette situation a amené beaucoup de divisions dans la région. Etant donné que le ministre Kotti a ses partisans ainsi que le ministre Aké. Dans ces conditions, comment voulez-vous qu’il y ait la paix dans la région Agonlin. Si moi j’étais à la place du chef de l’Etat, je ne devrais pas faire ce qu’il a fait. Je peux nommer Aké dans un autre Ministère.

J’ai tenté plusieurs fois de les unir, mais en vain. Appelez aujourd’hui Janvier Yahouédéou, Dadjo Marius, Gandaho Pascal. Ils te diront non si tel doit être là, moi  je ne viendrai pas et ainsi de suite. La dernière fois, l’honorable Valentin Somassè  a organisé une fête pour l’an un de sa libération. On s’est battu et il a été libéré. Il est venu me voir et a dit : « Majesté, je voudrais remercier la population   d’Agonlin parce qu’en son temps, j’ai vu à la télé qu’on a marché, des banderoles en mains pour moi. Maintenant, je vais les remercier mais sous ton parrainage.  Comme c’est toute la région, on invite tout le monde. Que ce soient les chefs traditionnels, les cadres, l’administration locale des trois communes, sans exception ». Nous avons fait des démarches, on a invité les cadres et tout le monde. Mais, ils n’étaient pas là. Yahouédéhou Janvier était là et lui, on constate qu’il a la volonté et il veut que les fils  de la région s’entendent. Gandaho Pascal, c’est devant moi que Somassè l’a appelé, il est venu à Agonlin ce week end-là mais n’a pas mis pieds sur les lieux de la manifestation. Comment voulez-vous que sa majesté gouverne dans ces conditions. On m’a donné le pouvoir. Je suis tête couronnée et quand j’appelle un fils en réalité, quel qu’il soit, il doit répondre. Il doit se rendre au palais automatiquement répondre à l’appel de son roi. Mais, ce  n’est pas le cas et tous les fils ne sont pas comme ça non plus. Il y a des fils qui sont nés à l’extérieur et qui ont grandi là-bas. Ils ne connaissent pas les principes de leur tradition et par conséquent, quand le roi les appelle, ils peuvent dire mon roi, je n’ai pas le temps ainsi de suite. Là on peut comprendre.   Mais pour ceux qui sont nés au pays et qui connaissent les principes de la royauté, le roi ne peut pas appeler un prince qui va traîner les pas !

En  2013, vous avez été élu président du Haut Conseil des rois  mahi. Vous  aviez placé votre mandat sous le signe de la réconciliation entre les rois qui ne s’entendaient pas. Avez-vous pu relever ce défi ?

Relever le défi, je dirai oui mais nous avons encore du temps et bientôt je serai à Savalou  pour voir le roi Tossoh Gbaguidi afin que nous échangions sur un certain  nombre de petits problèmes. Au niveau de la région Agonlin, le problème ne se pose pas. Agonlin est un et indivisible. Agonlin, c’est trois communes. Il y a Zagnanado, la commune mère, il y a Covè et puis Ouinhi. C’est au temps de la révolution que le ministre Azonyiho a donné l’autonomie à Covè et Ouinhi si non, les deux communes étaient sous Zagnanado. Donc, Agonlin est un et demeurera un. Nous, nous avons été intronisé le 24 février 1993. En son temps, il y avait le père de dah Zéhè   à Covè. Il était membre du conseil national des rois du Bénin quand moi j’étais trésorier dans ce conseil. On travaillait ensemble surtout pour les cérémonies de purification dans la région. Mais juste après sa mort, les choses ont commencé. Lui-même était Dah Agounli. C’est au moment où le président Kérékou devait briguer son second mandat, en période électorale. On était là et on nous informe qu’on veut introniser le roi de Covè. Nous, on n’était pas au pays mais nous avons donné les instructions au sages, aux dignitaires et autres de participer aux cérémonies. Moi, j’étais là-bas quand on m’a appelé pour me dire que sur les cartes d’invitation, ils ont mis roi d’Agonlin. J’ai dit mais si c’est ça, il ne faut pas participer à l’intronisation. Donc, c’est comme ça, petit à petit, qu’on a commencé par entendre roi d’Agonlin, Zéhè roi d’Agonlin. Mais je vais vous le dire, il ne représente rien dans les associations, même sur le plan national, personne ne le connait. Ce problème nous a amené devant les tribunaux et le juge s’est déclaré incompétent. Il revient au Conseil des rois de trancher.

Donc effectivement, on a fait ce procès. Il a fait appel, cela n’a pas marché. Aujourd’hui, nous  avons des critères. Après le forum, on a envoyé certaines lois à l’Assemblée nationale. On ne se lève pas un jour pour dire qu’on est roi. Tu dois suivre certains rituels. Est-ce que ton papa était roi ? Est-ce que ton grand-père était roi ? Tout cela se trouve sur la table des députés depuis bientôt trois ans. Et ils ne veulent pas voter parce que ce sont eux qui ont fabriqué ces rois –là, à cause de leurs intérêts. Si aujourd’hui, on vote cette loi, je pense que tous ces rois vont tomber. Ils seront à terre.  On était allé rencontrer le président de l’Assemblée nationale. Cela fait déjà quatre ou cinq mois. Et il nous disait que cela fait pitié. « Les députés, je ne vais pas vous mentir, ils ne veulent pas voter  cette loi.  Il y a des roitelets qui se promènent partout  même à moto et qui disent qu’ils sont roi tant… roi tant ».

Donc, c’est l’Assemblée nationale qui vous bloque ?

Oui, c’est l’Assemblée nationale.

Quel message vous avez à l’endroit des députés ?

Ce que moi, je pense, c’est que, ce sont  nos enfants.  Ils sont élus par les rois. Bientôt, ils vont quitter. Ils vont finir leur mandat. On ne peut pas aller les supplier. On leur a envoyé une loi qui se trouve  sur leur table depuis trois  ans, et ils nous bloquent. C’est eux qui nous bloquent.

Mais vous n’avez jamais parlé de ça ?

Ecoutez ! La fois dernière, on était allé à Abomey. Il y a Dah Agbalènon qui organisait quelque chose. Il a invité  l’honorable Malèhossou qui était là. Mais j’ai pris la parole et j’ai parlé de ça. Lui, il dit, ‘’Majestés, je ne suis pas au courant’’.  Maintenant que tu es au courant, fais-nous quelque chose. Mais depuis ce jour, bientôt un an, rien n’est  fait.

Mais vous n’avez pas marché contre lui ?

Ecoutez ! Est-ce que les rois vont marcher. On peut dire à nos enfants de marcher. Mais pas nous.

On revient au Haut conseil des rois du Bénin. Concrètement, que fait cette instance ?

Le Haut conseil est créé, d’abord, pour assainir le milieu de la chefferie béninoise. Vous savez, aujourd’hui, il y a beaucoup de rois, et, si ce haut conseil a été créé, c’est pour sortir les vrais rois du Bénin, pour aider  également l’administration. La fois dernière, vous avez vu les syndicalistes et la présidence. On a été reçu par le chef  de l’Etat et nous lui avons donné des conseils. Mais on est allé également voir nos enfants syndicalistes. On leur a parlé aussi. Mais la paix est revenue aujourd’hui. Donc, les objectifs du haut conseil, c’est d’aider également le gouvernement, de faire d’une manière pour que chaque royaume se développe. Nous avons certains villages où il n’y a pas de l’eau à boire. Nous sommes en train de prendre des contacts avec nos partenaires, nos amis qui sont à l’étranger pour qu’on puisse faire de forages dans nos royaumes afin que nos enfants boivent  de l’eau. Le haut conseil a été créé pour le développement.

Qu’est-ce que vous dites au sujet de tout ce qui se passe autour de la répartition du fonds que l’Etat vous donne chaque année ?

Le comité de suivi, en son temps a été créé pour aider les historiens. Quand  nous avons fini le forum, on a  choisi certains historiens  pour voir les royaumes puissants. Mais eux seuls ne peuvent pas faire le travail. Sans nous  les rois, ils vont mal faire. Donc, dans ce cadre, nous avons mis  un comité de suivi  sur pieds. Quand le gouvernement a commencé par nous subventionner, automatiquement, ce comité de suivi a décidé de gérer les fonds. On a décidé  de répartir un million de francs FCA par commune.  Vous savez, il y a des choses qu’on ne peut pas dire. Normalement, si ces fonds sont pour les rois, nous avons une structure,  on nous remet la totalité. On entend à la télévision, cent millions. Quand on partage, des rois  prennent vingt mille francs CFA. C’est vrai. A cause de ces fonds, il y a beaucoup de rois. Un chef traditionnel se lève et il est roi parce qu’au moins, il va trouver vingt mille ou cinquante mille francs.

Vous savez, aujourd’hui, on ne peut pas dire à Agoli-Agbo de quitter Abomey pour venir prendre 1 million à Cotonou pour son royaume. Ecoutez, si le gouvernement nous considère, il peut aller dans les archives sélectionner les grands rois. Et puis le roi est dans son palais et le gouvernement lui envoie son enveloppe.

Comment se passe la répartition ?

Vous savez, les 1 millions, quand ça vient, ce n’est pas le roi seul qui bouffe. C’est pourquoi je dis qu’il y a des rois qui prennent 20 mille, 50 mille. C’est une division. Quand on annonce à la télé que les 100 millions sont là, vous allez voir du monde dans votre palais. Et comme ça, vous commencez à partager. Si quelqu’un ne trouve pas, il s’énerve contre vous et il vous maudit. Que Dieu nous aide hein. Il y a des rois aujourd’hui qui ne trouvent pas à manger. Je ne peux pas vous mentir.

Sa majesté, il y a des rois qui marchent ? Qui sont-ils ?

Ecoutez, c’est une surprise pour moi d’apprendre que les rois ont marché.

Nous avons assisté à la marche du roi Agoli Agbo au moins…

Dans quelle condition ? Il faut me dire un peu pour que je sache.

Pour le développement de sa commune par exemple….

Vous savez, un roi est un être humain. Le roi n’est pas différent. C’est la tradition qui donne le poids au roi, à sa majesté. Donc, nous faisons également des erreurs. Ce qui s’est passé avec le roi Agoli Agbo, nous l’avons appelé après au sein du conseil, et nous lui avons demandé de ne plus continuer  parce que ce n’est pas bien.

Ça veut dire que sa majesté Yèto Kandji ne marchera jamais ?

Jamais.

Pourquoi ?

Mais écoutez, moi, j’avais refusé d’être intronisé. Un jour ma mère est allée à Agonlin pour les cérémonies après le décès de mon père et elle a été bloquée là-bas. Et on lui disait, si ton fils ne vient pas, les cérémonies de sortie ne finiront pas. Elle a donc fait trois ans dans le palais.  Et cela m’a fait mal. Alors un beau jour, je me suis présenté. C’est là qu’on lui a fait les cérémonies et elle a été libérée. C’est comme ça qu’on m’a intronisé. Mon papa m’avait dit,  en son temps, majesté, il faut accepter voiture, femme, tout, et qu’il allait s’occuper de tout. Alors, après sa mort, je me demandais qui allait me donner tout ce qu’il m’avait promis.  Mais quand je suis resté au couvent pendant trois mois,  des rois sont venus me dire ce que je devais faire et ce que je ne devais pas faire. C’est après cela que je suis sorti. Et automatiquement, je suis allé voir le roi Adétutu à Kétou. Il m’a reçu et m’a donné des conseils. Après, je suis allé à Djougou, à Kouandé, à Savè où j’ai rencontré tous les rois. Je ne suis pas un  petit dans la royauté au Bénin. Je suis resté avec tous ces grands. On a travaillé ensemble au sein du conseil national des rois du Bénin. C’est le roi Adétutu qui était le président du conseil. Quand j’étais au couvent, il y a des moments où je ne trouvais pas à manger parce qu’il y avait des princes qui étaient là et qui cherchaient le trône. Alors, ils envoyaient des missiles. Et celui qui devrait venir vous donner de l’argent pour manger ne vient pas. Vous êtes là et vous souffrez. Et si vous résistez à cela pendant cinq ans, vous devenez un vrai roi. Donc, depuis, je ne manque plus de rien. Vous pouvez visiter mon palais. Mon palais, sans fausse modestie n’est pas comparable à d’autres palais au Bénin. Vous pouvez venir voir. Mais écoutez, quand Jean Gounongbé était venu,  il a dit Tossoh n’a qu’à venir à Agonlin pour voir ce qu’on appelle palais. Si j’ai la reine Sessimè, qui est une espagnole, c’est parce que les ancêtres et Dieu ont déjà tracé tout. Mais, aujourd’hui, moi je ne souffre de rien. Si c’est l’argent, j’appelle mon amour et je lui dis envoie de l’argent et elle en envoie.

C’est vrai ?

Mais oui. Elle va envoyer. Elle ne peut pas me laisser comme ça. Pour les cérémonies de mes 20 ans sur le trône, je sais combien elle a mis dedans. C’est des millions. Agoli Agbo me connait. Kpoédégbé aussi. Je ne suis pas le plus petit parmi eux, mais vraiment, je suis important. Ce n’est pas que je suis en train de me glorifier. Je veux juste dire qu’on ne peut pas organiser ici au Bénin quelque chose qui concerne la tradition sans moi, Yèto Kandji. Je respecte d’abord le roi d’Allada. Il est plus âgé que moi. Ce n’est pas parce que nous sommes tous rois et qu’il y a un problème que je vais l’insulter. Non ! Moi je les respecte tous. Et j’ai leur bénédiction. Aujourd’hui, tous ces rois m’écoutent. Kika, Agoli Agbo, Kpodégbé, jusqu’au nord. Quand nous disons c’est ça, c’est vraiment ça. Quand nous avons des réunions, avant que les rois du nord ne se déplacent, il faut que je donne le top parce qu’ils ont vu en moi que je dis la vérité. Je respecte, je ne suis pas dans n’importe quoi.

On dit que vous avez été approché par l’homme d’affaire Samuel Dossou. Qu’en dites-vous?

 

Bon, vous savez, quand vous ne maîtrisez  pas quelque chose, il faut vous taire au risque de dire n’importe quoi sur les ondes ou dans la presse. Le Haut Conseil  des rois a été créé pour la promotion de la paix et pour le développement. Nous sommes là également pour soutenir nos enfants qui seront marginalisés. Vous savez, quand il y a un problème, l’enfant doit courir voir le roi pour l’en informer, pour lui demander peut-être sa protection. Quand un enfant fait cela, on va le sauver. En ce qui concerne ce dossier, d’abord le Haut conseil des rois  avait fixé une rencontre extraordinaire. C’était en cours quand la princesse, l’honorable Prudencio, est allée voir le roi d’Allada qui est le président du Haut Conseil des rois du Bénin avec son mari, Monsieur  Samuel Dossou pour aller se plaindre. Au cours de notre réunion extraordinaire, nous avons étudié le dossier et rendu publique une décision. Après notre sortie médiatique, le chef de l’Etat nous a appelés afin que nous puissions l’écouter aussi. Au cours de l’audience qu’il nous a accordée, il nous a fait part de beaucoup de choses sur le dossier. Nous avons alors décidé de jouer à l’apaisement et de rencontrer à nouveau notre fils Samuel Dossou afin qu’il nous éclaire davantage. Notre but étant de faire en sorte que la paix revienne dans le pays.

 

 

 

 

 

Que dites-vous d’un éventuel  3ème mandat pour le chef de l’Etat?

Bon, vous savez, le président de la République, c’est un ami. Même pour le voir, je ne passe pas par un ministre. Je l’appelle et il me reçoit. J’ai des relations personnelles avec lui. Même quand je suis à l’étranger, je l’appelle et on discute. Si les gens le soutiennent pour un troisième mandat, c’est qu’ils ont vu que si on le laisse partir comme ça,  on aura des problèmes. On n’a pas eu de l’argent chez le président Yayi Boni avant de faire des déclarations devant la presse. On l’a soutenu avec le cœur. Aujourd’hui, les gens constatent qu’il ne veut pas partir. Le pouvoir, c’est le pouvoir. Je vois que nous devrions plutôt prier pour lui pour que tout aille bien. 3ème mandat ? Bon, nous avons une constitution. Et notre constitution dit tout. Je pense que, pour la paix, il ne faut pas forcer les choses. Et le pouvoir c’est Dieu qui le donne. S’il  va briguer un troisième mandat, c’est Dieu et les mânes de nos ancêtres qui vont décider de çà. Aujourd’hui, je ne peux pas rester ici pour dire que Yayi Boni ne va pas accéder à un troisième mandat. Mais, il faut qu’on aille doucement. Et vous avez vu tout ce qui s’est passé au cours du dernier mandat du président Kérékou. Ecoutez, le président m’avait reçu pour un tête-à-tête. On a beaucoup parlé. Il m’a dit qu’il va partir. Lui, il ne veut pas la guerre.  Même à la maison, il refuse à ses enfants de tuer les mouches. Lui, il veut la paix dans son pays. Ce que  je vois c’est que, c’est la politique. Nous sommes là pour prier qu’il y ait la paix et pour que tout aille bien. Je dis et je répète, le pouvoir c’est Dieu qui le donne. Dieu l’a aidé. Il a fait un mandat et en a eu un autre qui est en cours. On espère qu’il le finira en paix. A Abidjan, Gbagbo pouvait laisser le pouvoir tranquillement et se reposer. Il peut revenir encore, qui sait ? Il est aimé par les Ivoiriens. Mais quand on dit laisse, et qu’on veut s’efforcer  parce qu’il y a des gens qui vous poussent à rester, on finit par se retrouver quelque part où ces incitateurs ne se retrouvent pas souvent. Donc, moi je pense que si, aujourd’hui, la population béninoise décide que Yayi Boni est en train de travailler et qu’elle ne veut pas qu’il parte sans finir ce qu’il a entamé, il peut faire un 3ème mandat. Mais, écoutez, il peut partir et revenir. De là, on verra la différence. Mais nous, nous allons essayer de lui parler pour qu’il n’y ait pas de débordement.

 

 

C’est pour vous dire que c’est Dieu et les mânes de nos ancêtres qui décident. Yayi peut dire ‘’moi je vais briguer un troisième mandat’’. S’il le dit et que le tout puissant et les mânes de nos ancêtres n’acceptent pas, il y aura la guerre et nous ne voulons pas la guerre dans notre pays. Donc, dans ce sens, quand ça va arriver et il va tenter de faire quelque chose…, nous les rois, aujourd’hui sans vous mentir, tous les rois sont fâchés contre Yayi Boni.

Aah !

Mais oui !

Donc le roi est contre ?

Comment vous pouvez dire ça ? Il est mon ami d’accord. Mais écoutez, je dis aujourd’hui du Nord au Sud, les mânes de nos ancêtres  ne sont pas contents  de lui.

Jusqu’à vous ?

Mais oui.

Qu’est-ce qui a amené ça ?

Ecoutez le roi d’Ifè était venu à la présidence et il disait au président, mais écoutez, Excellence, pourquoi vous laissez vos rois comme ça, en train de souffrir ? Et il lui a dit si vous voulez rester longtemps au pouvoir, mettez vos rois à l’aise. Il lui a dit ça. Aujourd’hui nous, on a des problèmes.

Il ne vous met pas à l’aise ?

Avec les cent millions-là ? On n’a pas notre place au sein du gouvernement. Lors des cérémonies officielles, on ne reconnaît pas la chefferie traditionnelle.

Mais vous   êtes souvent invités ?

Mais vous êtes invité… tu viens, tu es debout. Tu veux t’asseoir, on dit non. On nous balance des choses et après on nous dit allez-vous asseoir. On ne nous respecte pas. C’est quand il y a les élections qu’on nous considère. Et là, on se couche par terre. Mais normalement après les élections il faut passer encore. Mais le président, c’est mon ami. Il était venu dans mon palais pour recevoir les bénédictions. Il était couché par terre. Mais aujourd’hui, il vient à Agonlin sans même penser venir me saluer dans mon palais. C’est ça, donc on n’est pas considéré. C’est quand il y a un problème brûlant qu’on nous considère.  Les majestés vont régler ça. Effectivement nous avons ce poids. Ecoutez, nous on n’a pas peur. Mais, ce n’est pas le moment de réagir. Vous voyez donc, on n’a pas peur. Mais le jour viendra et  on va réagir. Notre réaction, fera  trembler du Nord au Sud. Donc ce n’est pas le moment. On demande au Dieu Tout puissant et aux mânes de nos ancêtres de nous prêter une longue vie pour qu’on puisse voir comment les choses vont se passer en 2016.

Vous  êtes dans le peuple. Le Béninois vit-il décemment ?

Effectivement, ça ne va pas parce que, partout où tu passes, c’est la misère. C’est la vérité, ça ne va pas. Donc si le gouvernement peut revoir la situation avant la fin de son mandat, ce serait bien.

Et par rapport à la grève des magistrats ?

Vous savez  que les magistrats ne sont pas contents. Et quand tu n’es pas content de quelqu’un, il faut tout faire pour le déstabiliser.

Que pensez-vous de leur marche alors ?

Si le gouvernement est en train de refuser ça, c’est parce qu’il a compris que si on laissait les magistrats faire la grève et se constituer en association, c’est qu’ils vont commencer par agir comme les syndicalistes. Si tout allait bien, il n’y aurait pas ça.

A Agonlin qu’est devenue l’Avenue Cardinal Bernardin Gantin ?

Vous savez tout est politique. Les gens viennent vous parler et si possible, appellent même Dieu. Mais quand ils vous quittent  et s’en vont, vous êtes totalement oubliés ainsi que les projets. Ils ont leurs objectifs dans leur tête.

Donc ce projet aussi a été abandonné ?

C’est abandonné ! J’ai dit en son temps que je vais réagir. Mais aujourd’hui quand tu passes ce sont des herbes un peu partout. On les attend au carrefour.

Qui êtes-vous ?

Je suis le roi d’Agonlin Sa Majesté Yêtokandji. J’ai été à l’école. Mais mon niveau d’instruction n’est pas élevé. J’ai arrêté l’école en classe de CM2.

Mais on a l’impression d’écouter quelqu’un qui a fait l’université ?

Merci. Je n’ai pas pu avoir mon Certificat d’études primaires. J’avais commencé le Cours d’initiation à Lokossa dans les années 80.

Qu’est-ce qui vous a finalement amené à la royauté ?

Mon grand­-père – c’était lui le roi Azonssi Togni Agonlinhossou. Mon père était le prince aîné. J’étais au CM2 quand j’ai commencé par tomber malade et je marchais difficilement. C’est alors que l’oracle  a révélé que je devrais être roi. Ma maman a commencé par crier disant que c’est faux. Mon père, lui, me disait qu’il allait m’amener au village pour les rituels. Donc, on m’a amené dans une brousse où on m’a fait les cérémonies. Et lorsque je suis revenu, il n’y a plus de maladie. Donc, soudainement, on apprend la mort de mon grand-père. Dans mon enfance, quand il venait nous voir, j’étais souvent le premier à l’aborder. Ainsi il me demandait des services. Je pouvais aller en brousse lui chercher les feuilles parce qu’il était un guérisseur. Donc après sa mort, j’ai fait sept avant d’être intronisé. J’ai deux grands frères qui ne sont plus de ce monde.

 

Carte d’identité

Roi par contrainte

Depuis 20 années déjà, le roi Yèto Kandji  règne  sur le  trône de ses ancêtres à Agonlin. Mais cette mission traditionnelle, il n’en voulait pas du tout. Jeune à l’époque où il vivait avec ses amis à Ouidah, une ville historique située dans le département de l’Atlantique, il voyait trop contraignant de tout abandonner pour venir être intronisé sur un trône qui exigeait moult sacrifices. Et pourtant, parmi ses deux frères ainés qui ont déjà rendu le tablier de la vie, c’est bien lui que l’oracle a désigné après les consultations effectuées. Mais sa résistance ne durera pas trop longtemps. Après la mort de son père, en effet, sa mère sera bloquée après les funérailles à Agonlin. Son retour à Ouidah est désormais subordonné à l’intronisation de son fils désigné par l’oracle pour assumer l’héritage ancestral. « Après le décès de  mon père, on est allé à Agonlin faire les funérailles. Mais après,  les sages ont bloqué  ma  maman au village. Son retour à Ouidah était donc conditionné à mon intronisation. Après plusieurs réflexions, vu les souffrances qu’endure ma mère, j’ai dû abdiquer. Je suis allé me donner et c’est de là qu’ils ont programmé mon intronisation », s’en souvient-il encore comme si c’était hier. C’était le 24 février 1993. Désormais intronisé, le roi Yèto Kandji va parcourir tous les  grands couvents pour prendre conseil de ses aînés à l’instar du roi Kpodégbé d’Allada, intronisé deux années plus tôt. Même s’il se souvient encore de ses premières années de galère dans cette fonction ancestrale, le roi Yèto Kandji  ne  nie plus tirer profit de la chose. « D’abord, le roi est respecté. Dans une communauté, c’est lui qui coiffe tout. Cette position qu’il occupe fait que les gens le respectent quelle qu’en soit leur catégorie socioprofessionnelle. Mieux,  avant d’aller saluer un roi, on lui  amène quelque chose. Cela  peut être de l’argent ou des boissons. Il y a aussi  des étrangers qui viennent saluer le roi par amour, ils peuvent venir vous témoigner de leur affection et vous donner 1 million en partant par exemple », a-t-il avoué. Mais ce n’est pas tout. Outre le côté matériel, une puissance naturelle protège le roi de toute tentative occulte. Et il en témoigne : « Si tu es un vrai roi et tu sors la nuit, tu es protégé. Les ancêtres sont partout où on est, ils sont avec nous et c’est eux qui nous encadrent. S’il  y a un incident devant, ta voiture peut avoir une crevaison. Ce qui te  permettra de rester là pour quelques heures avant de trouver  une solution à ton problème pour continuer ton chemin. Arrivé là bas, tu vas  remarquer qu’il y a eu des morts, un accident ou un camion qui s’est renversé sur une voiture. S’il n’y avait pas eu cet arrêt, c’est toi qui allais en être victime. Donc, c’est les ancêtres qui nous protègent », a-t-il révélé.

Intimité

Roi, mais encore amoureux

A 42 ans révolus, le roi Yèto Kandji d’Agonlin a  fait la  rencontre de   sa troisième épouse, il y a seulement trois ans. La nouvelle reine est une Espagnole. Et  est rebaptisée  Sessimè pour ainsi prendre les couleurs africaines. Comme si c’était encore hier, il parle sans détour de sa rencontre avec sa nouvelle amoureuse. «En fait, j’avais voyagé avec mes deux reines en Espagne en 2011  pour une manifestation. J’y  étais  reçu comme un Président.  C’était formidable. Au terme de la fête, on  a commencé par échanger et c’est comme ça qu’on a  invité celle qui est devenue aujourd’hui la reine Sessimè. Elle est venue au Bénin, au palais et après, on a demandé aux ancêtres si elle peut être notre reine. Avec les consultations, les ancêtres ont accepté. Elle avait peur ce jour-là. D’abord elle a été intronisée princesse, après elle a subi les cérémonies de la reine pour devenir reine Sessimè. Ça fait trois ans qu’on est ensemble. Elle était à nos côtés lors de la fête de Mahi Hwendo. Donc, aujourd’hui, j’ai trois reines », a-t-il confié. Danseur, frimeur dans sa tendre jeunesse, le roi Yèto Kandji, de par ses nouvelles charges a dû changer sa manière de vivre. Il n’a pratiquement plus de divertissement. « Depuis ma jeunesse, je dansais, j’allais en boite. Aujourd’hui, le roi ne danse plus », a-t-il avoué sans regretter son passé de « show gars ».

La Rédaction

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