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Le triomphe de la vérité

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Echanges « Sous l’Arbre à Palabres » avec la Directrice exécutive de l’ITC au siège de l’événement précis : Arancha Gonzalez invite les PMA à faire de l’agriculture une priorité


80ème invitée « Sous l’arbre à palabre », Arancha Gonzalez, la Directrice exécutive du Centre du commerce international (CCI), venue au Bénin dans le cadre de la Conférence ministérielle sur les nouveaux partenariats pour le renforcement des capacités productives des Pays les Moins Avancés, s’est fait le plaisir de venir discuter avec l’équipe du journal ‘’L’événement précis’’. Passant outre les réserves diplomatiques liées à ses fonctions, elle s’est voulue pragmatique et directe. Se conformant à l’exigence de vérité que confère la tradition africaine dans les réunions sous l’arbre à palabre, elle a, avec une précision et une éloquence, hors pair, satisfait aux curiosités des journalistes, toujours enclins à vouloir extirper des tripes de leurs hôtes, les vérités les plus difficiles à révéler. Au cœur des échanges à bâtons rompus, il était question des missions et du fonctionnement du Centre du commerce international, de l’organisation du Forum Mondial pour le Développement des exportations à Kigali, la collaboration entre le CIC et le monde commercial béninois, le rôle des échanges commerciaux dans le développement, l’importance de l’Agriculture et de l’agro-industrie dans le commerce international. Plusieurs autres aspects ont été aussi abordés. Un comeback sur son parcours…Un détour dans sa vie privée…bref, un véritable cocktail d’informations à déguster.

Et si on en parlait

Quelle est la mission du Centre du Commerce International (ITC) dont vous êtes la Directrice exécutive ?

 La mission du Centre du commerce international est d’aider les Petites et Moyennes Entreprises des pays en développement à participer au commerce international. Il s’agit d’importer aussi bien que d’exporter. Nous aidons en particulier les Pays les Moins Avancés (PMA) à importer ainsi qu’à exporter de l’investissement. C’est tout cela que nous appelons internationaliser les petites et moyennes entreprises. L’objectif du Centre est de servir les pays en développement et notamment les PMA afin qu’ils utilisent le commerce international comme un outil pour générer de la croissance et de l’emploi qui à terme, permet de réduire la pauvreté.

En septembre prochain, se tient à Kigali, le cinquantenaire du Centre du Commerce International avec l’organisation du Forum Mondial pour le Développement des exportations. Quel est le bilan de votre coopération avec les pays sous-développés en termes d’appui pour le commerce international ?

L’ITC est né en 1964 avec deux personnes dans un bureau et avec une seule machine à écrire. Aujourd’hui, nous sommes environ trois cent personnes dans un bâtiment avec plein d’ordinateurs et d’outils informatiques. En 1964, on envoyait des informations dans les pays en développement par lettre, par télex et ensuite par  fax ; maintenant on se sert de l’Internet pour échanger des données fiables sur les opportunités commerciales. Aujourd’hui, cinquante ans après, c’est ce que l’on appelle l’intelligence commerciale, voir où se trouvent les opportunités commerciales. Vous trouverez l’intelligence commerciale sur notre site Internet (www.intracen.org) gratuit et accessible à tout le monde à partir d’un ordinateur ou d’un IPad. Le bilan est énorme parlant du commerce international. Il y a trente ans, 70% du commerce international était concentré sur l’axe Nord-Nord et seulement 20%  des échanges était enregistré sur l’axe Nord Sud. Quant au commerce Sud-Sud, il ne représentait à peine 10% des échanges commerciaux. Aujourd’hui, trente, quarante ans après, on avance vers un monde où un tiers du commerce international sera dans le cadre de transactions Nord-Nord, un tiers sera duNord-Sud et le  tiers restant sera du Sud-Sud. Evidemment, nous ne pouvons pas attribuer tout cela à l’action du Centre du commerce international mais je veux bien penser qu’on a eu quelque chose à voir avec cette évolution du commerce international. On a outillé pendant ces cinquante dernières années, les petites et moyennes entreprises (PME) des pays en développement afin qu’elles puissent prendre une part plus importante dans le commerce international. C’est pourquoi on voit aujourd’hui cette présence qui est dû aux entrepreneurs du Sud dans le commerce international. Aussi, lorsque nous nous retrouverons cette année à Kigali (Rwanda) à partir du 17 septembre prochain, ce sera la première fois que nous organiserons notre grand évènement annuel en Afrique, la première fois en cinquante ans – ça nous a pris du temps- ce n’est jamais trop tard j’ose croire! J’ai voulu dès mon arrivéeà la tête de l’ITC, en septembre 2013, envoyer un signal comme quoi l’Afrique, c’est aussi un moteur pour l’entrepreneuriat et un endroit où on peut faire des affaires. Ainsi, à Kigali, on va faire deux choses : d’abord, on va parler du commerce international. Il y a aura des ministres, des chefs d’entreprises, de grandes entreprises et de petites entreprises, il y aura aussi des investisseurs, de jeunes entrepreneurs et représentants de la Société civile. On vadiscuter comment aider les PMEsà participer dans les chaînes de valeur. Ce sera également une occasion, pas simplement pour parler du commerce, mais pour faire ducommerce.Il y aura donc des séances dédiées aux rencontres entre entrepreneurs pour réaliser des transactions commerciales. Nous accorderons une place spécifiqueaux femmes entrepreneurs avec la tenue d’une  plateforme pour que ces femmes rencontrent des investisseurs ou d’autres entreprises qui seraient intéressées à acheter leurs produits ou leurs services.

Vous êtes à Cotonou dans le cadre de la conférence ministérielle sur les nouveaux partenariats pour le renforcement des capacités productives des pays les moins avancés. Pour la circonstance, vous avez déjà des thématiques concernant la chaîne des valeurs dans le commerce international et le rôle de la science dans l’agriculture. En quoi ces aspects constituent-ils une contribution pour le renforcement des capacités productives des PMA ?

 

Pendant beaucoup trop longtemps, on a eu l’impression que pour sortir de la pauvreté, il fallait s’industrialiser. Et pour s’industrialiser, il fallait produire soit des machines, des voitures ou des avions. Et, on a pendant trop longtemps négligé l’agriculture. Or, pour beaucoup de pays, la sortie du sous-développement, la croissance, l’emploi se feront par le biais de l’agriculture. Alors, on a voulu marquer ces points lors de nos débats hier et notamment aujourd’hui (Ndlr : mardi 29 Juillet 2014), dans une séance organisée pour parler du rôle de l’agriculture dans le développement. J’aime aussi beaucoup parler du rôle de l’agro-alimentaire, de la transformation agricole, de la montée en valeur dans la production agricole parce qu’une fois encore, c’est la solution pour beaucoup de pays en développement, à savoir bâtir sur des atouts qui existent dans ces économies. Il ne faut pas aller chercher trop loin, on peut commencer à bâtir là où on a des atouts ici, aujourd’hui et maintenant. C’est vrai que quand on parle de l’agriculture ou de l’agro-alimentaire, il faut penser qualité. La  qualité, c’est aussi penser à une dimension science. Cela veut dire quoi ? Cela veut dire investir dans des productions agricoles, de la  valeur ajoutée, de qualité, maximisant l’utilisation des intrants agricoles. C’est l’utilisation de la science pour faire en sorte que la production agricole soit aux normes sanitaires internationales. Voilà pourquoi, on a voulu parler de l’agriculture, de la transformation agricole et de l’importance de la qualité comme démarche pour faire de la valeur ajoutée sur place. Dans cette démarche qualité, il y a un pays qui est le champion, qui sert un peu de modèle à tous, c’est la Nouvelle-Zélande ;  un pays où le développement a été fait par le biais de l’agriculture. Mais, les agriculteurs en Nouvelle-Zélande, ce n’est pas simplement des hommes ou des femmes qui travaillent la terre quand ils ont un peu de temps libre. C’est une activité à laquelle les agriculteurs ont été formés. Ils ont fait l’université ou des écoles techniques pour apprendre comment exploiter  l’agriculture d’une manière durable en étant conscients de l’importance de préserver l’environnement, l’écosystème, le bois, la pâture.

 Les cinq commandements pour le développement des PMA que vous avez annoncés au cours de la conférence de Cotonou sont-ils toujours valables quand on sait que les Etats africains ont des difficultés à les mettre en œuvre dans tous secteurs concernés comme c’est le cas au Bénin ?

J’ai voulu résumer les débats sur l’agriculture autours de « cinq commandements ». Il faut tout d’abord, une démarche de valeur ajoutée axée sur la qualité. Quand on parle de qualité, on parle de  durabilité, d’une production respectueuse de l’environnement, c’est la mise en valeur des terroirs, des indications géographiques, la production bio, le respect des normes et standards. Ensuite, il s’agit également de construire des ponts entre l’agriculture et d’autres secteurs de l’économie comme les services et en particulier le tourisme. Le troisième commandement consiste à assurer la formation et la mise à niveau des capacités des agriculteurs de manière continue. Il faut qu’on les forme à comment mieux produire et à transformer d’une manière plusdurable. Le chemin vers l’agro-alimentaire nécessite des partenariats entre le public et le prive, entre PMEs et multinationales, avec des coopératives ou encore avec la société civile. Enfin, le cinquième commandement fait référence à l’importance  de l’ouverture commerciale. Des marchés d’exportation plus ouverts et plus équitables pour les PMA. Ces « commandements » sont des règles de base qui peuvent servir à générer plus de valeur ajoutée dans l’agriculture mais surtout à créer des emplois pour les femmes et les jeunes.

 

Pensez-vous que les PMA peuvent-ils réussir correctement leur intégration dans le commerce international quand on sait que l’Internet est encore une denrée rare dans ces pays avec une  connexion toujours pénible ?

Absolument, les moyens de communication et les moyens de vente électronique de même que les moyens de présentation électronique, sont très importants pour les PMEs aujourd’hui.  Cela permet d’abord à des petits producteurs de se présenter au monde. Ainsi, imaginez si vous êtes un petit producteur et que vous faites un investissement pour créer un site web pour annoncer votre produit, cela vous fait économiser pas mal de francs grâce à l’Internet. Avec cette présentation, peut-être même que vous n’avez même pas besoin d’aller dans une foire. Vous pouvez vous présenter au monde, faire la publicité de qui vous êtes, de ce que vous offrez par des moyens électroniques peu coûteux, vous avez là une belle carte de présentation.  Vous pouvez également utiliser le commerce électronique pour vendre vos produits. C’est un moyen favorisant les rencontres entre les vendeurs et les acheteurs. Donc, carte de présentation, lieu de rencontres, lieu où se font des transactions commerciales. Et tout ça grâce à quoi ? C’est grâce à la pénétration de la technologie. Il y a beaucoup de citoyens aujourd’hui qui n’ont jamais connu de lignes téléphoniques fixes parce que nous sommes passés aux lignes téléphoniques mobiles. Il y a une conscience de l’utilisation des technologies pour favoriser l’accès des petits producteurs, favoriser l’accès des petits pays et notamment des pays enclavés aux marchés internationaux. 

La piraterie est une gangrène du commerce international. Que peut faire le centre international du commerce pour préparer les PME des PMA à affronter cette difficulté ?

Notre rôle en termes de piraterie, c’est la formation. Nous ne faisons pas dans la répression puisque cette forme de lutte revient aux autorités nationales quand il y a piraterie sur le plan national. Aux Nations Unies, il y a aussi un organe qui s’occupe des crimes, des drogues et qui lutte contre tout ce qui est commerce illégal. Il y a également une convention internationale sur le commerce des espèces protégées. Le rôle de l’ITC est de former les PMEs à l’importance de  respecter les règles et les normes en vigueur. Que ce soient les règles de propriété intellectuelle, ou des normes en matière de qualité ou de sécurité. Nous, c’est notre rôle, c’est la formation, faire prendre conscience aux entreprises à ne pas s’engager dans des activités de piraterie.

 

 Le grand handicap des PME, c’est le financement. Pensez-vous que le financement inclusif ou ce que nous appelons les micro-crédits peuvent réellement aider à la naissance de PME viables ?

Je suis parfaitement d’accord avec vous que le financement est un problème majeur pour les petites et moyennes entreprises et encore plus, pour les micros entreprises ainsi que celles détenues par des femmes. S’agissant de ces dernières, outre les difficultés classiques des PMEs s’ajoutent le fait que ce sont des femmes qui vont demander un accès au crédit.  Ce qu’on a observé, c’est que parfois, les institutions financières sont plus dures avec une femme entrepreneur  au point de ne pas accepter de lui accorder un crédit pas parce que son activité commerciale ne serait pas viable mais parce qu’elle est une femme. Donc oui, il y a des problèmes. Quelles sont les voies possibles de solution ? Il y a les banques, les institutions financières classiques. On a vu que les instruments de ces institutions financières traditionnelles sont trop onéreux et ne permettent pas, trop souvent, de financer les PME. On a vu aussi les micro-crédits qui étaient très promus par monsieur Yunus au Bangladesh, notamment pour aider les femmes micro-entrepreneurs. Les microcrédits  sont encore très utiles mais cela ne suffit pas  pour la petite ou  la moyenne entreprise. Pour la moyenne entreprise,  le microcrédit est beaucoup trop petit. Il faut développer des moyens innovants d’inclusion financière, car un crédit à une PME à double chiffre est un véritable obstacle à la croissance. Il faudrait penser à des mécanismes de garantie des crédits, aux investisseurs  sociaux  on encore au « crowdfunding ». Mais il y a l’urgence.  Dans le cas des femmes entrepreneurs, il y a beaucoup de pédagogie à faire pour changer les mentalités.

 Vous avez déjà fait beaucoup de choses avec le Bénin concernant les filières ananas, coton et autres. Est-ce que nous pouvons avoir un bilan ?

Oui, je crois qu’il y a un bilan et des chiffres à l’appui. Mais le bilan le plus convaincant est qu’on travaille avec le Bénin depuis plus de vingt ans et que le Bénin continue de faire appel à l’ITC. Cela doit signifier que notre assistance fourni des résultats auprès des entrepreneurs parce que ce sont  d’abord eux et le gouvernement qui continuent à frapper à notre porte. J’ai discuté ce matin avec vos collègues dans le cadre de notre appui sur l’ananas et la noix de cajou. Là, on a beaucoup agi pour  aider  les entreprises à se fédérer, parce que ce qu’on constate que les petits producteurs sont trop nombreux pour pouvoir accéder individuellement aux marchés internationaux. Les marchés internationaux exigent une stabilité dans l’approvisionnement avec un certain émolument. Un producteur, deux producteurs ne peuvent pas le faire mais si c’est un grand groupe de 20 producteurs,  30 producteurs rassemblés dans des coopératives, là, on a de quoi pouvoir accéder aux marchés internationaux. La première démarche qu’on a à faire, c’est une démarche d’agrégation de producteurs ; la deuxième démarche, c’est d’aider ces producteurs à produire avec des standards de qualité répondant aux marchés internationaux. Enfin, nous les aidons à trouver des acheteurs sur les marchés internationaux. Pour la noix de cajou, on a mis en relation des producteurs béninois avec des acheteurs vietnamiens qui sont devenus des acheteurs réguliers de la noix de cajou béninoise. Avec l’ananas, on  a fait de la mise en relation sur le marché régional, avec un pays, le Maroc,qui est dans la région au sens élargi, et qui a beaucoup intérêt à acheter dans la région parce qu’il est en train de s’orienter plus vers l’Afrique. Donc, si vous voulez par notre connaissance des acheteurs marocains, on a aidé les deux parties à se mettre d’accord, à se mettre ensemble pour faire des transactions commerciales. Si vous voulez notre  expérience de 50 ans nous a aussi permis de faire pousser les relations commerciales Sud-Sud. Comme je vous le disais, ces relations sont en plein essor.

Vu ce bilan que vous venez de dresser, dites de façon concrète ce que ça a pu changer au niveau des entreprises de ces pays?

De façon concrète, cela veut dire qu’il y a du commerce international. Concrètement, cela  veut que si on peut exporter, c’est parce qu’on peut produire. Si on produit on crée des emplois. Pour résumer, tout ça se réduit à la création d’emplois au Bénin. Des emplois qui ont contribué à la croissance du Bénin et à travers cette croissance, à la réduction de la pauvreté. L’ITC est une agence de développement qui a deux particularités. Particularité numéro une, on appartient de manière conjointe à l’Organisation mondiale du commerce qui œuvre pour l’ouverture commerciale et aux Nations Unies. Particularité numéro deux, nous sommes une agence de développement qui travaille avec le secteur privé pour favoriser l’internationalisation des entreprises. Nous sommes donc une agence de promotion commerciale dont la singularité réside dans la transformation d’opportunités commerciales en réalités commerciales. Alors ce sont aux entreprises que nous prêtons beaucoup d’attention et que nous écoutons très attentivement. Parce que ce sont elles qui peuvent nous dire si elles ont des besoins que notre expertise peut les aider à combler.  Aujourd’hui, elles nous disent « il nous faut des formations de qualité, nous n’arrivons pas à fabriquer des produits de qualité aux standard nécessaires ». Elles nous disent qu’il faut investir dans l’emballage. Il y a par exemple une production d’ananas incroyable au Bénin, mais j’ai compris qu’il y a plein d’ananas qui partent dans un pays voisin, je ne cite pas de nom, très souvent dans un commerce qui n’est pas règlementé. C’est généralement de l’autre côté de la frontière qu’on transforme ces ananas avec des emballages bien sûr pour faire des produits transformés, des jus d’ananas, de l’ananas coupé et mis en boîte. Donc, il y  a de la valeur ajoutée qui n’est pas produite au Benin. Alors pourquoi ne pas le faire au Bénin ? Emballages de qualité, étiquetage… Donc c’est cette démarche que j’appelle la compétitivité de petites et moyennes entreprises qui ont besoin d’expertise que nous allons continuer à mettre à leur disposition sachant qu’il y a deux autres domaines dans lesquels nous allons continuer à aider le Bénin. Le premier domaine est celui du renforcement des capacités des  institutions d’appui au commerce. Au Bénin il y a des milliers de petites et moyennes entreprises. Nous ne pouvons pas atteindre chacune de ces entreprises. Par contre si nous aidons les institutions béninoises d’appui au commerce, comme l’ABEPEC, si nous aidons la Chambre de commerce, si nous aidons lesassociations des producteursde Benin, si nous aidons l’association des petites et moyennes entreprises, eux, ils pourront aider les petites et moyennes entreprises individuellement. C’est ça notre démarche. En anglais on dit « one to one to many » (en français« un à un à plusieurs autres ». Le deuxième domaine est celui de l’appui au gouvernement pour l’aider à mettre en place des politiques commerciales et en particulier, des politiques favorables aux entrepreneurs qui réduisent les entraves administratives ainsi que les coûts de transactions pour les entreprises. Par exemple, nous sommes en train d’aider certains pays d’Afrique de l’Ouest à mettre en place l’accord de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) sur la facilitation des échanges qui a été signé au mois de décembre 2013. L’accord vise à moderniser les procédures douanières pour les rendre plusefficaces et moins coûteuses pour les petits entrepreneurs. Voilà donc concrètement de quoi il s’agit.

Quand on connait le rôle de la femme dans le développement du commerce d’un pays, que doivent faire les pays les moins avancés pour impliquer les femmes dans la chaîne du commerce international ?

Il y a  un chiffre que j’aime beaucoup donner parce que ça explique pourquoi il faut s’occuper des femmes entrepreneurs. Ce n’est pas une question idéologique ni une question de charité. Ce n’est pas pour être sympathique avec les femmes ni pour gagner des voix même si les femmes votent aussi. C’est parce que les femmes entrepreneurs, et ça ce sont  les études et les statistiques qui le disent, réinvestissent 90% de leur revenu dans leur famille, dans leur société. L’équivalent pour les hommes entrepreneurs n’est que de 45%. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire que si on aide les femmes entrepreneurs, on va avoir un impact sur la réduction de la pauvreté plus important et plus rapide. Alors, il faut inclure les femmes dans les activités économiques. Quels sont les obstacles, que peut faire le Bénin ? Il y a des obstacles qui sont des obstacles sociétaux. La femme au foyer, la femme avec les enfants, la femme avec la famille…mais la femme n’est pas dans les activités industrielles, ni les activités économiques. Donc, il y a, si vous voulez et ça, ce n’est pas exclusif du Bénin, partout il y a des changements de mentalités  à faire. Et là, il y a un travail à faire par tous qui inclut aussi les journalistes pour faire de la pédagogie. Donc, vous avez-vous aussi un rôle à jouer. Le changement de mentalités, c’est votre rôle en tant que média. Bon, il y a aussi des politiques domestiques pour permettre l’activité entrepreneuriale des femmes. Concrètement, ça veut dire quoi ? Il y a beaucoup de femmes entrepreneurs. Simplement elles sont pour beaucoup dans le domaine de l’informel. Alors comment on fait? Il y a l’accès au crédit qui est fondamental. Si une femme n’a pas accès au crédit, certes, elle va continuer ses activités entrepreneuriales mais elle restera dans l’informel. Et l’informel ça veut dire quoi ? Salaire plus bas, qualité plus basse, productivité plus basse, condition d’emploi plus basse. Si on veut créer des emplois décents et durables, il faut travailler pour l’inclusion de la femme dans le secteur formel. Et pour cela, il faut tenir compte du financement, du système de taxation et enfin du système de formation pour les femmes. C’est vrai que dans le cas de la femme, en plus d’avoir une activité entrepreneuriale, il y a la famille et les enfants.Il faut donc ajuster la formation pour qu’elle puisse arriver.  Il faut investir dans la formation. Ça, c’est une tâche pas seulement pour le secteur privé, pas seulement pour les associations professionnelles  mais également pour le gouvernement. Il faut avoir des politiques qui favorisent l’inclusion de la femme dans le secteur entrepreneurial. Voilà, donc trois exemples concrets de comment il faudrait faire  pour inclure les femmes dans les activités entrepreneuriales. C’est un sujet sur lequel l’ITC est presque féroce, parce que nous y croyons, vu la fonction, l’importance économique de ces femmes entrepreneurs. C’est pourquoi nous avons un programme spécifique pour les aider et qui s’intitule « Femmes et Commerce ». C’est un programme pour appuyer et aider à mieux inclure les femmes entrepreneurs dans le commerce et en particulier, dans le commerce formel.

Que pensez-vous de l’avenir de l’Espagne après les dernières élections présidentielles ?

Moi, je suis favorable  à l’identité qui est très liée  au terroir, à son lieu de naissance, aux odeurs et couleurs de cet endroit. Pour moi, c’est cela le pays basque. C’est la langue basque, c’est la musique basque, ce sont les montagnes basques, c’est la côte, c’est la cuisine. Mais je me sens une basque à l’intérieur d’une Espagne qui est une Espagne plurielle. C’est un pays composé des basques, des galiciens, andalous et autres. Je me sens basque mais dans l’Espagne. Je crois que la force de l’Espagne, c’est la somme de toutes ses composantes. Je ne pense pas que dans un monde où il faut faire la désagrégation et non la ségrégation, une petite entité indépendante pour tirer autant de profit qu’on peut tirer aujourd’hui en faisant partie d’une réalité qui existe depuis des siècles. Il s’agit de voir à l’intérieur de cette Espagne qui est une Espagne plurielle, où le Nord est différent du Sud et l’Est différent de l’Ouest, où le Centre est différent des autres où on a la mer, les montagnes, les déserts. C’est une question de savoir, le degré d’autonomie et d’autogestion des différentes régions de l’Espagne. Je prends par exemple, un modèle qui est un modèle très proche du fédéral, où on collecte notre propre taxe. Donc, on collecte des taxes et on paye à l’Espagne unservice.

Vos impressions d’avoir visité l’Evénement Précis et à de vous adonner à cet exercice que nous appelons  « Sous l’Arbre à Palabres »?

Moi j’aime beaucoup cet exercice. Je crois que c’est un exercice auquel des personnalités publiques devraient se livrer plus souvent étant donné que c’est un exercice qui permet non seulement de parler de la profession, mais aussi de la personne publique. Car c’est aussi important pour les gens de comprendre que derrière les habits que nous portons, nous sommes des personnes avec des parcours et que nous sommes aussi des individus avec des amis, des intérêts et un passé. Que nous sommes aussi des êtres comme tout le monde sauf qu’on nous a confié une  responsabilité particulière qui est celle  de prêcher une parole. Moi je prêche la parole des Petites et Moyennes Entreprises (PME) dans les pays en développement, je prêche la parole des femmes entrepreneurs, je prêche la parole d’un commerce plus ouvert et plus juste, je prêche la parole de l’aide pour le commerce. Et je le fais avec beaucoup de conviction car j’y crois. Mais derrière tout ça, il y a une personne. Je me livre donc à cet exercice très volontiers. Vous savez qu’avec mon passé de porte-parole, j’ai bien un faible pour la presse. C’est donc un plaisir pour moi d’être avec vous ce soir. J’espère que ça été utile pour vous. Je suis prête à le refaire dès que vous en manifesteriez l’intérêt et dès que j’ai un petit bout de temps ici au Bénin.

Un mot pour conclure !

Je  voudrais vous encourager en tant qu’organe de presse que vous êtes à continuer à porter la parole et à accepter le rôle pédagogique que vous jouez dans la société. Vous avez un rôle d’information, mais aussi un rôle d’éducation. Parce que votre parole, ce que vous dites et que vous écrivez, c’est ce que nous tous nous entendons et c’est ce que nous lisons. Je veux donc vous encourager à exercer cette mission qui est une mission sociale. Je veux vous encourager à continuer de prêcher cette bonne parole. Parce que les sociétés dans lesquelles nous sommes, nous avons besoin de cette bonne parole. Je vais souligner les mots « bonne et parole ». Il faut donc que la parole soit bonne. Et pour qu’elle soit bonne, il faut qu’elle soit une parole. C’est donc un encouragement que je vous lance. Je vais aussi vous dire  mon engagement vis-à-vis du Bénin, vis-à-vis des PMA. Ils représentent  60% de nos activités au Centre du commerce international. Je me suis donc engagée auprès du Président Boni Yayi  de l’augmenter dans les trois prochaines années. Tout ça pour vous dire que vous allez me voir un peu plus souvent au Bénin.

 

Carte d’identité

1La petite  agricole devenue femme de haut niveau

 Née un 22 mai 1969, dans une petite  région espagnole qui s’appelle « Le Pays basque », Madame Arancha GONZALEZ a très tôt pris du goût pour la nature et l’agriculture. Son village lui en offrait d’ailleurs tous les atouts avec ses montagnes impressionnantes et son couvert végétal splendide régulièrement arrosée par une pluie généreuse.  « J’aime beaucoup l’agriculture car j’ai très tôt connu sa force dans la transformation des populations rurales » affirme-t-elle, nostalgique d’une enfance davantage heureuse pour elle entre  les vaches, les moutons, les fromages, le lait…la «bonne bouffe ». Elle vient d’une famille d’enseignants et connaît donc «  la force de la parole et de l’éducation ». Elle y attache du prix. « Il faut comprendre que si on veut transformer notre société, c’est par l’éducation. Il faudra outiller nos jeunes pour qu’ils soient plus libres; leur donner les connaissances nécessaires pour qu’ils soient les maitres de leur destin » soutient-elle.                              

Madame Arancha Gonzalez, côté académique, a connu un cursus scolaire normal brillant prolongé au supérieur par des formations assidues en droit à l’université de Navarre et Carlos III à Madrid, d’où naquit son goût pour l’Europe. « J’ai fait une formation en droit communautaire à Madrid à l’université Carlos 3 ». Elle se retrouvera à Bruxelles, en 1993 pour démarrer sa carrière professionnelle dans un cabinet d’avocats allemand où les dossiers relatifs au droit du commerce international, au droit des entreprises, aux fusions et acquisitions ont davantage renforcé ses connaissances en la matière. Elle rejoindra par la suite, la Commission européenne où  elle s’est  impliquée  dans la gestion des relations commerciales de l’UE avec l’Europe de l’Est, la Turquie, l’Iran, les Pays du Golfe, la Méditerranée, etc. « Après cela, j’ai changé de cap et je suis devenue porte-parole. J’ai donc porté la parole du commerce international un peu partout dans le monde et même au Bénin » se souvient-elle avec enthousiasme. En 2003, elle a foulé pour la première fois le sol béninois à l’occasion de la visite alors effectuée par le Commissaire européen au commerce international, Pascal Lamy. « C’est là que j’ai fait la connaissance de la bière béninoise, « La Béninoise » que j’aime » se rappelle-t-elle.   Huit ans au poste du Directrice de cabinet de Pascal Lamy, Directeur General de l’OMC, puis, en 2013, elle gravit une échelle plus grande, devenant depuis la Directrice exécutive du Centre du commerce international. «  J’ai beaucoup travaillé pour l’ouverture du commerce international à tous les pays du monde. Nous avons besoin d’un système commercial plus juste envers les pays en développement » se réjouit-elle.  Interrogée sur son rôle actuel, elle est déterminéeà démontrer que le secteur public peut être aussi efficace que le secteur privé, qu’une organisation internationale peut être aussi efficace, aussi performante qu’une entreprise privée. Elle espère  qu’un jour on cessera de s’étonner qu’il y ait une femme a la tête d’une organisation internationale parce que l’on considèrera que le rôle d’une femme dans la société, est un rôle normal. « Je veux qu’on arrive à démontrer que la femme peut avoir un rôle dans la société dans son entièreté, tant dans la politique que dans l’économie ainsi que dans les institutions internationales. » soutient cette européenne convaincue. 

 

Intimité

Pas d’enfant, mais heureuse

« Je n’ai pas d’enfant. Si j’en avais eu, ils se sentiraient un peu orphelins» avoue  madame Arancha Gonzalez qui est toujours entre deux avions. A peine a-t-elle gouté l’ananas béninois depuis dimanche où elle est à Cotonou, qu’elle en est tombée presque amoureuse. La gastronomie béninoise dans son ensemble ne laisse pas non plus indifférente  l’espagnole, ravie  d’avoir savouré le « blocoto » (sauce à base de pattes de bœufs) et autres spécificités culinaires béninoises. Si par ailleurs, elle adore le tennis, son sport favori dans une Espagne où une star mondiale, Rafael Nadal demeure l’étoile brillante incontestée et incontestable, elle affirme être  aussi une  admiratrice émerveillée du football et a son club favori, l’Athlétic Bilbao, les rouges blancs. A table, la directrice exécutive de l’ITC est une bonne buveuse de vin. Mais aussi du Gin Tonic pour clore une journée difficile.

La Rédaction

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