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Le triomphe de la vérité

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Edito du 02 juin 2014: Vive le roi !


logo netLes adorateurs du Chef de l’Etat étaient en meeting ce week-end à Bembèrèkè. Rachidi Gbadamassi et consorts ont clamé leur amour pour Boni Yayi en insistant sur le fait que l’on ne saurait « enterrer le roi vivant ». C’est une allusion à peine voilée à ceux qui auraient l’outrecuidance de penser à succéder au roi.

        Le roi ici, c’est, bien sûr, Boni Yayi. Et il est à supposer qu’il n’est pas du tout informé de cette dénomination qui sème la confusion dans les esprits. Il ne peut être vraiment d’accord avec ces adulateurs trop zélés qui l’appellent roi en insinuant ostensiblement que lui-même  aurait oublié que nous sommes en République. Non, Yayi ne peut être informé de cette méprise monumentale consistant, en plein XXIème siècle, après tant de luttes et de souffrances de ce peuple, à confondre  le fauteuil présidentiel à un  trône royal. Mais, en arriver à ce niveau où députés et ministres en viennent à nous retourner à plus de cent ans en arrière, voilà qui pose problème. Veulent-ils dire qu’en réalité Boni Yayi est un féodal, incapable de se rappeler qu’il a été élu et que, pour cela, il a succédé à quelqu’un qui est bien vivant et le sera encore longtemps ? Veulent-ils sous-entendre que les Béninois conçoivent en réalité le pouvoir présidentiel comme une métaphore de la royauté de jadis ?

        Une réponse objective à ces deux questions nous amène à penser que la véritable confusion se trouve dans l’esprit de ceux qui prennent le peuple béninois pour des moutons de panurge  incapables de se rendre compte que ce ne sont plus les règles monarchiques qui gouvernent le pays appelé Bénin depuis plus d’un demi-siècle.

        En réalité, cette confusion n’est qu’apparente. Ces propos viennent corroborer toutes les informations faisant état de démarches menées en haut lieu afin que les têtes couronnées du septentrion  acceptent l’idée d’un troisième mandat. A chaque étape de leur périple, les émissaires envoyés de Cotonou auraient été éconduits par les rois qui ont rappelé la nécessité de sauvegarder le maigre échafaudage démocratique existant encore dans le pays.  Le rêve de transformer le fauteuil de la Marina en un trône monarchique s’est heurté à ce premier fiasco, en attendant que d’autres émissaires, pourvus de moyens plus conséquents, ne viennent « convaincre » leurs Majestés. Le roi n’est pas encore mort, dites-vous ?

        Bien sûr, il ne mourra pas, s’il s’agit vraiment de Boni Yayi. Son départ du pouvoir ne saurait être assimilé à une mort ou à un malheur quelconque. Et pourtant, cette vision métaphorique trahit, non pas seulement une conception monarchique du pouvoir, mais surtout une volonté d’imposer l’idée d’une imposture successorale. En clair, à travers ces métaphores grotesques, il est question d’induire dans les esprits fragiles, l’idée qu’il ne faut pas penser à l’après-Yayi. Que le seul fait de le faire est une hérésie nécessitant meetings prépayés et déclarations furieuses. C’est là, en effet, une tentative  d’imposition féodale qui tire sa source de  l’effroi d’un après-2016 que l’on se refuse à envisager comme une nécessité inspirée du système appelé démocratie. C’est finalement une mauvaise compréhension monumentale des principes ayant favorisé l’arrivée du Chef de l’Etat en 2006 et sa reconduction en 2011.

        Nous ne sommes pas en monarchie. Le dire sous cette forme triviale peut paraitre superflu au regard des acquis des deux dernières décennies. Mais le meeting de Bembèrèkè montre à suffisance que les acteurs politiques nationaux ne le comprennent que très peu. Ils en ont une conception encore moyenâgeuse, révoltante et antinationale.

        Les faveurs royales entourant le pouvoir d’Etat en Afrique et plus précisément au Bénin sont à la base de ces incroyables lubies. Aller au pouvoir signifie simplement y  bénéficier d’une foule de privilèges aussi improbables les uns que les autres. Il n’est donc pas si étonnant que les populations, dans  leur immense majorité, réclament de l’argent pour assister au plus petit meeting politique ou qu’elles se pointent chez le leader politique de leur localité dès qu’elles ont besoin d’argent. Dans notre imagerie nationale, nous sommes convaincus qu’en dernier ressort celui qui  prend le pouvoir a droit à toutes les faveurs.

        Heureusement, ceux qui proclament que le roi est éternel  verront bientôt que la force d’une démocratie est de jeter à la poubelle les idéologies néfastes et leurs zélateurs.

Par Olivier ALLOCHEME

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