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Le triomphe de la vérité

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Edito: Pardon Talon


logo netEt voilà ! 129 milliards de dommages et intérêts attendent désormais l’Etat béninois. C’est le premier petit déjeuner de Patrice Talon au sortir de l’affaire PVI. 129 milliards ! Le verdict de la Cour Commune de Justice et d’Arbitrage de l’OHADA contraint l’Etat à verser ces milliards à l’homme d’affaires et à lui rétrocéder le PVI nouvelle génération dans les soixante jours qui suivent le verdict. Cette décision qui tombe sur la tête du petit Bénin comporte des implications précises. Et dangereuses.
Premièrement, elle remet en cause le principe même du pardon octroyé comme un acte d’une immense générosité par le Chef de l’Etat. On l’avait analysé, en effet, comme une exceptionnelle marque de magnanimité de Boni Yayi. Le Gandhi béninois est couvert depuis de conférences de presse, de messes et prières qui suivent toujours leurs cours. Selon des informations précises, un budget a été dégagé pour l’occasion afin que le pays soit couvert de marches en tous genres, de manifestations et autres actions destinées à célébrer l’homme au grand cœur. N’est-ce pas lui qui, par son pardon, réconcilia le pays avec ses enfants égarés ? Malheureusement, le grain de sable provenant de la CCJA-OHADA risque d’enrhumer la machine en marche depuis l’historique pardon. Car, aujourd’hui, il semble bien que le pardon doit changer de camp.
Ce n’est désormais point Yayi qui doit pardonner à Talon, c’est plutôt Talon qui devrait être supplié par tout le monde pour sauver enfin le pays. Payer 129 milliards par ces temps de disette relèverait de la gageure. Cette ardoise astronomique risque de sonner le glas de nos finances publiques marquées depuis quelque temps par le pilotage à vue que l’on sait. L’immense dette que nous devons à l’ex-ennemi public numéro un apparait dès lors comme une sanction d’une rare violence. Fruit des combats inutiles menés avec une bêtise sans retenue, elle tourne définitivement en ridicule tous ceux qui ont choisi d’avilir la République par des marches et des prières loufoques pour vilipender Talon et louanger Yayi. Il faut désormais des marches et des prières, des conférences de presse et des meetings de demande de pardon à Talon. Nous devrons secouer ciel et terre pour qu’il écrive une deuxième lettre en direction de la CCJA-OHADA aux fins d’annuler le verdict.
En deuxième lieu, derrière ce verdict, se profile en fait une situation intenable. Le Bénin est carrément montré comme un prédateur des entreprises et risque gros s’il n’applique pas la décision de la CCJA. La prochaine table ronde sur le financement du développement constitue une pression supplémentaire sur le gouvernement. En attente d’environ 5629 milliards de FCFA, que fera Boni Yayi ? Choisir de ne pas répondre à la condamnation de la CCJA l’expose à des sanctions autrement plus lourdes. Mais l’opinion publique internationale pourrait retenir simplement que le Bénin de Boni Yayi n’est pas un partenaire crédible. Ce serait donc la pire publicité pour cette table ronde annoncée depuis   l’année dernière. Il faut même se demander si le Bénin ne finira pas par y renoncer au regard des scandales de ces dernières semaines qui jettent une lumière crue sur la gouvernance calamiteuse qui s’opère sous nos yeux.
Troisièmement, au-delà de tout ceci, où donc nous mène cette longue tragédie qui met à nu tout notre système politique ? Car, en plus du PVI, d’autres drames attendent, dont le pire est sans doute les condamnations en chaîne dont a bénéficié Séfou Fagbohoun dans le cadre de procès où il l’a emporté sur l’Etat. Ce sont des dizaines de milliards qui lui seront versés tôt ou tard.  Et pourtant.
Pourtant, des individus, hommes et femmes dotés des plus grands diplômes de nos universités, d’ici et d’ailleurs, furent capables non seulement de fermer les yeux sur les pires outrages à la loi qu’on puisse imaginer dans notre pays depuis l’indépendance, mais surtout de les célébrer comme des actes héroïques menés par le premier d’entre nous. J’ai envie de dire que c’est tout notre appareil intellectuel qui est tombé en ruine depuis quelques années. Pour avoir été capable de célébrer tant de médiocrité et d’incapacité, la classe politique, notamment la mouvance présidentielle et tout le gouvernement, ruine notre fierté nationale. Elle n’est plus digne de nous.

Olivier ALLOCHEME

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