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Le triomphe de la vérité

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Edito du 28 mars 2014: Le Bénin doit confirmer son engagement pour les droits humains


Human Rights Watch vient de publier le 26 mars 2014 un rapport en ligne analysant le comportement de chacun des 47 membres du Conseil des droits de l’homme au cours des deux dernières années. Cette étude a montré que depuis qu’il a rejoint le Conseil des droits de l’homme en Juin 2011, le Bénin n’a pas hésité par ses votes à soutenir la plupart des résolutions condamnant les violations des droits humains partout dans le monde. Que ce soit à l’encontre de la répression en Syrie, de la lutte pour la mise en cause des responsabilités suite à la mort de plus de 40.000 civils en 2009 au Sri Lanka ou l’absence d’espace de liberté en Érythrée, la voix du Bénin a été claire : il n’a pas de place pour les politiques répressives ni pour l’impunité.

Les États d’Afrique de l’Ouest ont, par ailleurs, joué un rôle important lorsque le Conseil s’est penché sur les crises affectant la région, notamment, le suivi de la crise post-électorale en Côte d’Ivoire et les exactions commises au Mali. Le leadership du Bénin et de ses voisins ont contribué à l’établissement par le Conseil de mécanismes d’observation et de coopération technique sur ces deux situations.

Pourtant, certaines inconsistances dans ce bilan sinon irréprochable soulèvent des questions. En Mars 2012, le Bénin s’était opposé à une série d’amendements à la première résolution adoptée par le Conseil sur la situation en Libye depuis la chute du gouvernement Kadhafi‎. Ces amendements, même s’ils étaient présentés avec de nombreux sous-entendus politiques par la Russie, proposaient de renforcer le rôle du Haut-Commissariat aux droits de l’homme pour documenter les abus commis dans une Libye aux mains des milices armées et d’exiger la libération des personnes détenues de manière arbitraire et la protection des migrants Africains sub-sahariens. L’opposition du Bénin nous est restée inexpliquée.

Tout aussi préoccupante : la décision du Bénin en mars 2013 de ne plus soutenir la résolution sur la situation des droits humains en Iran. Pourtant, la situation dans ce pays, quelques mois avant les élections de juin 2013, était alors toujours marquée par de graves restrictions à la liberté d’expression et une répression sans précédent à l’encontre des défendeurs des droits de l’homme et militants, la pratique de la torture, des amputations ainsi que la violence et la discrimination envers les femmes et les minorités. De même, l’utilisation de la peine capitale n’y a pas cessé de s’accroitre au cours des dernières années à des niveaux qui ne sont atteints dans aucun autre pays de la planète : un total de 522 exécutions en 2012, 624 en 2013, et déjà au moins 176 depuis le début de l’année 2014 d’après le Haut-commissariat aux droits de l’homme. Alors que le Benin a aboli la peine de mort en juillet 2011 et est devenu un des fers de lance pour l’abolition de la peine capitale au sein de l’ONU, rien ne justifiait le refus du Benin de soutenir la résolution du Conseil des droits de l’homme sur l’Iran en mars 2013.

Enfin, autre point sombre : les contributions du Benin aux débats du Conseil sur les situations de violations des droits humains dans certains pays restent rares, le pays préférant se joindre de manière systématique aux déclarations conjointes du Groupe africain. Cependant, entendre la voix de la délégation béninoise, du fait de l’expérience particulière du pays et de son engagement, serait un plus pour les travaux du Conseil.

Lors de sa session actuelle qui se conclut ce 28 mars, le Conseil devra se pencher sur le rapport de la Commission onusienne d’enquête de l’ONU ayant conclu que des crimes contre l’humanité ont été commis en Corée du Nord. Le Conseil décidera aussi du suivi à donner à son engagement sur la lutte contre l’impunité pour les crimes de guerre commis au Sri Lanka en 2009 et sur la poursuite de violations massives en Iran. Sur ces trois sujets et d’autres, la société civile d’Afrique de l’Ouest attendrait du Bénin un engagement sans faille en faveur de l’action du Conseil– autant d’opportunités pour que le pays affirme qu’il considère les attentes des victimes, et non pas les exigences des responsables des exactions.

 Par Philippe Dam

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