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Le triomphe de la vérité

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Entretien avec le journaliste Patrick Adjamonsi: « A deux ans du terme d’un mandat l’opposition crée toujours une tension artificielle dans le pays»


Patrick ADJAMONSIPatrick ADJAMONSI, promoteur du journal l’Aurore et de l’Institut supérieur de communication et de gestion (ISCG), analyse à sa manière l’actualité socio-politique tendue   que vit actuellement le Bénin. Il en déduit que l’approche de la, présidentielle 2016 en est une cause majeure et accuse l’opposition de créer son habituelle  une tension artificielle dans cette perspective.  Il a également évoqué plusieurs autres sujets dans cette interview.

 

L’événement Précis: On entend dire, ces derniers temps, que le Bénin est plus confronté au sous emploi qu’au chômage. Quelle est la nuance, M. le Directeur ?

 

Patrick ADJAMONSI :Dans les deux cas, nous sommes en présence d’un dysfonctionnement ou d’une défaillance du marché de l’emploi. Le chômeur est une personne qui est involontairement privée de travail alors que le sous-emploi existelorsque la durée ou la productivité de l’emploi d’une personne sont inadéquates par rapport à un autre emploi possible que cette personne est disposée à occuper et capable de faire. En l’absence d’une allocation ou d’une indemnité de chômage, le chômeur béninois est contraint à la débrouillardise. Ceci se traduit soit par un nombre d’heures de travail insuffisant, soit par un revenu horaire insuffisant, soit par un mauvais emploi des compétences professionnelles. Le demandeur d’emploi qui se débrouille pour survivre passe donc du statut de chômeur à celui de sous employé.

 

Pourquoi est-ce maintenant que le gouvernement en fait son cheval de bataille ? Qu’est-ce qui justifie cette communication axée sur la lutte contre le sous-emploi aujourd’hui ?

 

Aucun régime ne peut se permettre d’ignorer la question liée à l’emploi des jeunes. Sous le PRPB, les jeunes diplômés sortis de l’UNB étaient systématiquement recrutés dans la fonction publique. Le chômage et le sous emploi ne concernaient alors que les jeunes sortis de l’apprentissage. Encore que, beaucoup finissaient soit par s’installer à leur propre compte, soit à se faire recruter comme ouvrier dans les petites et moyennes industries existantes (sobetex, ibetex, 3S, SCO, ocbn…) soit à immigrer vers le Nigéria ou la côte d’Ivoire. En clair, le problème existait déjà sous le PRPB mais à un moindre degré et il était facilement résorbé par l’environnement économique qui n’était pas aussi austère qu’aujourd’hui.

 

Dans ce cas, quand le phénomène a-t-il commencé par prendre de l’ampleur au Bénin ?

Avec les programmes d’ajustement structurels des années 80, consécutifs à l’effondrement de l’appareil productif et du secteur bancaire, l’environnement économique national s’est détérioré. Conséquence, non seulement l’Etat a cessé de recruter vers la fin des années 80 mais il est contraint de dégraisser la fonction publique. Parallèlement, l’université déversait chaque année un nombre de plus en plus croissant de diplômés sur le marché du travail. Au même moment, les pays de la sous région qui servaient d’exutoire aux chômeurs béninois ont commencé aussi par être confrontés à des difficultés économiques. L’un dans l’autre, un ‘‘cocktail’’ explosif s’est progressivement mis en place. La pression démographique aidant, le cocktail est sur le point d’exploser.

 

D’où cette communication outrancière axée sur la lutte contre le chômage ?

Le fait d’en parler abondamment n’est pas en soi un problème. Mais ce qui intéresse le plus, c’est les solutions de sortie de crise.

 

La politique gouvernementale vous rassure-t- elle sur ce point ?

 

La prise de conscience au sommet de l’Etat de la dangerosité du phénomène est déjà un grand pas. Il faut passer maintenant des solutions de circonstance aux solutions durables.

 

C’est-à-dire !

Dans une économie de marché, ce n’est pas l’Etat qui crée les emplois mais les entreprises.

 

Pourtant, on entend dire que l’Etat aurait prévu 90 milliards dans le budget 2014 pour l’emploi des jeunes !

C’est ce que j’appelle des solutions de circonstance. Le chef de l’Etat l’a si bien compris qu’il a déclaré aux jeunes le lundi dernier qu’il faudra mener une politique de l’offre pour juguler le chômage et le sous emploi.

 

Mais il y a des économistes qui préconisent la relance économique par une politique de la consommation !

(sourire) Mener une politique de la consommation ou de la demande servirait juste à enrichir davantage les entreprises chinoises et les producteurs étrangers qui inondent notre marché de leurs produits. Encore qu’une telle politique sous entend l’augmentation des salaires. Cela ne créera pas des emplois durables au Bénin. Tandis que la politique de l’offre,d’inspiration libérale, est un ensemble de mesures favorisant l’offre, donc la production. Le raisonnement est que si les entreprises locales sont incitées à produire, elles devront recruter. Ce faisant, le chômage et le sous emploi baisseront.

 

N’est ce pas simpliste comme raisonnement ?

C’est l’économie de marché qui impose ce raisonnement. Mais je suis d’avis que la politique de l’offre, à elle seule, ne suffira pas à résorber le sous emploi au Bénin. Parlons d’abord de la politique de l’offre. Elle suppose l’amélioration du climat des affaires au Bénin, une fiscalité de développement, une plus grande flexibilité du code du travail, une préférence pour les entreprises nationales, une certaine protection du marché national et j’en oublie.

 

Le bout du tunnel n’est pas pour demain….

Il faut être d’abord dans le tunnel pour espérer en voir le bout.

 

Vous devenez pessimiste là !

Ce que je veux tout simplement dire est que la politique de l’offre est une condition nécessaire mais pas suffisante pour juguler le problème de l’emploi. A titre d’exemple, il nous faut réformer de fond en comble notre système éducatif de façon à ce qu’il y ait adéquation entre la formation et les besoins du marché. Il ne suffit pas de multiplier les centres universitaires et de passer au système LMD pour penser qu’on réforme. Le mal est plus profond.

 

Parlant des réformes, le bilan de Boni Yayi est-il satisfaisant ?

D’abord, réformer n’est pas une partie de plaisir. Chacun tient à ses mauvaises habitudes y compris l’Etat. Le rythme des élections plombe l’action gouvernementale et ralentit les réformes. Boni Yayi est arrivé en 2006. En 2007, il y a eu les élections législatives. L’exécutif est allé en campagne pour avoir une majorité au parlement. En 2008, c’était les municipales. L’exécutif s’est remis en campagne pour s’assurer le contrôle d’un grand nombre de communes en vue de l’élection présidentielle de 2011. En 2009 la précampagne avait déjà commencé pour l’élection présidentielle.

 

Vous voulez dire que le premier quinquennat n’a servi à rien ?

Je veux dire que sur cinq ans, Boni Yayi a disposé d’à peine un an et demi pour travailler à tête reposée. C’est largement insuffisant pour réformer. Et surtout pour lancer les quatre grandes réformes qui me paraissaient alors prioritaires.

 

Inutile de vous demander d’en préciser les contenus

Je regrette que le chef de l’Etat ne soit pas allé au bout des audits qu’il a lancés en 2006 et qui devaient se traduire par des sanctions administratives et judiciaires à l’encontre de tous ceux qui se sont rendu coupables de malversations financières sous le régime du président Kérékou. C’eut été un message fort qui aurait immanquablement impacté la lutte contre la corruption. Et c’est au cours de cette même année 2006 qu’il se devait très rapidement de lancer la réforme du Coton, du Port et des passations de marchés publics. Que de temps perdu ! La haute corruption qui est déplorée aujourd’hui est concentrée dans ces différents secteurs.

 

Faut-il en déduire que la tension politique qui prévaut aujourd’hui dans le pays est la conséquence des réformes entamées dans ces différents secteurs ?

A deux ans du terme d’un mandat, l’opposition qui aspire à prendre le pouvoir crée toujours une tension artificielle dans le pays. Soglo en sait quelque chose, pareil pour Kérékou. La particularité avec Boni Yayi est que la tension a commencé plus tôt que prévu et va crescendo. Bien sûr que la réforme des secteurs cotonnier et portuaire en est pour quelque chose dans la cristallisation prématurée du débat politique.

 

Quel lien avec les grèves pèle mêle ?

Ne comptez pas sur moi pour vous parler des passerelles qui existent entre le milieu des affaires, le milieu politique et le milieu syndical. Je pourrai même ajouter aussi le milieu de la presse. Tout se monde se connait et se tient.

 

Vous venez de parler furtivement de la presse. Bientôt les états généraux !

Le succès de ces grands rendez-vous dépend en grande partie de la qualité du travail intellectuel effectué par les membres du comité préparatoire. De ce point de vue, la tête rassure. Reste les autres parties du corps (Sourire)

 

Propos recueillis par A. Wandji

 

 

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