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Le triomphe de la vérité

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Edito: La chasse aux Asiatiques


logo journalLa marche vers l’Asie s’amplifie. En plus de tout ce qu’il a fait jusqu’ici pour marquer son désir d’aller en Asie, le Bénin organise depuis hier le premier forum d’affaires entre l’Inde et le Bénin. « Nous avons besoin de vous pour le développement du secteur agricole et les nouveaux moyens technologiques de communication », a laissé entendre le Chef de l’Etat à cette occasion. « La part importante que les hommes d’affaires indiens prennent dans le commerce international recommande qu’une attention particulière leur soit accordée »,  disait déjà le ministre de l’industrie,  Idrissou Affo Safiou dès le départ. Et il a raison, si l’on considère que la partie indienne a octroyé à notre pays environ 95 millions de dollars ces dernières années.
En apparence, ces propos sont simples et relèvent de la pure diplomatie.  Mais, sur le fond, ils marquent presqu’une révolution dans la conception africaine des relations entre nos pays et l’Asie. Il y a quelques années, en effet, aller chercher du financement en Chine ou courtiser des hommes d’affaires indiens ou pakistanais relevait de l’hérésie. Il fallait déployer des trésors de diplomatie pour rassurer  l’ancienne métropole. Paris tenait à maintenir son pré-carré dans une dépendance commerciale et économique aux relents de pacte colonial. Et les grandes entreprises françaises ne se privaient pas de faire leur loi sur nos terres, prenant les marchés les plus juteux, semant des guerres civiles et des coups d’Etat là où elles n’arrivaient pas à s’imposer et créant des misères  diplomatiques aux dirigeants récalcitrants : c’était la période de la Françafrique triomphante. Depuis une dizaine d’années, les Chefs d’Etats africains ont été contraints de rompre les amarres. Ils ont commencé à  diversifier leurs partenariats. Et surtout, ils font des affaires avec des pays autrefois craints.
Chinois, Indiens, Saoudiens, Quataris,  Pakistanais et autres Turcs  ont donc débarqué dans nos pays avec armes et bagages. Champions de cette course à l’Afrique, les Chinois  se sont jeté corps et âmes dans cette coopération qui leur offre une ouverture hors de la vaste Asie. La ruée vers le continent n’en a été  que plus drue. Infrastructures, agriculture, commerce, ils sont présents partout. Je ne parlerai pas des syndicalistes du Ministère des travaux publics et des transports qui dénoncent régulièrement les travers de cette mainmise presque totale des entreprises chinoises, par exemple, sur leur secteur. Je n’évoquerai pas non plus le « règne » des Indiens dans certains secteurs comme l’anacarde.
Qu’il me suffise seulement de rappeler que les bienfaits de ce partenariat win  win » (gagnant-gagnant) ne sont plus à rappeler : l’argent et le savoir-faire de l’Asie contre les matières premières et la main-d’œuvre bon marché en Afrique.
Autrement dit, les vieux réflexes du pacte colonial et de la Françafrique sont de retour. Ici, il y a juste qu’un pays européen a été remplacé par un pays asiatique. Cachées, cette fois, sous le manteau du développement et du partenariat sud-sud, ce sont les mêmes méthodes qui sont employées. Même si les hommes qui les mettent en place ont changé de même que le vocable  employé.
Le fait est qu’en accordant toute cette importance aux étrangers dans nos économies, nous privons nos opérateurs économiques de la simple possibilité de faire des affaires saines ici.
Ce patriotisme économique tire sa source d’un constat simple : il n’existe presqu’aucune entreprise béninoise  qui gagne de l’argent en Chine,  en Inde ou au Pakistan. Comme hier, il n’y en avait pas pour conquérir Paris ou New-York au moment où l’ancienne métropole s’imposait ici. Cet amer constat risque de s’aggraver si rien n’est fait pour accompagner les entreprises nationales.
En fin de compte, ce sont les Asiatiques qui gagnent de l’argent pendant que les Béninois ou même les Togolais, les Sénégalais ou les Ivoiriens comptent sur l’aide et l’investissement étranger. Les stratégies qui sont porteuses d’avenir, ce sont celles qui permettent à des Béninois de gagner ici les marchés d’ici et d’implanter ici les usines d’ici.
Ce serait peut-être de la xénophobie économique. Mais si l’on observe que les pays dits émergents (dont la Chine et l’Inde) n’ont décollé qu’en comptant sur leurs patrimoines locaux,  il est clair qu’il s’agit de la seule voie vers le développement de nos pays.

Par Olivier ALLOCHEME

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