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Le triomphe de la vérité

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Edito: Les corps déshabillés


logo journalArmés pour nous protéger, ils nous attaquent. Ce sont les corps habillés. Police, armée, gendarmerie, ils sont devenus des facteurs d’insécurité, alors qu’ils sont précisément payés pour être des sources de sécurité.
Il faut s’inquiéter de la recrudescence, ces derniers mois, des actes de banditisme opérés par les forces de l’ordre. Il y a une dizaine de jours, un policier a été arrêté à Parakou alors qu’il s’était rendu coupable du vol de deux motos garées à la fourrière du commissariat où il est en service. Il y a quelques mois, des militaires, pourtant chargés de la sécurité de la société CAJAF-COMON, n’ont rien trouvé d’autre à faire que de la braquer avec les armes mêmes qu’ils étaient censés utiliser pour sécuriser les lieux. Quelques mois plus tôt, c’est le Trésor public qui a été pris d’assaut par les militaires chargés de la sécurité des lieux. On ne compte plus, bien entendu, les innombrables barrages policiers dressés comme pour la seule gloire du rançonnement.
Tous ces exemples puisés en dehors des unités laissent imaginer ce qui se passe à l’intérieur des garnisons mêmes, des commissariats et autres brigades de gendarmerie. Les vols de portables, de motos et même d’argent y sont légions. Dans sa récente tournée au sein des garnisons, le Chef d’Etat-major général, l’Amiral Dénis Oussou Gbèssèmèhlan n’a pas manqué de rappeler ces actes de déviance qui n’honorent guère les forces de l’ordre. Il a stigmatisé le manque de vocation de certains militaires propulsés et portés à bout de bras par leurs parents. Et de menacer de sévir, d’agiter les pires sanctions….Mais le mal est là.
Il semble au contraire perdurer. Parce que les conditions de recrutement dans les corps habillés ne sont pas toujours les meilleures. Tel y a été amené grâce à ses parents qui sont des officiers. Tel autre y a accouru pour échapper au chômage. Tel autre encore ne doit son recrutement qu’à la force des arrangements qui s’opèrent par la force de l’argent. Dans le lot, quelques rares vocations subsistent. Mais le problème fondamental, ce sont les conditions de vie et de travail des hommes en uniforme.
Une partie importante des éléments de la police, par exemple, est constituée d’agents qui ne gagnent qu’entre trente-cinq et quarante-cinq mille FCFA. Sans les rackets et autres rançonnements, ce salaire dérisoire ne saurait faire vivre une famille. Nous ne saurions oublier qu’un minimum de bien-être est nécessaire à la vertu : « Virtutis Fortuna Comes », comme disent les Latins.
Mais, l’histoire récente nous a déjà donné de voir un Chef d’Etat major général condamné pour détournement de deniers publics. En cavale depuis une décennie, il constitue un contre-exemple parfait. S’il faut se fier aux bruits qui émanent de la Grande Muette, il existe de hauts gradés dont les actes répréhensibles n’ont rien à voir avec leurs soldes. Et c’est précisément à ce niveau qu’il convient de se poser des questions.
Tenus pour les plus vertueux de la République, les corps habillés n’en sont pas moins dans la République. Ils en contractent les déviances. Au lieu d’être des modèles, ils constituent, à bien des égards, des contremodèles. La réinstauration du service militaire d’intérêt national (SMIN) devrait, dès lors, faire réfléchir. A ceux qui croient que les appelés sont partis pour acquérir des notions de patriotisme par le biais des militaires, on peut déjà rétorquer que l’armée est loin de cette image d’Epinal qu’elle recèle, au seul plan éthique. Elle n’est plus cet îlot de blancheur immaculée dans un océan de noirceur.
Mais l’on ne saurait demander à une armée, à toute une armée, d’être vertueuse sur toute la ligne. On devra, au moins, exiger que les éléments que nous avons armés avec nos deniers ne retournent pas contre nous les armes que notre argent a servi à acheter. La haute hiérarchie militaire et policière, doit trouver le moyen d’enrayer, au plus tôt, cette dangereuse tendance qui menace les fondations mêmes de la république et de la paix sociale.

Par Olivier ALLOCHEME

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