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Le triomphe de la vérité

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CCIB : comme une piqûre de guêpe


Il fallait s’y attendre. Le processus électoral à la Chambre de commerce et d’industrie du Bénin (CCIB) débouche sur une véritable impasse. Et c’est une litote. L’élection qui devait avoir lieu hier, n’a pu se tenir. La commission électorale n’a même rien dit pour inviter les électeurs à s’abstenir de se déplacer ou même à garder leur calme. C’est ce qu’on appelle un véritable fiasco.
L’exécutif, qui a choisi de braver l’autorité de la Cour Suprême, s’est retrouvé devant un cas apparemment insoluble : comment contourner la Cour ? C’était un défi qui s’est révélé impossible à relever au regard des hautes barrières pénales dressées par le législateur devant de telles impostures. Il fallait y penser.
Le processus électoral en panne depuis deux ans avait pourtant connu un début de solution avec la rencontre entre le Chef de l’Etat et tous les acteurs impliqués dans la crise. Les solutions dégagées au cours de cette audience de la dernière chance avaient permis de relancer la machine électorale. Les changements opérés au sein de la commission électorale consulaire devaient permettre de réconcilier les opérateurs économiques dont une bonne partie avait des griefs importants contre sa composition et ses méthodes de travail. Mais restait la question cruciale de l’apurement des listes électorales, point d’achoppement majeur qui soulevait toutes les passions.
Les listes jugées confuses et frauduleuses, selon une partie des opérateurs économiques, devaient simplement être apurées, selon le gouvernement. Mais, c’est sans compter avec la détermination de certains opérateurs économiques qui n’entendent pas aller au vote sur la base de listes réputées mauvaises, selon eux.
La décision de la Cour Suprême exigeant non seulement l’annulation des anciennes listes mais la reprise des inscriptions sur de nouvelles, était intervenue comme un couperet. Elle mettait au pas tous les acteurs en indiquant la seule direction dans laquelle il fallait aller. En résistant à cette voie de sagesse, l’exécutif n’a pas seulement dérogé à l’obligation républicaine de légalité : il a également tué sa propre initiative.
Personne, autre que le gouvernement, ne pouvait imaginer que des élections sérieuses pouvaient se tenir dans cette situation de tension aggravée, dans un déni total et injustifié de la justice. Personne ne pouvait croire à la pertinence d’un hold up électoral, inutile du reste. Et personne en définitive ne pouvait croire qu’une initiative aussi insensée pouvait être concluante.
Mais en l’espèce, la question est de savoir comment l’on a pu laisser prospérer une telle idée totalement suicidaire. Elle est de savoir comment ceux qui nous dirigent perçoivent la légalité elle-même dans un contexte de fragilité institutionnelle comme celui de la CCIB. Ce contexte particulier a pu apparaitre certainement comme propice à toutes les remises en cause. Il a pu donner l’illusion que l’on peut tout faire au nom d’un consensus extrajudiciaire. Et ouvrir la voie à toutes les dérives.
Ce qui s’est passé était donc prévisible. Le Chef de l’Etat, garant du respect de la loi, et surtout du bon fonctionnement des institutions, ne pouvait pas donner sa caution au délitement de la situation en signant le décret convoquant le corps électoral. Il n’avait plus qu’à lire le communiqué de l’Union Nationale des magistrats du Bénin (UNAMAB) la semaine dernière : elle a clairement laissé planer des menaces sur tous ceux qui choisiraient de braver l’autorité de la loi. Il n’avait plus qu’à suivre les solutions de sortie de crise proposées par tous les acteurs, demandant de réaliser de nouvelles listes électorales, conformément à la décision de la Cour Suprême. Il n’avait plus qu’à arrêter l’enlisement.
Le pourrissement actuel nous ramène comme à la case départ. Comment l’Etat pourrait-il revenir à la légalité sans perdre la face ? C’est une question grosse de toutes les humiliations que le gouvernement voulait éviter. Dans sa position actuelle, le rapport des forces lui est défavorable. Les opérateurs économiques, observant depuis plusieurs mois les tergiversations embarrassées de l’autorité, auront bon dos de revendiquer une application stricte de la loi. Ils se feront fort d’en imposer au gouvernement, armés du camouflet de la justice et de la déveine orchestrée par le Palais. Mais ils auraient tort d’avoir le triomphe trop bruyant. Car le lion blessé…

Olivier ALLOCHEME

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