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Le triomphe de la vérité

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Maître Désiré Aïhou, avocat à la Cour : « La justice ne peut être emprisonnée aussi facilement »


Maître Désiré Aïhou, avocat à la Cour

Maître Désiré Aïhou, avocat à la Cour

Le 64ème invité de votre rubrique Sous l’arbre à palabres, s’appelle Désiré Aïhou. Avec cet avocat, nous abordons la question de l’embrigadement de la justice béninoise ainsi que des défis qu’elle doit relever. Mais il y a également la question de l’instrumentalisation de la justice au Bénin à l’heure des complots.

ET SI ON EN PARLAIT

Le milieu judiciaire béninois

Le milieu judiciaire béninois est un milieu ambiant, effervescent comme beaucoup d’autres milieux. C’est un milieu passionnant d’autant plus qu’il y a l’être humain qui est au milieu de ce centre là. Mais, il y a également le respect ou le non respect des règles de la société. C’est aussi un milieu qui n’est pas totalement exclu des soubresauts politiques. Donc, du coup, il y a tout dans ce milieu, si bien que, si on ne sait pas décanter les choses et placer chaque chose sur son chemin, on a l’impression d’un grand mélange. Et le mélange est tellement perceptible du fait que la politique veut toujours avoir l’emprise sur tout et c’est un domaine qui veut échapper aux emprises. Donc, du dehors, on a l’impression qu’il y a une sorte de confrontation. Ce qui ne devrait pas l’être.

L’ emprise de l’exécutif sur le pouvoir judiciaire

Non. Il peut tenter d’avoir une emprise sur la maison justice. Mais s’il est bien conseillé, parce qu’il n’est pas juriste à mon avis, je sais qu’un Chef d’Etat, à ce niveau là est entouré de cadres compétents. S’il est bien conseillé, il doit savoir que la justice n’est pas un domaine qu’on emprisonne aussi facilement. C’est beaucoup plus le contraire. C’est la justice qui emprisonne les autres domaines. Tout simplement parce que notre justice a déjà fait la démarcation. La justice est un pourvoir, tout comme le législatif et l’exécutif. Donc, les pouvoirs s’affrontent et ne se neutralisent pas. Et si les pouvoirs se neutralisaient, on ne serait plus dans la République, on ne respecterait plus la constitution. Je suis persuadé que le Chef de l’Etat doit être conscient de cet état de chose et que même si les pouvoirs doivent s’affronter, notamment l’exécutif, il doit y avoir des limites. Le Chef de l’Etat ne doit pas aller au delà de ses limites et chercher à emprisonner la justice. Sinon, on ne serait plus dans une République bien aiguillée, bien orientée, bien dirigée.

Maître Désiré Aïhou, avocat à la Cour reçue par la rédaction de l'événement précis

Maître Désiré Aïhou, avocat à la Cour reçue par la rédaction de l’événement précis

C’est une question de résistance

 

J’ai cette impression, parce que c’est une question de résistance. Il a un pouvoir qui est l’exécutif, et l’exécutif a l’impression qu’il est un pouvoir fort, parce que c’est le pouvoir de gestion. Partout où il y a la gestion, où il y a les ressources, on a l’impression de dominer les autres. Donc aujourd’hui, c’est l’exécutif qui perçoit l’impôt même s’il reçoit l’ordre d’ailleurs. C’est lui qui a le porte-monnaie de la République. Et on veut agir sur ce porte-monnaie en croyant qu’on a plus de force que les autres. Et je crois que si c’est cette impression que le Chef de l’Etat a aujourd’hui, il doit encore réviser sa position en estimant que les pouvoirs sont orientés de telle manière qu’il y ait une sorte d’harmonie dans la république. Il faut que cela soit fait dans les règles de l’art afin que nous ayons une république de bonne gouvernance.

L’instrumentalisation de la justice                                                                             100_0563

Ce n’est pas mon point de vue. Là, je ne peux pas dire non parce que je ne suis pas dans la tête des gens. Instrumentaliser, oui c’est possible. Mais, on ne peut pas instrumentaliser la justice. La justice est une grosse machine. On peut instrumentaliser des personnes qui sont chargés d’exercer une partie du pouvoir de la justice. La justice est tellement compliquée que celui qui est chargé de mettre en prison, ce n’est plus cette même personne qui serait à même de sortir la personne de la prison. Donc, au moment où on doit sortir quelqu’un de la prison, il doit donner son avis. Moi, je l’ai emprisonné parce qu’il a posé tel ou tel acte. Mais celui qui doit sortir, lui aussi a un pouvoir pour dire, moi je ne reconnais pas qu’il ait exercé tel ou tel acte. Je le sors de la prison. Et celui qui l’a mis en prison a des voies de recours à exercer. Moi, je ne suis pas d’accord… mais il ne peut empêcher celui qui est chargé de juger de prendre son acte. C’est ça justement la complexité de la machine judiciaire. Et aujourd’hui, ce que vous allez constater est que la justice est au centre de tout. Même si l’on va dans l’hypothèse de ce que l’on veut instrumentaliser la justice pour nuire à quelqu’un, on aurait pu nuire à celui là sans prendre par la justice. Donc, on vient encore à la justice pour pouvoir blanchir son acte. Même si c’est un faux blanchiment, on se dit, je vais me cacher derrière la justice pour avoir raison demain, sinon on va me le reprocher. Et avec les affaires dont vous avez tantôt parlé, je crois que la justice vient d’être saisie. Si les hommes qui sont chargés d’exercer la justice sont instrumentalisés, ils vont rendre compte à la même justice parce que la roue tourne. C’est vrai que lorsque chacun est placé à un poste donné, il a l’influence de celui qui est au pouvoir. Soit disant que c’est celui-là qui est de l’évolution de sa carrière. Mais, il doit se dire qu’il a un pouvoir à exercer. Et s’il l’exerce mal, il va rendre compte à la justice. On a vu des magistrats et des avocats en prison. Donc, ça veut dire que celui qui fait mal, la justice va le rattraper un jour.

La liberté du procureur de la république

 

Le pouvoir du procureur est un pouvoir ambivalent. Généralement, dans les textes, le procureur est soumis à l’autorité hiérarchique. Donc, si nous prenons notre cas, le procureur de la république est soumis à l’autorité du Procureur général près la Cour d’Appel de Cotonou ainsi que les autres procureurs puisqu’on a trois cours d’appel. Et les procureurs des Cours d’Appel sont aussi soumis à l’autorité de l’avocat général près la Cour suprême. Si vous voulez, j’ouvre la parenthèse pour dire que l’autorité judiciaire est exercée par la Cour suprême. Et pour ce qui concerne les affaires dont vous venez de faire mention, vous allez constatez que la Cour suprême est toujours en retrait, pour voir ce qui va se passer. Donc, finalement, on a l’impression que la Cour suprême n’est pas dans le jeu, alors que c’est elle qui exerce le pouvoir judiciaire réellement. Il y a cette autorité par rapport au Procureur de la république. Mais le Procureur est également sous l’autorité du ministre de la justice qui, lui, est un élément de l’exécutif. Par conséquent, le Procureur lui doit respect et obéissance. Mais les textes disent qu’il ne peut respecter les ordres que lorsqu’ils sont écrits. Ce qui veut dire qu’il a la liberté, lorsqu’on lui donne des ordres de manière orale, de ne pas les respecter. A l’audience, lorsqu’il se lève pour requérir, il le fait selon la loi et selon sa conscience. Mais, si on lui donne des instructions, il peut joindre l’instruction au dossier et dire au juge voilà ce que je veux que vous fassiez. Ça veut dire que le jour où on va lui demander des comptes, il doit être en mesure de dire qu’il avait l’injonction de respecter l’autorité. Voilà ce que l’autorité m’a dit de faire. J’ai reçu des instructions me mandant d’orienter ma procédure dans telle ou telle direction. Comme cela, il aura sauvé sa tête. Dans le cas contraire, il va rendre compte.

Les gens peuvent facilement faire la prison

 

C’est vrai que c’est la pratique que nous constatons aujourd’hui. Mais moi, je dois mettre deux limites. La première est que nous sommes en train de réviser les textes. Nous sommes dans l’évolution de ces textes. J’en sais quelque chose parce que j’ai été directeur de la législation, dans ce pays, jusqu’à l’année dernière. Donc, ça veut dire que j’ai connaissance de tous les textes de la république et je sais comment ils se montent et comment on les exerce. Nous avons aujourd’hui un nouveau code de procédure pénale qui est déjà adopté et nous attendons que cela soit mis en vigueur à travers la procédure de promulgation, qui à mon avis, a limité ce renouvellement à deux. Mais si nous nous en tenons aux textes qui sont actuellement applicables, je dois dire deux choses : il faut dédouaner les magistrats. Mettre quelqu’un en prison ce n’est pas forcément le punir, ce n’est pas reconnaitre sa culpabilité. On peut mettre quelqu’un en prison en sachant que cette personne n’a rien fait, mais l’y mettre pour son intérêt. On peut le faire pour le protéger. Ce qui veut dire que lorsque vous êtes dans un réseau et l’affaire est suffisamment grave, on peut vous amener devant le juge d’instruction. Et le juge d’instruction dira que tel qu’il voit ce monsieur, il n’est pas coupable. Mais tout pèse sur lui et s’il ne le protège pas, ils vont l’éliminer.

La sanction contre les avocats

L’avocat qui, d’une manière ou d’une autre, est sanctionné, perd sa crédibilité. Quand le Conseil de l’ordre prend la décision de vous radier, c’est publié dans les cabinets. Vous avez appris que des avocats sont allés en prison, pas parce que le Conseil de l’ordre les a radiés, mais parce qu’ils ont posé des actes comme de simples citoyens. Il y a beaucoup d’exemples que je n’aimerais pas citer. Je ne veux pas donner des noms. Maintenant, quel que soit l’acte posé, cela entache la crédibilité de l’avocat.

Mais les gens sont peu informés lorsque des avocats vont en prison

C’est votre rôle ! C’est à vous d’informer l’opinion. L’ordre prend des décisions et c’est publié dans les cabinets. C’est affiché au Conseil de l’ordre. Il y a un créneau que les journalistes peuvent saisir. Et ce serait tant mieux pour le Conseil de l’ordre qui veut que les informations soient publiées.

L’avocat, un métier malhonnête ?

 

Il faut travailler pour vivre ! Vous savez, le Béninois, quand il donne 100.000 francs dans une affaire, il a déjà donné beaucoup d’argent. Et vous pouvez traiter cette affaire pendant 5 ans. Tant qu’il n’a pas un résultat positif, vous n’avez rien d’autre. 100.000 francs, c’est vrai que ce n’est pas peu, mais si vous avez une affaire à Abomey et que vous allez trainer pendant deux ans, et que vous devez aller à Abomey environ deux fois par mois pendant deux ans, vous-même vous voyez à quel niveau se trouveront les 100.000 francs. Il y a des gens qui disent qu’ils vont chercher partout avant d’avoir les 100.000 francs, surtout s’il y a des actes d’huissier à poser. L’avocat va peut-être payer 30.000 francs à l’huissier et c’est sur le reste qu’il va remplir le réservoir de son véhicule pour se rendre à Abomey. Et avec l’état de nos voies aujourd’hui, il vaut mieux que vous alliez la veille et si vous n’avez personne à Abomey, vous devez rester à l’hôtel et le minimum pour la chambre c’est entre 12 et 15.000 francs aujourd’hui. Vous voyez donc ce que ça pose comme problème pour l’avocat. Lorsqu’on court derrière l’argent, c’est pour faire un travail, un travail propre. L’avocat est formé pour défendre la veuve et l’orphelin. Ça veut dire qu’il défend même celui qui n’a rien et croyez-moi, les avocats défendent des dossiers dans lesquels ils ne reçoivent rien du tout.

Cela vous est-il déjà arrivé une fois ?

Plusieurs fois !

 Le taux des affaires non rémunérées

Plus de 60% de dossiers dans lesquels je n’ai rien reçu. C’est vrai qu’il y a des dossiers de parents, d’amis. Il y a aussi des dossiers d’inconnus. Et c’est au tribunal qu’on vous aborde, les larmes aux yeux. Vous êtes obligés d’aider et quand vous commencez, le dossier atterrit à un moment ou à un autre sur la table d’un juge. Vous rentrez dans la procédure, vous n’avez que les remerciements et des bénédictions ! C’est peut-être de l’argent autrement, mais parfois on se contente de ça. Et il y a plein de dossiers comme ça !

Les honoraires 

Ça dépend de la nature des dossiers et, généralement, il est difficile pour l’avocat de dire qu’il va prendre une somme donnée comme honoraires. Il peut demander les frais de constitution du dossier, généralement 50.000 francs. Il va calculer un peu la Tva dessus, parce qu’aujourd’hui, les agents judiciaires du trésor sont comme les avocats. Ils sont dans les juridictions et j’ai l’impression même qu’ils notent les dossiers dans lesquels vous vous êtes constitué. J’ai l’impression que c’est sur cette base que vous recevez l’impôt. On a l’impression que les gens vous guettent sur ce terrain-là. Du coup, on demande au client, pour un premier versement, de payer la Tva et nous on reverse. Pour les honoraires, on ne peut pas le dire, car on ne sait pas pendant combien de temps on va traîner l’affaire. C’est vrai qu’en matière civile moderne notamment des référés, on peut se dire que le référé ne peut pas durer au-delà de 3 mois. On peut déjà chiffrer à peu près les dépenses, combien de fois on peut aller à l’audience, dans quelle juridictions cela se situe, parce que ce n’est pas la même chose, si on est à Cotonou, Savalou ou Pobè. Aujourd’hui, les juridictions sont multipliées et on demande une sorte de provision pour fonctionner.

Les poursuites devant la Haute Cour de Justice

 

J’ai un regard de simple citoyen et un regard de juriste. Le regard de simple citoyen me demande d’apprécier cette actualité comme si je me mettais dans la peau d’un quidam. Le simple Béninois a cette réflexion et ça m’étonne. Quand vous êtes quelque part, le Béninois vous soupçonne toujours de quelque chose. Ou bien vous détournez de l’argent, ou bien vous avez favorisé vos parents, etc. Et on demande la justice. Et à un moment donné, je me suis demandé s’il ne faut pas la justice pour clarifier cette situation pour que les Béninois commencent par faire confiance à ceux qui gèrent les affaires de la République. En fait, être ministre, ce n’est pas facile. A mon avis, c’est ne plus avoir une vie de famille. Il y a des ministres qui perdent leurs amis parce que tout simplement, ils n’ont pas le temps de les appeler. A un moment donné, en tant que simple citoyen, je me suis dit qu’il faut clarifier cette situation afin que nous sachions sur quel pied danser. S’il y a la justice à rendre, il faut rendre la justice, et s’il y a des gens à blanchir, il faut les blanchir. Quand je me mets dans la peau du juriste, je me dis que ceux-là ont posé des actes, on les a vilipendés, on les a critiqués publiquement. Qu’est-ce qu’il faut pour qu’ils se défendent ? Parce que le plus souvent, quand vous avez la machine du pouvoir contre vous, vous n’avez plus de voix. Il vous faut alors une tribune pour dire ce qui se passe. Et en ce moment, on met les choses sur la place publique et tout le monde est informé. En en ce moment-là, je crois que tout le monde va capter l’information. C’est ce que je pense de ces affaires de poursuite d’anciens ministres.

C’est du folklore

Il se pourrait que rien ne se passe. Vous savez, la Haute Cour de Justice est une machine un peu compliquée. C’est semi politique et semi-juridique. Quand on va à la Haute cour de justice, il faut passer par la case de l’Assemblée nationale et l’information est ouverte. Pour rentrer dans la voie judicaire, il faut revenir par la case de l’Assemblée.

Il faut l’autorisation de l’Assemblée d’abord 

Oui, parce que c’est l’Assemblée qui dit d’instruire. On instruit et si on a des choses à reprocher à la personne, l’Assemblée va demander de la juger. Donc, il y a deux étapes et sur ce terrain-là, il ne faut pas oublier que nous sommes Béninois et que nous sommes sensibles à un certain nombre de choses. Le Béninois prend toujours fait et cause pour le faible, qu’il ait raison ou pas, dès lors qu’il est dans une position de faiblesse. Il va le défendre. Et c‘est d’ailleurs ce qu’on constate dans l’opinion pour cette affaire de poursuites d’anciens ministres devant la Haute cour de justice. Les gens se demandent pourquoi on s’acharne contre eux. Moi, je vois les choses autrement. C’est peut-être un moyen de se défendre, d’être à une autre tribune pour parler. Il y a ce jeu de fraternité qui se joue aussi. Lorsqu’on va à l’Assemblée, ce n’est pas de savoir si l’autre ira à une tribune pour parler. Ajoutez à cela la caractéristique du Béninois. Donc, on bloque le système de la Haute cour qui ne demande qu’à être un appareil comme tout autre pour fonctionner normalement.

Faut-il alors réviser la constitution ?

Je ne sais pas. Il faut réfléchir, parce que quand vous êtes ministre ou président de la république, vous êtes justiciable des juridictions ordinaires pour tout ce que vous allez faire en tant que citoyen. Vous n’êtes justiciable pour la Haute Cour que pour des faits et actes que vous avez posés dans le cadre de l’exercice de votre fonction. En ce moment-là, on protège aussi les intérêts de la république. Il ne faut pas déballer tout sur la place, parce qu’il y a des secrets d’Etat. Celui que vous attaquez se fâche et va tout dire et là, il met la république à genoux. C’est pour cela qu’on dit que c’est à ceux qui sont initiés et qui ont la possibilité de garder le secret qu’il faut parler.

L’auto-saisine des juges

Vous avez vu en France, il y a des domaines secrets d’Etat et il n’y a que le Premier ministre pour donner l’autorisation au ministre de parler. On peut interpeller des ministres pour des affaires de corruption, etc., mais cela ne veut pas dire qu’on est impliqué dans les secrets d’Etat. A un moment donné, si cela doit amener le ministre à déballer le secret d’Etat, il faut savoir comment le faire. Je ne le dis pas par rapport au juge. Le juge à un moment donné saura ce qu’il y a lieu de faire. Mais lorsque vous l’emmenez dans une audience ordinaire où il y a le public, il va commencer par dire certaines choses. Et en ce moment-là tout le monde est informé de tout.

 Le Bénin, un Etat de droit ?

100_0566Le Bénin tend à être un Etat de droit. Nous avons tous les éléments qu’il faut pour que le Bénin soit un Etat de droit. Mais encore, faudrait-il que tous les citoyens soient suffisamment informés de leurs droits. Alors, il faut continuer l’œuvre de formation aux droits, de prise de conscience pour que les institutions de la république commencent à bien fonctionner. Moi, j’étais avocat de la police judiciaire où j’ai vu des policiers trembler devant la justice et ce ne sont pas de petits policiers, mais des hauts gradés tout simplement parce que la justice a le pouvoir de leur enlever leur titre de policier judiciaire et sans ce titre là, ils ne sont plus rien dans la police. Ils seront là à remplir la paperasse. Moi, dans ma position, je n’ai pas peur de la chambre d’accusation. Mais, eux, ils en ont peur. Je crois que si on commence par éduquer les populations en leur faisant prendre conscience de leurs droits, alors, les autres qui sont en charge d’exercer le pouvoir, vont se dire qu’il faut savoir exercer le pouvoir correctement. Il faut dire que le citoyen va quémander ses droits. Il est dans ses droits, mais, il supplie celui qui est en charge de l’exercice du pouvoir tout simplement parce qu’il croit qu’il est dans une relation de faveur, et c’est tout cela qui amplifie la corruption.

Le dossier ICC-Services

 Je connais le dossier Icc-Services et consorts pas parce qu’on m’a invité à y déposer de l’argent et j’ai refusé. J’ai une sœur et une tante qui m’ont parlé d’une institution qui fait fructifier l’argent mais moi j’ai dit que je ne donnerai pas. Moi je sais qu’une institution financière travaille avec l’argent déposé par les clients pour générer des taux d’intérêts. Et là, ça vient récompenser votre bail. Mais je n’en ai jamais vu dans le monde qui pourrait rapporter 200%. C’est donc à partir de cet instant que j’ai commencé par faire des recherches sur d’Icc-services et autres. Après, j’ai été appelé pour faire partie de la commission dirigée par l’agent judiciaire du trésor en tant que directeur de la législation. Donc, je sais ce qui s’est passé, ce que ça a coûté pour l’épargne des Béninois. Mais, lorsque j’ai commencé par travaillé sur Icc –services, j’ai compris que ceux qui gèrent ces institutions se sont aussi trompés parce qu’ils faisaient des versements par systèmes électroniques interposés et les gens leur promettaient le ciel et la terre. Et pour mieux les attirer, on sert effectivement les taux d’intérêts pour les premiers versements. Effectivement, le moment arrive et on leur sert les 200%. Ce qui fait qu’ils remettent suffisamment d’argent et ces sites ferment du jour au lendemain. Comme ils n’ont rien d’autre que l’adresse électronique, quand le site ferme, ils ne savent plus comment les joindre. Ils ne savent même pas dans quel pays ils sont. Certains maitrisant le système vont vers des privés mais les autres continuent par faire confiance aux sites internet. A partir du moment où les premiers ont perdu, il y a perte en cascade. Mais il y a une moralité derrière tout ça. Nous sommes dans un pays où il n’y a pas de contrôle des actions des citoyens. Une institution financière travaille en vendant et en achetant l’argent, mais l’argent étant un produit spécial, ces institutions sont surveillées. La première institution de surveillance, c’est le ministère des finances à qui on a donné le pouvoir de réglementer le domaine. Ensuite, nous avons les institutions comme la BCEAO qui ont le pouvoir de contrôler également tout ça. Si bien que lorsque la chose se passait avant que cela ne prenne une certaine ampleur, les institutions du ministère des finances auraient dû aller faire le contrôle. J’ai l’impression qu’on a laissé faire et maintenant que c’est arrivé, on commence par parler. On parle d’Icc et consorts, l’agent judiciaire du trésor, mais personne n’indexe le ministère des finances. Si on est arrivé, c’est parce qu’il y a eu du laxisme. Personne ne l’a dit. Mais, c’est important de le souligner. J’ai l’impression que le peuple béninois n’est pas suffisamment informé sur la manière dont on a géré la chose. Et on constate qu’il y a une commission et des gens en prison. Pire, la commission n’étant pas judiciaire, elle ne devait même pas exister. J’ai vu des collègues s’en offusquer. Quand les difficultés sont survenues, le ministère des finances a demandé des enquêtes. Tous les procureurs ont été associés pour effectuer le recensement des institutions sur tout le territoire national avant même qu’il n’y ait eu des plaintes. Evidemment, quand ça a commencé, ce sont les procureurs qui ont été les premiers informés. Et ça a commencé par Calavi. La population s’est soulevée pour charcuter un monsieur. Et là, le procureur était obligé de les arrêter lui et quelques uns de ses collaborateurs pour atténuer la colère de la population. Les autorités politiques ainsi que le président de la république ont été saisis et il a demandé des conseils. C’est là qu’il a été décidé de mettre en place une commission semi-juridique semi-politique. On a mis le procureur adjoint de la république et après, on a constitué une autre commission dirigée par Mme Sévérine Lawson. Le rôle de cette commission était juste de se plaindre si elle sent qu’il y a violation de la loi. « Plaignez-vous à la première commission qui va se plaindre au procureur ». A la commission de madame Lawson, on a dit, « faites en sorte que le problème soit réglé, que les citoyens rentrent dans leurs droits ». Cette commission est souvent critiquée. Car, elle s’ingère dans le judiciaire. Elle n’est pas compétente pour sortir les gens de la prison. C’est le juge d’instruction qui va s’en charger et il lui faut des informations. On en était là, quand les choses se sont compliquées. J’ai ouïe dire que des politiciens ont demandé aux gens de ne pas payer et que dès que les élections vont passer, plus personne ne s’occupera de cette affaire. Donc certains ont commencé par grogner. Le procureur de la république avait demandé à la BCEAO ce qu’il fallait faire. La BCEAO a gelé les comptes des institutions concernées. Dès que la commission a été constituée, la BCEAO a demandé à se retirer de ce dossier en libérant les comptes gelés. La première commission composée du procureur adjoint a décidé de confisquer les biens, à son tour. Ce qui a fait crier les gens. Le gouvernement, avec la commission dirigée par Mme Lawson a négocié pour que leur argent qui est à la banque puisse servir au début des remboursements. Mais ce sont eux-mêmes qui devaient faire un virement dans les comptes du trésor après que le procureur a procédé à la main levée. Cela a fait objet de critiques et il y a de petites informations qui ont circulé. L’affaire est toujours en cours parce que les gens ont commencé par payer, mais, ont arrêté à un moment donné.

Rembourser tous les épargnants

Je ne suis pas sûr qu’on puisse trouver de l’argent pour rembourser tous les épargnants parce que, ceux qui ont pris l’argent ont fait des réalisations et la question c’est de savoir si ce qui a été réalisé est à la hauteur de leurs créances ? Je ne crois pas. Mais, il y a aussi des gens qui se sont plaints mais sur du néant. Aujourd’hui, il n’y a pas de bases fiables pour faire l’analyse de la situation et pour avoir une idée précise de ce que les gens doivent réellement. Mais l’Institut national de la statistique et de l’analyse économique (Insae) a fait une étude du terrain. Encore faudrait-il qu’ils puissent trouver des informations fiables.

Le procureur s’est-il planté ?

(Rires) Non je ne crois pas. C’est une affaire politico-judiciaire et sociale. Le procureur ne demande qu’à ceux qui ont trop perçu de verser le trop perçu parce qu’ils étaient dans une institution illégale. Mais il sait qu’il y a des gens d’une certaine notoriété qui ne veulent pas qu’on sache qu’ils y avaient déposé de l’argent. A mon avis, il est en train d’utiliser l’angle social politico-juridique.

Mot de conclusion

Mon mot de conclusion sera à double volet. Je m’interroge chaque fois je suis dans mon rôle social. Je me demande si je communique bien avec mes frères et sœurs pour qu’ils prennent conscience de notre situation. Je ne vais pas me priver de cette remarque quand je suis en face des communicateurs. Nous ne communiquons pas et n’informons pas comme il le faut. On est informé de ce qui se passe à l’extérieur via la technologie. Et je me demande ce qui se passe avec ceux qui sont dans les zones reculées et n’ont pas cette chance. J’ai l’impression que nos journalistes ne communiquent pas comme il faut. Ils ne pénètrent pas nos communautés. Moi, si on ne m’informe pas de ce que fait le Chef de l’Etat aujourd’hui par la presse béninoise, je le saurai. Mais, c’est la presse locale qui doit m’informer de ce qui se passe à Ouèdo, Tchaourou, Bantè, Lalo. Ce n’est pas à France 24 de le faire. La vie est différente dans certains villages. J’ai vu un forestier aller confisquer la viande dans la sauce d’une dame et s’en est allé avec toute la marmite. Il se justifie en disant qu’elle n’a pas reçu l’autorisation. Cela parait ridicule mais c’est une réalité. Et je vous dis que cela s’est passé à Paouignan. En ce moment, j’étais encore étudiant. Je ne comprenais pas et je me suis demandé pourquoi. Au même moment, il y a autre femme, l’épouse à mon oncle, gendarme, dont la marmite n’est jamais saisie. Là, moi je me suis révolté quand on m’a menacé de me garder à vue. C’est quand ils ont constaté que je suis le neveu du gendarme et que je suis à Cotonou qu’ils ont pris de recul. Là, ils ont commencé par parler de la loi et d’autorisation. Je me suis dit que bientôt, il va commencer par arrêter les mortiers, les ignames et commencer par piler chez lui. Et je constate que les pratiques continuent toujours dans cette même localité. Car, une fois, il y a un maire qui a voulu m’embêter. Je suis allé chercher un document chez lui, parce qu’il m’a dit de venir tôt car il doit aller au champ. Mais il a dormi jusqu’à 10 heures le jour là, et à 11 heures, il me dit de revenir le soir. Et quand j’ai protesté, il a commencé par me menacer en disant à ses collaborateurs d’aller me chercher des gendarmes à Dassa. Je lui ai dis de me laisser me rendre là-bas avec lui. On se rend à Dassa et le brigadier qui me connaissait parce que j’ai été son professeur m’interpelle. C’est là que ce maire a tiqué. Je lui ai dit que c’est ce monsieur qui veut m’arrêter et je suis venu me donner. Quand le maire a demandé de ne pas m’écouter. Par la suite, il a compris que je suis avocat et a dit que je ne lui avais pas dit cela. Je lui réponds que je ne dois pas afficher mon titre d’avocat partout où je passe. Je lui ai dit que j’ai même appris qu’il a fait arrêter deux élèves déjà. Quand il a dit non, qu’il n’a pas voulu les emprisonner et que les gendarmes n’ont qu’à les libérer. Devant moi, il leur a dit d’aller s’habiller et rentrer. C’est de là que j’ai voulu que la presse pénètre ces localités pour dénoncer les abus qui s’y produisent. Donc, je suis parfois fier d’être avocat parce que je peux aussi contribuer à cela.

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One thought on “Maître Désiré Aïhou, avocat à la Cour : « La justice ne peut être emprisonnée aussi facilement »

  1. Franck ACAKPOVI

    C’est la première fois que je visite votre site et j’ai aimé la rubrique « Sous l’arbre à palabre » et l’opinion de maître AïHOU Désiré. En parcourant sa conclusion, je suis révolté par la brimade et l’excès de zèle de certains fonctionnaires qui abusent quotidiennement des citoyens qui s’échinent à payer des impôts et taxes qui contribuent à leur payer salaires et autres avantages.Vivement que la presse descende dans les confins les plus reculés du pays pour dénoncer les »atrocités » que subissent les populations. cela peut être une option de votre journal.
    Bien à vous

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