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Le triomphe de la vérité

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SOUS L’ARBRE A PALABRES DU CONSEILLER TECHNIQUE, ERIC ADJA:« Aidons le président Boni YAYI à aller jusqu’au bout de sa mission»


« Sous l’Arbre à palabres » reçoit pour vous aujourd’hui  Dr Eric Adja, Directeur Général par intérim de l’Observatoire International des transferts de fonds des migrants (OITFM) des Pays les moins avancés (PMA). Il passe en revue entre autres  la problématique de l’emploi des jeunes au Bénin, la qualité de  la formation offerte dans les universités publiques, le fonctionnement de l’OITFM de même que du FNPEEJ. Aujourd’hui, exemple de la jeunesse béninoise montante depuis l’avènement du régime du changement, Dr Eric Adja pense que malgré les difficultés, l’on doit

Eric Adja

Eric Adja

soutenir le combat du Chef de l’Etat pour le développement du pays et contre la corruption dans la République.

Dr Eric ADJA : Je voudrais vraiment féliciter l’équipe de l’Évènement Précis, pour le travail de qualité de votre journal. Nous étions récemment, au cinquième anniversaire, et je crois que nous avons pu témoigner de ce que nous avons vu pendant ces années où « L’Evénement Précis » a pu, jour après jour, « faire l’évènement » au sein de la presse béninoise. Cette qualité se remarque également au niveau des distinctions et des prix qu’ont reçu beaucoup de journalistes parmi vous. « L’Evénement Précis », je crois, est l’un des organes de presse dont les journalistes ont reçu le plus de distinctions au Bénin parce que le directeur de publication fait la promotion de ses collaborateurs. Il fait preuve d’esprit d’initiative et d’équipe. Et je sais que bientôt, il y a parmi vous des journalistes qui iront en France pour le renforcement de leurs capacités. Pour moi, l’Évènement précis, c’est comme une pépinière de journalistes de qualité dont le pays a besoin. C’est également une jeune entreprise de presse, un exemple de ce qu’on peut faire dans d’autres domaines pour encourager l’entrepreneuriat des jeunes. C’est comme cela que je considère « l’Evénement Précis », que j’encourage à aller plus loin.

Des responsabilités internationales

Oui. Depuis fin 2011, avec l’accord du Chef de l’Etat, j’exerce des responsabilités internationales, au service des 48 pays les moins avancés (PMA). Ce qui m’amène souvent hors du pays. Mais, je suis attentivement ce qui s’y passe, avec la chance d’avoir du recul dans l’analyse et l’interprétation des événements.

 

Sa lecture de l’actualité socio-politique au Bénin 

L’on ne peut nier que le pays traverse des difficultés économiques et sociales réelles ; mais l’on aurait tort de les attribuer uniquement au gouvernement, sans prendre en compte le contexte économique international, qui influence également notre pays. Nos économies et nos sociétés ont besoin de se réformer et de se transformer en profondeur, pour entrer réellement dans la modernité. Au niveau politique, nous aurions moins de crises si les Béninois connaissaient mieux le Président Boni Yayi et sa vision pour le Bénin. Avec le recul, j’ai l’impression que les Béninois ne connaissent pas vraiment la volonté et la vision de celui qui les dirige ; j’ai l’impression que depuis 2006, les Béninois, notamment la classe politique se sous-estiment et sous-estiment ou mésestiment la grandeur et la sincérité des ambitions de Boni Yayi pour ce pays. Donc, c’est comme si, chacun, accroché à ses intérêts,  attend tout du Président, pour faire tourner le pays comme par une baguette magique, alors que chacun peut jouer sa partition, où qu’il se trouve, à l’intérieur ou à l’extérieur, pour faire avancer le Bénin, dont le développement devra profiter au plus grand nombre, notamment aux jeunes en quête d’emploi.

 

La problématique de l’emploi des jeunes

 

Ça fait mal, très mal. Deux tiers de la population béninoise est composée des jeunes. Donc, les problèmes de l’emploi et du chômage sont profonds parce que liés d’abord à l’inadéquation entre la formation et le monde professionnel. Notre formation était conçue, au départ, pour fournir des cadres à l’administration. Et maintenant que l’administration a atteint le seuil de saturation, il faut savoir comment créer des filières pour recruter les jeunes dans les entreprises. Pour moi, en un mot, le problème de l’emploi au Bénin est lié à l’inadéquation entre formation et milieu de travail, mais aussi, à une inadéquation entre les besoins réels de notre économie et la formation des jeunes. En réalité, les pays développés forment leurs jeunes pour l’économie, selon les ressources naturelles à exploiter et selon les secteurs et la structure de leur économie. Mais nous, nous formons les jeunes d’abord pour l’administration. Alors que notre économie aujourd’hui se trouve de moins en moins connectée à l’administration. C’était au temps colonial où notre économie avait surtout besoin de cadres pour l’administration. Maintenant, on a besoin de cadres pour l’économie. Donc, c’est un tournant important que nous devons négocier pour l’avenir. Former des personnes pour l’économie réelle de notre pays. Et l’économie réelle de notre pays actuellement, c’est l’agriculture, l’agro-alimentaire, ce sont les services. Voilà pourquoi les formations dans ces domaines devraient avoir la priorité. C’est par l’adéquation formation et priorités économiques que les pays développés ont réussi leur décollage économique. La Chine, l’Inde, Singapour, tous ces pays du Sud-Est de l’Asie ont investi massivement dans la formation, surtout informatique et dans le secteur tertiaire en général. Les jeunes indiens sont aujourd’hui disputés sur le marché de l’emploi au niveau mondial. L’Allemagne, par exemple, n’hésite pas à plaider pour que le gouvernement indien accepte le départ de centaines de jeunes informaticiens indiens pour l’Allemagne chaque année. Voilà le paradoxe. D’un côté, certains jeunes africains se plaignent de ne pas avoir d’avenir dans leurs pays et cherchent désespérément à émigrer vers l’Europe. De l’autre côté, ce sont des pays européens qui s’arrachent les jeunes d’autres pays : la différence, c’est la formation, la qualité des ressources humaines que nous mettons sur le marché mondial des compétences. Donc, une des solutions à préconiser, c’est une meilleure politique de l’emploi  qui tienne compte du paysage sous-régional et international. C’est une des innovations à renforcer dans notre politique de l’emploi ; pour aller au-delà du marché national. La mondialisation doit nous inciter à voir la problématique de l’emploi pas seulement du point de vue national, mais également sur les plans sous-régional, panafricain et mondial.

 

Une critique  indirecte de la politique de l’emploi ?

 

Non, au contraire, je suis en train de donner des idées complémentaires. D’ailleurs, je sais qu’il y a maintenant au niveau de l’ANPE (Agence nationale pour la promotion de l’emploi) une vision et un département en charge de l’emploi à l’international, pour le placement des cadres béninois à l’international. Et aussi pour réfléchir à la réintégration professionnelle de nos compatriotes de la diaspora qui souhaitent rentrer au pays.

Je sais que le Président de la République, dès son arrivée au pouvoir en 2006, a pris la mesure du problème de l’emploi des jeunes. C’est pourquoi, un an après, c’est-à-dire du 09 au 10 Mars 2007, il y a eu un forum sur l’emploi des jeunes dont j’ai présidé le comité de suivi des recommandations pendant quelques années. Et nous nous rendons compte que les recommandations de ce forum ont été suivies en partie, avec la création d’un Fonds national pour l’entrepreneuriat et l’emploi des jeunes (FNPEEJ) qui a eu une dotation de départ de cinq milliards (5.000.000.000) de francs Cfa.

Le FNPEEJ

Il a été malheureusement confronté, en amont, au manque d’expérience des jeunes à gérer une entreprise, et au manque de suivi des jeunes, en aval. Ce qui a fait que certains jeunes se retrouvant avec cinq millions ou vingt millions de francs, alors qu’ils n’ont jamais compté un million, ont fait certaines dépenses de prestige et certains se sont volatilisés dans la nature, changeant de numéro de téléphone, changeant de domicile et devenant injoignables. Pourtant, malgré ces difficultés, le FNPEEJ a permis la création de plusieurs entreprises. Des jeunes conscients ont eu vraiment à réaliser des projets sérieux et viables, malgré le contexte social et culturel de notre pays qui n’est pas toujours propice à l’entreprenariat.

 

La formation des jeunes à l’université

Si on s’en réfère aux curricula des formations, chaque enseignant essaie de finir au mieux le programme qui lui a été donné par le département, la faculté ou l’université. Ainsi, les enseignants béninois, dont je fais partie, donnent le meilleur d’eux-mêmes, malgré les difficultés ou malgré les questions de salaires qui ont, du reste été largement améliorées sous le régime du changement. Cependant, si on se réfère au contenu de ces curricula par rapport aux besoins réels du marché du travail et de l’économie, on peut douter de la qualité de certaines formations puisque l’un des soucis de nos étudiants est de savoir ce qu’il adviendra d’eux après leur formation.

 

Les enseignants sont comme coupés du monde

 

Ma réponse sera la même. C’est la réponse dite du Normand. C’est oui et non à la fois. Oui, il y a un certain nombre d’enseignants qui sont coupés des réalités locales, surtout quand ils sont dans la recherche pure et fondamentale, dans un certain nombre de matières qui, bien évidemment, les projettent dans les stratosphères intellectuelles. Mais, tous les enseignants ne sont pas coupés de la réalité, puisqu’ils vivent dans cette réalité. Le problème se situe au niveau du système global de l’éducation nationale dans notre pays. La réforme est à opérer au niveau du système. Individuellement, chacun fait déjà beaucoup d’efforts. Nous devons maintenant  entrer dans une phase de transition et de transformation de notre économie. Voilà un des défis pour la gouvernance actuelle et future. Une piste concrète : nous avons besoin d’une vraie politique du Nigéria ; une institution (agence ou office), spécifiquement chargée d’intensifier et de fructifier nos relations économiques avec le Nigéria pourrait apporter énormément de valeur ajoutée à notre économie. Souvenez-vous, par exemple, de cette idée du Professeur Albert Tévoèdjrè, quand il était ministre du développement ; il avait lancé un projet d’enseignement du Français au Nigéria par les jeunes béninois. Il s’est rendu compte que beaucoup de Nigérians ont besoin du Français et que des jeunes universitaires béninois au chômage peuvent enseigner la langue française à nos voisins. Mais cette expérience n’a pas été poursuivie. Pourtant, c’est cela une économie innovante. Il y a des demandes et des besoins clairement identifiés, et l’on forme des ressources humaines pour répondre à ces besoins. Cela crée de l’emploi, de la richesse et à terme, l’accumulation de ressources dont notre balance commerciale a besoin pour son équilibre.

 

Des exemples concrets

J’ai présidé le Comité de suivi des recommandations du forum national sur l’emploi des jeunes, dont le FNPEEJ a été un résultat. Nous avons organisé des tournées nationales pour rencontrer des jeunes promoteurs du FNPEEJ. A côté des échecs, nous avons vu, dans chaque département, des jeunes qui ont réussi avec le FNPEEJ, malgré les épreuves sur le terrain. L’exemple que j’ai en tête, c’est celui d’une jeune dame de Parakou qui produit des champoings, démêlants et des défrisants pour les soins des cheveux. Ce qu’on a remarqué, c’est que la clientèle de cette dame ne s’arrêtait pas à Parakou. Elle a réussi grâce au financement du FNPEEJ, à fournir le marché local et à exporter vers le Niger, le Burkina et dans les pays environnants. Elle a vraiment réussi. Et elle n’est pas l’exception. Car, il y a ailleurs d’autres jeunes qui réussissent aussi. On a constaté que le succès de cette dame était lié à une chose : l’étude de marché était bien faite. Son plan d’affaires était cohérent. Ceux qui ont réussi ont bénéficié également d’un suivi rigoureux. Je ne pourrais mentionner tous les exemples. Mais, il y a vraiment des jeunes qui ont réussi grâce au FNPEEJ et aux efforts du Ministère en charge de l’emploi des jeunes. Ceux qui ont échoué, ce sont ceux qui n’ont pas un bon plan d’affaires, ou qui se sont fait rédiger leurs plans d’affaires, sans se l’approprier réellement, ou qui n’ont pas été réellement suivis, pour prendre les décisions de gestion appropriées à leur entreprise. Je connais l’exemple d’un jeune bénéficiaire du FNPEEJ dans le Couffo, qui a obtenu 9 millions F CFA, sur un montant total de 17 millions de F CFA, pour une petite usine de production d’huile de palme. Il a acheté tout le matériel de l’usine mais, n’avait plus d’argent pour l’achat de la matière première et les fonds de roulement. Il n’avait pas prévu le fait qu’il n’aurait pas la seconde tranche du fonds rapidement. Si le suivi avait détecté cette situation, l’intéressé aurait pu redimensionner son projet pour que la première tranche de 9 millions puisse suffire à produire de l’huile de palme et des résultats, indépendamment de la seconde tranche. Voilà l’une des erreurs que beaucoup de jeunes bénéficiaires ont commises. Certains n’ayant pas été suffisamment prudents, prévoyants ou modestes, pour utiliser la part reçue, d’une façon qui puisse suffire à l’amorçage de leurs projets. Beaucoup de jeunes ont été piégés par l’illusion de l’argent facile et ont fait face à la dure réalité du métier d’entrepreneur, qui se cultive et se forge au fil des années, dans la rigueur et les contraintes auxquelles peu étaient avertis, préparés ou habitués.

 

Les recommandations du forum de l’emploi des jeunes mises en application 

La première recommandation appliquée, c’est l’information des jeunes sur le marché du travail, notamment  l’information sur l’emploi en milieu rural. Une autre recommandation mise en œuvre, c’est l’accès au financement des jeunes par le crédit (d’où le projet du FNPEEJ). A ce niveau, il faut souligner que le ministère en charge de l’emploi des jeunes a beaucoup œuvré dans ce domaine ; nous avons également une recommandation portant sur les projets à haute intensité de main d’œuvre, c’est-à-dire, les grands projets qui emploient beaucoup de personnes. Donc, l’on peut dire sans démagogie que le gouvernement a mis en œuvre un nombre important de recommandations du forum sur l’emploi des jeunes.

 

Une évaluation à la date d’aujourd’hui ?

Oui, il y a, par exemple, eu des recrutements importants au niveau des enseignants. C’est une recommandation des jeunes que le Chef de l’Etat a prise en compte, en transformant les statuts de communautaires, vacataires etc. en un statut unique de contractuel de l’Etat. Certes, on peut mieux faire. Mais, si on n’avait pas fait ce qui a été fait, ce serait catastrophique. Il faut apprécier ce qui a été fait. Il y a encore beaucoup à faire parce qu’il y a beaucoup de jeunes qui sortent des universités qui ont beaucoup de frustrations étouffées, car sans emplois, sans espoir et sans avenir. Il nous faut faire davantage ; imaginer par exemple une initiative massive pour l’emploi ; nous devons éviter que nous explose à la figure ce qu’on peut qualifier de bombe C (chômage).

 

Une mauvaise gouvernance 

Je dirais plutôt qu’il reste du chemin à faire. Nous constatons la difficulté réelle à trouver des solutions durables au problème de l’emploi des jeunes. On ne peut pas parler de mauvaise gouvernance, vu la complexité de la question du chômage des jeunes. Il faut remarquer aussi parfois une mauvaise organisation et la mauvaise volonté de certains jeunes à la base. Les organisations de défense des intérêts des jeunes ne fonctionnent pas bien. Donc, les jeunes aussi, de leur côté, sont souvent restés comme passifs, découragés, fatalistes et politiquement divisés. Mais, le gouvernement, le Président Boni Yayi, selon moi, a beaucoup fait pour la jeunesse. Il n’a pas été suffisamment suivi et la jeunesse n’a pas été souvent au rendez-vous.

Allocation partisane des fonds ?

Tout dépend de la façon de voir les choses. Le microcrédit aux plus pauvres et le FNPEEJ ont, peut-être, été victimes des contextes électoraux du pays. Mais, on ne pouvait pas les reporter aux calendes grecques… D’abord, c’était en 2007 où on préparait les législatives et puis après il y a eu les élections locales en 2008, puis les préparatifs de la présidentielle de 2011. Vous voyez qu’à part les élections qui mobilisent tant d’énergies, le temps dont dispose un Chef d’Etat pour se consacrer au développement au Bénin est court…

Des jeunes à qui l’on a demandé des nouvelles de leurs amis  qui n’ont pas remboursé leurs crédits ont donné des réponses étonnamment désinvoltes, et qui font réfléchir. Ils ont dit à peu près ceci : « pourquoi nous parle-t-on encore de cet argent ? Savent-ils comment nous avons contribué au K.O de 2011 ? …»

Ainsi, certains jeunes considèrent l’argent emprunté comme un butin électoral ; c’est grave. Et cela montre en partie comment la politique peut piéger le développement dans notre pays. Ce qui veut dire que même si ce n’était pas de façon volontairement politique que les crédits étaient octroyés, la réception et l’interprétation sur le terrain ont pu être effectivement politiques. Ce ne serait pas responsable pour des autorités d’octroyer des fonds en disant aux gens de ne pas rembourser. Cette hypothèse pose le véritable problème de notre développement. La politique politicienne fait feu de tout bois et est partout dans ce pays. La politique devient parfois comme une pieuvre dont les tentacules se propagent partout, pervertissent et contaminent les meilleures idées et intentions et parfois dénaturent les bons projets de développement.

Les responsabilités

C’est la faute à tous, aux gouvernés comme aux gouvernants. Aux gouvernés parce qu’ils se disent que la politique est comme un raccourci pour la promotion sociale et aux gouvernants parce qu’ils n’ont pas réussi à convaincre les gouvernés que ce n’est pas un raccourci ; parce que, eux-mêmes, parfois effectivement donnent cette image soit en n’expliquant pas, soit parce que, n’ayant pas mérité d’être là, ne peuvent donner de leçon à personne. C’est donc dire que les populations voient en eux plus des militants que des méritants ; les gens voient que celui-ci n’a pas mérité le poste, mais il a milité. Donc, il y a une dialectique entre le méritant et le militant dans l’accès des postes dans notre pays et cela pose des problèmes à régler dans notre administration. En réalité, si vous ne prenez pas aussi les méritants, c’est que l’excellence est piégée. Mais si vous ne prenez pas le militant qui a travaillé sur le terrain pour que vous puissiez prendre le pouvoir, votre pouvoir est aussi piégé parce que demain, qui ira sur le terrain « mouiller le maillot » pour vous donner ce pouvoir ? Voilà une équation de gouvernance qui pourrait être résolue en encourageant d’une part les méritants à militer et d’autre part, les militants à mieux se former pour mériter davantage leurs positions.

 

L’OITFM

L’OITFM (www.oitfm-pma.org), c’est l’Observatoire International des transferts de Fonds des Migrants des Pays les moins avancés (PMA). En réalité, c’est une structure internationale dont la création date de février 2006, au cours de la Conférence des ministres des PMA, la dernière conférence internationale organisée par le régime Kérékou à Cotonou, au moment où le Bénin présidait le groupe des PMA aux Nations Unies à New York. Cette conférence qui avait réuni les PMA (au nombre de 48 actuellement, après la sortie du Cap Vert dont les indices économiques se sont fortement améliorés) avait pour but d’étudier comment améliorer la mobilisation des ressources de la diaspora des PMA en direction de leurs pays respectifs. Par exemple,  selon les chiffres de l’INSAE, le Bénin compte entre 3 et 4 millions de ses ressortissants à l’étranger. Chacun de ces ressortissants envoie de l’argent à sa famille, pour subvenir aux besoins de base (nourriture, santé, scolarité, etc.). Cet argent est souvent envoyé par voie informelle. Par contre, une autre partie de cet argent peut être investie dans le secteur productif. C’est ainsi qu’en 2007 par exemple, les Ghanéens de l’extérieur ont été sollicités pour le rachat d’entreprises ghanéennes (notamment dans la télécommunication), à travers l’émission d’une obligation sur le marché international qui a été dénommée «Golden Jubilee Bond» et qui a connu un franc succès en levant des fonds importants. Donc, pour répondre à des besoins de financements innovants et aider les pays à lever des fonds sur le marché obligataire, la diaspora peut être un recours à étudier. L’Observatoire a été créé pour voir comment encourager les migrants des PMA à devenir une source de financements du développement. Le siège de l’Observatoire est ici à Cotonou au Bénin. Une unité focale de l’OITFM est à New York auprès des Nations-Unies et nous sommes en train d’installer une unité à Paris en France, qui est l’un des pays qui compte le plus de migrants en Europe. Car, il faut être proche d’eux afin de les sensibiliser sur la manière dont ils peuvent aider, au mieux, leurs pays d’origine. Donc l’OITFM dont je suis le Directeur général par intérim par le Bureau de Coordination des PMA à New-York a pour but de mener des études, des plaidoyers et de piloter des  projets envers les pays membres, pour faire de la diaspora un levier de financement du développement.

Un point sur vos actions

Selon les chiffres de la BCEAO, en 2010 les Béninois ont envoyé plus  de 100 milliards de F CFA au Bénin. Ce qui n’est qu’une estimation, car l’on peut savoir à peine le montant de ce qui est envoyé par voie informelle ; vous imaginez un peu le montant ? Depuis 2011, nous avons mené une étude sur l’impact des montants transférés sur la consommation des ménages au Bénin. Que font-ils en réalité de l’argent reçu? Cette étude a été menée en partenariat avec l’OIM, l’Organisation internationale des migrations et l’INSAE (Institut national de la statistique et de l’analyse économique). Nous l’avons réalisée sur trois grandes villes du Bénin à savoir Cotonou, Porto- Novo et Parakou. L’atelier de restitution a été organisé le 30 octobre dernier au Ministère des Affaires étrangères et a permis de comprendre comment mieux conseiller la diaspora dans ses projets d’investissement au Bénin. Au niveau international, nous avons démarré les études dans 4 pays pilotes, dont deux en Asie, le Népal et le Bangladesh, ainsi que Haïti en Amérique Latine et le Lesotho en Afrique. Ce sont les 4 pays qui reçoivent plus de fonds de leur diaspora en proportion de leur PIB, selon les chiffres de la Banque mondiale (2010). Donc, le Bureau des PMA à New-York les a choisis pour que l’OITFM fasse une étude comparée, afin de voir, à l’échelle des 48 PMA, quelle politique de transfert des fonds des migrants pourrait aider leurs économies respectives. La preuve, c’est que le Cap-Vert qui a quitté les PMA a réussi en grande partie son décollage économique grâce à sa diaspora basée aux USA. C’est le mandat de l’OITFM : aider à mobiliser les financements de la diaspora pour investir dans les différents secteurs de l’économie des PMA.

 

L’impact des fonds des migrants

 

Les grandes lignes, c’est que les fonds qui sont envoyés contribuent à réduire la pauvreté des ménages et agissent au niveau de la balance commerciale. C’est dire que si ces fonds ne venaient pas, la pauvreté serait plus grande. Il y aurait des enfants non scolarisés faute de moyens et des personnes non soignées. Il y a vraiment un impact à court terme, surtout sur les dépenses des ménages. Nous voyons également le long terme et l’autonomisation financière des ménages qui reçoivent ces fonds. Par exemple, si vous avez des problèmes de santé et que votre parent a les moyens de souscrire, pour votre compte, à une assurance maladie privée en France qui est en partenariat avec des centres de santé au Bénin, on essaiera de voir comment l’assurance là-bas peut vous prendre en charge. Voilà des mécanismes qui existent déjà et qu’il faudra adapter à notre contexte. C’est un autre visage de la solidarité Nord-Sud, ou Sud-sud, via le Nord. Dans ce cadre, il y a des projets en cours avec les Sénégalais et les Maliens et dont le Bénin peut s’inspirer. C’est qu’au niveau de certaines pharmacies, il y a des polices d’assurance qui font que les médicaments sont prépayés en faveur de la famille restée au pays. Vous avez un compte au niveau de la pharmacie. Donc, quand vous avez un problème de santé, vous pourrez vous rendre à cette pharmacie qui est déjà conventionnée. Ainsi, vous pourrez avoir accès au médicament et aux soins, sans débourser de l’argent. Car la maladie peut arriver à un moment où vous manquez d’argent. L’avantage en réalité, c’est pour permettre aux familles de tenir face aux coups durs, mais nous devons développer une réelle autonomie financière, sur la base des fonds envoyés par la diaspora et gagnés difficilement.

La coopération entre notre pays et sa diaspora

Pas totalement, parce que le Bénin gagnerait à associer davantage la diaspora à ses ambitions de développement. Nous avons par exemple, le Haut conseil des Béninois de l’extérieur (Hcbe) qui regroupe les Béninois qui sont dans le monde. Nous plaidons pour une meilleure intégration du Hcbe dans les débats sur l’économie du pays, même s’il faut reconnaître la volonté politique claire du Chef de l’Etat dans ce domaine, ainsi que les efforts du Ministre en charge des Affaires étrangères. Nous aurons bientôt, avant la fin du mois de mai à Paris, une table ronde sur l’investissement au Bénin. Je plaide pour que la diaspora soit associée à la préparation et à la réussite de cette table-ronde. Au plan politique, certains pays, par exemple, octroient des sièges à leurs ressortissants à l’extérieur. Je plaide pour qu’il y ait au parlement Béninois, des sièges de députés Béninois de l’extérieur, comme c’est le cas en France où on a des députés qui sont élus parmi les Français de l’extérieur. Cela participerait du renforcement de notre démocratie, que l’on puisse créer à l’Assemblée nationale un certain nombre de sièges de députés pour représenter les Béninois de l’extérieur qui sont des citoyens à part entière et qui investissent dans leur pays. Donc, on peut faire mieux, pour une meilleure intégration des Béninois de l’extérieur.

 

Les coûts de transfert des fonds

Les frais d’envois sont importants au niveau des principaux opérateurs de transferts de fonds sur le marché. On a démontré que si on arrive à réduire de moitié ces coûts, cela pourrait générer des milliards de francs CFA pour booster l’investissement productif au sein de la diaspora. Il y a un vrai travail à faire au niveau de la coopération internationale, notamment avec l’UEMOA, l’Union européenne, les ministères des finances des pays européens concernés, etc. pour faire baisser les coûts, au moins de moitié, comme les pays du G8 s’y étaient engagés récemment.

Les réformes économiques

Les réformes peuvent mieux réussir parce qu’en réalité elles ne sont pas faciles à accomplir. Elles touchent un certain nombre d’habitudes. La question du port autonome de Cotonou est très stratégique pour notre pays et le Président de la République y  investit beaucoup d’énergie. Un certain nombre de paramètres avaient failli freiner ces réformes au niveau du port, mais la détermination du Chef de l’Etat  et de tous les acteurs de l’univers portuaire aura le dessus sur les résistances. Il y a lieu de continuer à associer toutes les énergies nécessaires à la santé de ce poumon vital de notre économie ; n’oublions pas l’attractivité et la compétitivité des ports voisins, comme celui de Lomé. Nous devons donc avoir une vision combative. On ne doit pas oublier qu’on est en concurrence, en contexte de mondialisation et dans l’espace Uemoa. Donc, avec  une vision la plus réaliste possible de nos économies, un poumon comme le port a besoin d’oxygène, de projets innovants, pour faire respirer l’économie de notre pays. Nous devons donc développer une stratégie d’expansion et d’innovation, avec le soutien de nos partenaires techniques et financiers.

 

Le combat du Chef de l’Etat contre la corruption 

Je dirai qu’il y a un grand effort vers une meilleure gouvernance des affaires publiques au Bénin. Le Chef de l’Etat a parlé du changement et par la suite de la refondation. Je crois que nous sommes dans une logique de redressement du pays, et que la barque du Bénin ne chavirera pas. Nous devons aider Boni Yayi à aller au bout de sa mission, chacun à son niveau de responsabilité. Et je crois qu’on peut aller dans ce sens, sans oublier qu’il y avait un contexte social, économique et culturel qui a donné lieu à la corruption ambiante. Donc, ce n’est pas du jour au lendemain que cela sera corrigé. Il y a une pédagogie patiente à faire. A cet effet, nous devons encourager les mesures prises par le Chef de l’Etat pour combattre le fléau de la corruption qui est un virus pour notre économie. Cependant, je pense que ces mesures salutaires et spectaculaires doivent être accompagnées de pédagogie parce qu’il s’agit de faire grandir le peuple béninois et non punir pour punir. Donc, n’oublions pas que la refondation est née dans un contexte. Elle a un passé, un présent et un futur. La refondation comme la lutte contre la corruption, pour réussir, doit tenir compte du passé culturel et des données sociologiques du pays, et s’insérer efficacement dans la trame de l’évolution des mentalités et du niveau de vie des populations.

 

La lutte de 2013  à Toffo

J’ai appris, par expérience, qu’en général, les hommes politiques ne livrent pas clairement leurs intentions! (rires…). Nous verrons au moment venu avec les forces en place, ce qu’il y a lieu de faire. Je suis reconnaissant aux populations de m’avoir permis de faire l’expérience d’être élu conseiller communal de Toffo et chef d’arrondissement de Sèhouè, dans le Département de l’Atlantique.  Aujourd’hui, je suis appelé à d’autres fonctions pour représenter le Bénin au niveau international, donc je ne suis pas certain de compétir à nouveau sur le plan local, mais je pourrai accompagner les efforts de la mouvance et des jeunes sur le terrain. Comme le disait le Président Bill Clinton, une campagne électorale est un long processus d’entretien d’embauche avec le peuple. Donc, c’est une belle expérience que de se soumettre au suffrage universel à la base. Je le conseille à ceux qui veulent servir le peuple. La politique n’est pas qu’une question de beaux discours ; il faut accepter de soumettre ses idées, ses convictions et ses projets au verdict de ses concitoyens. C’est également une démarche d’humilité pour voir si la population vous reconnait une certaine légitimité à la base. En réalité, cela vous donne un certain respect pour les populations.

 

La  conquête de la commune en faveur de Boni Yayi 

C’est la réussite d’un travail collectif. Effectivement, avant 2011, la commune était aux mains de l’opposition. Actuellement, nous avons élu une députée qui est de la mouvance présidentielle. On a changé le visage politique de la commune de Toffo et des environs. J’ai co-présidé le CCMP (Cadre de concertation de la mouvance présidentielle) communal de Toffo. Malgré les forces de la division, nous avons réussi à mobiliser les énergies pour atteindre un résultat positif à la faveur des élections présidentielles et législatives de 2011. C’était une belle expérience.

La grande leçon que je tire, c’est que lors des élections au Bénin,  ce sont, en grande partie, les jeunes qui mouillent le maillot, se mobilisent et se sacrifient, mais se sentent utilisés et abandonnés par la suite. Il y a un travail à faire : remettre les jeunes en confiance ou les encourager à se mobiliser pour se faire élire, eux-mêmes, dans leurs localités. En effet, les jeunes représentent les 2/3 de la population béninoise. S’ils s’organisent et se mobilisent, ils peuvent relever ce défi dans leurs communes respectives. Ils peuvent assurer une bonne relève dans les conseils communaux. Je pense qu’un développement des communes associant massivement les jeunes est possible et souhaitable. J’en appelle à la mobilisation des forces associatives et citoyennes de la jeunesse pour rajeunir le paysage politique dans les communes, afin de mettre en œuvre la vision de développement local du Chef de l’Etat, exprimée à travers le lancement de l’Initiative de Dogbo.

Nous avons vu ce qui s’est passé au Sénégal. Car d’Abdoulaye Wade à Maki Sall, nous sommes passés d’une génération à l’autre, où nous avons maintenant affaire à un président qui est dans la cinquantaine. A l’échelle des communes, pourquoi ne pas rajeunir la gouvernance au Bénin en faisant venir une nouvelle génération au pouvoir pour redynamiser le développement à la base?

Comparaison n’est pas raison. Mais si un pays aussi puissant que les Etats-Unis a réussi à se doter d’un jeune président comme Barack Obama, c’est parce qu’ils ont compris que l’énergie qu’il faut déployer aujourd’hui au niveau mental, physique et intellectuel pour répondre aux nouveaux défis auxquels sont confrontées les nations, a besoin de cerveaux plus frais et plus réactifs. C’est pourquoi,  l’une des visions du président Boni Yayi, c’est de préparer la relève. Il l’a fait en nommant des jeunes ministres, conseillers techniques, directeurs de sociétés, ambassadeurs, etc. au plan national et international. Regardez dans les administrations, les ministères, les rédactions des organes de presse et autres, vous verrez de plus en plus de jeunes. Pourquoi ne pas incarner cette jeunesse-là dans les communes, au Parlement et pourquoi pas au sommet de l’Etat? Pour ce faire, il faut que les jeunes, eux-mêmes, se prennent au sérieux et associent à leur jeune âge la compétence, l’honnêteté, l’amour du travail, la défense des intérêts du pays, le respect du bien public et la promotion du bien commun.

 

Les acquis du régime Yayi

 Je crois qu’à ce niveau, on peut citer pas mal de choses. Je vous invite à lire, à ce propos, le petit livre que j’ai publié en 2011, intitulé Boni YAYI et les jeunes, où je présente les principales réalisations du gouvernement, notamment en faveur de la jeunesse béninoise. Au niveau des besoins de base de la population (alimentation, eau, logement, santé, éducation, etc.), le gouvernement essaie d’assurer au mieux la sécurité alimentaire des populations, ce qui est énorme, dans le contexte économique actuel. Beaucoup d’infrastructures ont été construites (routes, bâtiments, passages supérieurs, échangeurs, etc.). Vous connaissez les diverses mesures de gratuité (scolarité, césarienne, etc.). Au plan de l’éducation, par exemple, les enseignants peuvent mentionner les reversements. Un jeune communautaire ou vacataire qui était payé 9 mois sur 12, ne pouvait aller à la banque prêter de l’argent. Mais depuis la mesure de reversement, c’est possible. Vous imaginez l’impact que ce reversement a pu avoir sur la jeunesse ? En tout cas, pour le public des jeunes enseignants que je connais le mieux, certains disent que même si on ne veut pas reconnaitre ce qui a été fait sous le régime du changement, eux au moins peuvent affirmer que leur vie a changé et a connu une grande amélioration grâce à Boni Yayi.

 

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