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Le triomphe de la vérité

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Transumance au Bénin/Meurtres, vols, viols : Des nomades peuhls sèment la terreur dans la région Agonlin


Un troupeau de bœufs en pleine parturage

Un troupeau de bœufs en pleine parturage

Nous sommes à Ouinhi, commune du département du Zou et des Collines qui s’ouvre  sur la vallée de l’Ouémé. A une vingtaine de kilomètres du centre-ville se trouve le village Gangban. Consumé par le feu le 31 janvier dernier avec à la clé un mort ainsi que des dégâts matériels très importants, tout le village est sous le choc. Les villageois, dans leur ensemble, accusent les nomades d’y avoir fait une incursion guerrière au cours de laquelle ils ont carrément incendié le village. Avant cela, à  Sagbovi, dans l’arrondissement de Dovi, commune de Zagnanado,  le sieur Dannon Aho Gabriel a été tué à bout portant  dans son champ le 06 janvier 2013 par  des Peuhls.   Début février, c’est Houéssou Victorine, épouse Houéssou Gabin, assistant-infirmier au Centre de santé de Dovi–Zounou, qui  a été brutalisée et violée par des Peuhls au petit matin. Comme elle, une mère et sa fille ont été violées et chassées par les Peuhls dans la même période. Des champs de manioc, de riz et autres cultures ont été dévastés par les mêmes Peuhls à Tohouè dans la commune de Ouinhi et la plantation rizicole de Dovi-Zounou dans la commune de Zagnanado. Toute la région est secouée par des braquages dont le nombre s’est accru rapidement en quelques semaines.

 Impunité

Malgré la violence et la brutalité de leurs actes, les auteurs  de l’incendie de Gangban sont toujours en liberté. Celui qui a commis le meurtre du sieur Dannon a été libéré 72 heures après sa détention par le procureur près le tribunal de première instance d’Abomey pendant que  le corps de la victime est encore à la morgue. Quant à celui qui a commis le viol sur dame Victorine Houéssou, il   a été également libéré pour insuffisance de preuves.   Pour le maire de Ouinhi, Innocent Sékou, c’est une pratique qui rend la vie difficile à nos populations éprises de paix et de justice. Après plusieurs jours de vaines plaintes, les populations finissent par  se résigner,  compte tenu de l’inaction de certaines autorités à la base. Pour certains,  cette pratique persiste et prend de l’ampleur à cause de la complicité de l’Etat central et de certains  élus locaux qui acceptent de façon consciente de collaborer avec les Peuhls durant leur séjour.

 La transhumance en questiontrans ok

Reconnue sous deux  formes, la transhumance nationale (des troupeaux résidents) et transfrontalière (venus de l’extérieur) a cours souvent dès le début du mois de novembre jusque vers février ou au début du mois de mars de chaque année. Elle est cautionnée par l’Etat central  car « notre Etat a ratifié l’accord sur la libre circulation des personnes et des biens. Donc, la transhumance est une activité régie par des textes et qui doit, en réalité, respecter un ‘’couloir’’, » affirme Armand Maurice Nouatin, le préfet des départements du Zou et des Collines. Pour cela, il y a un Comité national pour la gestion efficiente de la transhumance présidé par le ministre de l’Intérieur.  Il a, en son sein, des représentants des Peuhls des différents pays de provenance. Au niveau départemental, il y a un comité que dirige le préfet. Il y en a un autre au niveau communal. « Ces comités sont chargés de gérer, à chaque niveau, le couloir de la transhumance afin qu’il n’y ait pas de dégât comme on le constate », précise le préfet. Pour le maire de Zagnanado, « il existe réellement un couloir connu des paysans. Car, nous les avons sensibilisés dans le temps en leur interdisant de cultiver dans les zones qui sont réservées pour le passage des bœufs ». « Les paysans, pour la plupart, respectent ce couloir. Mais le réel problème se pose au niveau des Peuhls qui circulent comme ils veulent  causant ainsi des dommages aux populations », explique le maire Symphorien Misségbétché. Selon le maire de Ouinhi, Innocent Sékou, « les Peuhls  circulent en désordre mais avec la complicité de certains villageois qui les accueillent, les orientent et leur prennent de l’argent. Moi, je les appelle les fonctionnaires de la transhumance parce qu’ils sont dedans chaque année et ils vivent de ça ». Ainsi, tout porte à croire que les comités existent de nom sans pour autant fonctionner réellement. Résultat, les Peuhls  en profitent pour dicter leur loi.

La gloire d’une minorité

Normalement,  il est prévu,  à l’entrée de chaque commune, un poste de contrôle qui permet aux agents de la mairie de compter le nombre de têtes de bœufs  par troupeau, de les vacciner et de les suivre tout le long de leur parcours dans la commune. Les bergers doivent payer par tête de bœuf une somme d’argent dont le montant total est versé à la commune. De la même manière, les représentants des Peuhls, à chaque niveau, disposent d’un fonds de caisse qui est mis à la disposition du comité communal de la transhumance pour  la réparation d’éventuels  dommages causés par les bœufs  aux populations. Parfait Houkanou, résident à Zagnanado et connaissant bien le problème explique: « C’est regrettable parce que la transhumance, chaque année, fait des victimes. Ce qui est égal, pour nos autorités, parce que quelqu’un qui vient se plaindre à la brigade de ce que les bœufs ont dévasté son champ, peut  attendre des semaines avant d’être dédommagé. Et là encore, c’est une somme dérisoire qui n’a jamais dépassé 50.000f qu’on lui remet. La dernière fois, c’est 17.000f qu’un vieux à reçus pour un champ de manioc de près d’un hectare dévasté. D’autres ne reçoivent même rien et c’est la faim qui sévit dans ces foyers les mois qui suivent le drame ». La question que se posent les populations de la région, c’est ce que font les comités avec l’argent versé par les transhumants.

Un air de corruption

«C’est regrettable que certains maires de nos communes soulèvent les populations contre  les Peuhls. Cela ne peut apporter que des affrontements et  autres », affirme le préfet Armand Maurice Nouatin. Pour le maire de Zagnanado, Symphorien Misségbétché, « il y a des Peuhls conciliants qui comprennent les populations sans faire du mal. Ce sont ceux qui viennent du Mali, du Niger, de la Mauritanie ou du Tchad, par exemple. Par contre, ceux qui viennent du Nigéria sont violents et n’acceptent pas les provocations ». Il propose de faire l’effort de s’entendre avec eux afin d’enregistrer moins de dégâts. Dans  cette atmosphère délétère, des millions de FCFA circulent entre eux et certaines autorités à la base. Des maires, des chefs de brigade, des chefs d’arrondissements voire  plus sont concernés. Le maire Innocent Sékou rapporte un cas où un responsable de brigade lui a donné sa « commission » constituée de 4 millions et de deux bœufs  pour le nouvel an. « J’ai refusé, affirme l’élu local, et le chef brigade me dit de prendre, car même si je ne prenais pas, les gens diront que j’ai pris ». Et il ajoute : « Deux jours après,  j’étais à Cotonou et mon téléphone sonne. On me dit :« monsieur le maire, ça y  est, on complète l’argent : 2 millions de plus et ça fait 6 millions ».  Je n’ai même pas eu le courage de demander au Chef brigade combien lui-même a pris, mais  le Peuhl a ajouté  qu’il donne cette somme d’argent chaque année aux autorités  de la région Agonlin ».

Certaines autorités complices?

La transhumance est au cœur d’une controverse  dans la région Agonlin. Alors que les maires clament leur innocence et que certains de leurs administrés crient à la complicité, les nomades Peulhs continuent de faire des ravages en répandant le malheur au sein des paisibles populations.

 

Ils ont dit

Innocent Sékou, Maire de la commune de Ouinhi

« C’est du banditisme, ça ne trouvera jamais de solution tant que les choses vont évoluer de cette manière »

La transhumance est un grand problème qui nécessite l’implication de tous et chacun. Mais si le problème dure et perdure, c’est surtout à cause de l’indélicatesse de certaines autorités. Je voudrais nommer certains maires, chefs d’arrondissements, agents des forces de sécurité et même au niveau macro, des préfets, des ministres et autres. Mais nous, notre problème ici, c’est Zagnanado surtout avec son maire. Il prend de l’argent  bêtement chez les Peuhls. Il était dans la transhumance avant de devenir maire. Donc, c’est un fonctionnaire de la transhumance. A voir tout ce qui se passe à Zagnanado dans ce domaine, c’est cette commune soeur qui nous cause tous les problèmes parce que la quantité de bœufs qui arrive dépasse l’entendement. Ce sont 300.000 têtes de bœufs qui viennent séjourner ici  pour une population de  60.000 habitants. Ca  fait cinq fois plus de bœuf que de population. Particulièrement cette année  les changements climatiques ont fait de telle sorte que nous avons de la végétation même en saison sèche. Donc, ces bœufs, à la recherche de la végétation et de l’eau quittent le Niger, le Mali, le Burkina Faso, le Nigéria et d’autres pays pour  manger à leur survie. Maintenant, quand ils viennent, c’est pour détruire nos champs de riz, de maïs et  autres. C’est pour coucher nos filles, c’est pour faire des braquages etc.

Il y a un comité qui s’occupe de la transhumance au niveau communal

C’est une mafia, une grosse mafia qui prend de l’argent chez les Peuhls et vient tromper les populations. « Quand les Peuhls arrivent, ça va apporter un de plus à la commune », disent-ils et quand ils arrivent, c’est pour faire du désordre. On vous parlera d’un éternel couloir qu’il n’y a jamais eu. En réalité, le gouvernement béninois ne s’est jamais penché de façon sérieuse sur cette question de transhumance sinon, on n’en serait plus à ce point. C’est pour faire des promesses fallacieuses, parler de couloir ou corridor, aux populations qui, pour la plupart, sont analphabètes, donc ne comprennent rien de tout cela, des sans voix. L’arrivée des Peuhls, en réalité, ne profite qu’à une minorité, des autorités qui n’ont pas pitié de leurs administrés. Je vous donne l’exemple de la dernière fois. Les bœufs ont détruit la plantation des populations. Ces Peuhls qui conduisent les bœufs ont été arrêtés et conduits à la brigade. J’ai été alerté. Mais arrivé à la brigade, je vois le Chef brigade en train de manger du gâteau et des ignames avec le responsable des Peuhls. Je dis, mais celui qui détruit un champ, on te l’amène pour une sanction et tu le laisses libre ? Il dit que ce n’est pas grave et demande ce que le Peuhl va faire pour dédommager. Ensuite, il me dit ‘’Vient monsieur le maire, tu as ta commission avec moi et c’est quatre millions avec deux bœufs pour le nouvel an. J’ai refusé et le Chef brigade me dit de prendre, car même si je ne prenais pas, les gens diront que j’ai pris. J’ai été négatif et hébété. Je n’ai même pas demandé au Cb combien lui il a pris. Et le Peuhl ajoute  qu’il donne cette somme d’argent, chaque année, aux maires de la région Agonlin. Deux jours après j’étais à Cotonou et mon téléphone sonne. On me dit ‘’monsieur le maire, ça y  est, on complète l’argent : 2 millions de plus et ça fait 6 millions. C’est pitoyable. Je me demande ce que la population représente en ce moment parce que des maires prennent jusqu’à dix millions et plus avant de compter le nombre de tête de bœufs. Alors, si au niveau communal, le maire est à 6 millions et plus, combien aura pris le préfet, le ministre et que deviendront nos population face à ce désordre, face à cette mafia ? Ils vous diront à leur arrivée, c’est l’argent  de goro (NDLR : la cola) et c’est deux millions. On ne peut pas acheter du goro pour deux millions. Cette histoire de transhumance, selon moi, c’est du banditisme, et ça ne trouvera jamais de solution tant que les choses vont évoluer de cette manière.

L’opération de refoulement a été lancée chez vous

C’est du folklore. Tout ce que nous on a fait ici pour empêcher l’arriver de ces Peuhls, on ne peut pas vous le dire. Le vendredi dernier, ils sont venus lancer une opération dite de refoulement. Le ministre de l’intérieur était là, le chef d’état major des armées, le haut commandement militaire et les para commandos. Mais, je vous dis qu’ils sont venus avec zéro franc de carburant pour l’opération. S’ils ont les véhicules de patrouille et qu’ils n’y a pas de carburant, ce n’est pas la peine. Avant qu’ils ne commencent par chasser les bœufs, c’est nous qui leur avions pris du carburant. Ecoutez, il y a des choses dissonantes qu’il faut arrêter de faire. On sent ouvertement le manque de volonté. Et s’ils sont venus, c’est parce que j’ai crié et fort sinon, rien ne serait fait. De tous les temps qu’ils sont arrivés, le Peuhl peut commettre toutes les bêtises du monde. On ne lui dit rien, mais gare à toi si tu égratignes un bœuf. C’est que tu pourris en prison. La femme de Gabin Houéssou- un aide-soignant au centre de santé de Dovi-Zounou- a été violée par les Peuhls un matin quand elle allait à Sagbovi. Ils sont où aujourd’hui ces Peuhls ? Ils ont été acquittés purement par le tribunal de première instance d‘Abomey. Ce n’est pas possible dans un pays de droit.

Que pensez-vous faire ?

Non, il n’y a que le refoulement que nous avons engagé depuis le début avec les populations qui ont dit non aux bœufs. Le grand problème est que nous jouxtons avec Zagnanado qui encourage et abrite ces bœufs.  Ils sont allés à Tévèdji, ceux de là bas les ont chassés, ils sont venus à Tohouè, même chose et ils sont venus à Gangban, chef lieu de Tohouè. Ils ont été chassés. Mais, il y a des gens qui les démarchent, des gens qui leurs disent prenez par ici, par là, ainsi de suite pour de l’argent. Ce sont des gens qui vivent de la transhumance chaque année depuis  40 ans. On les appelle les fonctionnaires de la transhumance. Les Peuhls se disent qu’ils ne sont pas aussi indésirables que ça puisqu’ils sont chassés de part et d’autres, alors il faut créer quelque chose. C’est là qu’ils ont payé des briquets dans le village et ont mis feu à Gangban. Vous connaissez la suite, les Peuhls auteurs sont en liberté mettant en péril toute une population abattue déjà par les affres de l’inondation. Bref, il faut ajouter que ce sont eux qui organisent les braquages avec des armes sophistiquées. Nous, on est là avec notre plan de contingence attendant l’Etat central qui tarde toujours à réagir.

 

 

Trois questions au chef d’arrondissement de Dovi, Irénée Zodékon

« Le maire Symphorien Misségbétché fait une gestion solitaire de la transhumance »

Transhumance à Agonlin, Dovi  le grand perdant, quel est l’Etat des lieux ?

Nous sommes chaque fois témoins de ce désordre qui rend pauvre nos populations impuissantes. La transhumance est un fléau, un fait qui nécessite l’engagement de l’Etat central. Pour revenir sur les derniers faits, c’est-à-dire l’incendie du village Gangban à Ouinhi, l’assassinat de notre frère Dannon Aho et les multiples viols, ce n’est pas des choses qui étonnent. Nous avons également la destruction du périmètre  rizicole de  Dovi Zounou  à 70% par les mêmes  bœufs. Un périmètre de 500 ha dont 100 ha cultivé ont été financés par le Pedac/Maep à raison de 17 millions de franc remboursables par les paysans a été  saccagé. C’est vraiment dommage. Car, il serait difficile de quantifier les dégâts causés par ces bœufs transhumants.  C’est une habitude pour ces Peuhls qui viennent du Nigéria semer autant de désordre. Il faut donc reconnaître que la situation dépasse les limites de l’entendement cette année.

Comment le comité communal arrive-t-il à gérer ces problèmes ?

Le comité local de la transhumance que dirige le maire de Zagnanado, Symphorien Misségbétché a fait ce qu’il peut pour la famille du défunt Dannon Aho, froidement abattu par les Peuhls dans son champ à Sagbovi. Certes, c’est une gestion solitaire que fait le maire au lieu que cela soit de façon collégiale. Ce qui peut permettre à tout le monde de savoir d’où viennent les fonds utilisés et comment ils sont dépensés. En 2011, le maire a rencontré le comité des peuhls chez lui dans son salon pendant que le conseil communal les attendait à la mairie. En 2012, c’est pareil et cette année, c’est à Bohicon qu’il les a reçut. Seule il peut nous dire combien il reçoit d’eux et comment il travaille avec eux.Sinon, il y a un projet Corridor que finance l’ambassade de France dont le montant arrêté  à la date du 15 octobre 1010 s’élève à 29 820 288 f Cfa. A quoi a servi en réalité cette somme ? Seul le maire peut nous le dire. Sinon, on voit un mini rez-de-chaussée construit au bord de la voie à Kpoto qui doit servir en réalité à compter les bœufs dès leur entrée dans la commune, les vacciner et profiter pour désarmer les Peuhls. La mairie perçoit normalement comme taxe 15.000 f par troupeau de bœufs à raison de 60 voir 100 bœufs par troupeau. Les Peuhls sont reçus clandestinement par le maire au lieu que ce soit avec le conseil communal. La gestion des 29 820 288f Cfa de l’ambassade de France reste douteuse et les choses s’empirent de jour en jour. Je vous précise que depuis novembre que les problèmes de transhumance ont commencé, le maire n’a jamais convoqué le conseil communal pour discuter du sujet et prendre des solutions. Moi, en tant que chef d’arrondissement, je l’ai déjà saisi plusieurs fois par écrit pour lui demander de convoquer le conseil communal. Ce qui n’a jamais été fait. J’en veux pour preuve ma lettre en datte du 05 février 2013 qui souhaite la réunion du conseil communal pour discuter du sort réservé à feu Dannon Aho dont le corps est toujours à la morgue ainsi qu’à sa famille. Je crois qu’après le drame, le maire a offert trois paquets de tôle, un sac de riz, un sac de maïs et une enveloppe de 50.000f  à la famille pour l’inhumation. Tout ce qui se passe après, le conseil communal ne maîtrise rien. On apprend seulement que la mairie a fait une souscription, que la mairie a accueilli et nourri des militaires, ainsi de suite.

Quels sont les apports de  l’Etat central ?

Vous avez tous suivi avec moi le déploiement de l’équipe gouvernementale à Ouinhi. Les dons viennent de part et d’autre pour Gangban. Mais la veuve Dannon  Odette ayant à sa charge une dizaine d’enfants n’a même pas reçu la délégation de la préfecture ni aucun ministre. Quant à l’opération de refoulement, vous voyez les militaires assis à longueur de journée à la maison des jeunes de Zagnanado. C’est un faux problème. L’Etat central est conscient de la situation mais il est impuissant parce que les textes qui régissent la transhumance sont vétustes. Les paysans du périmètre rizicole doivent rembourser les 17millions du projet. Voilà que les bœufs ont tout détruit. Comment vont-ils payer ces sous ?  Il urge que les textes soient révisés, que le parlement vote une loi sur la transhumance et que le Ministère de l’agriculture, de l’élevage et de la pêche revoie ses projets avec les communes qui subissent les affres de la transhumance.

Parfait Hounkanou, résident à Zagnanado

« Il est difficile de cheminer seul sur un sentier ou dans un champ »

« La transhumance est un réel problème ici à Zagnanado. Il n’y a plus la quiétude parce que les Peuhls tuent comme ils veulent, ils violent nos femmes et nos sœurs, vraiment, ça ne va pas.  La dernière fois, c’est un vieux qui a été tué à Vèdji, un village de Zagnanado-centre. Il parait que c’est l’œuvre des Peuhls. Mais personne ne les a vus. Quand vous allez à Dovi, c’est la peur partout. Il est difficile de cheminer seul sur un sentier ou dans un champ. Il faut que l’Etat central vienne à notre secours puisque ça ne va pas ».

Houngnihin Ida, infirmière en service à l’hopital de Dovi Zounou

« Il n’y a pas la quiétude »

« J’ai vu avec mes yeux,. La femme de mon commis qui a été brutalisée et violée par les Peuhls très tôt le matin. Son dos était mouillé de sang mélangé au sable. Elle était méconnaissable. Mais ces Peuhls sont en liberté pour insuffisance de preuves. Vous imaginez l’état d’un homme dont la femme a été violée et brutalisée à ce point ? Le mari  a voulu pendre l’affaire, mais je lui ai dit que ce n’est pas possible. Il se créerait d’autres problèmes. L’Etat doit réagir parce que ça devient une habitude. Chaque année, nous enregistrons ces cas de viols, braquages et autres ici à Dovi Zounou. Il n’y a pas la quiétude. Pour le sieur Dannon Aho, paix à son âme. C’est un homme que je connais et qui est incapable de faire du mal à quelqu’un. Il faut aider sa femme désormais veuve à s’occuper des enfants ».

Germain Dokpo, enseignant à Zagnanado

« J’ai plus peur pour nos sœurs »

« Chaque année, ce à quoi on assiste. Viols, braquages, incendies, la liste est longue. Moi, je ne sais même pas ce que l’on gagne en acceptant que ces transhumants viennent chez nous. Ils ne font rien de bon. Le gouvernement est conscient du problème, mais la seule chose qu’ils font, c’est d’envoyer les militaires séjourner ici pour ‘’chasser‘’ ces soit disant Peuhls. Mais la réalité est que ces militaires viennent ici surtout pour se reposer. Chaque année, ils sont là et ne font que courir après nos sœurs, nos filles et trois mois après leur départ, des grossesses apparaissent dans nos collèges.  C’est pour dire qu’en plus des dégâts que causent les Peuhls, les militaires qui sont responsabilisés pour les  chasser en font plus. Moi, j’ai plus peur pour nos sœurs et c’est regrettable ».

Audette Dannon, épouse du feu Dannon Aho abattu par les Peuhls

Nous sommes ici, on n’entend rien. On ne voit rien. Mon mari est mort, tué par les Peuhls et le procureur refuse qu’on l’enterre. Il est allé au champ chercher du gombo puisque c’est la veille du marché. C’est son frère qui est venu en courant m’informer dans l’après-midi que mon mari a été tué par les Peuhls. On s’est rendu ensemble dans le champ  voir son corps baignant dans le sang. Il faut que le maire nous aide à prendre le corps pour l’inhumation. Car bientôt, avec les pluies, il est difficile pour nous d’enterrer ici à Sagbovi. Je demande l’aide de tous un chacun. Moi-même, j’ai quatre enfants, mais ma coépouse décédée il  y a trois ans en a six. Donc, c’est avec mon mari qu’on les élevait. Voilà que, lui, il n’est plus. On a besoin de votre soutien.

Dannon Gabriel, frère du défunt Dannon Aho

« Nous avons enregistré trois mort en cinq ans dans notre village Sagbovi »

C’est regrettable, moi je suis allé dans mon  champ, situé à plus d’un kilomètre du champ de mon frère. Donc, c’est au retour que j’ai eu l’intuition de passer le voir et rentrer ensemble avec lui si il était là parce que je ne maitrisais pas son programme. Arrivé là, j’ai constaté le passage des bœufs et une partie de sa plantation de gombo dévasté. En évoluant, c’est mon frère que j’aperçois allongé par terre sans vie. Il a été tué par balle dans la poitrine. Je couru à la maison informer sa femme et les habitants du village qui m’ont suivit. On est allé chercher le corps pour la mairie et ainsi de suite. Le corps est toujours à la morgue à Abomey sur instruction du procureur. Chaque année, Sagbovi enregistre toujours des morts. Il faut nous aider. On en a marre d’enterré précocement nos frère pour rien. Trois morts déjà en cinq ans, je crois que si ça continue, le village va se vider de ses habitants. A peine on a fini avec les inondations et c’est les peuhls qui sont à nos trousses. C’est regrettable

Conséquences de la transhumance au Bénin

 Des responsabilités partagées entre la CEDEAO et l’Etat béninois

 Le  21 août 1987, l’Assemblée nationale révolutionnaire (ANR) votait la loi 87-013 portant réglementation de la vaine pâture, de la garde des animaux domestiques et de la transhumance. Ce texte vieux de 26 ans, promulgué par le président de la République,  n’a jamais connu un décret d’application pour sa mise en pratique, explique Jean-Michel Kégbé, chef service des affaires intérieures à la direction des affaires intérieures du ministère de l’intérieur. La 29ème session ordinaire de la conférence des chefs d’Etats et de gouvernements de la Communauté Économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) tenue à Abuja les 30 et 31 octobre 1998 a pris la décision A/DEC.5/10/98, relative à la règlementation de la transhumance entre les Etats membres de la communauté. Cette décision exige, en son chapitre 3 article 5, que le déplacement d’un troupeau transhumant d’un pays à un autre soit  subordonné à un certificat international de transhumance de la CEDEAO, afin d’assurer une protection sanitaire aux troupeaux, de contrôler leur départ et d’informer à temps les populations des zones d’accueil. Les articles 7 et 8 de la même décision stipulent respectivement que le déplacement des animaux transhumants doit se faire par des pistes définies par les Etats. Le franchissement des frontières ne doit se faire que de jour. Ce qui doit, en réalité, permettre au pays d’accueil de vérifier les papiers et le nombre de têtes de bœufs afin de prendre les décisions adéquates pour leur séjour. Malgré la clarté de la décision, rien n’est respecté dans la réalité, tant par les pays de provenance que par les pays d’accueil. Des affrontements terribles sont fréquemment enregistrés  entre les Peulhs transhumants et les paysans sédentaires. Suite aux affrontements  sanglants des années 1990 et 1991,  un arrêté interministériel portant création, attributions et fonctionnement des comités de transhumance en république du Bénin a été pris. Ces comités existent  du niveau national au niveau des départements puis aux communes voire même les arrondissements. Selon  plusieurs acteurs rencontrés, ces comités aujourd’hui sont soumis à l’influence des Peuhls transhumants qui se déplacent non seulement avec les bétails mais également avec de l’argent qu’ils distribuent afin d’échapper à la réglementation en vigueur.

Dossier Réalisé par Yannick SOMALON (Coll.)

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