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Le triomphe de la vérité

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Edito du 22 février 2013: La rançon du mal


La guerre au Mali ne sera pas une promenade de santé. L’action des jihadistes hier à Gao et Kidal a confirmé que les fous de Dieu ne se sont repliés que pour mieux attaquer. Ce qui est probable, c’est que le conflit s’enlise dans une guérilla ruineuse destinée à harceler les troupes maliennes et étrangères. Ce qu’on avait cru au départ se révèle donc être faux. Ces individus enturbannés et surexcités ne jetteront pas les armes à la vue de l’armada militaire déployée sur le terrain.  Ce ne sont donc pas de simples illuminés en mal d’aventure. Ils sont parfaitement conscients de ce qu’ils font et disposent d’une idéologie bien articulée, aussi incendiaire  qu’elle puisse paraitre. L’idéologie du salafisme est, à cet égard, puisée aux sources de l’anti-occidentalisme le plus primaire. Celui-ci, à son tour, provient des frustrations historiques accumulées pendant des siècles et qui explosent en mille rébellions au visage des pays développés.

 Ceci dit,  n’allons pas trop vite en besogne. Les attentats perpétrés dans certains pays musulmans comme le Pakistan, l’Irak ou encore la Jordanie proviennent, pour une bonne part, des rivalités ataviques nourries par les deux branches principales de l’Islam, les sunnites et les chiites. Se sont surimposées aussi des rivalités ethniques et claniques multiséculaires. Elles ont fait du Proche-Orient et d’une bonne partie du Maghreb une zone de tension permanente.

Ce dont il s’agit ici, c’est de pauvreté et de ses corollaires. La plupart  des salafistes sont fils de la détestation universelle provoquée par l’Occident. C’est lui, cet Occident vorace, qui a asservi des peuples entiers par l’esclavage, l’impérialisme et le néocolonialisme.    C’est lui qui, triomphant à la suite de la deuxième guerre mondiale, a cru bon de jeter son dévolu sur les peuples fragiles dont les ressources et les potentialités ont été exploitées à outrance. Que l’on se souvienne des mines du Congo, des diamants de la Centrafrique, des plantations d’hévéa naturel  du Libéria et de  la Sierra-Léone ou encore du pétrole nigérian. Ils ont été exploités à vil prix au détriment des peuples qui devraient en être les bénéficiaires naturels. Pillage en règle, cette forme de mise en valeur des ressources réalisée contre les populations autochtones, a pu provoquer ici des catastrophes naturelles, là des crises politiques et partout un sous-développement révoltant. S’appuyant sur des élites corrompues et des dirigeants véreux, les multinationales euraméricaines ont partout amassé des fortunes colossales. La RDC pointe aujourd’hui au dernier rang en termes d’indice de développement humain (IDH) du fait de ses ressources pillées en règle et d’une politique systématique d’encouragement des dictatures  moyenâgeuses. Le Delta du Niger au Nigeria, région riche en pétrole est aussi très pauvre, avec à la clé une catastrophe écologique. A la base, il y a ces majors pétroliers accourus dans le pays pour exploiter ses ressources en corrompant une classe politique largement apatride.

Le sous-développement généré par tout ceci a pu créer cet anti-occidentalisme primaire transformé en haine du blanc et de tous les éléments de sa civilisation. Ce n’est pas pour rien que des centaines de jeunes nigérians se sont lancés dans le commerce des otages étrangers. Ils atteignent par là  deux objectifs. Premièrement, ils parviennent à coup de rançonnement à rafler les millions d’Euro qui leur permettent d’assurer la vie paisible dont ils ont toujours rêvé. Et deuxièmement, ils se vengent de toutes les  misères qui leur ont été infligées par l’Occident exécré. Ici, la religion n’est qu’en arrière plan de revendications idéologiques que partagent bon nombre de jeunes africains, sans jamais oser le clamer publiquement.

 Il n’y a pas précisément de « choc des civilisations », mais une récupération  des sentiments anti-occidentaux par d’habiles gourous imbibés de vengeance noire.

Et c’est pourquoi, le siècle où nous sommes ne devrait plus tolérer les schémas de développement privilégiant l’exploitation/pillage des ressources des autres peuples. Le développement déséquilibré de la planète qu’il induit conduit  à la misère de pans entiers  de populations d’où émergent quelques esprits revanchards. Les gestes désespérés dont ils sont auteurs, montrent qu’ils sont   atteints au plus profond d’eux-mêmes. Avec, au  bout du compte, des extrémismes violents qui nous font tous peur.

Où donc va le monde ? A sa perte, si les déséquilibres de développement ne sont pas corrigés au plus tôt.

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