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Le triomphe de la vérité

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A propos de notre éditorial « Au fond de l’éducation »/la polémique à tout prix ?: Le CNE réagit


Paulin Hountondji

Le Conseil National de l’Education s’est senti interpellé par notre éditorial du 23 janvier 2013 (lire ci-dessous). Il a donc réagi par l’intermédiaire d’un droit de réponse que nous reproduisons intégralement. 

DROIT DE REPONSE

« Au fond de l’éducation » : la polémique à tout prix ?

Par

Paulin J. HOUNTONDJI,

Président du Conseil national de l’éducation

L’excès : voilà, à coup sûr, la grande faiblesse de l’éditorial d’Olivier ALLOCHEME dans L’événement précis, numéro du 23 janvier 2013. Excès au moins dans le style : l’auteur a failli « tomber à la renverse » en lisant le compte-rendu d’une consultation organisée par le Conseil national de l’éducation sur l’enseignement des mathématiques. Il se dit « ahuri » que le CNE ait attendu si longtemps pour se rendre compte « de la catastrophe en cours depuis des décennies ». Il trouve « saugrenues » les solutions préconisées.

 

Quel dommage ! M. ALLOCHEME ne dit pas autre chose, en réalité, que le CNE, mais il l’ignore visiblement. Il n’est pas informé des positions très claires prises par l’institution sur ce qu’il appelle lui-même « les conditions désastreuses » dans lesquelles s’enseignent non seulement les mathématiques mais beaucoup d’autres matières, « la baisse généralisée du niveau des enseignants eux-mêmes … les conditions dans lesquelles les enseignants reversés dans la fonction publique … sont aujourd’hui formés … le manque criard d’ouvrages dans les écoles », le triomphe de l’arbitraire dans un système éducatif devenu « la pire des écoles, celle où le maître est roi » et où « l’autorité du livre a partout disparu pour laisser place à un psittacisme archaïque ».

 

Monsieur ALLOCHEME ne sait pas qu’au CNE beaucoup dénoncent comme lui certaines pratiques devenues monnaie courante à l’université, « mouroir des intelligences où sont retranchés nombre de terroristes enseignants … décidés à rendre la vie impossible à leurs apprenants ». C’est parce qu’il l’ignore qu’il peut écrire : « Le CNE aurait dû décider d’aller sur le campus pour leur en dire un mot ».

 

Eh bien, justement ! Le CNE l’a fait. Une délégation s’est rendue sur le campus en 2012, peu après les graves incidents qui ont failli mettre le site à feu et à sang. Elle a été reçue par un doyen de faculté qui l’a conduite dans le bureau du département concerné, puis par le Vice-recteur représentant le Recteur en mission. Le CNE n’a pas manqué d’avertir que, dans cette affaire, tous les torts sont loin d’être du côté des seuls étudiants. Puis il a rendu compte à qui de droit. Il a ensuite organisé une journée d’étude sur « La relation maîtres/élèves, de la maternelle à l’université ». Les abus que déplore Monsieur ALLOCHEME y ont été largement dénoncés. Mais une fois qu’ils l’ont été, la question essentielle demeure : que faire ?

 

Là est peut-être le point de clivage entre nous. Monsieur ALLOCHEME n’a certes pas tort de demander qu’on prenne le mal à la racine et qu’on y applique un traitement à moyen et long terme. Mais en attendant que ce traitement fasse effet, que faire maintenant ? Que propose notre éditorialiste pour la rentrée d’octobre 2013 ? « Saugrenu », vraiment, le rappel des retraités ? Monsieur ALLOCHEME ignore sûrement que, sur les 251 professeurs actuellement en poste, une quarantaine est censée prendre sa retraite au 1er octobre prochain. Prétendra-t-il qu’à cette date, ils seront subitement « dépassés par les normes pédagogiques d’aujourd’hui » ? Ou cette appréciation sévère ne concerne-t-elle que ceux qui sont à la retraite depuis un an ? Depuis deux ans ? Depuis trois, quatre, cinq ans ?  Non, en vérité, les bons mathématiciens ne sauraient être ainsi « dépassés ». Tout indique au contraire que leur contribution peut être infiniment précieuse pour éviter aux « normes pédagogiques » quelques-unes des dérives auxquelles nous assistons aujourd’hui.

 

Monsieur ALLOCHEME ne dit pas autre chose que le CNE quand il attire l’attention sur l’importance d’autres disciplines qui font aujourd’hui « l’objet de jonglages pédagogiques proprement odieux », tel le français. C’est pour sérier les problèmes et par souci de méthode que le CNE s’est d’abord attaqué au cas des mathématiques. Une autre séance sera consacrée très prochainement à l’enseignement du français. Mais au-delà des disciplines particulières, au-delà de ce qu’on appelle les « champs de formation », dans le langage et selon les « normes pédagogiques d’aujourd’hui », le CNE n’a cessé de s’interroger, depuis sa mise en place, sur ces normes, justement, et notamment sur l’approche dite « par compétences » qui, selon beaucoup, nous a conduits jusqu’ici droit dans le mur.

 

Visiblement, notre éditorialiste se trompe d’adversaire. Le Conseil national de l’éducation n’est pas cet organisme rêveur qu’il se plaît à imaginer. Si « la catastrophe en cours depuis des décennies » a été décrite par « des dizaines d’études de toutes sortes », le CNE, lui, n’a pas été installé « depuis des décennies ». Et depuis sa mise en place, il s’est penché sur quantité de dossiers, dans la plus grande discrétion et loin des feux de la rampe. Est-ce une faiblesse ? Aurions-nous dû communiquer davantage ?

 

Nous sommes en tout cas à l’écoute, attentifs aux faits et à l’opinion des uns et des autres. Merci, finalement, à Monsieur ALLOCHEME pour son apport. Notre but est que ça change, et que, dans le secteur de l’éducation, le pire soit évité pour qu’advienne le meilleur dans les plus brefs délais possibles.

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