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Editorial:La crise des valeurs


Une nation en perte d’âme. Parce que les responsables publics échouent à nous servir de repères, parce que nos mythes communs ont tous été abandonnés un à un, parce que les enjeux de développement sont balayés par une improvisation structurelle, les Béninois ne croient plus en rien. Au coin de la rue comme dans les beaux bureaux à air conditionné, l’atmosphère générale est celle du chacun pour soi, l’idée même du sacrifice patriotique est perçue comme la preuve d’une grave naïveté, celle du service à la nation comme une aberration. La démission collective nationale s’apparente à un fiasco des valeurs.

Comment en serait-il autrement ? Le régime Yayi, après avoir agité le torchon du changement, a fini par s’appuyer sur la vogue de la refondation. Celle-ci était censée aider à démultiplier nos énergies pour les tendre vers une nouvelle conception de la nation basée sur les valeurs. Rigueur, ponctualité, sens de la nation, défense de la chose publique, citoyenneté devaient figurer comme en lettres d’or dans le cœur de chaque Béninois. Ce concept a fini à la poubelle.

Il y a près d’un an qu’aucun discours du Chef de l’Etat, qu’aucun de ses ministres n’y a fait référence. Comme s’il ne s’était agi que d’un attrape-nigaud pour électeurs demi lettrés. Les élections terminées, les gadgets étant rangés, les slogans aussi, la refondation a trouvé sa place dans le musée des idéologies trop tôt nées et vite enterrées.

L’impact en est foudroyant. L’administration publique gangrénée par cette absence de repère idéologique stable s’encroûte de médiocrité et d’insoumission. L’autorité des ministres, bafouée par un présidentialisme surpuissant, est ravalée au rang de la marginalité par les cadres. Ceux-ci ont bon dos de ne se soumettre qu’à leurs propres lois, avec la ronde vertigineuse des ministres qui se succèdent dans leur département. L’effritement des valeurs ici trouve son pendant dans cette absence de résultats qui caractérise nos administrations. L’efficacité de service n’a jamais été aussi vide de sens.

On croyait que la perte des valeurs ne concernait que les jeunes. Elle embrase au contraire tout le corps social et fait son lit dans le cœur des citoyens ordinaires.

Elle s’incruste même dans l’arène politique où la décomposition de l’opposition est à l’œuvre. La naissance samedi du mouvement politique du maire de la commune d’Adjarra, ancienne chasse gardée du PRD, en est l’un des nombreux signes. Le parti de Me Adrien Houngbédji, pour n’avoir jamais pensé à la relève, se trouve confronté au spectacle hallucinant de sa propre déconfiture. Des pans entiers du groupe courent vers la rivière, déboussolés.

L’UN est réduite à sa plus simple expression, achevant de déstabiliser des centaines de milliers de partisans qui n’ont jamais eu de sympathie pour le régime actuel. Leur désarroi n’a d’égal que la satisfaction mal contenue des responsables de la RB. Ils ont trouvé leur compte dans la mouvance qui leur assure tranquillité et réélection. Quant à leurs partisans choqués et floués par ce revirement foudroyant…

L’échec successif des mouvements de grève de la CSTB et du Front des trois ordres de l’enseignement la semaine dernière, vient en ajouter. Ce sont des signes que les travailleurs ne croient plus du tout en leurs leaders syndicaux. Un déchirement interne atteint le cœur même du Front. Il faudra des efforts de compromis pour recoller les morceaux, tant les positions sont contradictoires. Et le citoyen béninois s’y perd dans les accusations de corruption et de trahison qui fusent de part et d’autre.

Les responsables syndicaux éclaboussés perdent en tout cas en propreté vis-à-vis de l’employeur. On leur rétorquera qu’ils ne sont pas eux-mêmes des modèles. Modèle, voilà le terme qui manque aujourd’hui dans une architecture sociale qui en a dramatiquement besoin. Qui donc nous indiquera le chemin à suivre ? Qui donc sera la voie ?

Le pays est en quête d’un nouveau messie. Nos idoles d’hier ont abusé de notre foi. Faux prophètes et bonimenteurs en tout genre, ils ont usé de la crédulité de ce peuple pour atteindre leurs buts. La duperie, le double langage et le camouflage en permanence l’ont transformé en un bloc de béton imperméable à toute politique de rénovation.

Faut-il maintenant nous tourner vers un nouvel horizon ou brûler les dieux qui nous ont bernés ? Questionnements sans fin…

Olivier ALLOCHEME

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