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Le triomphe de la vérité

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Prolifération des foyers monoparentaux au Bénin: Regards croisés des spécialistes sur un phénomène préoccupant


Unis hier, solitaires aujourd’hui. La prolifération des couples monoparentaux semble prendre de l’ampleur dans la société béninoise. Qu’est-ce qui justifie ce phénomène qui crée un déséquilibre certain dans les ménages ? Regards croisés sur un phénomène préoccupant.

Docteur Amouzounvi Dodji est sociologue à l’Université d’Abomey-Calavi. Conscient de l’ampleur que prend le phénomène de la monoparentalité au Bénin, il estime que l’on n’en parle pas assez. Pour lui, les raisons de cette situation sont multiples et, par essence, d’ordre social. Il les lie donc à plusieurs facteurs qui sont pour la plupart douloureux. Pour Docteur Amouzounvi, on peut citer comme raisons, des événements tels que le décès du conjoint ou le départ de celui-ci en voyage.

Mais, au-delà de ces raisons, le sociologue soulève d’autres facteurs non moins négligeables. Il s’agit surtout de la problématique du chômage, le divorce des conjoints, puis la polygamie. Selon lui, du fait du chômage, l’homme se désengage généralement de ses devoirs de père de famille. Ce qui contraint la femme qui a généralement la garde des enfants à prendre en charge leurs progénitures.

Le poids du chômage

«Le chômage faisant mal les choses, certains hommes en arrivent à dire à leurs femmes : tu veux un enfant, je n’ai pas les moyens, entendons-nous bien, je n’ai pas l’argent, nous faisons l’enfant, mais tu t’en occupes seule ». C’est ainsi qu’on pourrait caricaturer la situation de ces couples. Et la femme souvent désireuse d’un enfant, accepte les conditions posées pour se retrouver seule parente.

Si Mme Yvette Séké connue sous l’appellation de Cyra, promotrice de l’Ong Love Power, spécialisée dans les questions de la vie en couple partage ces raisons, elle relève néanmoins qu’elles ne sont pas exhaustives. Elle semble d’ailleurs être plus pointilleuse sur la question. Pour elle, la raison fondamentale de ce phénomène, c’est bien l’impréparation des couples au mariage. Ce qui conduit le plus souvent au divorce. Une raison directe du phénomène de la monoparentalité.

Car, pour elle, dès lors que le mariage est bien préparé, c’est-à-dire que les conjoints sont passés par toutes les étapes avant de se mettre en couple, ils auraient d’ores et déjà aplani les divergences qui pourraient, plus tard, susciter la rupture de leur union. Elle assimile d’ailleurs le mariage à une école particulière que tout candidat à la vie en couple devra fréquenter. « Car, dit-elle, on ne tombe pas dans le mariage, mais on y entre ».

Et quand c’est comme ça, Cyra pense que l’adaptation à la vie commune s’opère sans soucis. Car, en définitive, d’après ses propos, le divorce n’arrange aucun des conjoints ». Sans remettre en cause les raisons précédemment citées, le psychoclinicien, Ildevert EGUE, spécialisé dans la gestion des questions de foyers, va plus loin dans son analyse sur la question.

 Pour lui, les raisons qui conduisent aux familles monoparentales sont à chercher dans l’incompatibilité de nos vies sexuelles, dans l’éducation des candidats à la vie en couple, l’intolérance religieuse, les ambitions démesurées avec leurs dégâts. Il y a aussi les causes imprévisibles telles que la mort du conjoint, la maladie et les invalidités pour ne citer que celles-là.

Des effets désastreux sur les enfants

Mais pour lui, les enfants issus de ces familles monoparentales ne sont pas pour autant des cancres. Il y en a de très intelligents, mais aussi des enfants qui, ne supportant pas le choc de la séparation de leurs parents sont découragés et refusent de souffrir pour faire face à la vie. Contraints alors de suivre le seul parent avec qui ils se retrouvent, puisque sans autre repère, certains enfants en arrivent à verser dans des comportements malsains.

 Ils pourraient alors verser dans la délinquance, la toxicomanie et bien d’autres vices. Il conclut alors que l’éducation des enfants doit pouvoir se faire avec les deux parents. Il appartient alors à l’homme, d’exercer son pouvoir de chef de famille. Il pourra ainsi imposer le respect de certaines règles dans le foyer pour éviter ces situations malheureuses.

Odile A. DJEGUI (Coll)

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Entretien avec Ildevert EGUE, psychoclinicien, spécialiste de la gestion des questions de foyers

« Les femmes divorcées n’ont jamais voulu se retrouver dans une telle situation »

Après le divorce, beaucoup de femmes au foyer sont laissées pour compte et souffrent énormément parce que, en plus du rôle qu’elles jouent habituellement, s’ajoute celui du père. Les enfants issus de ces foyers éprouvent souvent trop de difficultés, une situation très désastreuse qui n’est pas souhaitable. Face à cet état de chose, le psychoclinicien Ildevert EGUE fait l’état des lieux et apprécie.

L’Evénement Précis : Quelle est, selon vous, la situation des foyers monoparentaux au Bénin ?

Ildevert EGUE : Les enfants aussi veulent faire comme leurs parents. Il y a ce que nous appelons les neuraux numéraires qui permettent aux enfants de capter ce que font les parents, de les imiter en faisant comme eux, dans le souci de ne pas être marginalisés ou rejetés. Lorsque l’enfant naît et grandit, il a besoin de faire comme ses parents. Dans le cas des familles monoparentales, l’enfant est obligé de copier le comportement du parent avec qui il vit.

Ce qui crée des vides sur le plan affectif de cet enfant. De ce vide, il peut avoir des mauvais comportements, tel que le manque de respect par exemple. Le parent absent empêche l’enfant d’avoir une bonne représentation de ce que c’est que la vie familiale. Comme exemple, moi je suis enfant et je vis seul avec ma mère. Est-ce que ça vaut la peine un jour d’avoir aussi une famille ? Alors que nous sommes deux à faire l’enfant et c’est une seule personne qui s’en occupe.

Est-ce que dans ce cas, ça vaut vraiment la peine d’être appelé parent ? Parfois, il y a dans notre société, des familles normales qui vivent comme des familles monoparentales, c’est-à-dire des parents qui sont coûte que coûte à la recherche de l’argent et qui n’ont pas le temps de rester à la maison pour assurer l’éducation des enfants. Ils sortent très tôt le matin, et ne rentrent que tard. Ils n’ont pas le temps de rester à la maison surtout s’ils voyagent tout le temps en abandonnant leurs enfants pour leur femme ou leur mari seul à s’occuper d’eux.

Parlant de l’éducation des enfants, un seul parent arrive-t-il à l’assurer correctement ?

La plupart du temps, non. C’est parmi ces enfants que l’on retrouve beaucoup plus de délinquants, qu’on identifie plus des cas de toxicomanes, c’est-à-dire ceux qui s’adonnent à toutes sortes de drogues surtout si c’est le père qui est absent. Ce qui veut dire que les hommes dans la famille montrent les limites tandis que la femme indique les normes. Donc, c’est l’homme qui fait respecter les règles, les normes de la famille. C’est lui le socle en quelque sorte dans la famille.

La femme va souvent dire, on ne fait pas ci, on ne fait pas ça. Mais l’homme va dire je ne veux pas ça, ça ne se passera pas comme cela. Donc, si c’est l’homme qui est absent, l’enfant exploite souvent la possibilité de la mère parce qu’il sait qu’elle ne peut que crier. Même si elle crie, c’est juste pour lui faire peur par rapport à son père. Dès qu’ils vivent une telle situation, ils en abusent énormément en ignorant les conséquences. Parfois, ils ont le sentiment d’être orphelins même en présence des parents.

Dommage, la recherche de l’argent pousse plusieurs parents à démissionner contre leur volonté. Beaucoup d’hommes pensent que c’est en donnant de l’argent qu’on a déjà comblé ce vide. Comme le dit la bible, l’homme ne vit pas que seulement du pain. L’enfant n’a pas besoin que de l’argent, des jouets ou des habits. Il a besoin surtout de l’attention, de l’amour des parents. Les enfants ont besoin de leurs parents; ils sont parfois contraints de vivre dans une famille monoparentale parce que la vie à deux est l’école la plus difficile. On s’aime au départ, mais on n’a plus les moyens nécessaires pour entretenir cet amour à vie.

L’amour doit être renforcé perpétuellement. L’enfant crée un renfort qui permet de maintenir l’amour. Souvent, les jeunes d’aujourd’hui, la plupart de certains hommes pensent que c’est en donnant de l’argent à leur femme qu’on peut acheter son amour. D’où, on dit qu’elle a tout à la maison, rien ne lui manque. Elle ne veut pas vivre de tout mais, elle veut vivre de son homme.

Dites les raisons qui peuvent entrainer les gens dans de pareilles situations ?

Les raisons sont de plusieurs ordres. Nul n’a jamais voulu vivre dans une famille monoparentale. Ce sont les circonstances qui amènent les gens à vivre dans une telle famille. Les premières causes sont d’abord d’ordre comportemental (notre manière de vivre l’un avec l’autre) et on ne veut pas faire des compromis l’un pour l’autre, tout le monde veut avoir raison.

 Ce qu’il faut éviter par le dialogue. De plus, l’incompatibilité dans nos vies sexuelles, l’éducation, la religion, les dégâts des ambitions, les motivations sans compter les causes imprévisibles telles que la mort, la maladie, les invalidités pour ne citer que celles-là.

Difficultés et conséquences

Pour une bonne éducation des enfants, la femme est obligée de respecter ce que dit la société. En faisant des choses contre sa propre volonté, elle est frustrée, elle emmagasine d’énormes frustrations. Ce qu’elle répercute sur les enfants d’une façon ou d’une autre. Vous voyez une femme arriver au boulot en commençant par insulter tout le monde. Ce sont les problèmes de la maison qu’elle a trimbalés au boulot. Vous imaginez un foyer monoparental à la veille de la rentrée scolaire.

Au lieu de les critiquer, il vaut mieux les accompagner parce qu’elles n’ont jamais voulu être dans une telle situation. Ce qui est clair et que les femmes doivent comprendre, elles ne sont pas toutes appelées à vivre en couple. Si elles veulent vivre nécessairement en couple, c’est qu’elles acceptent être mère et père à la fois, parce que, selon les statistiques, il y a plus de femmes que d’hommes. Mais si chaque femme a son mari à elle seule, il y aura des femmes en excès et qui va s’occuper d’elles ? On aura du mal à les gérer.

Sur le plan sentimental, comment les femmes divorcées arrivent-elles à s’en sortir, avec tous les regards qui sont jetés sur elles ?

Je dirai à ces femmes qui sont victimes des injures, de prendre du coton, de boucher les oreilles et de prier pour ceux qui ne sont pas encore dans le cas. Parce que quand on n’est pas dans le cas, on peut mieux critiquer. Celles qui n’ont plus de mari aujourd’hui n’ont jamais voulu être seules. Si c’est pour être seules, pourquoi elles allaient s’engager ? Est-ce à dire que quand je n’ai plus de mari, je n’ai plus le droit de vivre ? Je n’ai pas le droit d’avoir des besoins?

Voilà que je suis une femme, soit je vais vers d’autres hommes pour me satisfaire, soit je vais créer encore un autre problème social pour devenir homosexuelle ou lesbienne, c’est-à-dire, aller vers d’autres femmes qui vont me satisfaire. Ce n’est plus la même satisfaction que j’aurai. D’où, nous ne pouvons que les accepter au lieu de les critiquer. Je ne leur demande pas de défier le mari d’autrui. Aussi, il y a des charlatans qui aident les femmes à aller détruire les foyers d’autrui.

Là, je ne suis pas d’accord. Cependant, il faut comprendre qu’elles ont le droit de vivre leur vie et elles ont aussi le droit d’être aidées parce qu’elles n’ont jamais souhaité être abandonnées par leurs maris. On va dire que, peut être, c’est à cause de leur comportement, de leur éducation qu’elles se sont retrouvées dans ce cas. Ce qui me fait plaisir, c’est que je vois beaucoup de femmes aujourd’hui qui surmontent cette situation de plus en plus.

Vous allez dans certaines buvettes ou restaurants, vous voyez deux femmes qui viennent manger au restaurant, qui payent et qui sortent. Ce sont des choses qu’on ne voyait pas ; A priori, cela ne s’écrit pas sur les fronts. Si ce sont deux hommes, on ne critique pas. Mais quand il s’agit de deux femmes, on critique. C’est là la société qui est méchante au lieu d’être tolérante. J’aurais appris qu’il y a une association des femmes qui sont dans ce cas.

Je pense qu’elles devraient normalement se regrouper pour revendiquer leurs droits de vie dans la société parce qu’elles souffrent trop. Mais, si on ne leur permet pas de vivre comme nous, une fois qu’elles n’ont plus de mari, vont-elles quitter le monde ? Malheureusement, ce sont souvent les femmes qui font souffrir leurs secondes. Car si c’est un homme qui se retrouve dans une telle situation, on dit qu’il n’y a pas de problème; mais si c’est une femme qui va manger dans un restaurant seule, on dit qu’elle est allée chercher homme, alors que cela n’engage qu’elle seule.

Conseils pratiques

La famille monoparentale n’est pas à encourager. Mais, il y a des situations qui nous amènent à vivre ce phénomène. Lorsque nous sommes dans une telle situation, le mieux c’est de s’accepter et de faire avec. De faire face et de créer ce qu’on appelle le coping qui va nous permettre de trouver des stratégies pour faire face à notre situation. Je demande surtout à ces parents qui vivent en tant que père et mère à la foi de ne pas se décharger sur les enfants parce que ceux-ci ne sont pas à l’origine de leur séparation.

Si tu es une femme et que tu n’a pas un mari, c’est tout comme si tu es disqualifié de la société. Cependant, il faut qu’elles sachent au début, les mesures à prendre en s’engageant avec un autre homme déjà marié pour ne pas être contraintes d’être à la fois père et mère pour leurs enfants.

Entretien réalisé par

Odile A. DJEGUI

 

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