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Le triomphe de la vérité

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Situation socioprofessionnelle des personnes handicapées au Bénin:L’enfer des marginaux


Boniface Gnonlonfoun, président de l’APISAAB

Les personnes handicapées au Bénin manquent d’opportunités pour leur insertion socioprofessionnelle. Des barrières discriminatoires sont érigées à leur endroit faisant d’elles des marginalisées et des exclues de la société malgré les multiples arsenaux juridiques en leur faveur.

Le combat des organisations des personnes handicapées (OPH) pour leur intégration dans la société ne date pas d’aujourd’hui. Depuis toujours, du fait des traitements dégradants dont elle fait l’objet, cette couche sociale lutte pour son épanouissement. Mais en vain. Il y a quelques semaines, c’est-à-dire courant juillet, à l’occasion d’un concours de recrutement dans la fonction publique, les personnes handicapées, intellectuellement aptes, ont vu leurs dossiers rejetés tout simplement parce que ces derniers devraient composer en braille.

 Mais le problème ne date pas d’aujourd’hui. Les 18 et 19 juin 2011, alors qu’un concours de recrutement d’auditeurs de justice, c’est-à-dire de magistrats, a été lancé, les malvoyants qui ont voulu y participer n’ont pas été les bienvenus. Jéronime Tokpo, une handicapée visuelle a postulé au concours de recrutement en pensant qu’elle était une citoyenne comme toute autre. « J’ai déposé mon dossier comme tout le monde avec la petite particularité que je devrais composer en braille. Le jour du dépôt, j’avais déjà rencontré une résistance de la part de celui qui devrait les réceptionner. Mais, il a finalement accepté.

Et le mercredi qui a suivi, c’est-à-dire après le dépouillement, mon dossier a été rejeté tout simplement parce que je devrais composer en braille. Le motif marqué était ‘’rejet pour écriture braille non ouverte ‘’», a-t-elle témoigné, amère. Mais, elle n’est pas la seule à subir ce traitement inhumain et méprisant qui met en déroute le respect des droits humains et par surcroît la Convention internationale relative aux droits des personnes handicapées (CDPH).

En effet, Djibril Chabi, handicapé visuel, qui a déposé son dossier sans y avoir introduit une demande de composition en braille s’est vu expulser du centre de composition ce 18 juin 2011 parce que les examinateurs ont réalisé qu’il était malvoyant. Et pourtant, le 31 décembre 2011, les organisations des personnes handicapées, selon Boniface Gnonlonfoun, président de l’Association pour la promotion et l’intégration sociale des aveugles et amblyopes du Bénin (APISAAB), avaient rencontré le chef de l’Etat, Boni Yayi pour lui exposer leurs préoccupations. Cette rencontre a donné suite, plus tard, à l’élaboration d’une politique nationale d’intégration des personnes handicapées dont la mise en œuvre semble ne pas rencontrer l’assentiment de la cible.

Mathieu Sossou, président de l’Association des scolaires et étudiants handicapés du Bénin (ASAHB), constate que l’opinion publique, y compris les autorités, considère que tous les problèmes des personnes handicapées devraient se limiter au ministère de la famille. « Nous avons écrit pour demander une audience auprès du ministre du travail afin de lui présenter nos préoccupations en matière d’insertion professionnelle des personnes handicapées au Bénin, mais elle a estimé qu’elle n’est pas notre ministre de tutelle », déclare Mathieu Sossou. Cette position de l’autorité n’étonne pas.

 Car déjà en juillet 2011, le ministère de la Fonction publique avait organisé un concours au profit de l’administration du ministère de la famille. Sur 335 postes ouverts, seulement 5 sont réservés aux personnes handicapées. « Sur les 5 postes, 4 étaient réservés aux instituteurs. Ce qui voulait dire qu’il fallait être titulaire du Certificat d’aptitude professionnelle alors que les autorités savent pertinemment que dans le rang des personnes handicapées, personne n’a eu accès à l’école normale. Alors, par quelle magie pouvons-nous posséder ce diplôme », s’interroge un handicapé visuel.

Henri Montcho, handicapé de la vue qui a déposé son dossier pour ce concours a été refusé. « Ceux qui ont postulé pour d’autres postes parce qu’ils se sentent aptes, ont vu également leurs dossiers rejetés pour épreuve braille non prévue », confie Henri Montcho. Cette politique qualifiée de deux poids deux mesures par les parents d’enfants handicapés inquiète ces derniers en ce qui concerne l’avenir de cette couche sociale au Bénin, vu les efforts consentis pour assurer leur éducation et leur instruction.

 « Quand je me rappelle toutes ces souffrances que j’ai endurées avec l’enfant pour qu’il puisse étudier, je me sens mal. Je pleure pour un enfant qui ne voit pas, qui a étudié et dont on ne sait pas le devenir et pourtant ils sont aussi des hommes comme nous», déclare une mère qui n’a pas pu retenir ses larmes.

« Ce n’est pas seulement sur le plan de l’emploi que les choses se passent ainsi », fait remarquer Eliane Adjavon, responsable du Groupement des handicapés pour l’intégration sociale et professionnelle (GHISOP). Selon elle, les valides ne veulent pas entendre parler des personnes handicapées. Mais « nous remercions le Seigneur parce que nous vivons toujours malgré la souffrance», s’exhale-t-elle. « Les personnes handicapées sont tous les jours brimées dans leurs droits », renchérit Marius Chodaton, secrétaire général de l’Association des personnes handicapées motrices artisanes du Bénin (APHMAB).

La force des textes

La Constitution de la République du Bénin réaffirme l’attachement à respecter les principes de la démocratie et des droits de l’homme tels que définis par la charte des Nations Unies de 1945 et la déclaration universelle des droits de l’homme de 1948. D’autres instruments internationaux invoqués dans la Constitution telle que la charte africaine des droits de l’homme et des peuples protège les citoyens contre des traitements dégradants.

 L’article 8 énonce que « la personne humaine est sacrée et inviolable ». Malgré l’existence des dispositions de la Constitution qui protègent tous les citoyens sans aucune discrimination, les personnes handicapées sont considérées comme des êtres à part dans la société béninoise. Le pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels, ratifié par le Bénin n’est pas moins défenseur des droits de la personne humaine.

 La Convention internationale relative aux droits des personnes handicapées et protocole facultatif (CDPH) ratifiée par le Bénin renforce les droits des personnes handicapées dans tous les domaines. Egalité des chances, accès au travail et à l’emploi, accès aux services de base, à la santé, à la justice, à l’éducation, à l’épanouissement, aucun secteur n’est épargné s’agissant du droit de la personne quelque soit la nature du handicap. Mais, il se trouve que ces personnes sont brimées.

GAJ-DPH, le catalyseur

« Les personnes handicapées sont des moins que rien. Ils ne peuvent rien faire pour la société selon l’avis de l’opinion publique », rapporte Mathieu Sossou, président de APISAAB. Le Groupe d’action des journalistes pour la promotion des droits des personnes handicapées au Bénin (GAJ-DPH) constitué récemment entend donc sensibiliser pour corriger le regard de l’opinion publique vis-à-vis de cette couche vulnérable. Ce réseau s’interpose pour valoriser le potentiel intellectuel, moral et physique de cette couche afin de favoriser leur inclusion dans la société.

 Selon les responsables de ce groupe, les autorités aussi bien au niveau national que local doivent agir de sorte à garantir à la personne handicapée ses droits par son inclusion dans le processus de développement. Les dirigeants doivent donc agir dans la même direction que la décennie africaine des personnes handicapées adoptée par l’Union africaine dont le plan d’action vise à améliorer la qualité de vie des personnes handicapées sur le continent.

 Le secrétariat de la décennie africaine des personnes handicapées (SDAPH) dont le bureau régional est à Dakar a élaboré une stratégie continentale sur le handicap (SCH). Le secrétariat, comme ce fut le cas dans d’autres pays par le passé, entend accompagner ce groupe de journalistes béninois pour la concrétisation de leur vision qui est d’avoir un Bénin où les personnes handicapées jouissent de leurs droits humains.

 L’appui de l’organisation Handicap International pourra également aider le réseau à parvenir à un développement inclusif accru et au respect des droits des personnes handicapées. Tout ceci, avec la collaboration des organisations des personnes handicapées et des organisations de la société civile au niveau national.

Bruno HOUESSOU

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