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Le triomphe de la vérité

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Berges lagunaires de Cotonou:Des décennies de pollution


Habitat insalubre à Placodji

Xlacodji, Kpankpan, Akpakpa-Dodomè, Aboki-Codji, Dédokpo. Ce sont les quartiers de Cotonou aujourd’hui frappés par les mesures du gouvernement visant à assainir les berges lagunaires. Situés en bordure du lac Nokoué et de son chenal, ces quartiers ont en effet vécu longtemps dans une insalubrité insoutenable. Ce sont des milliers de personnes venues des villages lacustres et de Grand-Popo auxquelles se sont ajoutés des étrangers nigérians, sierra-léonais, etc.

Pour s’installer le long de ce cours d’eau, beaucoup achètent « leurs parcelles» à 150 000 voire 200 000 FCFA. Ces prétendus propriétaires font recours aux collectionneurs d’ordures dont ils achètent les chargements. Les immondices sont alors déversées dans le lac jusqu’à déborder pour former une terre ferme que viennent recouvrir quelques chargements de sable. Sur cet espace ainsi dégagé, des habitations de bric et de broc sont construites. En feuilles de tôle rouillée, en bambou ou en carton, ce sont de véritables masures hâtivement construites. A l’intérieur vivent alors une horde de personnes.

 Les animaux domestiques sont aux alentours, déféquant et dormant à côté des hommes. L’atmosphère est chargée d’odeurs nauséabondes, l’eau fétide et le sol partout couvert d’ordures. Une bonne partie des maisons sont sur pilotis et c’est de ces mêmes pilotis que cette population défèque allègrement dans l’eau sale et souillée du lac. Le péril fécal et le péril hydrique menacent tout le monde, y compris les consommateurs des poissons pêchés le long du chenal, et qui se vend au marché Dantokpa par les femmes des pêcheurs.

Un vivier électoral

Wxlacodji est l’un des tout premiers quartiers de Cotonou. Il est né de l’installation du warf de Cotonou où de nombreux canotiers et piroguiers ont servi grâce à l’administration coloniale. Celle-ci les utilisait au service du warf qui deviendra plus tard le port de Cotonou. A la création du port en 1965 et de l’ODAMAP (ancêtre de la SOBEMAP), ces populations seront reversées comme manutentionnaires. A ce premier groupe viennent s’ajouter d’autres groupes de pêcheurs venant des villages lacustres et même du département du Mono.

Ils forment des milliers de personnes dont le poids électoral n’est pas négligeable. Dans les années 80, le recasement a été effectué. Beaucoup sont alors recasés ailleurs, d’autres ont été dédommagés jusqu’aux années 90. Mais une bonne partie des occupants ne bouge guère. Ceux qui s’en vont sont aussitôt remplacés par des squatters venant d’ailleurs. En octobre 2002, une mission de contrôle de l’Office Alimentaire et Vétérinaire (OAV) dépêchée par l’Union Européenne constate la gravité de la situation et en dresse un rapport accablant. Aussitôt, toutes les exportations de crevettes provenant de la zone grâce à la société CRUSTAMER installée par Patrick Noyes sont interdites.

 La société est alors obligée de mettre la clé sous le paillasson, comme d’autres qui vont suivre. Des centaines d’emplois sont perdus ainsi que de précieuses devises. En 2003, l’Etat décide de faire déguerpir les populations pour viabiliser les lieux qui ploient sous une insalubrité notoire. Echec. En 2006, le maire de Cotonou lance un ultimatum aux populations concernées, ultimatum devant s’achever au 15 juin. Mais là encore, Nicéphore Soglo et les autorités du ministère de l’environnement doivent faire face au refus des populations qui ne savent visiblement où aller.

 A Yanawa, Minontchou ou Kpankpan, hommes et femmes résistent. En juillet 2011, le ministre de l’environnement Blaise Ahanhanzo fait une tournée sur les lieux et découvre la saleté effarante. Mais en avril 2012, après moult ultimatums restés infructueux, il décide d’agir. Le Génie Militaire est invité sur le terrain pour procéder aux premiers marquages topographiques suivis quelques jours après du déguerpissement musclé qui n’a laissé aucune chance aux squatters.

Olivier ALLOCHEME

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